Antonio Allegri da Correggio, dit Il Correggio, en français le Corrège, né à Correggio, aux alentours de 1489, et mort le dans la même ville, est l’un des grands peintres de la Renaissance de l'école de Parme.

S'inspirant de la culture du et des grands maîtres de l'époque, tels que Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange et Andrea Mantegna, il inaugure une nouvelle façon de concevoir la peinture et élabore son propre parcours artistique original, qui le place parmi les grands du .

Le Corrège recherche la douceur expressive de ses personnages et une large utilisation de la perspective, tant dans les peintures, sacrées et profanes, que dans les dessins préparatoires. Ainsi, il s'est imposé dans la vallée du Pô comme le porteur le plus moderne et audacieux des idéaux de la Renaissance italienne. En effet, à l’utilisation de la couleur vénitienne et du maniérisme romain, il oppose un style fluide et lumineux à une forte implication émotionnelle. Dans un effort pour obtenir l'expression maximale de légèreté et de grâce, le Corrège est un précurseur de la peinture illusionniste. Il introduit la lumière et la couleur pour contrebalancer les formes et développe ainsi de nouveaux effets de clair-obscur, créant l'illusion de la plasticité avec des aperçus parfois durs et des chevauchements audacieux.

L'éclairage et la structure de composition en diagonale lui ont également permis d'obtenir une profondeur spatiale importante dans ses peintures, caractéristique de ces dernières, typique de son style. Les majestueux retables des années 1520 sont d'une conception spectaculaire, avec des gestes liés, des expressions souriantes, des personnages intrigants, des couleurs persuasives.

La lumière, déclinée selon un clair-obscur doux et délicat, en a fait un des points de non-retour de la peinture, capable d'influencer des mouvements artistiques très différents comme le baroque de Giovanni Lanfranco et Baciccio et le néo-classicisme d'Anton Raphael Mengs.

Biographie Origines Le Corrège est vraisemblablement né à Correggio, une ville dont il a plus tard pris son surnom, de Pellegrino Allegri et Bernardina Piazzoli degli Ormani, vers 1489. Sa famille paternelle est originaire de Florence : son grand-père Domenico a été exilé en 1433, en raison de son opposition à Cosme de Médicis, et s'est installé en Émilie. Le Corrège est à l'époque l'un des petits fiefs indépendants qui parsèment l'Émilie, gouverné par les comtes Da Correggio, de l'ancienne noblesse, qui sont plusieurs fois liés aux Farnèse de la voisine Parme..

De tous les grands protagonistes de son temps, le Corrège est l'artiste sur lequel nous possédons le moins de documents. De nombreuses légendes concernant sa vie se sont établies au fil des siècles. Cependant, le témoignage de Giorgio Vasari, premier biographe du peintre, indique à propos de sa mort, qu'elle aurait eu lieu après un épuisant voyage à pied depuis Parme, sous le poids d'un énorme sac de petites pièces d'un quat, pour un total de 60 scudos. Cette légende ne résiste pas à l'analyse des faits et des sources, mais reflète parfaitement les incertitudes et les difficultés d'une reconstruction précise de la vie de l'artiste.

Formation

Les informations sur sa formation sont tout aussi rares. Son père, Pellegrino Allegri, notable de Correggio, le destine à une profession libérale, mais Antonio prend goût à la peinture au contact de son oncle Lorenzo qui est son premier maître. Il poursuit sa formation à Correggio auprès d'Antonio Bartolotti (~1450-1527), dont il devient l'assistant, et de peintres locaux. Il est l'élève de Francesco Bianchi à Modène, du sculpteur Antonio Begarelli, et en 1506, il est à Mantoue, où peut-être, il a le temps de rencontrer le vieux Andrea Mantegna : la première mention qui en fait son élève direct remonte à 1559, par le voyageur espagnol Pablo de Céspedes, qui a visité Parme, mais on ne sait pas s'il avait des informations de première main.. Un document daté de 1512 voit l'artiste créancier de Francesco Mantegna, fils aîné d'Andrea et héritier de son atelier. En tout cas, à Mantoue, le Corrège a pu admirer les œuvres du maître, fasciné avant tout par les effets illusionnistes de La Chambre des Époux. Chargé de décorer la chapelle funéraire de l'artiste, décédé en 1506, dans la Basilique Saint-André de Mantoue, il crée une fausse pergola dans laquelle on peut déjà voir ses intérêts pour l'illusoire expansion de l'espace, qu'il développa plus tard dans ses chefs-d'œuvre d'âge mûr..

Le jeune Corrège accueille également les suggestions concernant la technique graphique. Il travail en regardant lo sfumato de Léonard de Vinci et acquiert de Raphaël un goût pour les formes monumentales, combiné au sens de la contemplation placide des peintres ombriens et florentins. Il participe également, signe d'une grande ouverture culturelle, à l'expérience des Vénitiens (Cima da Conegliano, Giorgione, Titien), de Ferrare (Lorenzo Costa, Dosso Dossi), de Francesco Francia, de Melozzo da Forlì et ses vues « d'en bas, d'en haut », et des artistes nordiques (Albrecht Dürer et Albrecht Altdorfer). Il découvre également, par l'intermédiaire de Michelangelo Anselmi, la modernité de Domenico Beccafumi . Une telle richesse d'idées lui garantit un trait autonome, fondé sur la recherche d'une fluidité narrative, où le sfumato de Léonard se conjugue avec une couleur riche et douce appliquée et une parfaite domination de la perspective illusionniste, apprise de Mantegna..

On attribue à cette période une série d'« exercices de style » en petit format, c'est-à-dire une série de petits carrés dans lesquels il s'exerce sur des thèmes et des manières d'autres maîtres (notamment Mantegna et Léonard), expérimentant ses propres avancées dans l'art avec une certaine liberté sans scrupule. Ces œuvres, parmi lesquelles se distinguent Judith et sa servante avec la tête d'Holopherne ou la Vierge à l'Enfant entre deux anges musiciens, sont donc conçues comme objets privés, puis vendues à un cercle d'admirateurs très proches du peintre..

Premières œuvres

Les premières œuvres du Corrège, entre 1510 et 1514, se caractérisent par une certaine dureté dans les figures dérivées de l'exemple de Mantegna. Elles se détachent une à une, avec des draperies aux plis souvent rigidement multipliés, avec une prédominance de couleurs marron foncé, typiques de la tradition lombarde, animées par des notes brillantes et vibrantes, avec une sensibilité atmosphérique notable dans les paysages..

Deux chefs-d'œuvre témoignent de cette phase de jeunesse : la Nativité de Brera et la Vierge à l'Enfant avec saint François, autrefois dans l'église San Francesco à Correggio et aujourd'hui à Dresde, commandée en 1514. Les historiens s'accordent à dater un voyage à Rome vers la fin de la première décennie du , qui est fondamental pour apprendre directement des modèles anciens et des nouveautés extraordinaires de Raphaël et Michel-Ange. La fresque sur le mur du fond du réfectoire du monastère San Benedetto Polirone date de cette période, bien que tous les historiens de l'art ne soient pas d'accord sur l'attribution.

Le retable perdu de la Vierge d'Albinea et du Repos en Egypte avec saint François clôt idéalement la première période de sa carrière. À cette époque l'artiste réside encore dans sa ville natale, un centre loin d'être secondaire dans la vie culturelle de l'époque, où la cour de Veronica Gambara, amie de poètes tels que Pierre l'Arétin, L'Arioste, Ludovico Dolce, Pietro Bembo, elle-même, une très belle poétesse, qui assure au petit comté un prestige qui dépasse largement les frontières locales.

Malgré un voyage à Rome, il vit replié dans sa province, ce qui lui permet d'être différent tout en tenant compte des créations de ses homologues tels qu'Andrea Mantegna, Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange.

Mariage En , il épouse Girolama Merlini de’ Braghetis.

Nouvelle étape

La deuxième période de la vie de Corrège se concentre à Parme, où il s'active à partir de 1520 avec l'exécution d'une œuvre énigmatique d'un grand raffinement stylistique : Portrait de Dame (diversement identifié à Veronica Gambara ou selon toute probabilité à Genève Rangoni, épouse de Louis-Alexandre de Castiglione, marquis de Castel GoffredoMuseo Civico di CorreggioComune di Correggio. Riccardo Finzi, le dame di CorreggioASIAC info. Correggio e l'antico) signé avec la latinisation cultivée de son nom : Anton (ius) Laet (us).

La « Chambre de l'abbesse »

À Parme, la même année, le Corrège se lance dans sa première grande entreprise picturale avec la décoration de la « chambre de l'abbesse » du couvent Saint-Paul (dite aussi chambre di San Paolo), commandée par l'abbesse, Giovanna Piacenza. Aucun document de cession de cet ouvrage ne nous est parvenu, mais des considérations stylistiques conjuguées à la documentation relative au maître d'ouvrage laissent penser à une exécution vers 1519. On ne sait pas comment le Corrège est entré en contact avec l'abbesse mais, étant donné que le monastère San Paolo est un monastère bénédictin, il est possible que l'artiste ait eu des relations avec les bénédictins de San Benedetto Po (Province de Mantoue).

La connaissance du Corrège des réalisations récentes de la Renaissance romaine n'est pas étayée par les sources, mais certaines façons de la Chambre suggèrent une connaissance assez développée de Raphaël et d'œuvres telles que la Chambre de la Signature et la Loggia de Psyché (cette dernière toujours en cours de réalisation à l'époque). À Rome, l'artiste a peut-être aussi vu la chapelle perdue du palais du Belvédère due à Mantegna (vers 1480, perdue mais décrite par Chattard au ). Une source possible d'inspiration supplémentaire. Une visite à Milan a souvent été suggérées par les érudits pour expliquer les affinités du jeune Corrège avec Léonard : la capitale lombarde n'est pas si loin de Parme, et même un peintre de moindre stature que le Corrège, comme Alessandro Araldi, avait été chargé par Cecilia Bergonzi, abbesse du monastère avant Giovanna da Piacenza, d'aller voir La Cène. Un souvenir de ce travail fondamental semble se cacher dans certains éléments tels que les « tasses et autres vaisselles » soigneusement décrits dans les effets que la lumière se plaît à créer sur les surfaces métalliques d'une manière qui n'est pas sans rappeler ce que Leonard avait représenté sur la nappe des Flandres.

La décoration doit être achevée rapidement, et certainement en 1520. Pour le Corrège, il s'agit de son premier chef-d'œuvre à la fresque et il marque le début d'une décennie très heureuse, au cours de laquelle ses plus grands chefs-d'œuvre sont concentrés à Parme. La Chambre elle-même marque une nouvelle étape dans l'illusionnisme pictural et est admirée et citée par les peintres. Avec une base presque carrée (environ 7 × 6,95 m), la salle est couverte de seize compartiments en ombelle de style gothique tardif, construite en 1514 par Edoari da Herba, comportant à l'origine des tapisseries sur les murs..