Lifou (en drehu : Drehu) est une île de la mer de Corail qui fait partie des îles Loyauté, dont elle est la plus importante. C'est une commune française ainsi qu'une aire coutumière de la Nouvelle-Calédonie.

Situé au bord de la baie de Châteaubriand, Wé en est le centre administratif. Elle regroupe les principales infrastructures commerciales et administratives de l'île.

La commune fait partie de l'aire coutumière Drehu.

Géographie Localisation

Comme ses voisines Maré et Ouvéa, Lifou est constituée de roches calcaires massives d'origine corallienne (karsts calcitiques et dolomitiques) : c'est un atoll surélevé, un ancien atoll progressivement soulevé au cours des âges..

Climat

Géologie, relief et hydrographie Elle constitue ainsi, avec les îles voisines de Maré au sud-est et d'Ouvéa au nord-ouest, la partie émergée de la ride des Loyauté, ancien arc volcanique intra-océanique d'âge éocène né des effets d'une subduction à plongement vers l'est, réaffecté ensuite par un magmatisme de type « point chaud » aux époques oligocène et miocène. La ride a connu trois phases tectoniques principales : la formation d'abord d'un graben axial, puis un événement compressif correspondant à l'obduction de l'éocène supérieur connue par la Grande Terre, et finalement une collision avec l'arc des Nouvelles-Hébrides. Les îles constituent donc les sommets de cette ride qui ont progressivement émergé à partir du Pléistocène, formant des atolls surélevés., en raison de la proximité de la zone de subduction de la fosse des Nouvelles-Hébrides (où la plaque australienne plonge sous la plaque des Nouvelles-Hébrides), qui entraîne un bombement de la croûte océanique de la plaque australienne, dernier épisode tectonique définissant la ride actuelle des îles Loyauté..

Lifou présente donc un large plateau central en huit, coupé par un isthme rocheux et couvert de forêts, correspondant au fond de l’ancien atoll (le reste desséché de son lagon), entouré par une couronne de falaises correspondant à l’ancienne barrière récifale.

Du fait de son substrat calcaire très poreux, Lifou est dépourvue de cours d'eau. Mais elle renferme en profondeur une importante lentille d'eau douce, dite lentille de Ghinsberg-Herzberg. Celle-ci est accessible par des trous d'eau, et depuis la prise de possession de l'île, par des puits profonds creusés par l'infanterie de marine dans de nombreux villages. Les trous d'eau sont dans des grottes et jouent un rôle variable dans la mythologie locale.

Voies de communication et transports Lifou est desservie par l'aéroport intérieur de Wanaham, au nord-est de l'île, qui la relie à Nouméa (aéroport de Magenta) par les compagnies Air Calédonie ou Air Loyauté, et Tiga (Aéroport de Tiga).

Une route territoriale, la RT 2 (), relie Wé à cet aéroport, et une route provinciale, la RP 1 (), part de la RT 2 au niveau du rond-point de Kumo (non loin de l'aéroport) pour rejoindre le wharf de Xepenehe, au nord-ouest de l'île.

Le port de Wé (géré par le port autonome de Nouvelle-Calédonie), dispose d'un quai de de long, de de terre-plein, de de dock, de d'abri passager, d'un appontement et d'un tirant d'eau de . Il est desservi par le Betico II (ferry d'une capacité de 350 passagers et de fret, soit dix voitures) qui le relie à Nouméa (entre et de trajet), Maré (en ), Ouvéa (en ) et l'île des Pins (entre et de trajet).

Histoire Avant les Européens

Des poteries de type Lapita (dont les dates d'utilisation, d'après les sources archéologiques découvertes, vont du millénaire av. J.C. au ) ont été trouvées sur deux sites des îles Loyauté, dont un à Lifou, à Luecilla.. C'est vraisemblablement par la suite, à partir du début de notre ère, que la culture kanakL'origine du terme Kanak est généralement attribué au mot hawaiien « kanaka » qui signifie « être humain », repris ensuite par les Européens pour désigner les populations autochtones du Pacifique, et plus particulièrement de la Mélanésie, sous la forme « canaque ». Celui-ci prit rapidement un terme à connotation péjorative en Nouvelle-Calédonie avant d'être revendiqué sous la graphie « Kanak » par les populations mélanésiennes de l'archipel a commencé à se développer. Elle est probablement issue d'une différenciation régionale de plus en plus poussée au sein des populations austronésiennes de tradition Lapita, et de nouveaux apports de populations venant des îles Salomon ou du Vanuatu et issues de la première vague de peuplement de l'Océanie (dite du Sahul).

Plusieurs récits issus de la tradition orale kanak font état de migrations polynésiennes vers les îles Loyauté et l'île des Pins, peut-être entre le et le tout début du . Pour Lifou, il s'agit essentiellement de populations samoanes et tonguiennes – d'après Jacques Izoulet, l'appellation de « Lifou » serait d'origine samoane.. S'y ajoutent les Xetiwan ou Xetriwaan, originaires selon Jean Guiart d'Anatom dans l'actuel Vanuatu et de souche certainement polynésienne, surtout concentrés en 1858 dans la grande-chefferie de Loessi au sud (surtout Inagod mais aussi Traput et Dozip, anciennement à Luengöni), ainsi qu'à Tingeting dans le Wet au nord. De cette population Xetiwan de Lifou sont issus des clans qui ont ensuite colonisé et fondé des chefferies à Maré (les si Hnathege par exemple, à l'origine de la grande-chefferie de La Roche au nord, certainement également, selon Jean Guiart, les Si Thuahmijoc dont sont issus les Hnaisilin ou Naisseline de la grande-chefferie de Guahma à l'ouest). ou à l'île des Pins (les Ti Tèré à l'origine de la dynastie actuelle des grands-chefs Vendégou). D'autres insulaires de Lifou, à différentes époques, ont migré vers d'autres lieux de l'actuelle Nouvelle-Calédonie, tout particulièrement à Ouvéa où, toujours d'après Jean Guiart, le clan Tuhan Hnada de Fayaoué ou ceux des chefs Wanakamwe à Nanéméhu, Daume à Guei, Kauma à Banout et Ouloup, ou Oüa à Ognahut. Ces mouvements de population ne se font pas que dans un sens, et certains clans de Lifou, sont à leur tour originaires d'autres îles Loyauté ou néo-calédoniennes : ainsi, les Si Hnadid installés près de Nathalo (le siège de la grande-chefferie Sihaze du Wet) sont originaires de Maré.

Ceci a permis de développer aux îles Loyauté une organisation clanique légèrement différente de celle de la Grande Terre. Avant l'arrivée des Européens, les clans sont généralement fédérés au sein d'une entité plus large organisée sur le plan politique, des « grandes chefferies » ou districts coutumiers qui s'apparentent déjà plus au système de la royauté polynésienne. Apparaissent ainsi une hiérarchisation et une spécialisation des clans en fonction des attributions qui leur sont confiées au sein de la grande chefferie : il existe en effet notamment des clans des chefs (Joxu ou « maîtres des hommes ») et des grands-chefs (Angajoxu), des dignitaires (les Angatresi, ou Atresi au singulier, soit les « protecteurs de la chefferie », représentants, porte-paroles ou « ministres » du grand-chef, médiateurs quotidiens entre les clans, ils peuvent renverser le grand-chef voire le mettre à mort dans le Wet, et sont des personnages sacrés car connaisseurs des plantes et ayant accès au monde des haze, les esprits), des « maîtres du sol » ou « maîtres de la terre » (alalu ou trenadro, considérés comme les descendants des premiers habitants de l'île), de la mer (regroupant les pêcheurs), de la magie (acania ou sorciers défenseurs de la chefferie) et guerriers. Le grand-chef symbolise le district et assure la cohésion sociale et à ce titre, il est respecté et adulé par la population du district. Il est la référence, le chef des hommes et de la terre et tranche, en dernier ressort, en cas de litiges, tandis que les chefs de clan lui doivent obéissance et respect. On ne s'adresse pas à lui dans la langue commune, le drehu, mais avec une langue spéciale, le miny. On s'approche de lui accroupi, et personne ne reste debout en sa présence. Progressivement, deux grandes-chefferies traditionnellement rivales - mais sans jamais que l'une l'emporte face à l'autre - s'imposent : celle du Wet (ou Wetr) au nord des grands-chefs Sihaze qui siègent à Nathalo et celle de Loessi (ou Lösi) au sud des Boula (ou Bula) de Mou (ou Mu). Située entre les deux, tant géographiquement que par un rôle traditionnel de conciliateur dans leur conflit, s'est développée une grande-chefferie moins étendue, celle de Gaitcha (ou Gaica) des Zéoula (ou Zeula) de Duéulu (ou Drueulu).

Des liens matrimoniaux et commerciaux anciens existent avec la Grande Terre ou l'île des Pins, où les Lifous expédient des objets artisanaux (coquillages travaillés, bracelets, nattes fines en feuilles de pandanus) en échange de cordages, de poteries de l'île Ouen, de hachettes de cérémonie en jadéite, des matières premières (bois de houp pour la construction des pirogues doubles ou de la serpentine pour la fabrication des armes et des outils). Sur le plan de la religion, de manière similaire aux autres îles Loyauté et sur la Grande Terre, les habitants de l'île avant la christianisation croient en l'existence de haze, êtres omniprésents et omnipotents, à la fois divinités et esprits. Ils se distinguent des haze géniteurs et protecteurs des clans, souvent représentés par un animal (lézard, requin, oiseau, serpent, anguille, ...), un végétal (banian, liane) ou un minéral (pierre, rocher) – sous l'apparence desquels ils apparaissent aux hommes dans les contes et mythes de la tradition orale – importants dans les représentations totémiques des clans, repris dans l'art et notamment les sculptures. Par exemple, le haze du clan Atresi Qenegei de Hanawa dans le district de Wet a pour nom Hulipomë et est représenté par un serpent. La lignée Wahminya de Nanémuhata (ou Hnanemuhaetra) et Mutchaweng (ou Mucaweng) dans le Wet pour sa part a pour haze Ithidra Luop, représenté par une sous-espèce locale du Martin-chasseur sacré (Todiramphus sanctus canacorum), et qui a pour fonction de tuer à l'intérieur d'un cercle fait de pierre à un lieu appelé Hua (tombe) ceux qui jettent des mauvais sorts. Le clan immigré à Maré des Si Xacace est aussi lié à Ithidra Luop. Les légendes liés aux haze et à leurs représentations sont à l'origine d'objets ou lieux tabous dont les clans qui leur sont liés sont les protecteurs : ainsi les Wahminya se disent les gardiens d'un jia (bâton magique) baptisé Makalu devant assuré la victoire à la guerre grâce à l'entremise d’Ithidra Luop – la tradition orale rapporte que lors de la révolte de 1878, Ataï et les insurgés auraient envoyé des messages à Lifou pour que leur soit envoyé ce jia.. D'autres haze n'ont qu'une représentation abstraite, souvent avec une image et une fonction maléfique, similaire à un « sort », au « mauvais œil » d'autres cultures, jugés responsables d'échecs, de maladies, d'accidents, de destructions ou de la mort. Les morts forment un troisième type de haze, rendant les lieux de sépultures et tertres ancestraux eux aussi tabous ou sacrés. Ceux considérés comme ayant un accès au monde des haze (les angatresi mais aussi les acania ou sorciers défenseurs) ont une fonction sacrée et spirituelle importante, en lien directement avec la chefferie. Les Kanak avaient ainsi une religion chamanique.

Navigateurs européens et missionnaires