Franklin Nathaniel Daniel Buchman ( – ), pasteur luthérien américain, s’implique successivement dans le travail social, l’aumônerie de plusieurs universités aux États-Unis et en Grande-Bretagne et le travail missionnaire notamment en Chine avant de fonder en 1922 et d’animer un mouvement évangélique de réveil d'abord nommé la Fraternité Chrétienne du Premier Siècle ; mouvement d’abord universitaire, qui devient rapidement connu, après 1929, sous le nom de Groupe(s) d’Oxford (singulier ou pluriel) d'après le nom de l'université britannique du même nom, dont de nombreux membres, enseignants ou étudiants, ont intégré la Fraternité, lequel devient ensuite son nom officiel. En 1938, les Groupes d'Oxford deviennent le Mouvement de Réarmement moral, qui est progressivement ouvert à toutes les obédiences religieuses et philosophiques. La contribution du Réarmement moral à la réconciliation franco-allemande après la deuxième guerre mondiale est reconnue par les deux paysEdward Luttwak, Franco-German Reconciliation: The Overlooked Role of the Moral Re-Armament Movement, in Religion, the Missing Dimension of Statecraft, éd. Douglas Johnston & Cynthia Sampson, OUP 1994, page 52, et Frank Buchman est nommé dix fois pour le Prix Nobel de la paix, entre 1951 et 1961 Base de données des nominations au Prix Nobel de la paix. Buchman a été nommé chaque année de 1951 à 1959 ainsi qu'en 1961. Au total 107 nominations ont été faites en sa faveur, notamment par des membres des parlements français, allemand, anglais, néerlandais, norvégien, suédois, danois, finlandais, japonais, américain et sud-africain.. À sa mort, en 1961, le journaliste britannique Peter Howard lui succède à la tête du Réarmement Moral.

Origines et jeunesse Né en 1878 à Pennsburg en Pennsylvanie, Frank Buchman est le fils de Franklin Buchman, fermier luthérien d'origine suisse alémanique devenu commerçant puis hôtelier, restaurateur, et enfin grossiste en boissons, et d’une mère très religieuse, elle aussi luthérienne, née Sarah Greenwalt. En 1894, lorsqu'il a , sa famille déménage à Allentown, en Pennsylvanie où il poursuit ses études secondaires au collège Muhlenberg, avant ses études supérieures au séminaire luthérien de Mount Airy à Philadelphie où il est ordonné pasteur luthérien en Garth Lean - Frank Buchman, A Life, 25. Un homonyme a affirmé à Frank Buchman que sa famille descendait de l'humaniste du Bibliander (forme hellénisée du nom allemand Theodor Buchmann), mais cela n'a pas été démontréGarth Lean - Frank Buchman, A Life, 4.

Pasteur luthérien et dirigeant d’œuvres de charité Bien qu’il espérait être appelé par l'Église Luthérienne de Pennsylvanie à servir dans une paroisse urbaine importante, Franck Buchman accepte un poste de pasteur à Overbrook, banlieue de Philadelphie en pleine expansion, qui n’a pas encore d’église luthérienne. Il y loue d’anciens entrepôts pour y établir l'Église Luthérienne du Bon Pasteur et loger à l’étage. Après un voyage en Europe, consécutif à un burn-out, qui le voit visiter l'Italie, la Suisse et l'Allemagne, il décide à son retour d'ouvrir une résidence caritative inspirée de l'hospice pour les handicapés mentaux fondée à Bielefeld (Allemagne) par Frédéric von Bodelschwingh qu'il a visitée, et d'une œuvre inspirée de Toynbee Hall, fondée à Londres par Canon Barnett, qu'il a également visitée. La résidence caritative (initialement appelée hospiz) est rapidement une source de conflit entre Frank Buchman et le conseil d’administration de celle-ci ; d’après les souvenirs de Buchman, le désaccord est surtout dû au refus du conseil d’administration de rechercher des financements pour combler le déficit chronique de l’hospiz, lequel conseil soutenant que c'est à lui, Frank Buchman de rechercher ces fondsGarth Lean - Frank Buchman - A Life, 28. Le comité financier du Ministère luthérien de Pennsylvanie, qui a la haute main sur son budget ne dispose pas des fonds nécessaires pour compenser le déficit systématique de lhospiz et demande à Buchman de lever les fonds nécessaires et / ou de diminuer le niveau des dépenses. Buchman finit par donner sa démission.

Vive expérience religieuse en Angleterre "Exténué et déprimé" après sa démission, il prend le long congé de repos que lui conseille son médecin, et opte pour un nouveau voyage en Europe qui le voit visiter Séville, Grenade, Monaco, Le Caire, Jérusalem, Athènes, Constantinople, Vienne, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Encore perturbé par sa récente démission, Frank Buchman se rend à la Convention évangélique de Keswick où il espère rencontrer le célèbre évangéliste baptiste - influencé par les quakers et les méthodistes - F. B. Meyer qui en est membre, qu'il a déjà rencontré et qu'il croit capable de l'aider à surmonter sa situation. Mais F. B. Meyer n’est pas présent à la convention. Lors de cette convention, Buchman entend un dimanche, dans une chapelle presque vide, Madame Jessie Penn-Lewis prêcher avec flamme sur la croix du Christ, ce qui provoque en lui une vive expérience religieuse.

Buchman écrit immédiatement une lettre d’excuse à chacun des administrateurs de son ancienne œuvre, les priant de bien vouloir lui pardonner. Il se réfère souvent par la suite à cette expérience pour lui fondatrice. Il a alors 29 ans.

Évangélisation personnalisée aux YMCA de Penn State University, en Inde et en Chine De 1909 à 1915 Buchman est le secrétaire du YMCA (l'UCJG, Union Chrétienne des Jeunes Gens) de l’Université d’État de Pennsylvanie, dite Penn State University. Il en double le nombre des adhérents, parvenant à y enrôler 75 % des étudiants ! Malgré cela, il n’est pas satisfait et se demande quelle est la profondeur du changement dans les vies de ceux-ci quand il constate par exemple la consommation d’alcool toujours élevée au sein de l’université.

Il en parle avec Frederick Brotherton Meyer lors d'une visite de celui-ci à Penn State, qui lui répond : "Vous devez donner la priorité aux entretiens personnels, d'homme à homme, plutôt qu'à l'organisation de réunions". Et lorsque celui-ci lui demande ensuite s’il laisse l’Esprit Saint le guider dans tout ce qu’il fait, Buchman répond qu’en effet, il prie et lit la Bible tous les matins. « Oui, insiste Meyer, mais donnez-vous à Dieu suffisamment de temps de silence sans aucune interruption pour qu’il puisse vous dire réellement que faire[tp://www.frankbuchman.info/ Garth Lean - Frank Buchman, A Life, 36] ? ».

Après cet échange, Buchman commence sa pratique du moment calme (Quiet Time) en silence à l'écoute de Dieu pendant au moins une heure chaque matin, avant que le téléphone commence à sonner, notant sur un papier les mots et idées qui lui viennent avant de les examiner.

La lecture de La Volonté de Dieu et l’œuvre d’une vie d’homme écrit en 1909 par le professeur de théologie de l’université Yale Henry Burt Wright (1877–1923) Wright ayant lui-même été influencé par, entre autres, F.B. Meyer, Henry Drummond et Robert E. Speer qui est une autre influence décisive sur Buchman, le mène rapidement à mettre en place un système de six "tests garde-fou" pour éviter les risques d'auto-illusion de la pratique de recherche de guidance par Dieu :

Les directives (guidances) reçues de Dieu pendant le moment calme doivent : 1) ne pas aller dans le sens de l'intérêt de la personne, 2) être réalisables, 3) être conformes aux critères moraux les plus exigeants (les quatre absolus de pureté, honnêteté, désintéressement et amour, cf plus bas), 4) être conformes aux Écritures, 5) être conformes à l'expérience de l'Église et 6) être validées par discussion avec d'autres adeptes de cette pratique.

Le don qui se révèle chez Buchman dans sa mise en application des suggestions de Meyer d'''entretiens personnalisés et d'adaptation du message chrétien aux besoins spirituels de chacun en partant des faiblesses morales qu'il lui confesse - à commencer par les membres en place du YMCA qu'il connait -, et le succès de ce travail personnalisé font l’admiration de ses collègues du YMCA ainsi que de pasteurs et d'hommes d'église d'autres universités. Comme l’écrit Maxwell Chaplin, secrétaire du YMCA de l’université de Princeton après avoir participé à la campagne de la « semaine annuelle du YMCA » de Penn State : « en cinq ans, le secrétaire permanent du YMCA de Penn State a complètement transformé l’état d’esprit de cette université autrefois réputée difficile ». L’écrivain Lloyd Douglas, auteur de La Robe, participe à cette même campagne : « ce fut, raconta-t-il pour décrire une réunion organisée par Buchman, l’événement le plus remarquable que j’aie jamais vu… L’un après l’autre, des membres éminents du corps étudiant se sont levés et ont confessé devant leurs pairs qu’ils avaient jusque-là vécu des vies de seconde classe, sans intérêt pour les autres, et que désormais ils entendaient se consacrer au bienGarth Lean - Frank Buchman, A Life, 38. » Buchman est invité par leurs responsables à organiser de semblables campagnes des YMCA dans de nombreuses universités proches ou lointaines.

En 1915, Buchman se rend en Inde avec l’évangéliste Sherwood Eddy pour y préparer une grande campagne d'évangélisation des YMCA locales. Il y rencontre brièvement le Mahatma Gandhi, encore peu connu à cette époque. C'est là la première d’une série de rencontres entre les deux hommes. Il se lie aussi d’amitié avec Amy Carmichael, fondatrice de la Fraternité de Dohnavur, refuge pour jeunes prostituées forcées. Bien qu’il ait pris la parole devant des assemblées réunissant jusqu’à , Frank Buchman est très critique de ces actions de masse : « c’est comme chasser le lapin derrière une fanfare »Garth Lean - Frank Buchman, A Life, 46 alors que ce qu'il faut, selon lui, c'est toujours plus de travail personnalisé ou dévangélisation personnalisée débouchant sur des changements de vie concrets. De février à août 1916, Buchman travaille avec les YMCA de Chine, avant de revenir en Pennsylvanie à cause de l’aggravation de l'état de santé de son père.

Évangélisation personnalisée en Nouvelle Angleterre , en Chine et en Europe En 1916, Buchman prend un poste à temps partiel au séminaire théologique de Hartford (Connecticut), de tradition congrégationnalisteVoir le site de l'université de Hartford, consulté le 28 mars 2024.. Il commence en tant que conférencier d'évangélisation personnalisée. En 1917, son père rétabli, il propose au président du séminaire de le missionner pour retourner en Chine et y former à l' évangélisation personnalisée un groupe de personnalités politiques chinoises converties au christianisme, ayant toutes des fonctions de premier ordre dans le gouvernement national chinois de Canton de l'époque, - dont - vice-ministre de la Justice, qui devait devenir ultérieurement premier ministre par intérim - , le ministre de l'intérieur, le président de l'assemblée nationale du gouvernement national de Canton et le président dudit gouvernement lui-même, Sun Yat-Sen - Biographical Dictionary of Chinese Christianity tous convaincus que sa conversion au christianisme est la solution pour leur pays.