Getúlio Vargas, de son nom complet Getúlio Dorneles Vargas, né le à São Borja (État du Rio Grande do Sul) et mort le à Rio de Janeiro, est un homme d'État brésilien, par deux fois président du Brésil (1930-1945 et 1951-1954).
Il est le chef civil de la révolution brésilienne de 1930, qui met fin à la Vieille République (1889-1930) par un coup d'État contre le président Washington Luís Pereira de Sousa. Vargas gouverne le Brésil de 1930 à 1945 en trois phases distinctes : la période du gouvernement provisoire (1930-1934), celle du gouvernement constitutionnel (1934-1937), puis celle de l’« État nouveau » (1937-1945), qui institue un cadre autoritaire. Il quitte le pouvoir en 1945.
Surnommé le « père des pauvres » par ses sympathisants, il est réélu au suffrage universel direct en 1951. Il conduit alors une politique de grands travaux, nationalise les ressources pétrolières, prend des mesures protectionnistes, promeut des réformes sociales (journée de 8 heures, congés payés) et politiques (vote à bulletin secret, droit de vote des femmes). De plus en plus contesté par ses opposants conservateurs, il se suicide en 1954 au palais du Catete.
On parle de « getulisme » ou de « varguisme » pour désigner sa politique et de « getulistes » à propos de ses partisans. Son héritage politique est très important, bien qu'objet de controverses, et est aujourd'hui invoqué par le Parti démocratique travailliste et le Parti travailliste brésilien.
Avant la révolution de 1930 Origines familiales et formation initiale Getúlio Dorneles VargasLa graphie originale, Getulio Dornelles Vargas, doit être actualisée conformément à l'onomastique établie à partir du formulaire orthographique de 1943, et suivre les mêmes règles des substantifs communs ( Académie brésilienne des lettres – Formulaire orthographique de 1943). Cette norme fut réaffirmée par les Accords orthographiques de la langue portugaise de 1945 et 1990 ( Accord orthographique de 1945 et Accord orthographique de 1990). La norme est facultative pour les noms de personnes vivantes, afin d'éviter des contraintes, mais après le décès elle devient obligatoire pour les publications, tandis que l'on peut utiliser la graphie ancienne dans le cadre privé (formulaire orthographique de 1943, IX) nait le dans le Rio Grande do Sul à São Borja, près de la frontière argentine, dans une famille de gaúchos, propriétaire d'une estancia dans la pampa.
Il est le fils de Manuel do Nascimento Vargas, colonel et héros de guerre, un moment maire de São Borja, issu d'une famille originaire des AçoresDans sa jeunesse il falsifia quelques documents pour changer son année de naissance en 1883. Ce fait n'a été découvert que pour les commémorations du centenaire de sa naissance quand, en vérifiant les livres de registre de baptême de la paroisse de São Francisco de Borja, il fut découvert qu'il était né en 1882, et de son épouse Cândida Dorneles.
Il fait ses études secondaires d'abord dans le Rio Grande do Sul, puis à Ouro Preto (Minas Gerais). Alors qu'il se trouve au Minas Gerais, ses frères s'engagent dans une lutte qui se termine par la mort de l'étudiant de São Paulo Carlos de Almeida Prado Júnior (). Getúlio et ses frères rentrent alors rapidement dans le Rio Grande do SulFernando Jorge, Getúlio Vargas e seu Tempo, 2 volumes, T. A. Queirós, 1986..
Service militaire (1898-1904), études et débuts (1907-1911) En 1898, il commence son service militaire dans la garnison de sa ville natale. En 1900, il s'inscrit à l'École militaire de Rio Pardo, où il ne reste pas longtemps, étant muté à Porto Alegre pour la fin de son service. Là, il rencontre les cadets Eurico Gaspar Dutra et Pedro Aurélio de Góis Monteiro. Nommé sergent, il participe en 1902 à la colonne expéditionnaire vers Corumbá au cours du conflit entre la Bolivie et le Brésil pour la possession du territoire de l'Acre.
Son passage par l'armée de terre et la carrière militaire de son père (qui a participé à la guerre du Paraguay) sont décisives pour sa compréhension des problèmes des forces armées, ainsi que dans son engagement à les moderniser, à entretenir leur discipline et à essayer de les éloigner de la politique lorsqu'il devint président.
Après son service militaire, il entre en 1904 à la faculté de droit de l'université fédérale du Rio Grande do Sul à Porto Alegre. Diplômé en 1907, il exerce d'abord comme procureur au de Porto Alegre, avant de rejoindre São Borja pour y exercer la profession d'avocat.
Comme nombre de ses contemporains, Vargas est influencé par le positivisme d'Auguste Comte, origine de la devise (« Ordre et Progrès ») du Brésil, ainsi que par la doctrine de , concevant la politique comme une véritable mission chrétienne. Doué de talents d'orateur, il prononce le discours officiel lors des funérailles de Castilho en 1919. Membre des Jeunesses castillanistes, il se lie d'amitié avec des jeunes gens qui participeront eux aussi à la révolution de 1930, notamment João Neves da Fontoura et Joaquim Maurício Cardoso.
En 1950, Vargas présentant son œuvre au cours de sa campagne présidentielle, met en valeur le rôle de Castilho dans sa formation :
En 1909, il est élu député à l'Assemblée du Rio Grande do Sul sur les listes du Parti républicain riograndais (PRR).
Un mariage politique (1911) En 1911, Getulio Vargas épouse Darcy Lima Sarmanho, fille d'Antônio Sarmanho, grand éleveur et riche commerçantLa mère de Darcy est Alzira Lima.. Ils ont cinq enfants, nommés, selon l'onomastique portugaise « Sarmanho Vargas » (patronyme de la mère, puis patronyme du père) : Lutero, Getulinho (mort jeune), Alzira, Jandira et Manuel (dit « Maneco »).
Par ce mariage, Vargas scelle la réconciliation entre les partis rivaux de la révolution fédéraliste de 1893, l'influente famille de son épouse étant (réformatrice et décentralisatrice), tandis que la sienne est (conservatrice et jacobine).
D'après la légende, le grand amour de sa vie était Aimée de Sa Sottomaior (ultérieurement Aimée de Heeren), selon la presse américaine « une des plus belles femmes du monde »La vie d'Aimée de Heeren / Aimée Sotto Mayor Sá. La liaison de Vargas avec elle était un secret d'ÉtatA "bem-amada" de Getúlio Vargas teria sido Aimée Sotto Mayor Sá.
Carrière politique de 1913 à 1930 vignette|Carte d'électeur de Getúlio Vargas
Député à l'assemblée du Rio Grande do Sul (1913-1923) Il est réélu député en 1913, mais démissionne peu de temps après son investiture pour protester contre le comportement du président du Rio Grande, Borges de Medeiros à propos des élections à Cachoeira do Sul. Vargas revient à l'Assemblée législative de l'État en 1917, et est réélu en 1919 et en 1921.
Député à l'assemblée nationale (1923-1926) Alors qu'il se prépare à , le PRR lui propose un siège de député fédéral à la suite du décès du député Rafael CabedaMelo Franco et Afonso Arinos de, A. (1978), Câmara dos Deputados - Síntese Histórica, Coordination des publications de la Chambre des députés, 1978, . Élu, il devient chef du Bancada Gaúcha, qui rassemble les membres du PRR à la Chambre des députés nationale, siégeant alors à Rio de Janeiro.
En 1924 il soutient l'envoi de pour aider le gouvernement d'Artur da Silva Bernardes contre la Révolte Paulista de 1924. Dans un discours à la Chambre, il critique les insurgés, déclarant :
Cela ne l'empêchera pas d'amnistier ces révoltés en 1930.
Ministre des Finances national (1926-1927) Il est ministre des Finances du Brésil du au , sous la présidence de Washington Luís Pereira de Sousa. Il lance très rapidement une réforme monétaire et fiscale (décret du ).
C'est aussi en qu'est créé l'Institut de prévoyance des fonctionnaires publics de l'Union, embryon de sécurité sociale. Il abandonne son portefeuille ministériel pour se porter candidat aux élections à la présidence du Rio Grande do Sul et est élu en décembre 1927 pour un mandat allant du au , avec pour vice-président João Neves da Fontoura.
Quand Vargas quitte son ministère, le président lui consacre un long discours, rendant hommage à sa compétence et à son dévouement, dont il dit :
Président du Rio Grande do Sul (1928-1930) Son élection à la présidence du Rio Grande do Sul met fin à trente années de gouvernement du « vieux Borges ». Investi le , il s'oppose avec force au gouvernement fédéral tout en se portant lui-même candidat à la présidence du pays, critiquant la fraude électorale et exigeant la mise en place du vote à bulletin secret et du droit de vote des femmes. Malgré tout, il maintient de bonnes relations avec le président Washington Luís, obtenant des fonds fédéraux pour le Rio Grande do Sul et une autorisation permettant l'amélioration du port de Pelotas.
Il crée notamment la banque de l'État du Rio Grande do Sul et soutient la création de la compagnie aérienne Varig. Contrairement à Borges, il respecte la victoire électorale de l'opposition gaúcho du Parti libérateur dans plusieurs villes de l'État. Il obtient finalement, grâce à ses talents de médiateur, l'union entre les deux partis rivaux, le PRR et le Parti libérateur. Cette politique lui vaut les éloges du journaliste Francisco de Assis Chateaubriand, rédacteur dans la revue de grande notoriété O cruzeiro, qui le dépeint en véritable homme d'État.
Son mandat s'achève avant terme le
La Révolution de 1930
Le difficile choix d'un successeur au président Washington Luís (1929) La Vieille République (1889-1930) était caractérisée par l'absence de parti national et la nécessaire conciliation des intérêts des partis régionaux, en particulier de ceux appartenant aux régions les plus puissantes, les États de São Paulo (le café) et du Minas Gerais (l'élevage bovin). La « politique du café com leite » avait traditionnellement accordé successivement la présidence du Brésil au gouverneur de l'un de ces deux États, les fraudes électorales permettant à l'oligarchie de ces deux États de contrôler le résultat des élections.
Pour la succession des Washington Luis, les élections doivent avoir lieu au mois de . Mais les tractations commencent dès le début de 1929.
Le président sortant qui est pauliste, doit désigner comme successeur, s'il se conforme à la tradition, soit le président du Minas Gerais, Antônio Carlos Ribeiro de Andrada, soit son propre vice-président, également du Minas Gerais, Fernando de Melo Viana, soit un autre homme fort de cet État. Le nom de l'ex-président Artur Bernardes est évoqué, mais se heurte aux réticences de nombreuses personnes, dont celle d'Antônio Carlos, tandis que la candidature de Melo Viana est exclue par Artur Bernardes et Antônio Carlos. De son côté le président Luís voudrait rompre avec ce système de partage du pouvoir, préférant soutenir à partir du début de 1929 la candidature du président de l'État de São Paulo, Júlio Prestes, également membre du Parti Républicain Pauliste.
Le , le New York Times lance l'information que les planteurs de café de São Paulo sont en train d'organiser un banquet à Ribeirão Preto en l'honneur de Júlio Prestes, qu'ils soutiennent comme candidat à la présidence, s'attendant à recevoir l'appui des autres États producteurs de caféMonteiro, Roberto, Prestes is blomed as Brazil president, Special Cable to the New York Times, 31 mars 1929, page 47. Ces nouvelles poussent Antônio Carlos à indiquer par courrier à Luís, le , qu'il soutiendra personnellement Vargas en tant que candidat à la présidence, proposant ainsi une candidature ni pauliste, ni mineira, comme cela a déjà eu lieu en 1918 avec la candidature d'Epitácio Pessoa du Paraíba.