Le mouvement breton pendant la Seconde Guerre mondiale a connu des attitudes divisées vis-à-vis de l'occupant nazi, du gouvernement de Vichy et de la résistance.

Une partie du mouvement politique s'engage, sous une forme ou sous une autre, dans la collaboration, notamment le Parti national breton, les Bagadoù stourm, ou le Bezen Perrot. D'autres acteurs du mouvement se retrouvent dans des mouvements de résistance comme Sao Breiz, ou le groupe Liberté de Saint-Nazaire.

Cette période de l'histoire va marquer durablement le mouvement, après-guerre comme au tournant des années 2000. Selon l'historienne Jacqueline Sainclivier « l’opprobre en a rejailli abusivement sur l’ensemble du mouvement breton dont l’image a longtemps été ternie ».

Situation à la veille de la Seconde Guerre mondiale La société bretonne hésite entre archaïsme et modernité. Si l’Église continue d'encadrer solidement la société, les prémices d'une déchristianisation se ressentent dans les ports et à l'intérieur de la région. La Bretagne des années 1930 vote massivement à droite, à l'exception de quelques pays comme celui du Trégor ou la Haute-Cornouaille. En 1936, malgré la bonne structuration des partis de gauche, le Front populaire est rejeté lors des élections législatives. Bien implanté chez les cheminots, les marins, les dockers et les salariés de grandes entreprises, le PCF est a contrario pratiquement absent dans le monde rural. La syndicalisation est très forte dans les arsenaux, les ports, les entreprises métallurgiques ou dans l'industrie de la chaussure. Quant aux campagnes, elles se démarquent avec un syndicalisme refusant la lutte des classes et rassemblant grands propriétaires et petits exploitants.

La Première Guerre mondiale est une véritable coupure. La Bretagne, comme le reste de la France, est saignée à blanc. Plus de la moitié des hommes bretons entre 20 et 40 ans sont morts, l'impression d'avoir été systématiquement en première ligne est très vive et ravive la victimisationVoir le Dictionnaire de l'histoire de Bretagne, article « Guerre de 14 », pages 344-345..

Le régionalisme (qui prétend unir la petite et la grande patrie), conservateur, obtient des succès publics (organisation de fêtes bretonnes officiellesLes cérémonies publiques annuelles du Gorsedd de Bretagne sont insérées dans les fêtes de deux ou trois jours organisées par les autorités et les organisations régionalistes. Des affluences populaires importantes sont parfois relatées., revues centralisant les actualités des organisations bretonnesIl s'agit surtout du magazine Le Consortium breton et de An Oaled-Le Foyer breton, tous deux dirigés par François Jaffrennou, entre 1927 et 1934, et rassemblant beaucoup d'auteurs éminents.). Selon Michel Nicolas, c'est après 1914 que le nationalisme breton se développe.

Acteurs

Collaboration Durant la Seconde Guerre mondiale, l'ensemble du mouvement politique nationaliste promeut la collaboration avec l'Allemagne nazie et/ou avec le régime de VichyMichel_Nicolas_(historien), Histoire du mouvement breton, Syros, 1982, p. 102. Selon Jean-Jacques Monnier, de nombreux individus qu'il désigne comme « militants culturels bretons » choisissent la Résistance à l'occupant allemandJean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, l'hermine contre la croix gammée 1940-1945, Yoran Embanner, 2007, préface de Mona_Ozouf, . Georges Cadiou estime pour sa part que le mouvement breton s'est dans la collaboration avec l'occupant, à l'exception des quelques cas individuels.

Selon Christian Bougeard : La fraction d’extrême-droite du mouvement breton, appelée Emsav, acquise au fascisme avant la guerre, du moins pour la poignée de cadres et de militants restée fidèle au PNB, va immédiatement choisir le camp de l’Allemagne nazie, soit par idéologie (Mordrel, Debauvais), soit par expédientisme, c’est-à-dire comme les Irlandais de l’Armée Républicaine Irlandaise, l’IRA, l’avaient fait contre les Britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Ils tentent de profiter de la défaite française en jouant la carte allemande pour obtenir l’indépendance de la Bretagne ou au moins une certaine autonomie (les frères Delaporte).Parmi les mouvements collaborationnistes se trouve le courant ouvertement séparatiste du Parti national breton ; dissous en , il se reconstitue rapidement à l'automne 1940 et devient le parti politique le plus actif en Bretagne sous l'Occupation. Ayant rompu dès 1931 avec le régionalisme, ses fondateurs (Olier Mordrel / François Debeauvais) s'inspirent de la révolution irlandaise et jouent la carte nationaliste. Lorsque la guerre éclate, le PNB opte pour une ligne de ferme neutralité. Certains membres du courant dur, dont l'idéologie anti-démocratique est très complaisante à l'égard de la xénophobie et de l'antisémitisme, influencé par les celtisants allemands, s'apparente à tous les fascismes européens. Pendant la guerre l'activisme du Parti national breton a complètement dominé les autres tendances du mouvement breton, qui dès lors s'en est trouvé discrédité. Le Parti national breton ne se démarquait pas des autres mouvements fascistes qui naissaient en Europe :

En 1941 est fondé par Yann Goulet les Bagadou stourm. Cette organisation a « toutes les caractéristiques des Chantiers de jeunesse du Maréchal Pétain. Si le terme de milice est impropre du fait qu’ils ne sont pas armés, les jeunes des Bagadou Stourm ne sont pas pour autant des boy-scouts. N’hésitant pas à faire le coup de poing. Au fil du temps l’organisation de jeunesse prend en effet de plus en plus l’apparence d’une formation paramilitaireKristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l’Occupation, An Here, 2001, .. ».

Le , Célestin Lainé fonde le Bezen Perrot. L'unité dépend du Sicherheitsdienst.

Le , l'unité du Kommando de Landerneau voit le jour. Il s'agit d'une troupe d’unités mobiles composées de soldats de la Wehrmacht et destinée à anéantir la Résistance. L’unité combine Allemands, nationalistes bretons, agents retournés et complices. Les agents coopèrent pour des raisons idéologiques, pécuniaires et sécuritaires. Elle dispose de ses propres moyens et indicateurs, mais collabore également avec différents services allemands et d’autres formations paramilitaires.

Journaux et revues collaborationnistes

Olier Mordrel lègue à Célestin Lainé les droits sur le titre Breiz Atao. Lainé parvient à éditer un unique numéro, le N°337, mais doit arrêter la publication du journal après la destruction de l'imprimerie par un bombardement. En fuite après la défaite de l'Allemagne nazie, il projette plusieurs numéros. Le n° 338 reste à l'état de projet, mais un n° 339 est publié en ; réfugié en Irlande après sa condamnation à mort par contumace pour faits de collaboration et sa fuite en Allemagne, Lainé dresse dans ce dernier un bilan de la guerre, et qualifie de processus d'« extermination » la répression qui touche les nationalistes, tout en mettant en avant la chute de l'empire colonial français. Il s'efforce par la même occasion de .

François Debeauvais, Marcel Guieysse et Olier Mordrel créent le Comité national breton et décident l'édition d'un journal hebdomadaire l'Heure bretonne dirigé par Raymond Delaporte et de ses frères Yves et HervéLa presse bretonne dans la tourmente. Henri Fréville. p 183. Le premier numéro paraît le , sous le titre « La Bretagne existe désormais officiellement », que Etienne Maignen, De 1940 à 1941, réapparition d'une Bretagne provisoirement incomplète, un provisoire destiné à durer dans Bulletin et mémoires de la Société archéologique & historique d'Ille-et-Vilaine, tome CXIV, 2010, p. 237 à 258. Le titre, note Sébastien Carney, « fait partie des 350 journaux auxquels la Propaganda Abteilung accorda l'autorisation de paraître en zone nord, quand 60 % des titres y furent supprimés. C'est dire à quel point leur existence participe des intérêts allemands ».

Raisons de la collaboration La collaboration avec le gouvernement de Vichy ou avec les autorités allemandes n'est pas seulement due à l'opportunisme de militants bretons voyant dans la victoire nazie le moyen d'atteindre leurs objectifs, mais elle est due pour d'autres à la proximité idéologique de certains leaders militants bretons avec le pétainisme ou le nazisme« Mémoires du chef breton : Fransez Debauvais », tome 4, p. 245-246 ; dans « Le rêve fou des soldats de Breiz Atao », Ronan Caerléon-Caouissin publie cette dernière déclaration de François Debeauvais, en omettant (p. 96 et 97) les passages cités.. Au moment de mourir dans une clinique SS, Francez Debauvais déclare encore : Camarades de la formation Perrot, je vous salue. (…) Ce n'est pas parce que nous croyons que l'Allemagne sortira victorieuse du gigantesque conflit, que depuis le premier jour de la guerre nous sommes à ses côtés. Notre choix ne relève pas de l'opportunisme, mais d'une conception du monde commune sur des points essentiels. (…) La situation est déjà toute clarifiée, en revenant à la politique de Breiz Atao qui était toute de clarté. Cette politique consistait, au point de vue extérieur, à rechercher l'appui allemand. Nous y avons travaillé avec d'autres, pendant près de vingt ans.

La « Révolution nationale », l'idéologie officielle du régime de Vichy, trouve un écho favorable auprès des autonomistes ; car plutôt qu'une révolution, il s'agit en réalité d'une contre-révolution d'inspiration monarchiste qui vise à détruire la République et les apports de la Révolution françaiseAndré Versaille, Les 100 discours qui ont marqué l'histoire, p.204. : « (...) plus fondamentalement encore, il remet en cause les grands principes de 1789 et entend, par une sorte de contre-révolution, leur substituer de nouvelles valeurs... » .

Perception par la population et la résistance Les cercles nationalistes peinent à rallier des membres à l'époque. Le premier congrès du Parti nationaliste breton qui s'était tenu à Landerneau le comptait Michel Nicolas, Histoire du Mouvement Breton, Syros, 1982, Paris, 80.. Ces groupuscules s'attirèrent en plusieurs occasions l'hostilité d'une partie de la population. Par exemple, le , les Bagadoù Stourm défilant au pas de l'oie dans les rues de Landivisiau (Finistère) se battirent avec une partie de la population locale à la sortie de la messe. La police allemande dut intervenir pour rétablir l'ordreKristian Hamon, ..

Plusieurs nationalistes bretons furent abattus par la résistance en 1943, le plus connu est l'abbé Perrot abattu le par Jean Thépaut, membre de l'Organisation spéciale du PCF. Auparavant, le , Yann Bricler est abattu dans son bureau par 3 FTPs, de même pour Yves Kerhoas abattu par la résistance à la sortie d'une fête dans le village de Plouvenez. Les résistants bretonnants parlaient des autonomistes en disant : « Breiz Atao, mad da la(zh)o »Francis Favereau, Dictionnaire du breton contemporain, p. 874, Skol Vreizh, 1992. (« Breiz Atao, bon à tuer »), formule imaginée par le curé de Gouézec à la fin des années 1920 et qu'il faisait répéter à ses ouailles pour les pousser à s'en prendre aux « autonomistes »Yeun ar Gow, « Eñvorennoù (souvenirs) », Al Liamm, n° 178, 1978, p. 343?.

Les réseaux de résistance bretonne risquaient à tout moment de se faire infiltrer par des membres du Parti national breton. Les autonomistes bretons étaient une cible prioritaire selon Roger Le Hyaric, commandant des FTP du Morbihan : « Pour développer au mieux ses nouvelles possibilités, la Résistance doit prendre ses responsabilités, en priorité celle d’assurer la sécurité des maquis, donc de mater les autonomistes bretons, de faire entrer les collabos dans leur coquille. La bande de Breiz Atao de Ruyet à Bubry était l’une des plus vomies par la population. Ces gars s’introduisaient d’autant mieux dans les campagnes qu’ils parlaient breton et étaient capables de toutRoger Le Hyaric, Maquisard !, Bannalec, 1992, p. 235-6. ».

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