La matte désigne une matière sulfurée semi-métallique, produit intermédiaire dans les procédés pyrométallurgiques d'extraction de métaux non ferreux. Elle est le résultat de la première fusion d'un minerai sulfuré, par exemple de cuivre, de plomb, d'argent, d'antimoine ou de nickel.

La matte n'a d'intéret que par sa composition chimique et le fait qu'elle est en fusionLe rôle de la matte dans la métallurgie est donc similaire à celui de la fonte brute en sidérurgie. On pourrait aussi la comparer aux ferroalliages, à la différence près que ceux-ci sont commercialisés et utilisés eux sous forme solidifiée.. Chimiquement, elle est assimilable à un sel fondu composé d'éléments chalcophiles.

Éléments étymologiques

La matte apparaît dans la langue française écrite vers 1627. Ce substantif féminin désigne le sous-produit ou intermédiaire de la métallurgie. Un siècle plus tôt, la matte semble indiquer un métal brut, expurgé par martelage de ses impuretés majeures.

Le terme selon le Trésor de la langue française ou une simple analyse dialectale vient d'un étymon indoeuropéen matte* signifiant « compact, de plus en plus compact ». Les forgerons ne sont pas les seuls à l'employer, les éleveurs nomment matte (au féminin) ou maton (au masculin) le lait caillé, matière que l'on peut ensuite presser ou compacter pour faire du fromage blanc dans un premier stade. Le verbe ancien français du matoner signifie cailler, coaguler. De manière assez surprenante, beaucoup de dictionnaires étymologiques français précisent souvent une origine obscure ou incertaine à ce terme technique.

En langue germanique ou peut signifier la matte dans diverses métallurgies. Les mondes techniques anglophone et francophone possèdent le même terme écrit matte.

Définitions

La matte contient, outre le métal recherché dans le minérai, d'autres métaux chalcophiles comme le fer, le nickel Les éléments métalliques y sont souvent sous la forme de sulfures de formules complexes, parfois modélisés sous la formule générique , FeS, NiS… Tant que le soufre est présent, on parle de matte. La meilleure façon de la représenter consiste à l'assimiler à un sel fondu.

Lorsque le soufre a été ôté, on obtient généralement un alliage entièrement métallique. Quand cet alliage contient beaucoup de fer (cas de la métallurgie extractive du nickel) on parle de ferroalliage.

Dans la métallurgie extractive du cuivre, la matte avant affinage au convertisseur est appelée parfois « matte bronze ». Elle contient 40 à 50 % de cuivre (avec, respectivement 32 à 22 % de fer pour une matte élaborée au haut fourneau), mais il est possible, dans certains cas, de descendre jusqu'à 32 % de cuivre. Lorsque tout le fer a été oxydé, le métal a atteint un teneur en cuivre d'environ 80 %. Il ne contient plus de fer, mais reste riche en soufre et en éléments difficilement oxydables : on appelle cet alliage intermédiaire « matte blanche ». Le soufflage continue jusqu'à obtenir un métal contenant plus de 99 % de cuivre, appelé « blister ».

Dans la métallurgie extractive du nickel, l'affinage au convertisseur de la matte s'arrête au moment où tout le fer a été oxydé ; il reste donc du soufre à la fin du soufflage. On distingue donc deux mattes de nickel : une « matte brute », contenant du nickel, du fer, du soufre et d'autres métaux (cuivre cobalt, métaux précieux), et une « matte blanche » (ou matte de convertisseur, ou encore matte affinée), contenant essentiellement du nickel, du soufre auxquels s'ajoutent, selon la nature du minerai, éventuellement du cuivre et des métaux précieux. L'oxydation du fer dans le convertisseur fait ainsi passer la teneur en nickel de 15-60 % dans la matte brute, à 40-70 % dans la matte affinée.

Dans la métallurgie extractive des platinoïdes, la matte de nickel-cuivre est obtenue et affinée comme une matte de nickel. Après oxydation du fer dans un convertisseur (de type , Peirce-Smith, ou continu), la matte blanche contient de d'éléments précieux par tonne.

Plus généralement, la matte peut être définie comme un mélange de soufre et de métal. Edward Peters résume ainsi que

Rôle dans les procédés pyrométallurgiques

Obtention de la matte

Dans certains cas, la matte peut être obtenue très simplement. Par exemple, le chauffage à de minerais contenant de la stibine () provoque l'écoulement d'une matte d'antimoine en fusion, qui se sépare ainsi des stériles.

Pour d'autres mattes, un grillage précède la fusion des matières métalliques sulfureuses contenues dans les minerais. La matte en fusion se sépare spontanément des autres composants, car sa masse volumique, comprise entre dans le cas de la métallurgie du cuivre, est plus faible que celle du métal fondu, mais supérieure à celle de la scorie surnageante. Cette dernière est une phase siliceuse à base de . De par sa structure ionique et partiellement métallique, la matte est immiscible avec le laitier, et difficilement miscible avec le métal en fusion.

Au début du , dans la métallurgie extractive du nickel, l'obtention de la matte peut se faire de 3 manières différentes : dans le traitement des minerais limonitiques, le minerai de nickel préréduit est enrichi en soufre, soit dans les fours de préréduction, soit dans le four électrique de fusion. Ce procédé concerne moins de 4 % de la production de nickel à partir de minerais ; dans le traitement des minerais sulfureux, le minerai concentré peut être grillé puis fondu au four électrique. Ce procédé concerne environ 15 % de la production de nickel à partir de minerais ; le minerai sulfureux concentré peut être aussi fondu par fusion flash. Ce procédé concerne environ 45 % de la production de nickel à partir de minerais ;

Utilisation de la matte

La matte doit être débarrassée du soufre et du fer pour devenir un métal prêt à l'emploi. Une méthode historique d'affinage est la méthode galloise, fondée sur des grillages successifs dans des fours à réverbère. Cette méthode, gardée secrète, a permis à la Grande-Bretagne d'acquérir une situation prépondérante dans la production de cuivre jusque dans les années 1880. L'affinage de la matte y consiste, pour simplifier, en 6 passages au four à réverbère.

En 1880, l'invention du procédé Manhès-David, inspiré du procédé Bessemer, contribue à la disparition de la méthode galloise. Alors que le traitement du minerai dure de et consomme de charbon avec la vieille méthode, la fusion et le soufflage de la matte avec le procédé Manhès-David se font en et ne nécessitent que de coke.

Au début du , le procédé Manhès-David est encore la méthode dominante d'affinage des mattes, même s'il a beaucoup évolué. En 2010, il représente encore 90 % de l'affinage des mattes cuivreuses. Il participe au traitement des minerais sulfureux de nickel, intervenant, en 2011, dans 60 % de l'extraction du nickel.

La généralisation du convertisseur Peirce-Smith au début du , a donc maintenu la matte comme produit intermédiaire incontournable dans la métallurgie extractive des non ferreux à partir de minerais sulfureux (blende, chalcopyrite, galène, pentlandite). Pour autant, dans la métallurgie extractive du cuivre, certaines fonderies utilisant des fours de fusion flash y poussent l'oxydation jusqu'à brûler tout le soufre contenu dans la matte, afin de produire directement un métal.

Notes et références Notes

Références

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