Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (en Son nom de famille est d'origine polonaise et devrait donc s'écrire Szostakowicz en alphabet latin selon le même principe que les noms russes d'origine étrangère. Son arrière-grand-père est né à Vilnius et était polonais et son grand-père paternel était un patriote polonais exilé en Sibérie pour cette raison. Source : ., ), né le à Saint-Pétersbourg dans l'Empire russe et mort le à Moscou en URSS, est un compositeur russe de la période soviétique.
Chostakovitch devient célèbre en Union soviétique sous le patronage du chef d'état-major Mikhaïl Toukhatchevski, mais a ensuite entretenu des relations complexes avec le gouvernement, qui lui décerna prix et privilèges d'État. Tout au long de sa vie, Chostakovitch a participé à des fonctions et des délégations bureaucratiques, notamment au Soviet suprême de la RSFSR (1947) et au Soviet suprême de l'Union soviétique (de 1962 à sa mort)..
Son œuvre se caractérise par sa force et son dramatisme souvent exacerbé, des éléments grotesques et une tonalité ambivalente ; il a également été fortement influencé par le style néoclassique d'Igor Stravinsky et (surtout dans ses symphonies) par le romantisme de Gustav Mahler. Son œuvre, accusée de formalisme par le pouvoir soviétique, fait de Chostakovitch une figure majeure de la musique du .
Il est l'auteur de quinze symphonies, de six concertos, d'une musique de chambre abondante (quinze quatuors à cordes, un quintette pour piano, et deux pièces pour octuor à cordes). Son œuvre compte aussi trois opéras et ballets, ainsi que de nombreuses musiques pour le théâtre et le cinéma.
Biographie Jeunesse Né à Saint-Pétersbourg, Chostakovitch est le cadet des trois enfants de Dmitri Boleslavovitch Chostakovitch et de Sofia Vassilievna Kokoulina. Dmitri Chostakovitch est issu d'une famille appartenant à l'intelligentsia russe et au passé révolutionnaire : son grand-père Boleslav (en polonais Bolesław Szostakowicz), lui-même fils d'un révolutionnaire polonais déporté en Russie dans la région de Perm, avait été exilé en Sibérie pour avoir été soupçonnéL'attentat de 1866 n'avait rien à voir avec les affaires de la Pologne, à la grande surprise du pouvoir tsariste. Son rôle se limitait à avoir caché les conjurés. d'être impliqué dans la tentative d'assassinat d' de 1866.. À la fin de son exil, Chostakovitch décida de rester en Sibérie, devint un banquier prospère à Irkoutsk et éleva une grande famille. Son fils Dmitri Boleslavovitch Chostakovitch, le père du compositeur, est né en exil à en 1875 et a étudié la physique et les mathématiques à l'université de Saint-Pétersbourg, où il a obtenu son diplôme en 1899. Il a ensuite travaillé comme ingénieur sous la direction de Dmitri Mendeleïev au Bureau des poids et mesures de Saint-Pétersbourg. En 1903, il épouse une autre Sibérienne transplantée dans la capitale, Sofiya Vasilievna Kokoulina, l'un des six enfants nés d'un Russe sibérien. droite|vignette|Lieu de naissance de Chostakovitch (maintenant école n. 267). Une plaque commémorative est présente à gauche. Ce n'est qu'à neuf ans qu'il commence le piano, poussé par les sollicitations de sa mère, mais très vite il se montre particulièrement doué. À plusieurs reprises, il fait preuve d'une remarquable capacité mémorielle des morceaux joués par sa mère, se faisait « prendre en flagrant délit » en jouant la musique de la leçon précédente tout en faisant semblant de lire une autre musique placée devant lui. Un an plus tard, il entre à l'école privée de musique d'Ignaty Glasser, où il travaille les sonates de Haydn et de Mozart, ainsi que les Préludes et Fugues de Bach. Il écrit une marche funèbre à la mémoire de deux dirigeants du Parti Cadet assassinés par des marins bolcheviques.
Puis en 1919, à l'âge de , il entre au conservatoire de Petrograd, où il étudie le piano avec Leonid Nikolaïev, la composition avec Maximilian Steinberg et le contrepoint et la fugue avec Nikolaï Sokolov. Il y fréquente de futures légendes du piano telles Vladimir Sofronitsky et Maria Youdina, et se lie d'amitié avec Alexandre Glazounov, alors directeur du Conservatoire. En 1925, il s'inscrit aux cours de direction d'orchestre de Nikolaï Malko.
Bien que cumulant les apprentissages de composition et de piano, Chostakovitch se destine alors plutôt à une carrière d'interprète. Il donne de nombreux concerts, dans lesquels il fait la part belle aux œuvres de Beethoven, Schumann, Chopin et Liszt.
En , le père de Chostakovitch meurt d'une pneumonie. La famille Chostakovitch se trouve alors dans une situation matérielle précaire, ce qui conduit Dmitri à se faire embaucher comme pianiste de cinéma. Au début de l'année 1923, il effectue une cure en Crimée, où il tombe amoureux de Tatiana Glivienko, à laquelle il dédie son Premier Trio avec piano.
Le , la musique de Chostakovitch est jouée pour la première fois à Moscou, dans un programme qui comprend également des œuvres de son ami Vissarion Chebaline. À la grande déception du compositeur, les critiques et le public de la ville accueillent froidement sa musique. Pendant le séjour de Chostakovitch dans la capitale russe, Mikhaïl Kvadri le présente à Mikhaïl Toukhatchevski, qui aide le compositeur à trouver un logement et un travail à Moscou.
En 1926, à , a lieu la création de sa Symphonie , œuvre d'une maturité de métier si exceptionnelle chez un garçon de vingt ans que des chefs d'orchestre tels que Bruno Walter, Leopold Stokowski et Arturo Toscanini l'adoptent immédiatement et lui assurent une renommée internationale. L'œuvre vaut même à son jeune auteur une lettre de félicitations d'Alban Berg.
Début de carrière Après avoir obtenu son diplôme, Chostakovitch se lance dans une carrière double de pianiste de concert et de compositeur, mais son style de jeu sec fait souvent l'objet de remarques négatives. Jusqu'en 1930, Chostakovitch se produit régulièrement en concert ; après 1933, il ne joue que ses propres compositions. Avec , Grigory Ginzburg, Lev Oborine et Iossif Schwartz, il fait partie des concurrents soviétiques du premier Concours international de piano Chopin, qui a lieu à Varsovie en 1927. D'après les souvenirs ultérieurs de Valerian Bogdanov-Beresovski :
, qui a entendu Chostakovitch jouer ses programmes Chopin avant de se rendre à Varsovie, a déclaré que son jeu « anti-sentimental », qui évite le rubato et les contrastes dynamiques extrêmes, ne ressemblait à rien de ce qu'il avait jamais entendu. a qualifié le jeu de Chostakovitch de « profond et dépourvu de tout maniérisme de salon ».vignette|200px|Dmitri Chostakovitch en 1925.Chostakovitch est frappé d'une appendicite le jour de l'ouverture du concours, mais son état s'est amélioré au moment de sa première représentation, le . Selon Chostakovitch, son jeu est apprécié par le public. Il atteint l'épreuve finale du concours mais n'obtient finalement qu'un diplôme d'honneur, pas de prix ; Oborine est déclaré vainqueur. Chostakovitch est contrarié par ce résultat mais se résout pour un temps à poursuivre une carrière d'interprète. Alors qu'il se remettait de son appendicectomie en , Chostakovitch réévalue ses plans :
En 1927, le gouvernement lui commande sa Symphonie pour célébrer l'anniversaire de la révolution russe. En raison de son modernisme, elle ne suscite pas le même enthousiasme que la première. Cette année marque également le début de l'étroite amitié de Chostakovitch avec le musicologue et critique de théâtre Ivan Sollertinski, qu'il avait rencontré pour la première fois en 1921 par l'intermédiaire de leurs amis communs Leo Arnstam et Lidia Joukova... Chostakovitch dira plus tard que Sollertinski « lui a appris à comprendre et à aimer de grands maîtres tels que Brahms, Mahler et Bruckner » et qu'il lui a inspiré « un intérêt pour la musique, de Bach à Offenbach ».. Chostakovitch vient alors de composer deux œuvres audacieuses, sa Sonate pour piano et son cycle dAphorismes et la composition de cette deuxième symphonie lui permet de poursuivre ses expérimentations.
Entre l'été 1927 et l'été 1928, Chostakovitch s'attelle à l'écriture de l'opéra Le Nez, s'inspirant de la nouvelle éponyme de Nicolas Gogol issue des Nouvelles de Pétersbourg. La partition résolument avant-gardiste rend à merveille l'ironie et le sarcasme du récit de Gogol et connaît un immense succès populaire, bien que férocement attaquée par l'Association russe des musiciens prolétaires (ARMP).
Période d'avant-guerre gauche|vignette|Représentation de Lady Macbeth du district de Mtsensk en 2014 Après Le Nez, le langage musical de Chostakovitch se simplifie. Le compositeur s'intéresse aux possibilités expressives de la satire et du comique et se rapproche de la musique légère. Il écrit en 1929 sa première musique de film, La Nouvelle Babylone, de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, puis sur une proposition de Vsevolod Meyerhold, la musique de La Punaise de Vladimir Maïakovski. Il compose aussi, toujours dans la même veine, sa Symphonie puis deux ballets, lÂge d'or et le Boulon, deux échecs publics.
En , Chostakovitch se marie avec Nina Varzar et achève à la fin de l'année la composition de son deuxième opéra, Lady Macbeth du district de Mtsensk. L'idée de l'écriture de cet opéra, basé sur une nouvelle de Nikolaï Leskov, remonte à 1930. L'œuvre est créée en 1934 et remporte un immense succès, avec trois productions et quelque deux cents représentations tant à Léningrad qu'à Moscou au cours des deux années qui suivent, en plus de nombreuses représentations en dehors de l'URSS.
Au début de 1933, treize jours à peine après avoir achevé la composition de Lady Macbeth, Chostakovitch commence un cycle de 24 préludes pour piano puis compose son premier Concerto pour piano. Cette même année, il compose l', Musique pour La Comédie humaine d'après Honoré de Balzac pour petit orchestre (1933-1934) : musique de scène pour la pièce de Pavel Soukhotine. Créée au théâtre Vakhtangov à Moscou, le , sous la direction de A. Kozlovsky et Boris Chtchoukine. La partition est restée à l'état de manuscrit et seules certaines pièces ont été transcrites et enregistrées, notamment par Rustem Hayroudinoff (piano), sur disque Chandos CHAN 9907 en 2000.. L'année suivante, il écrit une Sonate pour violoncelle et piano. Ces trois dernières œuvres n'ont stylistiquement rien à voir avec les expérimentations du Nez. Chostakovitch compose aussi son troisième ballet, le Clair ruisseau, qui remportera lors de sa création en 1935, un vif succès.
Au cours du premier Congrès de l'Union des écrivains soviétiques, en été 1934, Maxime Gorki présente la doctrine du réalisme socialiste. En cette occasion, presque tous les écrivains prêtent serment de fidélité à Staline et rares sont ceux qui, comme Mikhaïl Boulgakov, Ossip Mandelstam ou Anna Akhmatova, ont le courage de s'y refuser. La fin de l'année 1934 ouvre une des pages les plus sombres de l'histoire russe : l'assassinat de Sergueï Kirov marque le déclenchement d'une terreur d'une ampleur sans précédent, donnant le signal à des persécutions massives et à d'innombrables condamnations. À partir de décembre se produisent sur l'ensemble du territoire soviétique des arrestations en masse et une « grande purge politique », une expérience terrifiante qui devient quotidienne à dater de cet instant.