, né le à Bergame ou à Brescia (République de Venise) ou à Naples (Royaume de Naples) et mort le à Dresde (Électorat de Saxe), est un maître de chapelle, instrumentiste, et compositeur italien germanisé protestant de la Renaissance. Il vient d'une ancienne famille italienne de musiciens. Son nom s'orthographie différemment selon les langues et les époques.

Il entre au service d'une basilique, d'un cardinal et d'un prince-électeur auquel il dédie sa première messe funèbre basée sur un motet. Il acquiert ses compétences sous la tutelle de ses supérieurs, officiant successivement en tant que maîtres à la chapelle de Dresde. Scandello devient chef d'orchestre, puis assistant associé et parolier , avec un très haut salaire, le plus élevé de la cour. Il écrit de nombreuses chansonnettes lyriques qui connaissent un fort succès, tant à son époque qu’aujourd'hui.

Acquis aux idées du protestantisme, il devient maître de chapelle à la mort de son prédécesseur et jouit d'une célébrité exceptionnelle grâce à la publication de ses recueils de chansonnettes. Une médaille lui est même dédiée le jour de son soixantième anniversaire. Son style de musique religieuse est singulier, car s'inspirant grandement de ses précepteurs et de la musique étrangère, tout en s'exprimant à travers des formes musicales simples. Son style d'écriture reste d'ailleurs un modèle pour la musique religieuse de l'époque.

Biographie

Scandello naît le .. soit à Bergame, soit à Brescia, soit à Naples, dans une vieille famille italienne très liée à la musique... Avec son père, Geronimo Scandello, et son frère, Angelo Scandello, ils représentent dans leur ville une famille de musiciens talentueux. Antonio Scandello est alors actif depuis 1530.

En 1568, après un premier mariage, il épouse Agnes Tola, fille du musicien et peintre Benedetto Tola (1525–1572). Le couple a trois enfants, dont seuls deux sont connus : August et Horatius. August Scandello reprend la tradition familiale et devient musicien de profession. Antonio enseigne la musique classique au prince-électeur Christian de Saxe, successeur de son père Auguste .

Scandello meurt subitement à Dresde, âgé de soixante-trois ans et hautement considéré, le à 7 heures du matin. Giovanni Battista Pinello di Ghirardi le remplace en tant que maître de chapelle de Dresde. après le refus d'Orlando di LassoLui-même suggère Jacob Regnart, lequel refuse également ce poste pourtant favori du prince-électeur Auguste de Saxe.

Transcription nominale Les documents allemands orthographient son identité et jamais Scandelli comme le mentionnent pourtant les encyclopédies musicales.. Dans les vieux manuscrits allemands, son nom s'orthographie ou et son prénom, . En raison de ces différentes écritures, il est parfois nommé Antoine Scandelli ou Antonius Scandellus.. Moins fréquent, son nom germanisé peut s'écrire .

Carrière Cornettiste et instrumentiste

Antonio Scandello est mentionné pour la première fois en 1541 dans un document, en tant que cornettiste de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Il est probablement instruit par le chef de chorale Gaspard de Albertis de Padua, à ses débuts à Bergame. Il joue activement à Rome et à Trente à partir de 1547 comme instrumentiste (en particulier comme joueur de sacqueboute), à la chapelle du cardinal Cristoforo Madruzzo jusqu'en 1549. En cette même année, il est appelé par le prince-électeur de Saxe à la cour de Dresde, pour Maurice de Saxe — qu'il avait rencontré lors d'un voyage — tout comme cinq autres instrumentistes italiens, afin de rehausser le niveau de la chorale de la chapelle fondée l'année précédente sous la direction de Johann Walther (alors prédécesseur de Matthæus Le Maistre). Il reçoit plus tard quelques enseignements de la part de Walther et Le Maistre, ses supérieurs directs. Cependant, il est tout aussi possible qu'il apprît l'essentiel dans les ouvrages de l'époque par autodidaxie. En 1551, Angelo suit son frère à Dresde et rejoint un célèbre groupe de sept musiciens italiens. Ils rejoignent tous l'orchestre de Maurice de Saxe, en 1554.

Le groupe compose le une messe-parodie commémorative, nommée Se traduisant par Messe funèbre à six voix pour l'illustrissime prince Maurice, duc et électeur de Saxe., pour l'électeur Maurice de Saxe, blessé à mort à la bataille de Sievershausen, en 1558. Maurice de Saxe apporte pendant sa régence plus d'ampleur à Scandello, qui acquiert, grâce à cette messe, une notoriété plus importante. S'agissant d'une messe-parodie, l'œuvre est basée sur un motet proche de l'épitaphe latine perdue pour Maurice, écrite par le directeur Georg Fabricius de l'école princière de Meißen. La chute du motif imite le premier vers de l'épitaphe, mais des doutes subsistent sur ce point. Elle est jouée lors de l'enterrement de l'électeur, dans la cathédrale de Freiberg, en 1562. Auguste succède à son défunt frère et, sous son règne, le personnel de la chapelle croît considérablement.

Modérateur associé et parolier Minnesang

En l’an 1566, Le Maistre vieillissant et n'étant plus apte à occuper sa fonction, Scandello lui est affecté comme « modérateur associé » (dit aussi « vice-maître de chapelle ») pour l'assister. La même année, il publie à Nuremberg son premier recueil de chansonnettes à quatre voix, , conçu le à Augsbourg, et qui connaît un tel succès qu’il est de nouveau publié en 1572 et 1583. Dans ce recueil de chansonnettes d’origine napolitaine, découpé en quatre parties, Scandello dénonce la prétendue spéciosité de la musique des compositeurs italiens. Selon lui, la composition musicale allemande se distingue depuis toujours de l'italienne par un contrapuntiste pur sur un cantus firmus donné, emprunté soit au registre liturgique, soit aux airs traditionnels populaires, alors que les Italiens tendent à magnifier — jusqu'à l'exagération — les accords et le traitement mélodique du thème.

Antonio Scandello dit de ces caractères humoristiques et dramatiques supplémentaires, à la gamme de grandiloquences musicales vocales, qu'ils faisaient probablement jouir de prestige et célébrité l'auteur. Il publie en 1578 un recueil intitulé (« Nouvelles petites chansons allemandes, lesquelles sont toutes agréables à chanter et pour l'usage de toutes sortes d'instruments ») de douze chansonnettes à quatre et cinq voix, se basant largement sur l'homophonie vocale.

En 1575, il publie , qui connaît un grand succès. La structure musicale simple et claire de ces vingt-trois chansons, et leur forme lisse et magistrale, sont comparables selon le musicologue Lothar Hoffmann-Erbrecht à celles des chansons similaires de Roland de Lassus. Johann Hermann Schein s'inspire d'ailleurs de sa chansonnette pour le chant populaire de la poule dans sa .. Le musicologue Otto Kade conclut que Scandello est un des très rares musiciens progressivement germanisés, ce qui n'est que partiellement exact. Outre les textes en allemand, provenant partiellement du temps du Minnesang, furent mis en musique avec certaines caractéristiques de l'ancien chant choral allemand, textes se trouvant dans son recueil de 1570, Scandello reste au fond de lui essentiellement italien musicalement. Ses mélodies simples et son humble harmonie représentent la déclamation propre et l'esthétique reste claire, caractéristique de l'origine italienne de Scandello. Waczkat souligne que le premier talent de Scandello se retrouve dans les recueils de chants où il unit les influences de l'ancien chant de ténor allemand avec le nouveau style des canzonette italiennes.

Ses éditées en 1578. sont particulièrement célèbres et certaines d'entre elles figurent encore aujourd’hui dans le répertoire des chœurs.

Ce recueil contient treize chansonnettes à cinq voix et trois à six voix, et, dans l'index du recueil de chansonnettes, le numérotage de la treizième chansonnette saute vers la dix-huitième chansonnette (et ce, seulement dans le volume alors que dans les volumes pour le ténor, le baryton et la basse, le numérotage est régulier). Comme le confirme la première chansonnette, , il s'agit d'un recueil de chansonnettes gaies. Dans la chansonnette, le chanteur exprime son grand amour à une dame et sa joie. La deuxième chansonnette, , paraît être à première vue un Frauenlied (chanté par une femme). Cependant elle se révèle rapidement être une « chanson à boire » humoristique, l'aimé de la chansonnette n'étant autre qu'un tonneau de vin de muscat avec quoi le chanteur s'était enivré tout récemment. Le poète, Scandello, joue toutefois avec les éléments traditionnels de la complainte, ou préférablement avec l'amant, le tonneau de vin, lequel reçoit la bénédiction de Dieu de la part de l'ivrogne (). Ainsi se suit la troisième chansonnette , qui reprend le même sarcasme. La chansonnette prend exemple sur le modèle de l'hymne élogieux à l'eau fraîche de la fontaine (ou du puits), mais indique après que les cépages et le vin démontrent leur vrai caractère comparé à l'eau. D'ailleurs, dans le vers , il s'agit du vin qui est accueilli cordialement. Le thème de l'amour traditionnel inspire la quatrième chansonnette ; en effet le chanteur exprime son désir pour son bien-aimé, qui est l'être le plus cher pour lui et lui est totalement dévoué. La cinquième chansonnette, , a quasiment le même fonctionnement, puisqu'ici aussi le chanteur éprouve un grand désir pour sa dame. À la sixième chansonnette apparaît la bien-aimée présentée en détenant le suprême honneur et se distinguant par ses vertus. En outre, il n'y a aucun nouvel aspect se différenciant de ceux des précédentes chansonnettes. Nombre de ses chansons proviennent de la tradition du Minnesang en moyen haut-allemand. Comme , il n'y a pas d'amour sans peine. Ici la dialectique de la douleur, pourtant pleine d'amour, est essentielle. Cependant, le chanteur déclame sans succès son amour à sa dame qui le laisse désolant, lequel ne renonce toutefois pas à sa passion amoureuse et préfère en mourir.. La constatation découlant est que ce recueil représente le genre Minnesang sans déclaration et contient des chansons se bornant uniquement au plaisir du vin et aux expériences douloureuses, plein d'amour en excluant l'érotisme..

Maître de chapelle En 1562, il se convertit au protestantisme afin de recevoir le droit de cité et obtenir la charge de maître de chapelle.. Dans ses , il défend en dédicace le protestantisme en critiquant violemment l'Église, coupable d'une interprétation tendancieuse des textes fondamentaux de la foi et d'un manque de soutien aux arts..

Scandello commence sa carrière comme instrumentiste de la chapelle du prince-électeur et joue du cornet à bouquin et de la sacqueboute. Bien que bénéficiant d'une forte rémunération, celle-ci n'excède guère 250 florins, 16 groschen et neuf pfennig et Scandello paie un impôt annuel de 14 florins. Son impôt est cependant réduit lorsqu'en 1563 le prince-électeur lui octroie 300 florins pour se construire sa propre maison à Dresde. En 1568, Scandello devient à vie chef de chorale de la cour du prince-électeur.