Gérald Bronner, né le à Nancy, est un sociologue français, professeur de sociologie à Sorbonne Université. Ses travaux de recherche portent principalement sur les croyances collectives et les représentations sociales. Il est membre correspondant de l'Académie nationale de médecine depuis 2017, de l'Académie des technologies et de l'Institut universitaire de France.
Biographie Famille Gérald Bronner grandit en banlieue dans un quartier sensible de Vandœuvre-lès-Nancy. Il est issu d'un milieu populaire, sa mère est femme de ménage et son père réparateur de télévisions. Il accepte le terme de transclasse pour se qualifier en restant critique envers ce concept..
Formation, enseignement, édition En 1995, il soutient une thèse de doctorat de sociologie sous la direction d'Alain Pessin sur L'agent social et l'incertitude : approche sociologique du modèle de l'utilité espérée dans le cadre du paradigme de l'actionnisme. Elle traite des enjeux sociologiques de l’aversion à l'incertitude. Elle donne lieu à la publication d’un « Que sais-je ? », L’Incertitude.
Gérald Bronner est élu maître de conférences à Nancy en 1998.
En 2003, il publie, aux Presses universitaires de France (PUF), L'Empire des croyances, qui reçoit un prix de l'Académie des sciences morales et politiques.
De 2004 à 2007, il rejoint la Sorbonne, où il codirige avec Jean-Michel Berthelot le Centre d'études sociologiques. Il participe au comité de rédaction de L'Année sociologique et fonde et dirige la collection « Société et Pensées » aux éditions Hermann.
En 2006, il est habilité à diriger des recherches à l'issue de la présentation d'un dossier de travaux sur l'importation de la notion de biais cognitif en sociologie.
En 2007, il est professeur à l'université de StrasbourgGérald Bronner - La sociologie à l'université de Strasbourg - Faculté des sciences sociales..
En 2008, il est nommé membre junior de l'Institut universitaire de France., et poursuit des travaux sur le continent américain.
De 2012 à 2022, il est professeur à l'université Paris-Diderot, devenue université Paris-Cité. Il y codirige le Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain (LIED) et assure un enseignement de « sociologie cognitive des enjeux énergétiques ».
En 2013, il publie La Démocratie des crédules (PUF). La même année, il devient directeur éditorial aux Presses universitaires de France.
À partir de 2022, il est professeur à la Faculté des lettres de Sorbonne Université. Il y anime en 2025 un séminaire consacré à la pensée critique.
Affiliations
Participation à des académies En 2014, il est élu membre de l'Académie des technologies..
En 2017, il est élu membre correspondant de l’Académie nationale de médecine...
Autres responsabilités De 2014 à 2015, il participe au conseil scientifique d'Areva.
Il est membre du conseil médical d'EDF, membre du comité de parrainage de l’Association française pour l'information scientifique (Afis). et produit des analyses pour Danone.
À partir de , il travaille au Centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté (CPIC) de Pontourny, connu sous le nom de « centre de déradicalisation » (précédemment dans The Atlantic de Washington, le 28 septembre 2017).. En , le gouvernement ferme ce centre, qui a accueilli neuf pensionnaires au total et n'en accueille plus aucun.« Les raisons de l'échec du centre de déradicalisation en France », telquel.ma, .. Bronner analyse, sur le ton du témoignage, la difficulté de faire entendre raison aux personnes radicalisées et les ambivalences des pouvoirs publics par rapport à cet objectif, dans son ouvrage Déchéance de rationalité (2019)...
Il est membre du conseil scientifique de Conspiracy Watch..
Selon Rachel Sarg, il est au début du l'un des principaux représentants du courant de la sociologie cognitive..
Collaborations éditoriales Gérald Bronner publie dans plusieurs revues académiques de sociologie : la Revue française de sociologie., L'Année sociologique (dont il coordonne un numéro. et fait partie du comité de rédaction.) et la Revue européenne des sciences sociales..
Gérald Bronner est éditorialiste pour Le Point, Le Nouveau Magazine littéraire, la chaîne d'information israélienne I24News et L'Express.
Il collabore également à des revues grand public (Cerveau&Psycho, Le Nouvel Observateur, Sciences humaines, Pour la science, Le Nouveau Magazine littéraire…).
Projets et idées défendues Divers En 2022 sort sur Netflix une adaptation filmée de Comment je suis devenu super-héros, son roman paru en 2007...
Étude du complotisme
Fin , il est nommé à la tête d'une commission intitulée « Les Lumières à l'ère du numérique », chargée de rendre, fin , un rapport sur le complotisme, les contenus haineux en ligne et les infox.. La composition de cette commission fait l'objet de controverses portant sur son thème et la nomination du chirurgien Guy Vallancien en son sein..
Dans une interview dans L'Express en , lors de la sortie de son ouvrage Apocalypse cognitive (en ) aux PUF, il observe et propose une catégorisation des personnes dites « complotistes » , dont le raisonnement serait renforcé par un trouble mental. Il explique :
Il suggère également que les médecines alternatives peuvent être une porte d'entrée vers un raisonnement complotiste..
Sociologisme et sociologistes Différents ouvrages de Gérald Bronner font état d'une volonté de s'opposer à tout frein au développement technologique. À ce titre, il défend dans La Planète des hommes l'idée qu'empêcher le développement des technologies ne pourrait pas permettre à l'humanité de survivre lors de la dilatation du Soleil dans plusieurs milliards d'années.
Les prises de position de Gérald Bronner l'amènent à s'opposer au principe de précaution. Le sociologue Sylvain Laurens et les journalistes Stéphane Foucart et Stéphane Horel critiquent son analyse de ce principe formulée avec Étienne Géhin, considérant qu'elle n'est pas scientifiquement étayée. Parmi leurs critiques, ils considèrent que, lorsque Gérald Bronner analyse le coût économique d'une application maximaliste du principe de précaution, il omet de prendre en compte les coûts globaux de sa non application. Gérald Bronner fait preuve de méfiance vis-à-vis des préoccupations écologistes, considérant que des sociétés écologistes seraient des sociétés de la peur. Pour lui, elles pourraient mener à un .
Son ouvrage Le Danger sociologique vise, selon Mediapart, ..
Dans Apocalypse cognitive, paru en 2021, il s'inquiète des effets de la montée en puissance des réseaux sociaux, amenant à ce que l'information est partout mais n'est plus hiérarchisée. Cette nouvelle disposition de l'information établirait un discours relativiste, conduisant à ce que la parole d'un professeur d'université et d'un gilet jaune reçoivent la même considération. Pour lutter contre ce relativisme des idées, il conclut, selon une analyse des Échos, .
De même, il considère qu'Internet est un objet technique qui, par le biais du filtrage algorithmique, amplifie la désinformation et les théories conspirationnistes en accentuant le biais de confirmation et l'auto-enfermement cognitif (ou « bulles de filtrage »). Selon lui, la médiatisation sur les réseaux sociaux de certains discours de personnes non professionnelles de l'information a accentué ce phénomène : .
Réception Les thèses de Gérald Brönner sont généralement mal acceptées par ses pairs, en particulier depuis la publication de L'Apocalypse cognitive, pour lequel il est accusé d'. Toutefois, cet ouvrage est remarqué et apprécié par Emmanuel Macron, soucieux de la montée de la « contestation de toute forme d’autorité, y compris de l’autorité académique et scientifique », et qui à cette occasion lui confie la direction d'une comission chargée d'un rapport pour letter contre la haine et la désinformation.
Opposition au principe de précaution Dans L'Inquiétant principe de précaution (2010) coécrit avec Étienne Géhin et La Planète des hommes : Réenchanter le risque (2014), Bronner pointe les dérives possibles du principe de précaution, et plus précisément d’une « application maximaliste » de celui-ciCf. quatrième de couverture de l’ouvrage de Bronner, L’inquiétant principe de précaution, mais n’est pas opposé à son usage modéré.. Les journalistes Stéphane Foucart, Stéphane Horel et le sociologue Sylvain Laurens consacrent une partie importante de leur ouvrage Les Gardiens de la Raison : Enquête sur la désinformation scientifique (2020) au cas de Gérald Bronner. Ils lui reprochent de remettre en cause le principe de précaution, qui est combattu par les industries du tabac, de la chimie, des pesticides et des énergies fossiles : celles-ci voudraient remplacer dans le droit européen le principe de précaution par le « principe d'innovation ». Par ailleurs, les trois auteurs l'accusent de pratiquer ce qu'il reproche aux autres, c'est-à-dire de faire preuve de militantisme caché, lorsqu'il défend ses convictions sans les confronter aux travaux récents de ses pairsFoucart, S., Horel, S. & Laurens, S. (2020). 11. Gérald Bronner, l’intellectuel rationaliste de synthèse. Dans : S. Foucart, S. Horel & S. Laurens (Dir), Les gardiens de la raison: Enquête sur la désinformation scientifique (). Paris: La Découverte. lire en ligne..
Dans L’Inquiétant principe de précaution, les deux auteurs contestent la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique, prétendant que aurait été négligée par le GIEC. L'ouvrage relativise plusieurs aspects des problèmes écologiques contemporains et se propose de réactiver « le grand récit du progrès », par opposition aux diagnostics portés par l'écologie politique et aux changements sociaux généraux qu'elle suggère. Cependant, contacté par le journal Libération pour un article sur cette polémique, Bronner se défend d'être l'auteur des paragraphes fautifs..
La théorie du « précautionnisme » (critique d'un recours trop systématique au principe de précaution) de Gérald Bronner est critiquée en raison de son utilisation par de grandes entreprises et des mouvements idéologiques anti-démocratiques proclamant la supériorité des experts sur les citoyens et tentant de délégitimer les sciences sociales critiques, notamment dans les domaines de l'alimentation, de la santé, de l'environnement ou de la sécurité.
Réactivations d'anciennes polémiques de la sociologie Le sociologue Arnaud Saint-Martin estime que Gérald Bronner présente une argumentation « biaisée et superficielle » dans Le danger sociologique, co-écrit avec Étienne Géhin, critiqué pour son titre équivoque qui ravive une ancienne polémique dans le milieu de la sociologie française. Bernard Lahire relève que l'ouvrage réactive un débat théorique ancien entre deux courants représentés par Raymond Boudon et Pierre Bourdieu.
Propagation de fausses informations D'autres critiques notent que dans l'un de ses livres, Gérald Bronner relaie involontairement une fausse information, ce qu'il reconnaîtra par la suite : Dans La démocratie des crédules () (et dans La Planète des hommes - Réenchanter le risque d'après l'article cité en référence de Stéphane Foucart dans Le Monde), il fustige « la ronde des atermoiements précautionnistes » dans la lutte contre l'épidémie de choléra à Haïti en 2010, qui aurait retardé l'utilisation d'eau de Javel pour traiter les eaux contaminées. Après vérification par un journaliste du Monde, cet exemple s'est révélé erroné ; selon lui, cette erreur montre que Gérald Bronner n'est pas à l'abri du biais de confirmation qu'il dénonce chez les autres..
Analyses critiques de sa thèse sur l'« apocalypse cognitive »