L'Est à laine mérinos est une race ovine du nord-est de la France. Elle est originaire du sud-ouest de l'Allemagne, le Wurtemberg, où elle a été formée à partir de sujets mérinos importés d'Espagne puis de France. Les animaux sont de grande taille, sans cornes, avec une toison blanche, étendue, de type mérinos. La tête est blanc grisé, enlainée sur le front, avec des oreilles semi pendantes. C'est une race très résistante dans le milieu extérieur et particulièrement adaptée à la marche. Race maternelle par excellence, elle est utilisée pure ou en croisements pour produire des agneaux de boucherie lourds (agneaux dits de bergerie). Comme les mérinos en général, c'est une excellente productrice de laine fine, abondante, longue et résistante. Son schéma de sélection recourt au testage sur descendance, et dispose d'un centre d'élevage. Selon le Bureau des ressources génétiques, en 2005, on comptait environ .
Histoire L'Est à laine mérinos est issu de moutons originaires de la région de Wurtemberg dans le sud-ouest de l'AllemagneEdmond Quittet et Michel Franck : Races ovines en France, , 120 pp, 1987, Éditions La Maison RustiquePaul Diffloth dans son ouvrage de zootechnie ovine publié en 1909 ne fait nullement état de la présence de moutons mérinos dans la Lorraine restée française de l'époque alors que par ailleurs il développe largement la partie dédiée à ce qu'il appelle les mérinos de la France septentrionale..
De même qu'en France, sous Louis XV d'abord, puis surtout sous Louis XVI, ensuite, pour la création du Mérinos de Rambouillet, l'histoire du Mérinos en Allemagne est directement en relation avec des importations qui ont été rendues possibles par le cousinage de chefs d'État, princes ou rois, avec le roi d'Espagne. Le duché de Wurtemberg reçut ses premiers mérinos en 1786 : Charles II de Wurtemberg importa dans son duché 74 béliers et un petit nombre de brebis, en provenance d'Espagne et de France. Mais ce sont les troupeaux Mérinos de Saxe qui ont acquis la plus grande réputation grâce aux importations réalisées à partir de 1765 par le Prince Electeur de Saxe d'où le nom de race électorale qui fut donnée à l'une des variétés souches du troupeau allemand.
Ces importations de Mérinos en Allemagne donnèrent naissance, entre autres, à un « mérinos de pays » (Merinolandschaf) qui bénéficia par la suite d'autres infusions de sang Mérinos de type Rambouillet et de type Précoce, en provenance de France, notamment à l'issue de la guerre franco-allemande de 1870. Pendant l'annexion de l'Alsace-Lorraine, de 1871 à 1918, les moutons wurtembourgeois y venaient en transhumance et peu à peu ils s'y implantèrent en débordant ensuite sur les départements limitrophes. Ce mode particulier de transhumance dite transhumance horizontale a longtemps occupé une place importante dans l'élevage ovin du sud-ouest de l'Allemagne Rainer Luick : Transhumance in the Swabian-Franconian region of Germany. La Cañada, février 2008Rainer Luick : Transhumance in Germany. Cette transhumance horizontale a aussi été très présente dans l'Est de la France, en Alsace et en Lorraine principalement, où elle est étroitement liée à l'élevage du mérinosJ. Blache : La transhumance en Lorraine, Annales de Géographie, 1937, 46, Numéro 260, Colette Mechin : Des bergers transhumants en France du Nord-Est, Revue des Sciences Sociales de la France de l'Est, Strasbourg, 1983, no 12-12, Du fait de cette communauté d'origines, la race Est à laine mérinos offre aujourd'hui une parenté génétique étroite avec le mérinos allemand avec lequel des échanges se sont maintenus.
Les éleveurs français améliorèrent ce mouton pour les caractères de précocité, conformation et production lainière. L'Alsace fut le berceau de cette amélioration qui est activement poursuivie en Lorraine au . Après une première tentative de création en 1928, le flock book de la race est créé le . Pour marquer les différences d'orientation par rapport au type originel, la race qui jusque-là s'était appelée « Wurtembergeoise » rechercha une nouvelle dénomination. Après quelques hésitations, elle fut, en 1950, officiellement autorisée à prendre le nom de « Race de l'Est à laine mérinos ». L'UPRA est créée en 1976. Les éleveurs intègrent Génovin Service en 1999, et, depuis 2000, une collaboration est instituée avec la Chambre d'Agriculture de Lorraine.
Dénominations Localement, l'Est à laine mérinos est aussi parfois dénommé « Alsacien » au regard de ses originesDictionnaire des productions animales : Mouton Alsacien. En anglais, c'est aussi le Merino sheep of eastern FranceL'Est à laine Mérinos(Merino sheep of eastern France).
Description thumb|Brebis Est à laine mérinos. Le standard officiel de la race est le suivant : Tête : allongée, couleur blanc-gris à poils fins ; oreilles longues légèrement pendantes. Encolure: cou moyen sans pli ni fanon. Tronc : long, poitrine et garrot larges, dos horizontal et croupe arrondie vers la queue Aplombs : corrects, très bonne ossature Peau : non plissée Membres : toujours marqués de tâches de même couleur que celles de la tête Laine : Couleur : blanche Étendue : toison très étendue garnissant le front, la naissance des oreilles et une partie des joues, revêtant toutes les parties du corps, s'arrêtant au genou et débordant sur le jarret. Finesse minimum : 100 Poids moyen des toisons : béliers : ; brebis : Poids: Brebis adulte : 70 à , Béliers adultes : 90 à Pour la diagnose de la race, outre l'étendue de la toison de type mérinos, dense, à mèches carrées sur le corps et qui laisse la face à découvert, ainsi que l'absence de cornage qui la distingue des races mérinos comme le Mérinos de Rambouillet et le Mérinos d'Arles, on retiendra aussi l'allure souvent altière de l'animal, avec une encolure et un port de tête relevés.
Sélection Le programme de sélection de l'Est à laine mérinos bénéficie du soutien de la Chambre d'agriculture de Meurthe-et-Moselle. Celle-ci met à disposition de la race un technicien pour suivre le programmeChambre d'agriculture de la Meurthe et Moselle : l'élevage ovin.
La base de sélection thumb|left|Berceau d'élevage de l'Est à laine mérinos en 2009. En 2009, ce programme s'appuyait sur une base de sélection de présentes dans situés sur , la Moselle et la Meurthe-et-Moselle, contre environ dans sur en 2005. Cette fonte des effectifs est la conséquence de la crise ovine qui affecte tout l'élevage européen et qui a conduit à des mesures de relance instituées en 2010 via l'accord européen Bilan de santé de la PAC adopté en 2008.
Le schéma de sélection Depuis 1981, le programme de sélection s'appuie sur un centre d'élevage près de Nancy qui accueille chaque année béliers de la race, choisis sur leur ascendance. Leurs performances y sont enregistrées. La plupart sont ensuite vendus aux éleveurs lors de ventes annuelles aux enchères, mais les meilleurs d'entre eux sont ensuite intégrés à un schéma de testage sur la descendance. Les étapes en sont celles de tout schéma de ce type, à savoir : l'insémination d'un certain nombre de brebis avec la semence de ces béliers, le contrôle et l'enregistrement des performances de leur descendance en ferme, l'estimation de leur valeur génétique (index) à partir de ces résultats. Les béliers qui ont la meilleure valeur index sont qualifiés béliers améliorateurs et leur semence est diffusée à grande échelle par insémination artificielle. ont lieu chaque année dans la race. Les objectifs de sélection sont: le développement des qualités maternelles des brebis la conservation du potentiel lainier la résistance génétique à la tremblante du moutonF. Barillet et al. : Le programme français d'éradication de la tremblante du cheptel ovin fondé sur l'utilisation de la génétique, INRA Prod. Anim., 2004, Numéro hors série, 87-100.
Le schéma de sélection cherche également à produire des agnelles de qualité, pour assurer le développement des troupeaux. Un programme de qualification des agnelles a ainsi été créé en Lorraine, et fournit aux éleveurs chaque année, pour le renouvellement et l'accroissement d'élevages, voire la création de nouveaux troupeaux.
Résultats du contrôle des performances en élevages de sélection La prolificité lors de mise-bas après œstrus naturel a été de 128,1 % pour des mises bas de jusqu'à , 151,7 % pour des mises bas de de plus de , dans les élevages de sélection.
Le poids à âge-type de 30 jours (PAT 30 j) qui est un indicateur du potentiel laitier des brebis estimé au travers du croît des agneaux sur cette période est livré dans le tableau suivant : PAT 30 j des agneaux exprimé en kg dans les élevages en organisme de sélection en 2009
simplesdoublestriples et plusmâlesfemellesmâlesfemellesmoyenne15,214,012,011,511,3effectif91988546écart-type3,02,82,42,2 1,9
Aptitudes thumb|Béliers Est à laine mérinos L'Est à laine mérinos offre toutes les caractéristiques d'une race dite maternelle au sens zootechnique du terme : excellente aptitude au désaisonnement comme chez tous les ovins de type Mérinos, ce qui autorise la production d'agneaux précoces de bergerie. On note ainsi un nombre important d'agnelages en automne, ce qui implique une lutte au printemps et au début d'été, à une période l'année qui n'est pas la saison de reproduction classique des moutonsEn rapport avec le photopériodisme et la reproduction : c'est le fait d'organiser la « lutte » (nom donné à la reproduction chez les ovins) au printemps, donc à contre saison car à durée de jours croissante, plutôt qu'à l'automne (durée de jour décroissante qui est la saison naturelle de reproduction des moutons dans l'hémisphère nord, au moins au nord de l'Europe et dans la moitié nord de la France) .
Répartition mensuelle des agnelages en élevages de sélection Est à laine Mérinos en 2009Institut de l'Elevage, département génétique : Bilan du contrôle de performances ovins allaitants - Campagne 2009, 105 pp, juillet 2010. (élaboration graphique par Wikipédia) facilité d'agnelage très bonnes qualités maternelles : bonne valeur laitière, docilité, adoption aisée d'agneaux d'autres brebis. La prolificité est moyenne avec environ par portée. rusticité : l'Est à laine mérinos est une race rustique. Elle est dotée d'une grande capacité d´ingestion et s´adapte à toutes sortes de régimes alimentaires. Elle valorise bien les fourrages grossiers, notamment la paille produite en grandes quantités dans l'Est et qui est donc souvent intégrée dans les rations hivernales à hauteur de 30 % de la ration. Comme les autres races ovines mérinos, elle offre une excellente résistance au froid et aux intempéries grâce à sa toison étendue, homogène, dense, isolante, fine et à croissance plus rapide, ce qui se traduit par une augmentation modérée de la thermogenèse au cours de l’exposition à la pluie et au vent, comme l'ont montré des résultats obtenus à partir d'essais expérimentaux en station, comparatifs avec d'autres races non mérinos JF Hocquette, M Vermorel et J Bouix : Influence du froid, du vent et de la pluie sur les dépenses énergétiques et la thermorégulation de sept types génétiques de brebis, Genet. Sel. Evol. 1992, 24, 147-169. grégarité : comportement naturel commun à tous les animaux de type mérinos se traduisant par le maintien à l'état groupé (et donc la non dispersion) des animaux en pâture ou à l'herbage. résistance et aptitude à la marche : autrefois, les troupeaux stationnant en Alsace partaient dès le mois d'avril pâturer très loin de leurs bergeries où ils ne revenaient qu'en novembre.
L'ensemble de ces aptitudes se traduit par un confort ou une relative facilité de conduite du troupeau pour l'éleveur.
Élevage Elle est utilisée en race pure ou en croisement avec des béliers typés viande d'autres races. Le croisement à double étage entre une brebis Suffolk x Est à laine mérinos et un bélier Île-de-France est assez répandu.