vignette|Extension actuelle de l'espagnol dans le monde. vignette|Expansion du castillan dans la péninsule Ibérique.
L’espagnol (ou castillan) est une langue romane apparue autour des et et issue du latin vulgaire parlé dans la région cantabrique après le déclin de l'Empire romain.
Au cours des années, il s'est diffusé vers le sud jusqu'à la mer Méditerranée en accompagnant la constitution et l'expansion du royaume de Castille, avant d'être implanté dans l'Empire colonial espagnol, essentiellement en Amérique. Il est aujourd'hui la langue romane la plus parlée, première langue de plusieurs centaines de millions de personnes, langue officielle de 21 pays et l'une des six langues officielles de l'Organisation des Nations unies.
Depuis ses plus anciennes formes documentées et jusqu'autour du , on parle habituellement de castillan ancien ; on parle ensuite d'espagnol (ou de castillan) moderne, les deux formes restant relativement proches. Leur principal trait différentiel est le système consonantique, qui a connu un profond réajustement vers le .
L'espagnol du et est parfois appelé « espagnol classique », s'agissant de la langue du Siècle d'or de la littérature espagnole.
Histoire externe L'histoire externe d'une langue est celle qui se réfère à la description des conditions sociales, culturelles, politiques et historiques qui ont influencé les phénomènes linguistiques.
Substrat pré-romain vignette|Carte ethnolinguistique de la péninsule Ibérique vers le (avant les invasions carthaginoises. Le substrat pré-romain est constitué des langues parlées par les peuples primitifs occupant la péninsule Ibérique, qui ne sont que partiellement connus (Ibères, Celtes, dont Cantabres, parfois réunis sous l'appellation de Celtibères, et Basques essentiellement), et par ceux qui commerçaient avec eux (Phéniciens, Carthaginois et Grecs) et y avaient établi des comptoirs. Leurs apports respectifs sont débattus. L'influence du substrat pré-romain est créditée dans l'apparition de certains traits phonologiques (chute du f- initial latin, bêtacisme), l'origine de certains suffixes (-rro, rra) ainsi que de certains vocables (izquierda, perro, cama.) ou toponymes (Segovia, Sigüenza).
Par la suite, de nombreux Castillans d'ascendance basque prennent part à la Reconquista, comme le montrent les nombreux toponymes de cette origine dans une grande partie de l'Espagne.
Latin hispanique Entre le et le se déroule la conquête de la péninsule Ibérique par les Romains, accompagnée et suivie d'un profond processus de romanisation qui affecte et bouleverse de nombreux domaines de la vie de ses habitants, notamment sur le plan linguistique. Les langues pré-romaines sont peu à peu marginalisées, d'abord par l'intermédiaire d'une étape de bilinguisme très étendu dans les principaux centres d'occupation romains, puis en restant confinées dans des régions de plus en plus isolées, jusqu'à leur fragmentation extrême et leur extinction, à l'exception du basque, seul survivant de ce processus. Dans son cas, on peut remarquer le faible nombre de toponymes d'origine basque avant le , ce qu'on pourrait expliquer par une migration limitée venue d'Aquitaine au cours de cette période et jusqu'au , qui aiderait à comprendre son maintien.
Néanmoins, deux facteurs se révèlent décisifs dans les derniers développements du latin qui évoluera pour donner le castillan : En premier lieu, la situation géographique : la distance avec le centre névralgique de l'Empire, Rome, et l'isolement géographique (à travers les Pyrénées, la mer Méditerranée, le système ibérique et la cordillère Cantabrique…), expliquent que les innovations linguistiques parviennent lentement et avec retard ; Enfin, l'origine des colons : la plupart des Romains qui participent à la colonisation sont originaires du sud de la péninsule Italique, et parlent une variété de latin vulgaire particulière.
Influences germaniques et arabes
La diversification du latin dans les différentes régions de l’Empire commence à être marquée à partir du ou et se trouve accentuée par la chute de celui-ci au . Au cours du même siècle, les invasions barbares entraînent l'incorporation aux parlers ibériques de certains vocables germaniques, s'ajoutant à ceux déjà intégrés par le latin vulgaire. On distingue en particulier le champ lexical militaire, avec des mots comme guerra (de werra, « confusion ; querelle ») ou yelmo (de helm, « heaume »), ainsi que certains noms propres, comme (de all, « tout », et wars, « prévenu ») ou (de friþu, « pacifique », et nanþ, « hardi »).
Au , avec la conquête musulmane de la péninsule Ibérique, les parlers romans péninsulaires subissent une forte influence de l'arabe, particulièrement au niveau lexicalLa langue arabe étant une langue sémitique, elle n'a pu imposer de changements morphosyntaxiques profonds au latin et à ses descendants, appartenant à la famille indo-européenne (, ).. Ainsi plus de d'origine arabe sont recensés en castillan, appartenant à des registres tels que l'agriculture (aceite, « huile », aljibe, « citerne »), le domaine militaire (almirante, « amiral », adalid, « chef militaire », puis par extension « meneur »), l'administration (alguazil, « agent », « officier ») et de très nombreux toponymes dans toute l'Espagne. Dans ces emprunts, on observe fréquemment une agglutination de l'article arabe al au lexème. Les termes grammaticaux sont en revanche extrêmement rares (hasta, « jusqu'à » ; he, dans he aquí, « voici » ; ojalá, « pourvu que » « ojalá », Diccionario de la lengua española, .). De même, on n'a aucune preuve d'une quelconque influence de l'arabe sur le système phonologique du castillan. La fricative vélaire /x/ (jota) ne fait son apparition qu'aux environs du , moment où l'arabe n'est parlé que très résiduellement en Castille, ..
Apparition du castillan vignette|Fragment d'un des documents des cartulaires de Valpuesta rédigé en écriture wisigothique. vignette|redresse|Page 72 du codex Emilianense 60. On aperçoit la glose dans la marge. Les transformations grammaticales et phonologiques successives amènent l'émergence des langues romanes en tant qu'entités différenciées entre les , avec une intercompréhension rendue de plus en plus difficile. Les textes reconnus comme les plus anciens dans une variante de castillan sont les Cartulaires de Valpuesta, conservés à l'église Sainte-Marie de Valpuesta (Castille-et-León, Burgos), ensemble de textes qui constituent des copies de documents, dont certains remontent jusqu'au (autour de 804) , ABC, 16/10/2008. Miguel Ángel Vergaz, La RAE avala que Burgos acoge las primeras palabras escritas en castellano, El Mundo, 7/11/2010. Descubren que las palabras más antiguas escritas en Español son del siglo IX, 20 minutos. http://es.noticias.yahoo.com/9/20091227/ten-estudio-del-ilcyl-confirma-a-los-car-bbad18b.html| Estudio del ILCYL confirma a los Cartularios de Valpuesta como el español más antiguo..
Les écrits autrefois considérés comme les plus anciens rédigés en castillan consistent en des gloses (des traductions de termes isolés dans des phrases) ajoutées en marge des Glosas Emilianenses, rédigées en latin et conservées au monastère de San Millán de Yuso, à San Millán de la Cogolla (La Rioja)Les gloses contiennent également les plus vieux textes connus rédigés en basque, si l'on omet les restes épigraphiques de l'époque romaine.. On estime qu'elles datent d'entre la fin du et le début du . Cependant, certains doutes concernant la variété spécifique de roman employée dans les gloses amènent les linguistes actuels à penser qu'elles ne sont pas écrites en castillan médiéval, mais dans un proto-roman de riojan, de navarro-aragonais ou de castillan-riojano selon le philologue César Hernández, c'est-à-dire, dans les mots du philologue Claudio García Turza, « un embryon ou ingrédient basique du complexe dialectal qui façonnera le castillan » .. Aux côtés de caractéristiques typiques de La Rioja, on trouve des traits présents dans d'autres variétés dialectales d'Espagne, aragonais, astur-léonais et mozarabe.
Tout ceci amène à penser, comme l'ont fait Menéndez Pidal (1950), Lapesa (1981), Alarcos (1982) et Alvar (1976, 1989) qu'il s'agit en réalité d'une koinè dans laquelle sont mélangés des traits appartenant au castillan, au riojan, à l'aragonais et quelques-uns du roman navarrais.. Ces théories concordent de plus avec ce que l'on sait de la zone de San Millán, une importante croisée de langues et de cultures hispaniques, les colons chrétiens provenant de régions diverses obligeant à un constant réajustement linguistique.
Le mozarabe est un ensemble relativement peu documenté de dialectes romans fortement influencés par la langue arabe, utilisé par les chrétiens arabisés sous domination musulmane. Le contact avec l’arabe confère au mozarabe certaines caractéristiques uniques dans l'ensemble des langues romanes. Une grande partie de la documentation écrite mozarabe connue provient des khardjas, textes poétiques rédigés en alphabet arabe (aljamiado).
Avec l'avancée de la Reconquista, le dialecte septentrional se diffuse vers le sud, où il remplace et absorbe les dialectes locaux, tout en incorporant massivement du vocabulaire emprunté à l'arabe andalou, au mozarabe et au judéo-espagnol médiéval. À la fin du , plus aucune de ces langues n'est parlée activement dans la péninsule...
Les exploits comme ceux du Cid dans la reconquête renforcent le prestige de la Vieille-Castille, siège du pouvoir, et de sa langue, avec par exemple la diffusion du Cantar de mio Cid.
Langue castillane sous Alphonse X de Castille
vignette|redresse|Portrait d'Alphonse X le Sage. Les premières étapes d'une standardisation de la langue écrite sont entreprises par Alphonse X de Castille dit « Le Sage » (1221-1284). Il rassemble à sa cour des scribes et dirige la rédaction en castillan d'importantes œuvres en histoire, astronomie, Droit et d'autres champs de connaissance (El Lapidario, Las Siete Partidas, General estoria, Primera Crónica…). Au cours de son règne il mène une intense promotion en faveur de la langue vernaculaire et au détriment du latin, qui était jusqu'alors la seule langue écrite des documents officiels. Le castillan acquiert un important prestige au sein de la cour et dans l'ensemble des royaumes, alors même que ceux-ci poursuivaient leur avancée vers le sud avec la fin de la Reconquista.
On retrouve des marques de divers processus de changements morphosyntaxiques et grammaticaux montrant une transition entre la fin du latin vulgaire et les débuts du proto-roman et le castillan médiéval ( dans les œuvres supervisées par Alphonse X et celles d'autres écrivains du )..
Siècle d'or de la langue espagnole - langue de l'Empire vignette|redresse|Frontispice de la Grammatica Nebrissensis.
Antonio de Nebrija est l'auteur de la première grammaire de l'espagnol, Grammatica dela Lingua Castellianna, publiée à Salamanque en 1492, réalisée sous les auspices de la reine de Castille Isabelle la Catholique, l'année même où prenait fin la Reconquista avec la prise de Grenade et où Christophe Colomb découvrait l'Amérique pour le compte de la couronne, ouvrant celle-ci à la conquête des immenses territoires du Nouveau Monde, dans laquelle la langue castillane joue un rôle important pour asseoir l'hégémonie de la Castille.. La grammaire de Nebrija est également le plus ancien traité sur une langue vernaculaire moderne en Europe.
À la même époque se déroule le processus d'unification des royaumes d'Espagne, Castille et Aragon, qui conservent cependant leurs institutions, leurs usages et leurs langues respectifs.