La fièvre hémorragique virale (FHV) désigne un ensemble de maladies diverses, causées par des virus non apparentés.
Elles sont la plupart du temps bénignes, voire passent inaperçues, mais elles sont toutes potentiellement graves, avec pour certaines des taux de mortalité importants. Comme chez tous les virus, des variants différents (plus ou moins pathogènes ou virulents) peuvent coexister ou apparaître à la suite de la réponse immunitaire des hôtes infectésGrard G, Biek R, Muyembe Tamfum JJ, Fair J, Wolfe N, et al. (2011) Emergence of divergent zaire ebola virus strains in democratic republic of the congo in 2007 and 2008. J Infect Dis 204 Suppl 3: S776–784. doi: 10.1093/infdis/jir364..
Certaines sont considérées comme maladies émergentesGeisbert TW, Jahrling PB (2004) Exotic emerging viral diseases: progress and challenges. Nat Med 10: S110–121. doi: 10.1038/nm1142 ou émergentes potentielles, ou susceptibles d'être utilisées comme arme biologiqueBorio L, Inglesby T, Peters CJ, Schmaljohn AL, Hughes JM, et al. (2002) Hemorrhagic fever viruses as biological weapons: medical and public health management. JAMA 287: 2391–2405. doi: 10.1001/jama.287.18.2391 (avec risque qu'elles se retournent contre leurs utilisateurs).
Les « virus hémorragiques » les plus dangereux semblent compter parmi la famille des rhabdovirus, famille très variée encore incomplètement exploréeKuzmin IV, Novella IS, Dietzgen RG, Padhi A, Rupprecht CE (2009) The rhabdoviruses: biodiversity, phylogenetics, and evolution. Infect Genet Evol 9: 541–553. doi: 10.1016/j.meegid.2009.02.005. qui touche à la fois des animaux (dont poissonsHoffmann B, Beer M, Schutze H, Mettenleiter TC (2005) Fish rhabdoviruses: molecular epidemiology and evolution. Curr Top Microbiol Immunol 292: 81–117.) et des plantesFu ZF (2005) Genetic comparison of the rhabdoviruses from animals and plants. Curr Top Microbiol Immunol 292: 1–24..
Les virus impliqués sont tous des virus à ARN et appartiennent à diverses familles (Flaviviridae, Bunyaviridae, Filoviridae, Arenaviridae). Au plan épidémiologique, on distingue entre les virus transmis par des Arthropodes (moustiques ou tiques, responsables d'arboviroses), les virus à réservoir animal (rongeurs ou chauves-souris) et les FHV de réservoir inconnu.
Distribution géographique
Elle est généralement bien délimitée, mais non circonscrites aux zones tropicales comme on le croit souvent. Les réservoirs des virus sont a priori toujours animaux, mais parfois ne sont pas identifiés. La transmission de l'animal-réservoir à l'humain se fait soit de façon indirecte, par un vecteur comme le moustique dans le cas des arboviroses, soit directe par exposition aux produits biologiques de l'animal infectés par le virus, par exemple les déjections des rongeurs porteurs (Arenaviridae, Hantaviridae, Filoviridae).
Détection Elle est réalisée par les épidémiologistes, au vu des symptômes et des épidémies déclarées. La RT-PCR a permis d'accélérer la reconnaissance et le suivi des souches connues, comme pour le virus EbolaTowner JS, Rollin PE, Bausch DG, Sanchez A, Crary SM, et al. (2004) Rapid diagnosis of Ebola hemorrhagic fever by reverse transcription-PCR in an outbreak setting and assessment of patient viral load as a predictor of outcome. J Virol 78: 4330–4341. doi: 10.1128/JVI.78.8.4330-4341.2004 ou de DurhamAllison AB, Palacios G, Travassos da Rosa A, Popov VL, Lu L, et al. (2011) Characterization of Durham virus, a novel rhabdovirus that encodes both a C and SH protein. Virus Res 155: 112–122. doi: 10.1016/j.virusres.2010.09.007.
Traitements Dans la plupart des cas, il n'existe pas de traitement spécifique homologué. La prévention repose sur les vaccins lorsqu'ils existent et sur des mesures d'hygiène et de sécurité. Les fièvres hémorragiques virales africaines les plus connues sont la maladie à virus Ebola et la fièvre hémorragique de Marbourg.
Clinique vignette|Infirmières en 1976 auprès de patients atteints d'Ebola en République démocratique du Congo L'incubation est en moyenne de 3 à 7 jours, avec un maximum de pour la maladie à virus Ebola. La phase d'invasion est marquée par un syndrome pseudogrippal. Une éruption maculeuse oriente vers une arbovirose (syndrome algoéruptif). Une pharyngite, une hyperhémie conjonctivale, voire un œdème facial sont évocateurs.
À la phase d'état, le tableau peut se compliquer d'un syndrome hémorragique, pouvant mener à une défaillance multiviscérale, rapidement mortelle. Ces hémorragies sont inconstantes : .
Diagnostic Même si la présentation clinique et l'enquête épidémiologique (séjour en zone d'endémie, exposition au risque) sont des éléments essentiels pour suspecter l'étiologie d'une fièvre hémorragique virale, il est le nécessaire d'avoir recours aux examens biologiques pour obtenir un diagnostic de certitude : une sérologie à la recherche d'anticorps signant une infection récente (IgM) est intéressante lorsqu'elle est positive, mais cette preuve, indirecte, n'est pas toujours suffisante. Compte tenu de la possibilité de réactions croisées (entre les différents flavirus, par exemple), le diagnostic de certitude nécessite un examen de génie moléculaire (RT-PCR, GeneXpert), l'isolement ou le génotypage du virus en cause.
Classifications de l'OMS des virus à fièvres hémorragiques {| class=wikitable ! Famille !! Genre !! Virus !! Maladie !! Réservoir |- | Flaviviridae || Flavivirus || AmarilDengue 1,2,3,4 || Fièvre jauneDengue ||Aedes
| Bunyaviridae || PhlebovirusNairovirusHantavirus || RiftCongo-CriméeHantaanSéoulPuumalaSin Nombre || Fièvre de la vallée du RiftFièvre hémorragique de Crimée-CongoFièvre hémorragique avec syndrome rénalSyndrome pulmonaire à Hantavirus || ApodemusRattus rattusMyodesPeromyscus |- | Arenaviridae || Arenavirus || LassaJunínMachupoGuanaritoSabiá || Fièvre hémorragique de LassaFièvre hémorragique argentineFièvre hémorragique bolivienneFièvre hémorragique vénézuélienneFièvre hémorragique brésilienne || MastomysCalomysCalomysSigmodon alstoni et Zygodontomys brevicauda''|- | Filoviridae || Filovirus || Ebola Z,S,R,CIMarburg || Maladie à virus EbolaVirus de Marburg ||
D'autres virus hémorragiques sont en cours d'étude, dont Mammarenavirus lujoense Briese T, Paweska JT, McMullan LK, Hutchison SK, Street C « » PLoS Pathog 2009;5:e1000455. .
Un nouveau virus de la famille des Rhabdoviridae dit virus du bassin du Congo (BASV) a été identifié, en 2009, à la suite de la survenue de trois cas humains de fièvre hémorragique particulièrement aigüe (village de Mangala, en RDC). Le génome du BASV diffère fortement de celui des autres rhabdovirus. Le réservoir naturel et le mode de transmission de ce virus demeurent inconnusGrard G, Fair JN, Lee D, Slikas E, Steffen I, et al. (2012), A Novel Rhabdovirus Associated with Acute Hemorrhagic Fever in Central Africa ; PLoS Pathogens doi:10.1371/journal.ppat.1002924 September 27, 2012.
Notes et références
Annexes Articles connexes Peste porcine africaine (fièvre hémorragique virale animale) Virus Fièvre Épidémiologie, écoépidémiologie, Zoonoses
Bibliographie Bray M (2005) Pathogenesis of viral hemorrhagic fever. Curr Opin Immunol 17: 399–403. doi: 10.1016/j.coi.2005.05.001. Carrion R, Patterson JL (2011) Vaccines against viral hemorrhagic fevers: non-human primate models. Hum Vaccin 7: 667–673. doi: 10.4161/hv.7.6.14981. Warrell MJ, Warrell DA (2004) Rabies and other lyssavirus diseases. Lancet 363: 959–969 Rodriguez LL (2002) Emergence and re-emergence of vesicular stomatitis in the United States. Virus Res 85: 211–219. doi: 10.1016/S0168-1702(02)00026-6 Gubala AJ, Proll DF, Barnard RT, Cowled CJ, Crameri SG, et al. (2008) Genomic characterisation of Wongabel virus reveals novel genes within the Rhabdoviridae. Virology 376: 13–23. doi: 10.1016/j.virol.2008.03.004. Fu ZF (2005) The world of rhabdoviruses. Berlin; New York: Springer. vi, 208 p. Brooks JT, Shapiro RL, Kumar L, Wells JG, Phillips-Howard PA, et al. (2003) Epidemiology of sporadic bloody diarrhea in rural Western Kenya.'' Am J Trop Med Hyg 68: 671–677
Liens externes
Rubrique sur les fièvres virales hémorragiques du site de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Sélections de sources francophones sur les fièvres hémorragiques virales validées par CISMef Fièvres virales transmises par des arthropodes et fièvres virales hémorragiques(A90-A99) de la Classification de l'OMS (CIM-10).
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