Le château de Gaillon est une demeure de la Renaissance, bâtie sur l'emplacement d'un château médiéval, qui se dresse sur le territoire de la commune française de Gaillon dans le département de l'Eure, en région Normandie.

Le château fait l'objet d'une protection totale au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé sur la commune de Gaillon, dans le département français de l'Eure.

Historique 190px|vignette|Soffite de porte - sauvegarde par Alexandre Lenoir. Les enjeux d'une forteresse En 1192, au terme d'un accord conclu entre Philippe Auguste, roi de France, et Jean sans Terre, roi d'Angleterre et duc de Normandie, Gaillon passe sous le contrôle du roi de France, au même titre que le Vexin normand et quelques autres places fortes, dont Évreux. Jean sans Terre n'est qu'un roi suppléant pendant la captivité de son frère Richard Cœur de Lion.

Dès sa libération et son retour en terre normande en 1194, ce dernier défait le Capétien à Fréteval et récupère quelques-unes de ses possessions dans le Vexin. Mais il perd Gaillon et Vernon, au terme du traité de 1196 avec Philippe. Ce dernier confie la défense du château de Gaillon au chef mercenaire Lambert Cadoc et à ses troupes. Il lui en fait don en 1197 pour le remercier de ses faits de guerre.

C'est pourquoi Richard Cœur de Lion doit consolider ses positions sur la frontière normande en faisant construire Château-Gaillard aux Andelys, sur l'autre rive de la Seine, presque en face de Gaillon. Le château entre définitivement dans le domaine royal en 1200, par le traité du Goulet.. Elle précède en cela la chute de la place forte des Andelys, la prise de Rouen et la conquête de toute la Normandie qui s'ensuit en 1204.

Lambert Cadoc, quant à lui, est seigneur de Gaillon de 1197 à 1220... À cette date, Philippe Auguste reprend le château par la force et jette Lambert Cadoc en prison., à cause des plaintes qu'il reçoit, motivées par la rapine pratiquée par ce dernier à Pont-Audemer, dont il est le bailli.

La métamorphose en résidence d'été En 1262, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, obtient le château du roi en échange des moulins de Rouen et de . Le château devient alors la propriété perpétuelle des archevêques et leur résidence d'étéLe vocabulaire des résidences "secondaires" des archevêques et évêques normands au Moyen Âge : une image du bâti ?, Marie Casset In: « Aux marches du Palais ». Qu'est-ce qu'un palais médiéval ? Données historiques et archéologiques. Actes du VIIe Congrès international d'Archéologie Médiévale (Le Mans – Mayenne 9-11 septembre 1999) Caen : Société d'Archéologie Médiévale, 2001, . On y lit que les archevêques de Rouen possédaient comme autres résidences secondaires Les Andelys, Fresne-l'Archevêque, Dieppe, Pontoise, Louviers, Pinterville, Déville et Saint-Nicolas-d'Aliermont..

La métamorphose en marche intéresse assez tôt plusieurs autorités au point qu'on mentionne le retour de dès le , le séjour de deux personnages proches du pape en 1265 et 1269 (dont Raoul de Grosparmy, cardinal-évêque d'Albane, qui se trouva être aussi évêque d'Évreux et fut garde du sceau de ) et la visite du roi en 1320. En 1389, Guillaume de Lestrange meurt à Gaillon.

Les troubles incessants entre rois de France et d'Angleterre portent un coup d'arrêt aux projets épiscopaux. En effet, les jours suivant le , le duc de Bedford, vainqueur de la bataille de Verneuil ordonne la démolition de toutes les fortifications, épargnant uniquement, à la demande des autorités ecclésiastiques, l'hôtel gaillonnais de l'archevêque. L'ordre primitif de destruction fait l'objet d'un écrit de Paris daté du .

C'est dans ces conditions que les Amboise, archevêques de Rouen, font de ces ruines le tout premier palais de la Renaissance française.

Un château Renaissance Il faut attendre 1455 pour que l'archevêque Guillaume d'Estouteville fasse redresser le château, par la construction supposéeIn Persée, Philippe Lardin, de l'« Ostel Neuf »De cet hôtel supposé sont aujourd'hui conservés le Pavillon d'Estouteville et la Tourelle d'Estouteville.. Son chantier s'achève en 1463.

Georges d'Amboise, premier ministre de et deuxième archevêque à réaliser d'importants travaux sur le château, va le transformer jusqu'à ce qu'il devienne un château Renaissance. Émerveillé par l'art et l'architecture en Italie, il choisit Gaillon pour réaliser son « palais italien ». La transformation s'opère en deux étapes. alt=Plan du château et des jardins.|vignette|redresse=1.8|Le château et le Jardin de Haut.

De 1502 à 1506, Georges d'Amboise a recours à des constructeurs du Val de Loire, tels Colin Biart et son adjoint, Guillaume SenaultHistoire du Berry: depuis les temps les plus anciens jusqu'en 1789..

De 1506 à 1509, le château de Gaillon devient le premier château de la Renaissance en France. Georges d'Amboise fait appel à de nombreux artistes italiens, parmi lesquels Andrea Solari (), et rouennais. Ainsi, en 1509, une fontaine monumentale en marbre de Carrare sculpté est acheminée d'Italie par Honfleur pour être placée dans la cour d'honneur. Cette fontaine avait été commandée le aux sculpteurs génois Agostino Solari, Antonio della Porta et Pasio Gaggini, en remerciement de la république de Venise à l'égard du cardinal d'Amboise qui était parvenu à évincer les Sforza de Milan. Elle comporte notamment une horloge hydraulique, rare pour l'époque. En 1508, le sculpteur Michel Colombe réalise pour la chapelle, commencée en 1504, un retable en marbre aujourd'hui conservé au Louvre, premier exemple de la technique du stiacciato en France. Pacello da Mercogliano crée à partir de le Jardin de Haut composé de vingt-six carrés, dont deux figures de labyrinthes végétaux.vignette|Restitution du château de Gaillon vers 1510.|200px|gaucheUn neveu de Georges d'Amboise, , continue son œuvre en terminant la chapelleAujourd'hui ne subsiste que la « chapelle basse », la « chapelle haute » ayant été détruite à la Révolution. en 1510Chapelle du château de Gaillon, Observatoire du patrimoine religieux., notamment par la pose des boiseries commencées dès 1508 par le maître menuisier Nicolas CastilleLes boiseries de Gaillon au musée de Cluny, , ..

fait aménager dans la partie nord du parc (appelé parc du Lydieu), un ermitage creusé dans la roche et entouré d'un bassin. Une lui est ajoutée dans les années 1560..

Les constructions continuent pendant de nombreuses années, visant à embellir le château. En 1508, une correspondance écrite comporte une appréciation flatteuse à l'endroit de l'édifice, désigné comme Extrait d'une lettre rédigée par un envoyé du duc de Ferrare, Bonaventura Mosti en 1508 in .. L'intérêt même de l'académie d'architecture se manifeste par la visite de ses membres qui s'y rendent lors d'une incursion en Normandie entre les et Procès-verbaux attribués à André Félibien in Les boiseries de Gaillon au musée de Cluny, en ligne sur Persée, ..

Jacques Nicolas Colbert, archevêque de Rouen de 1691 à 1707, fait construire par Jules Hardouin-Mansart le pavillon qui porte son nom, une orangerie de style classique - ses armoiries se voient encore au fronton, bien que bûchées partiellement à la Révolution - tandis qu'André Le Nôtre s'intéresse aux jardins. vignette|Restitution de la fontaine des jardins du château de Gaillon.|200px|gauche Au , la fontaine italienne étant en mauvais état en raison d'un manque d'entretien, le cardinal de Saulx-Tavannes la fait démonter. Son bassin (quatre mètres de diamètre) et son socle sont alors transportés au château de Liancourt, propriété des La Rochefoucauld en Picardie ; puis transférés. dans le château de La Rochefoucauld, en Angoumois, dont ils ornent l'esplanade sud.

Le dernier archevêque résidant à Gaillon est Dominique de La Rochefoucauld, député du clergé aux États généraux de 1789.

En 1792, dans le sillage de la Révolution française, le château de Gaillon est étudié pour servir de refuge au roi et à sa famille. Le projet a été abandonné à la suite de la prise des Tuileries à Paris le même mois..

La même année, un citoyen Provost se porte acquéreur du château et en disperse les trésorsLes boiseries de Gaillon au musée de Cluny, en ligne sur Persée, .. alt=Louis XII - sauvegarde de la Porte de Gênes par Alexandre Lenoir|vignette|180px|Louis XII (partie)par Lorenzo da Mugianosauvegarde de la Porte de Gênespar Alexandre Lenoir.

Une maison centrale Gaillon, un outil de politique carcérale Préfet de l'Eure entre 1806 et 1813, Barthélémy François Rolland de Chambaudoin propose de faire transformer l'ancien château pour y établir la maison centrale « régionale ».. Un décret du entérine la proposition préfectorale., de sorte que le site devient propriété de l'État à la suite de son achat par l'administration de pour .

Deux architectes successifs, Louis-Ambroise Dubut puis Louis-Robert Goust, sont appelés pour transformer le château en centre pénitentiaire. La maison centrale, inaugurée dès le , voit ses travaux d'aménagement terminés en 1824. En 1819, une évaluation est diligentée sous les auspices du magistrat François Barbé-Marbois.. De 1824 à 1868, la maison centrale de Gaillon ne cesse d'accueillir des délinquants, et notamment des mineurs. La nouvelle centrale s'affirme rapidement comme l'un des plus grands centres de détention de France. L'explosion du nombre de mineurs incarcérés est particulièrement sensible à partir de 1840, suivant une circulaire du ministre Duchâtel. À cette époque, la centrale accueille plus d'une centaine de jeunes délinquants par an, souvent originaires de Paris et de sa banlieue, ainsi que de Rouen.. À partir du , la prison sépare les enfants des adultes.

En 1876, à l'emplacement des Jardins Hauts, est construit le premier établissement de France destiné aux déficients mentaux et aux épileptiques (il en subsiste la « Maison grise »). En 1901, la centrale est fermée ; les détenus sont transférés dans d'autres établissements.

Gaillon, un patrimoine carcéral Le est propice à la valorisation des traces du passé carcéral du château. Les graffitis sont l'objet de travaux de recensement et de protection. Ils touchent au château mais aussi à la « Maison grise », témoignage d'un long bâtiment créé pour l'hébergement des jeunes prévenus puis, après le transfert de ceux-ci vers la colonie pénitentiaire des Douaires., celui des aliénésNotice rédigée par Jean-Louis Breton, Dominique Pitte et France Poulain relative au relevé des graffitis, 2013..

Une garnison alt=Plaque commémorative du CISLA|vignette|180px|Plaque commémorative du CISLA. Un détachement du d’infanterie caserné à Rouen (quartier Pélissier) occupe l'ancienne maison centrale. Les hommes de la du d'infanterie assurent le défilé du dans un uniforme « prototype » proposé pour supplanter la tenue comportant le pantalon « Garance ». À partir du , un centre d'instruction d'officiers sous-lieutenants auxiliaires, infanterie (CISLA I) y est organisé, ayant pour objet la réorganisation de l'armée belge, de la équiper et de former les cadres, après les ravages provoqués par les premiers mois de la Première Guerre mondiale. Son directeur en est le capitaine-commandant Neuray.

Le comte Pierre Ryckmans fait un passage par Gaillon. En , René Glatigny sollicite et obtient son passage à l'infanterie. Le , il est envoyé à Bayeux (Calvados) pour y suivre les cours du centre d'instruction des sous-officiers d'infanterie (CISOI) de l'armée belge. Le , il est nommé sous-officier et est envoyé au CISLA. La session de Gaillon se termine le . Sorti breveté, René Glatigny retourne au front où il décède des suites de blessures les jours suivant le . Une plaque commémorative témoigne de ce centre de formation militaire historique ; elle est visible à l'entrée du château. Le centenaire du CISLA a été célébré le Gaillon se souvient de la présence des Belges dans la cité, F3 Normandie, 26 avril 2015..

Par ailleurs, la tombe d'un soldat belge est incorporée au carré militaire du cimetière communal.

La « renaissance » du château