Jean-Louis Tixier-Vignancour, né Jean-Louis Tixier le à Paris et mort le dans la même ville, est un avocat et homme politique français d'extrême droite.

Durant sa carrière d’avocat, il défend notamment l’écrivain Louis-Ferdinand Céline puis le général putschiste Raoul Salan.

Sous l’étiquette des Comités Tixier-Vignancour et avec Jean-Marie Le Pen comme directeur de campagne, il se porte candidat à l'élection présidentielle de 1965. Il arrive en quatrième position du premier tour, avec près de de voix et 5,2 % des suffrages exprimés.

Après avoir transformé les Comités TV en Alliance républicaine pour les libertés et le progrès (ARLP), il rallie la majorité gaulliste en 1968. Il devient ensuite dirigeant du Parti des forces nouvelles (PFN), dont il conduit la liste aux élections européennes de 1979 (1,3 % au niveau national).

Famille et études Origines Né le dans le de Paris, Jean-Louis Gilbert Tixier est fils du médecin Léon Tixier et d'Andrée Vignancour, et le frère de Raymond Noël Tixier. Il est le petit-fils de Louis Vignancour, député puis sénateur républicain des Basses-Pyrénées aux débuts de la Troisième République.

Dès son accession au barreau de Paris, il adopte le nom d'usage « Tixier-Vignancour » ; par décret en Conseil d’État du , il est autorisé à faire modifier son patronyme pour le faire coïncider avec ce nom d'usage. Ses soutiens l’appellent cependant généralement « Tixier ».

Formation Après des études au lycée Louis-le-GrandJean-Louis Tixier-Vignancour, J'ai choisi la défense. Paris, Éditions de la Table ronde, 1964, ., il milite dans plusieurs organisations royalistes ou de droite extrême : il est camelot du roi, membre des Volontaires nationaux, liés aux Croix-de-Feu, puis du Parti populaire français..

Vie privée Il épouse en premières noces, le dans le de Paris, Jeannine Auriol (1915-1982), fille d'un avocat parisien, Henri Auriol, ancien député, puis se remarie, le à Neuilly-sur-Seine, avec Jacqueline Lecronier.

Jean-Louis Tixier-Vignancour est le parrain de Marie-Caroline Le Pen, la fille aînée de Jean-Marie Le Pen.

Carrière et parcours politique Débuts comme député Candidat pour les élections législatives de 1936, dans l’arrondissement d’Orthez (Basses-Pyrénées) que son grand-père avait représenté au début de la République, Jean-Louis Tixier-Vignancour est élu député pour la le , au second tour par contre au député radical-socialiste sortant Georges Moutet, maire d’Orthez. Âgé de , il s’inscrit au groupe de l’Alliance Démocratique (parti de centre droit, pilier de la plupart des gouvernements).

Son concurrent demande l'invalidation de l'élection pour fraude électorale. Le rapport parlementaire consacré au scrutin fait état d’irrégularités pour le candidat Tixier-Vignancour, et le rapporteur, le député socialiste Camille Bedin, propose d'annuler l'élection. Le rejet successif d'une motion de validation de l'élection puis de la proposition d'une enquête conduisent le à l'annulation de fait du scrutin. Le , lors de l'élection législative partielle, il est réélu dès le premier tour avec contre à Georges Moutet.

Il vote les pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain le .

Seconde Guerre mondiale De 1940 à 1941, il est secrétaire général adjoint à l’Information de l’État français du gouvernement de Vichy. Il obtient la francisque en , avec comme parrains le docteur Bernard Ménétrel et Henry du Moulin de Labarthète. Responsable de la radio et du cinéma et donc de la censure, il confirme l’application d’une note de la Commission allemande d’Armistice concernant l’interdiction des « films d’incitation à la haine contre l’Allemagne » tels que L'Équipage d'Anatole Litvak et La Grande Illusion de Jean Renoir Éric Le Roy, La spoliation du cinéma français par les nazis, in .. Il démissionne de ses fonctions au secrétariat à l’information le , puis participe aux comités de propagande du Maréchal, qu’il quitte également en . Sa lettre de démission est lue à la BBC par Maurice Schumann le . Il est arrêté le pour « propos injurieux à l’égard du Maréchal Chef de l’État » et interné à Vals-les-Bains . Libéré au mois de septembre, il quitte la France et s'inscrit au barreau de Tunis.

Arrêté en par les Allemands, qui occupent la Tunisie après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, il n’est libéré qu’à l’arrivée des troupes alliées, mi-. Officier dans le corps expéditionnaire français en Italie, il se trouve à Naples lorsque sur un ordre d’arrestation du Comité français de la Libération nationale, il est ramené à Alger où il est incarcéré de janvier à début . Devant rejoindre la France avec son unité, il est de nouveau arrêté en , détenu à Tunis tout d’abord, avant d’être transféré à Fresnes.

Sous la Quatrième République Inéligibilité À la Libération, il est frappé d’inéligibilité par l’ordonnance du pour avoir voté la délégation du pouvoir constituant au maréchal Pétain le . Le jury d’honneur refuse de l’en relever, considérant « que ses différends ultérieurs avec le pseudo-gouvernement de Vichy ne constituent pas une opposition véritable »Décision du 20 octobre 1945, publiée au Journal officiel du 7 novembre 1945.. Il bénéficie toutefois d’un non-lieu du tribunal militaire de Paris, le parquet considérant qu’il « est établi qu’il s’est efforcé par tous les moyens de se battre contre l’ennemi ».

Le , en tant qu’avocat, il obtient l'amnistie de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline au titre de « grand invalide de guerre » en présentant son dossier sous le nom de « Louis-Ferdinand Destouches », véritable nom de l'écrivain, sans qu'aucun magistrat ne fasse le rapprochement entre « Destouches » et « Céline ». Cette théorie est mise à mal par l'historienne Anne Simonin.

En 1954, il fonde le Rassemblement national français, avec notamment l’ancien député Jean Montigny. Le programme du parti comporte la lutte contre les institutions de la Quatrième République, l'établissement d'un État fort dont seraient exclus les « hommes trop récemment entrés dans la communauté nationale pour se permettre de la diriger », la défense de l'Empire et la construction d'une Europe des patries (manifeste du ).. Il exerce la fonction de secrétaire général.

Retour à la députation À nouveau éligible, il se présente en à l’élection législative partielle organisée à la suite du décès de Georges Loustaunau-Lacau, député des Basses-Pyrénées depuis 1951. Arrivé en deuxième position au premier tour, il échoue au second avec contre à l’ancien député MRP Jean Errécart, qui est élu.

Jean-Louis Tixier-Vignancour retrouve le Palais Bourbon quelques mois plus tard, lors des élections législatives de 1956. Il est élu à la tête d’une liste « républicaine d’action sociale et paysanne, présentée par le Groupement pour la réforme de l’État et la défense des libertés électorales », qu'il forma avec l'ancien député Jean Ybarnégaray et qui obtient 15 % des suffrages.. Il n'est inscrit à aucun groupe à l'Assemblée nationale. En , il vote l’investiture du gouvernement de Gaulle Compte rendu intégral des débats de l'Assemblée nationale, lundi 2 juin 1958, , ( du PDF). et s’oppose au projet de loi visant à réformer la constitution par référendum. Sur ce dernier point, il ironise pour motiver son vote : « Jamais je n’aurais pu croire que deux fois dans mon existence on me demanderait de déléguer la fraction du pouvoir constituant que je détenais et – qui mieux est – jamais je n’aurais pu envisager que, pour la deuxième fois, celui qui me le demanderait serait celui-là même qui m’avait puni pour avoir accordé une première fois cette délégation »..

Sous la Cinquième République Défenseur de l’Algérie française Lors des élections législatives de , après le retour au scrutin majoritaire et la réduction de la représentation parlementaire des Basses-Pyrénées de , il se présente dans la circonscription d’Oloron-Orthez, englobant celle qu’il avait représentée de 1936 à 1940. Il arrive largement en tête au premier tour mais échoue au second avec contre au candidat radical-socialiste Guy Ébrard.

Il participe deux ans plus tard à la fondation du Front national pour l'Algérie française, alors que se profile l'indépendance du territoire algérien..

Il assure la défense de l'ex-député poujadiste Jean-Maurice Demarquet au cours du « procès des barricades », qui en , à la suite de la semaine des barricades.. Il y côtoie notamment Jacques Isorni, autre avocat de la défense. En 1962, « Tixier » défend plusieurs responsables de l'Organisation armée secrète (OAS), parmi lesquels le général Raoul Salan, auquel il évite la condamnation à la peine capitale au terme d'une plaidoirie reconnue comme un grand moment de l'éloquence judiciaire.

Élection présidentielle de 1965

En 1964, il fonde les Comités Tixier-Vignancour (appelés « Comités TV ») en vue de l’élection présidentielle de 1965, avec pour directeur de campagne le député Jean-Marie Le Pen..

Lors des élections municipales de , il parraine des listes qui obtiennent à Paris 9 % des suffrages.

Classé à l’extrême droite, il reproche vivement au général de Gaulle, candidat à sa réélection, l'« abandon » de l'Algérie française. Dans sa profession de foi, il écrit que la Constitution du 4 octobre 1958 est « conforme aux principes républicains » hormis sur la question du « domaine réservé » du président de la République, affirmant qu'il s’en référerait aux votes du Parlement s'il était élu.. Il déclare notamment durant la campagne électorale :

Au premier tour du scrutin présidentiel, le , Jean-Louis Tixier-Vignancour arrive en quatrième position avec , soit 5,20 % des suffrages exprimés. C’est dans le Sud de la France, où vivent de nombreux « pied-noirs » ayant dû quitter massivement l’Algérie en 1962, qu’il obtient ses meilleurs scores, le Var lui accordant même 14,05 % des voix exprimées. Pour le second tour, qui oppose le général de Gaulle à François Mitterrand, il appelle explicitement à voter pour le candidat d’union de la gauche, une consigne de vote qui déconcerte nombre de ses soutiens..

Déclin et perte d'influence En , avec Raymond Le Bourre, Raymond Bourgine ou encore Jean-Robert Thomazo, Jean-Louis Tixier-Vignancour transforme les Comités TV en un parti politique qu'il nomme l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès (ARLP). Jean-Marie Le Pen et d’autres participants à sa campagne de 1965 (Roger Holeindre, François Brigneau, Dominique Venner) refusent de le suivre, notamment en raison de son appel à voter pour François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle ; il en est de même pour les composantes d’Europe-Action, qui lancent le Mouvement nationaliste du progrès (MNP)..

Il essuie un échec aux élections législatives de 1967 à Toulon, dans la troisième circonscription du Var, qui compte pourtant de nombreux pieds-noirs.

À la suite des événements de , il se rallie au général de Gaulle, puis, appelle à voter pour Georges Pompidou à l'élection présidentielle de 1969. Se voulant le représentant de l’aile droite de la majorité, il encourage alors ses partisans à adhérer à l'UDR pour « droitiser la droite ».

En , il est l'instigateur du vol du cercueil de Philippe Pétain, qu'il souhaite faire inhumer à Douaumont.

La même année, l'ARLP quitte la majorité présidentielle. L'année suivante, en 1974, il propose la fusion de son parti avec la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI) de Valéry Giscard d'Estaing et le Centre démocrate (CD) de Jean Lecanuet..