thumb|200px|Solidus d’or représentant le jeune Constantin VII avec son père, Léon VI le Sage.

Le De ceremoniis (titre complet : De ceremoniis aulae Byzantinae) est le titre latin donné habituellement à un recueil décrivant les cérémonies liées à la cour des empereurs byzantins et le protocole qui s’y rattache. Le titre grec le plus souvent cité est Ἔκθεσις τῆς βασιλείου τάξεως" (« Codification de l’ordre du Palais »), tiré des premières lignes de la préface. Mais le titre officiel complet que l’on trouve en tête de cette préface est « Traité et œuvre vraiment digne de l’activité impériale de CONSTANTIN, ami du Christ, et dans le Christ, roi éternel, empereur, fils de Léon, le très sage empereur, d’éternelle mémoireLa traduction française est celle d’Albert Vogt dans Le Livre des cérémonies (voir bibliographie). ». En français on lui donne généralement pour titre Livre des cérémonies.

Composé de deux livres rédigés par l’empereur Constantin VII (r. 913–959) à des époques différentes, il traite de différentes cérémonies religieuses et civiles, de même que de différentes festivités populaires, le tout du point de vue de la cour et des règles d’étiquette que les participants devaient observer. L’unique manuscrit parvenu jusqu’à nous incorpore des ajouts dont certains sont antérieurs à la période traitée par l’empereur ou postérieurs à la mort de celui-ci.

Toile de fond Conception byzantine du gouvernement thumb|left|185px|Le Christ couronnant Constantin VII (ivoire, 945, musée Pouchkine).

Le terme essentiel de ce livre est ΤάξιςLe mot « taxis » avait des sens multiples dans la langue quotidienne et administrative. Constantin l’emploie généralement pour désigner l’ordre dans lequel doit se dérouler une cérémonie, mais il peut aussi désigner la classe ou le rang des fonctionnaires et quelquefois l’ensemble des fonctionnaires (la Cour), et même dans certains cas le cortège impérial ou « ordre », « disposition » correspondant au mot français « étiquette ». Pour les Byzantins, de même qu’il n’y avait qu’un seul Dieu dans le ciel, il ne pouvait y avoir qu’un seul empereur sur la terre. Et de la même façon que Dieu faisait régner l’ordre parmi les êtres spirituels de la sphère céleste, il appartenait à l’empereur non seulement de faire régner l’ordre au sein de l’empire, mais aussi d’y amener les autres peuples de l’univers, ce monde barbare ou régnait l’ataxia (le désordre)Bréhier (1970) Stephanson (2012) para 5Ostrogorsky (1971) . Il en découlait un véritable culte impérial, christianisant le culte rendu aux empereurs romains d’autrefois, dont le cadre principal était le Grand Palais, tout comme le culte divin et sa liturgie prenaient place à la cathédrale Sainte-Sophie. Tout ce qui touche l’empereur devient « sacré » : ses appartements sont qualifiés de « sacrum cubiculum » et une lettre écrite par le basileus est une « divalis sacra »Voir à ce sujet, Bréhier (1970) . La vie officielle de celui-ci sera réglée d’après des rites similaires à la liturgie ecclésiastique, se développant au rythme de processions, d’acclamations, etc.Bréhier (1970) , tout au long d’une année marquée par nombre de fêtes ayant chacune son rituel propreBréhier (1970) .

Constantin VII résume lui-même cette conception dans la préface de son livre : « De la sorte, puisse le pouvoir impérial s’exercer avec ordre et mesure, reproduire le mouvement harmonieux que le Créateur donne à tout cet univers et (l’empire) apparaître à nos sujets plus majestueux et, par là même, plus agréable et plus admirable (Livre des cérémonies, I, préface) ».

Genre littéraire Le Livre des cérémonies appartient au genre littéraire des « compilations » dont l’âge d’or fut le . Fuyant la créativité et l’originalité, les auteurs voudront rassembler, copier et structurer la culture hellénico-chrétienne de l’Antiquité tardive. Ce fut l’époque des manuels, que ce soit de la hiérarchie bureaucratique (), de la stratégie militaire (), du droit romain () ou des règles à suivre par les corporations de la capitale (Le livre de l’éparque)Kazhdan 1991, vol. 1, « Encyclopedism », . Le grand idéal des écrivains de l’époque sera de modeler leur langue sur celle qu’avaient écrite les derniers grands auteurs des Vogt, Commentaire, livre 1, . contribuera à cet « encyclopédisme » avec le (), le (), le () et le , ce dernier se distinguant toutefois des ouvrages contemporains par un style « populaire et simple » destiné à en faciliter la compréhension« Et pour que notre écrit soit clair et d’intelligence facile, nous avons employé un style populaire et simple, comme nous avons conservé les mots et les noms donnés dans le langage courant » (Livre des Cérémonies, préface)..

Contenu thumb|right| Plan du quartier impérial de Constantinople tel que déduit de sources littéraires comme le De Ceremoniis.

Tel qu’il nous est présenté dans le "manuscrit de Leipzig", le De Ceremoniis comporte deux livres. Le premier livre décrit (1) les cérémonies religieuses (chapitres 1-46), (2) les cérémonies civiles (47-72), (3) les cérémonies profanes (73-82). Le deuxième livre constitue un complément au premier et revient sur les deux premiers thèmes, mais sans ordre précis. De plus, le livre I comporte un chapitre (46) sur les habits impériaux qui est repris de façon plus élaborée dans le livre II (40 et 41)Vogt, Commentaires, I, .

Livre I Les chapitres 1 à 46 [1-37]Les premiers chiffres indiquent le numéro des paragraphes dans le Manuscrit de Leipzig, ceux entre crochets la numérotation de l’édition Reiske dans le Corpus Scriptorum historiae byzantinae (édition dite de Bonn) décrivent les processions et les cérémonies auxquelles l’empereur et la cour participent ainsi que les acclamations officielles qui les accompagnent. On y trouve d’abord un schéma général pouvant être utilisé dans toutes les cérémonies, puis le cérémonial propre à chaque grande fête religieuse de l’année comme l’Exaltation de la Croix, la Naissance du Christ, l’Épiphanie, le Dimanche des Rameaux, le Vendredi Saint, Pâques, la Résurrection du Christ (les six jours qui suivent la fête de Pâques) ainsi que certaines fêtes de saints particulièrement importants comme saint Dimitri de Thessalonique ou saint BasileVogt, Livre des cérémonies, I, xxiiiCette partie est incomplète puisqu’il manque les chapitres 10-19..

Les chapitres 47-72 [38-83] traitent d’évènements civils se rapportant directement à la famille impériale comme le couronnement des empereurs et impératrices (47-49 [38-40]), les mariages (48, 50 [39, 41]), les naissances (51 ), la promotion d’un césar (52 ), les funérailles (69 ). À partir du chapitre 53 , viennent les cérémonies marquant la promotion de hauts-fonctionnaires : nobilissime (53 ), curopalate (54 ), magistros (55 ), patrice, sénateur et stratège (56 ), etc.

Vient ensuite la description de certaines fêtes marquant l’année civile : le chapitre 73 décrit la réception de l’hippodrome d’or, le lundi après le dimanche de Pâques, le chapitre 74 le dîner marquant la fête de l’empereur, l’endroit où elles ont lieu, le chapitre 76 le rang et l’endroit où doit se tenir chaque classe de dignitaires.

On y décrit en détail le cortège impérial entre le Grand Palais et Sainte-Sophie, les arrêts que faisait le cortège, les fonctionnaires qui accueillaient les empereurs à chaque arrêt et les chants qui ponctuaient ces arrêts. Ainsi, lors de la procession de la Nativité du Christ (chapitre 2), le cortège s’arrêtait six fois. À chaque endroit il était reçu officiellement par un officier militaire (domestique des Scholes, des Excubites) et par un « démocrate », c.à.d. le chef d’une des factions de l’hippodrome (Bleus, Verts). Pendant ce temps, le chœur entonnait un chant soit conventionnel (« Nombreuses, nombreuses, nombreuses »), soit en rapport avec la fête du jour (« L’étoile avance sur la grotte pour indiquer aux Mages le maître du soleil »), ce à quoi répondait la foule (« Nombreuses années à vous serviteur du Seigneur »)Vogt, Livre des cérémonies, I, 2, .

S’y trouve ainsi défini le rôle que jouaient les principaux dignitaires, hauts-fonctionnaires, membres du Sénat et chefs des factions de l’hippodrome dans les cérémonies impériales. Ce rituel de cour ne décrit pas seulement les mouvements des participants qu’ils soient à pied, à cheval ou en bateau, mais également leurs costumes et la personne qui doit lancer certaines acclamations. L’empereur y joue souvent le rôle du Christ et le palais impérial peut être utilisé pour des célébrations à caractère religieux, soulignant ainsi le mélange du sacré et du profane. Outre le palais impérial, l’hippodrome était le théâtre de nombreuses cérémonies civiles. On n’y tenait pas seulement les courses périodiques de chevaux ou celles, exceptionnelles, qui marquaient l’ouverture d’une nouvelle saison (chapitre 77 « De l’hippodrome et des choses qui s’y font »; chapitre 78 « Ce qu’il faut observer lorsqu’une course hippique a lieu selon le calendrier établi ».), mais l’endroit servait également de salle de réception, de banquet ou pour les célébrations marquant diverses fêtes comme la commémoration de la fondation de Constantinople le (chapitre 79 ) ou du carnaval (Lupercales), (chapitre 82 « De la course hippique du carnaval, dite Lupercales »Fêtes annuelles apportées de la Rome antique fêtes célébrées du 13 au 15 février en l’honneur de Faunus, dieu de la forêt et des troupeaux; elles correspondraient un peu à nos carnavals.).

Les chapitres suivants (chapitres 84-95), qui ont été insérés là soit par Constantin à titre de notes, soit par quelque autre copiste sont tirés du manuel de Pierre le Patrice () et décrivent diverses cérémonies comme la nomination de certains fonctionnaires (84, 85), l’investiture pour certains emplois (86), la réception d’ambassadeurs étrangers et la proclamation d’un empereur d’Occident (87, 88), la réception des ambassadeurs perses (89, 90), l’avènement de certains empereurs (91-96), la nomination du président du Sénat (proedros) (97).

Livre II L’agencement du livre II est beaucoup moins ordonné que celui du livre I et par moments donne l’impression de simples notes destinées à servir de base pour la rédaction d’un texte définitif. Ici également, on retrouve les trois catégories mentionnées plus haut, mais dans le désordre :

Cérémonies religieuses : chap. 6 – 9, 11 – 14, 38, fêtes liturgiques et sacre des patriarches.

Cérémonies civiles : chap. 1 – 5, 10, 15, 21 – 25, 33 – 34, 36 – 37. Promotions aux dignités, naissance, baptême, tonsure des jeunes porphyrogénètes, ambassades.

Cérémonies profanes : chap. 19, 20, 35, 43, 47. Jeux de l’Hippodrome, danses, acclamations, triomphesVogt, Commentaires, 1, .

Certains chapitres, comme le Kleterologion Liste des fonctions et des préséances de la cour de Byzance écrit par Philothée en 899 sous Léon VI et Alexandre. (chap. 46) sont des textes existants insérés dans le livre sans justification apparente. Les chapitres 48 – 53 traitant des taxes et largesses impériales appartiendraient plutôt à des traités sur les finances impériales, alors que les chapitres consacrés aux expéditions de Crête trouveraient davantage leur place dans un manuel militaire (taktika). Enfin, le chap. 42 sur les tombes impériales est manifestement postérieur à Constantin VIIVogt, Commentaires, 1, .

Alors que le livre I était normatif, prescrivant la façon dont devaient se dérouler diverses cérémonies impériales, le livre II est plutôt descriptif, expliquant simplement des cérémonies particulières s’étant déroulées du temps d’empereurs précédents.