Les Wallisiens et Futuniens forment la troisième communauté en termes d'importance au sein de la population de la collectivité sui generis française de Nouvelle-Calédonie, après les Kanak (Mélanésiens natifs de l'archipel) et les descendants d'Européens (dits « Caldoches »). Issus de plusieurs vagues d'immigration depuis les années 1940 mais aussi d'une forte natalité au sein de cette population, ils sont désormais plus nombreux qu'à Wallis-et-Futuna. Avec individus en 2009, ils représentent de la population totale de l'archipel. En 2014, ils sont individus soit de la population néo-calédonienne Tableaux Excel présentant les données détaillées de la population néo-calédonienne (notamment la répartition des communautés par province et par commune) : http://www.isee.nc/component/phocadownload/category/278-donnees. Et en 2019, ils sont ou de l'ensemble des habitants.

Histoire

Nouveau Tāvaka Le (littéralement « voyage » en wallisien) est une tradition ancestrale des Wallisiens et des Futuniens à quitter leur archipel pour explorer les îles environnantes, en quête de survie et de nouveaux horizons et dans un souci de régulation démographique.. Avant la période contemporaine, les précédents ont notamment été à l'origine d'un peuplement wallisien à Ouvéa (qui tire son nom de celui traditionnel de Wallis, Uvéa, tandis qu'une langue polynésienne, dérivée du wallisien, y est toujours parlée, le fagauvea). Mais les Wallisiens et Futuniens ont connu leur phase d'émigration la plus importante dans la seconde moitié du , vers la Nouvelle-Calédonie J.-Cl. ROUX, « Un exemple de migration-enracinement dans le Pacifique Sud : la communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie », Cahiers de l'ORSTOM, série Sciences Humaines, vol. XXI, n°4, 1985, p. 461-480 D. PECHBERTY, « Les Uvéens en Nouvelle-Calédonie », The Journal of Pacific Studies, Vol. 27, N°1, 2004, p. 63-81.

Causes Causes internes Les populations polynésiennes de Wallis-et-Futuna n'ont pas connu la baisse démographique qui a marqué la colonisation dans les autres archipels du Pacifique, du fait de l’isolement des îles ainsi que de l'importance sociale et politique prise à partir de 1840 par la mission mariste, celle-ci protégeant les habitants contre les « recruteurs de main-d’œuvre » et les trafiquants d’alcool qui écumaient la zone et établissant un ordre moral très strict. De plus, l'absence de réel intérêt économique et de place n'a pas poussé les pouvoirs publics métropolitains à encourager l'installation de colons. Ainsi, le nombre d'habitants stagne ou augmente faiblement entre 1889 et 1935 (entre et à Wallis, autour de à Futuna). Puis l'archipel connaît à partir de la Seconde Guerre mondiale un véritable boom démographique, avec une croissance de près de 50 %. Wallis passe ainsi de habitants en 1935 à en 1953, et Futuna de à résidents durant la même période. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, dont surtout l'amélioration des conditions de soins et de lutte contre les épidémies depuis l'arrivée du premier médecin à poste fixe à Wallis en 1905, ainsi que l'installation en 1942 d'une base américaine qui permet la prise de contact avec la modernité qui remet en question la société traditionnelle, la création de dizaines d'emplois salariés et la distribution massive de médicaments, de nourriture et d’habits à l'origine d'une véritable euphorie sociale.

Mais le caractère exigu des deux îles habitées ( pour Uvéa et pour Futuna, la population se concentrant de plus presque exclusivement sur le cordon littoral) et leur isolement associés à cet essor démographique créent bientôt un sentiment de trop-plein. De plus, il existe un manque d'offre d'emploi à la suite du départ des troupes américaines et en l'absence de ressources économiques importantes à exploiter. En effet, la production de coprah, qui a longtemps fait figure de seule valeur à l'exportation, avec entre 500 et 700 tonnes en moyenne annuelle, est ruinée par l'invasion de l'oryctes, ou rhinocéros du cocotier, venu des Samoa à partir de 1932. L'administration, après avoir tenté de développer, sans succès, d'autres cultures (notamment le ricin entre 1932 et 1938), va favoriser finalement les migrations vers les autres territoires français du Pacifique, surtout les Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu) et la Nouvelle-Calédonie.

Causes externes La Nouvelle-Calédonie est la seule colonie française d'Océanie à connaître, et ce dès la fin du , une activité minière et industrielle à travers l'exploitation du nickel. De plus, sa surface agricole utile importante permet le développement de cultures qui connaissent un essor plus ou mois important au fil du temps, dont tout particulièrement celle du café. La baisse de la population autochtone (les Kanak) et surtout leur mise à l'écart de par le code de l'indigénat, nécessite de faire venir des mains-d'œuvre autres que les seuls colons d'origine européenne. Pendant la première moitié du , la Nouvelle-Calédonie fait surtout venir des travailleurs asiatiques (Indonésiens, Indochinois, Japonais). Mais la Seconde Guerre mondiale (pendant laquelle un mouvement de déportation vers l'Australie ou d'expulsion des Japonais est mené par l'armée américaine) puis la décolonisation (indépendance et la révolution nationale en Indonésie de 1945 à 1949, la guerre d'Indochine de 1946 à 1954) aboutissent à un retour de ces populations dans leurs pays d'origine.

Or, la Nouvelle-Calédonie entre dans une phase d'essor économique qui culmine avec le « Boom du Nickel » des années 1960 et 1970 : portés par la production minière, les grands chantiers se multiplient (construction du barrage de Yaté en 1959, développement urbain de Nouméa avec remblais, immeubles, grands ensembles et infrastructures sportives des Jeux du Pacifique de 1966). L'indépendance des Nouvelles-Hébrides, devenues Vanuatu, en 1980, enlève aux migrants wallisiens et futuniens leur autre destination privilégiée.

Phases de migrations Les géographes, sociologues et ethnologues s'accordent pour dire que l'un des principaux traits des migrations wallisiennes et futuniennes en Nouvelle-Calédonie sont leur but d'une installation durable. Ainsi, Jean-Louis Rallu parle d'« une migration de couples qui se seraient installés durablement ». De plus, s'y ajoute une forte natalité dans ces familles arrivantes : l'indice de fécondité est à 9,89 enfants par femme pour la période 1965-1967, à 8,98 pour 1972-1974 et à 6,88 pour 1975-1978 (étant plus important que celui de Wallis-et-Futuna qui est successivement à 5,82 pour 1972-1974 et 6,12 pour 1975-1978) et le taux de natalité est de 70 ‰ de 1963 à 1967 et de 45 ‰ de 1975 à 1977. En 1978, 63,08 % des ménages wallisiens et futuniens ont trois enfants ou plus (et 39,81 % 5 enfants au moins). D'où un sentiment de vide de l'archipel de Wallis-et-Futuna (qui passe de habitants en 1953 à en 1969) au profit de la communauté de Nouvelle-Calédonie (de seulement 900 individus environ en 1956, elle atteint personnes en 1969) jusqu'au début des années 1970. Par la suite, l'immigration s'essouffle mais l'essor démographique de la population wallisienne et futunienne en Nouvelle-Calédonie continue à augmenter grâce à la seule natalité. Les Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie dépassent en nombre ceux de Wallis-et-Futuna au cours des années 1980, avec respectivement et personnes en 1983 puis en 1989 en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna en 1990 Communautés, ISEEPopulation des collectivités d'outre-mer, de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française, INSEE.

Premiers départs (1947-1969) Les premiers départs de migrants de Wallis-et-Futuna eurent lieu en 1947, avec 109 personnes. Ils sont recrutés par les établissements Ballande. Mais il ne s'agit pas d'une émigration de long terme (beaucoup d'engagés militaires et des matelots), et est assez irrégulière dans les années qui suivent, retombant à 14 personnes en 1948 pour remonter à 131 en 1949 et de nouveau chuter à 25 en 1950. Ainsi, sur 279 départs enregistrés entre 1947 et 1950, il y a 180 retours. Ceci s'explique par une certaine réticence des autorités religieuses et coutumières de voir partir une partie de leurs fidèles et administrés. Le Lavelua (roi d'Uvéa) Pelenato Fuluhea fixe en 1947 trois conditions à ce départ de travailleurs dans une lettre adressée au gouverneur de la Nouvelle-Calédonie Georges Parisot : l’envoi par chaque employeur d’une prime de 250 francs à titre de « récompense pour roi et chefs » pour chaque employé ; la constitution à Nouméa d’un pécule de 200 F CFP par mois, retenu sur le salaire de chaque employé et versé en fin de contrat ; les contrats ne pourraient excéder trois ans pour chaque employé. Il demande également que l'organisation coutumière d'Uvéa soit transposée en Nouvelle-Calédonie (ce qui sera fait à partir de 1967). Le vicaire apostolique Alexandre Poncet pour sa part s’assure que toutes les mesures d’accueil nécessaires seront prises, que les personnes employées seront respectées et qu'elles soient prises en charge par la communauté catholique de Nouvelle-Calédonie.

Mais le développement économique connu en Nouvelle-Calédonie permet de rompre ces premières réticences, les migrations devenant un phénomène véritablement soutenu et durable à partir de 1951. Pendant quatre ans, elles augmentent de manière progressive (800 départs entre 1951 et 1955 puis de 1956 à 1960 et sur deux ans en 1961 et 1962). D'un autre côté, la part des retours à Wallis-et-Futuna diminue comparativement aux départs, montrant une amélioration des conditions de vie et d'intégration des migrants dans leur nouvel environnement. La balance migratoire (départs moins retours) passe ainsi de + 99 personnes seulement entre 1947 et 1950 à + 473 pour la période 1951-1955, + de 1956 à 1960 et + 422 entre 1961 et 1962. Ce solde retombe légèrement entre 1963 et 1968 (à + 950), du fait notamment d'une légère crise minière que connaît alors la Nouvelle-Calédonie, pour mieux remonter de plus belle par la suite.

Ces premiers départ ont plus concerné Wallis (le taux de migration, soit la proportion des expatriés par rapport à la population recensée en 1960, est de 33 %) - et en son sein les districts de Hahake (38 %) et de Hihifo (35 %) plutôt que celui de Mu'a (28 %) - que Futuna (ce taux étant de 18 % en 1960) - mais tout de même 25 % pour le royaume de Sigave et seulement 13 % pour celui d'Alo. Il s'agit de plus surtout de célibataires : seulement 27 % des migrants avant 1960 se sont mariés au préalable à Wallis-et-Futuna, ils sont ensuite 33 % dans ce cas pour ceux arrivés entre 1960 et 1970.

Par conséquent, la population de Wallis-et-Futuna chute durant cette période. À Wallis, elle passe de personnes en 1953 à en 1960 et en 1963. À Futuna, le nombre d'habitants est de en 1953, de en 1960 et de en 1969. En parallèle, les Wallisiens et Futuniens installés en Nouvelle-Calédonie passent de 900 individus en 1956 (1,3 % seulement de la population totale) à en 1963 (2,89 %) et en 1969 (6,16 %, il s'agit désormais de la troisième communauté de ce Territoire).

Essor du « boom du nickel » (1969-1973) Pendant cette période, la balance migratoire de Wallis-et-Futuna est de + individus (+ 262,4 par an en moyenne). Il s'agit également plus de couples mariés : alors que la proportion de migrants mariés à Wallis-et-Futuna était de 33 % pour ceux arrivés dans les années 1960, ce chiffre est porté à 43 % pour ceux venus entre 1971 et 1977.

Finalement, les chiffres de l'INSEE pour 1976, cités par Jean-Louis Rallu, montrent que 77,5 % des hommes nés à Wallis-et-Futuna entre 1932 et 1936 ont migré à un moment de leur vie en Nouvelle-Calédonie et que 65 % y étaient encore présents en 1976. Pour la génération de 1937-1942, cette proportion est de 75 %. Le nombre des Wallisiens et Futuniens en Nouvelle-Calédonie passe de en 1969 à en 1976 (7,18 % de la population totale).

Essoufflement (après 1973)