La Société de Fiennes est une compagnie minière qui a exploité la houille dans le Boulonnais dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. L'exploitation ne consiste qu'en un grappillage de charbon, mais l'engouement qui se produit à cette époque pour les valeurs charbonnières va permettre la création d'un établissement organisé destiné à produire plus de houille. La Société va creuser des puits au-delà de , profondeur maximale à laquelle les pompes d'exhaure peuvent à cette époque prendre les eaux d'infiltration.

Le puits l'Espoir est mis en chantier, puis successivement les puits Dusouich, la Renaissance et la Providence. La production est faible, mais les prix de revient élevés sont compensés par des prix de vente élevés grâce au manque de concurrence aux alentours, ce qui permet à la société de continuer à produire jusque 1870, mais la dette est trop élevée, et la Société ne parvient pas à obtenir un nouvel emprunt. Elle est alors liquidée, et l'activité est reprise par la Compagnie des Charbonnages de Réty, Ferques et Hardinghen. Un procès se déroule par la suite, les obligataires souhaitant être remboursés de leur prêt par les actionnaires.

Historique

Situation des mines en 1837

D'après un rapport de M. Dusouich, en 1837, l'exploitation d'Hardinghen ne consiste qu'en un grappillage de charbon au milieu des restes des exploitations du siècle dernier. L'état des travaux devient des plus précaire, et on approche de l'épuisement des massifs laissés par les anciens. L'extraction annuelle s'élève à peine à combles, revenant au prix élevé de l'un.

Les travaux ne s'étendent pas au-dessous de , profondeur à laquelle la machine d'épuisement peut prendre les eaux. On vient de commencer sur Fiennes un puits, l'Espoir, que l'on se propose de pousser à , et on y a monté pour l'extraction et l'épuisement une machine de .

Achat des concessions d'Hardinghen et de Fiennes

Telle est la situation des Mines d'Hardingdien en 1837, à l'époque de l'engouement des capitalistes du Nord pour tout ce qui touche de près ou de loin à l'industrie houillère. Une Société civile s'est constituée le , sous le nom de Société de Fiennes. Elle achète des familles de Cuinchy et de Liedekerke, descendants de Desandrouin, et de M. Cazin d'Honincthun, la concession et les établissements qu'ils possèdent à Réty et à Hardinghen, et de la baronne de Laborde, la concession éventuelle de Fiennes. Cette dernière concession n'est instituée définitivement que le , par une ordonnance royale. Son étendue est de . La concession d'Hardinghen, s'étendant sur les territoires de Réty, Ferques et Hardinghen, a été instituée le 11 nivôse an VIII, et comprend .

Une note non datée et peu explicite, communiquée à l'auteur, fournit les indications suivantes sur les parts de propriété des vendeurs, le prix d'achat de l'établissement d'Hardinghen, et l'estimation des objets composant alors cet établissement. L'entreprise d'Hardinghen aurait donc, d'après cette note, été payée par la Société . Dans ces prix, les trois fosses, Nord, Sud et Locquinghen, alors existantes, sont estimées , les terrains et bâtiments , le matériel et les approvisionnements , soit un cumul de . Le surplus du prix d'acquisition représente la valeur de la concession.

Statuts de la Société de Fiennes

Les statuts de la Société de Fiennes modifiés à diverses reprises par délibérations des assemblées générales sont, tels qu'ils sont arrêtés en 1855, analysés ci-dessous.

La Société est civile. Elle a pour objet la reconnaissance de l'ancienne concession de Fiennes, la recherche et l'exploitation de la houille sur le territoire de ce nom. Son siège social est à Réty. La Société est constituée à partir du . Le fonds social est fixé à représentés par de . , 1 à 26, seront actions libérées et ne seront susceptibles d'aucun appel de fonds. Trente autres actions, 27 à 56, appartiendront aux fondateurs et seront, comme toutes les autres actions, sujettes aux appels de fonds, mais seulement jusqu'à l'extraction de la houille. Ces sont partagées d'accord entre les fondateurs entre eux et les personnes qu'ils reconnaissent avoir rendu service à la Société. Cinquante autres actions, 57 à 106, seront conservées pour former un fonds de réserve à la Société. Elles ne seront émises qu'après autorisation de l'assemblée générale, et la prime qui serait obtenue au-delà de leur valeur nominale, appartiendrait pour moitié aux fondateurs, intéressés ainsi au succès de l'entreprise.

Les écritures sont arrêtées le de chaque année. Il sera payé aux fondateurs , comme prix des avantages et valeurs qu'ils apportent à la Société. L'assemblée générale aura lieu de plein droit le de chaque année. Tout propriétaire d'une action de fera partie de l'Assemblée générale. Chaque associé aura autant de voix qu'il a d'actions. La Société est administrée par un conseil d'administration composé de cinq membres. Chacun d'eux doit posséder trois actions, ils sont nommés par l'assemblée générale. Ils sont renouvelés par cinquième chaque année. Les pouvoirs du Conseil d'administration sont très étendus. Un conseil de surveillance, composé de trois membres, nommés par l'assemblée générale, est chargé de la vérification des écritures.

Capitaux versés par les actions Le fonds social est fixé à , représenté par de . Vingt-six sont libérées de fondation, trente ont été libérées après un versement de et 463 ont été émises, soit . Six actions ont plus tard été rachetées par la Société et six autres ont été annulées pour défaut de payement, lors des appels de fonds. restaient en circulation au , dont 451 ont encore à verser chacune .

Du au , les divers appels de fonds ont produit . En 1838, ont été vendues à primes et ont fait entrer dans la caisse de la Société . Enfin, de 1853 à 1864, il est fait un appel de fonds qui produisit . Le versement total des actions est de . I1 faut en déduire le prix des six actions rachetées et des six actions annulées pour défaut de payement des appels de fonds soit , il reste pour versements réels et définitifs des en circulation en 1865. Plus tard, en 1867, il est appelé formant le complément des actions, soit . Le total des versements est de .

Travaux

En 1837, lors de l'achat de la concession, l'exploitation d'Hardinghen se borne à un grappillage dans les travaux des anciens, et ne fournit qu'environ combles. Un nouveau puits, l'Espoir, a été creusé dans la concession de Fiennes. Il fournit d'assez grandes quantités de charbon, et permet d'augmenter l'extraction annuelle jusqu'à concurrence de en moyenne.

En 1845, on exploite cinq veines par deux puits, et la production journalière s'élève à 600 ou . Les veines ont été fouillées antérieurement sur un grand nombre de points, dans les parties supérieures. À au couchant des puits, elles sont interrompues par une grande faille qui les fait complètement disparaître. Quant au levant, ces veines et même le terrain houiller disparaissent également pour faire place aux calcaires, qui limitent, du reste, à ce qu'il paraît, le bassin houiller dans tous les sens, de sorte que la largeur du bassin n'est que d'environ , et sa longueur de . Telles sont les indications qu'on trouve dans un rapport des Ingénieurs des Mines de . On prévoit que les anciennes exploitations ne dureront plus longtemps. Aussi, la société ouvre un nouveau puits, Dusouich, à l'ouest de la faille qui interrompt les veines. Ce puits traverse cinquante mètres de calcaire avant d'atteindre le terrain houiller. Il rencontre des couches amincies et très irrégulières, et dans lesquelles il n'a pu être extrait que de très minimes quantités de houille.

Un deuxième puits, la Renaissance, a été ouvert au nord de la fosse Dusouich. Il traverse de calcaire avant d'atteindre le terrain houiller, et en 1852, on y entre en exploitation dans la veine à Cuerelles, lorsqu'une venue d'eau se manifeste à la séparation du calcaire avec le terrain houiller. La fosse est inondée et abandonnée, ainsi que la fosse Dusouich.

Un troisième puits, la Providence, plus au nord, est immédiatement commencé. Son creusement à travers les couches, jusqu'à , profondeur à laquelle il atteint le terrain houiller, a été long et coûteux, d'autant plus qu'à la profondeur de on rencontre de l'eau, et qu'on est obligé de monter une machine d'épuisement. Enfin, le terrain houiller est rencontré en . Pour retenir les eaux supérieures, on établit de , soit sur onze mètres, un fort cuvelage en fonte, le premier qui ait été appliqué en France.

En 1860, la fosse la Providence est arrivée à de profondeur. Elle a traversé trois couches de houille, dont deux de et , dans lesquelles on commence à exploiter en 1861, et l'extraction annuelle de cette fosse, jointe à celle des divers puits, varie de jusqu'en 1864.

Mais, à la fin de cette année, se produit le même fait qui s'est produit en 1852 à la fosse la Renaissance. Les travaux d'exploitation des veines amènent un décollage du terrain houiller avec le calcaire ; les eaux contenues dans ce dernier terrain, dont les nombreuses fissures pénètrent jusqu'au jour, arrivent en abondance et inondent le puits que l'on est forcé d'abandonner. La venue d'eau atteint par , et son épuisement demande l'installation d'une puissante machine. La situation de la compagnie est à ce moment des plus critiques. Le puits l'Espoir, qui a fourni pendant longtemps la très grande partie de la production, a été inondé subitement en , à la suite d'une venue d'eau d'une grande force, rencontrée dans le percement d'une faille entre deux séries de tailles. Les ouvriers ont tous pu se sauver, mais on a dû abandonner dans les travaux les chevaux et tout le matériel. Quelques exploitations superficielles ouvertes sur les affleurements, les travaux des nouveaux puits, ont permis de donner du travail à tout le personnel, et de maintenir l'extraction aux chiffres des années précédentes.

+ Production de 1839 à 1864 Année Hectolitres combles Tonnes 1839 1840 1841 1842 1843 1844 1845 1846 1847 1848 1849 1850 1851 1852 1853 1854 1855 1856 1857 1858 1859 1860 1861 1862 1863 1864 Totaux

Production de 1839 à 1864 D'après des documents communiqués et présentant un réel caractère d'exactitude, la production des Mines d'Hardinghen a été, depuis 1839 jusqu'en 1864 :

Ainsi, la production totale des Mines d'Hardinghen, pendant les de 1839 à 1864, n'a été que de ou de . Ce chiffre ne représente que la production annuelle d'une houillère moyenne du Pas-de-Calais, et que la moitié de la production de chacune des dernières années de la Compagnie de Lens. L'extraction moyenne a été seulement de . L'extraction maximale a été de en 1841, et de en 1861.

Prix de revient De 1839 à 1864, le prix de revient a varié considérablement suivant les années. Ainsi, de 1839 à 1842, il est compris entre et par hectolitre comble, ou 14,48 et par tonne. De 1843 à 1850, le prix de revient est assez avantageux. Il varie de à par hectolitre comble, ou par tonne. Il s'élève ensuite, et de 1851 à 1861, il oscille entre et par hectolitre ras, ou 11,20 et par tonne.

On peut admettre que le prix moyen de l'exploitation d'Hardinghen, de 1839 à 1864, a été de treize francs la tonne. Ce prix est élevé, mais s'explique par la faible extraction, et par les difficultés d'aller chercher le peu de charbon que l'on produit, au milieu de vieux travaux.

Prix de vente

Pendant la même période de 1839 à 1864, le prix de vente subit des variations considérables. Il est en moyenne de pendant les années 1839 à 1850, et de pendant les années 1851 à 1864. Pendant les de 1839 à 1864, il atteint d'une manière générale . Ce prix élevé tient à la situation favorable des Mines d'Hardinghen, dans une localité éloignée des autres houillères, à la faible extraction de ces Mines qui suffit à peine à l'alimentation des besoins locaux, enfin, à la composition de la houille qui est très gailleteuse et donne 50 à 60 % de morceaux.

Bénéfices