La Garde suisse pontificale est une force militaireLa Garde suisse ne forme cependant pas une armée : pour contourner une disposition de l’ interdisant de servir une armée étrangère, c’est officiellement une force de police. chargée de la sécurité protocolaire, d'assurer la garde des bâtiments du Vatican, et de la protection rapprochée du pape.
Elle est la dernière garde suisse encore existante parmi les détachements de mercenaires suisses qui servaient de garde rapprochée et protocolaire dans différentes cours européennes à partir du .
Créée le sur l'ordre du pape Jules , elle est aujourd'hui l'une des plus petites armées du monde avec , tous citoyens suisses masculins catholiques, devant mesurer au minimum , être célibataires au recrutement et âgés entre .
Elle compte parmi ses saints patrons saint Nicolas de Flüe, saint Martin de Tours et saint Sébastien.
Histoire
La Garde suisse a été appelée au Vatican par le pape Jules le quand le souverain pontife demanda à la Diète suisse, par la voix de Peter von Hertenstein, archidiacre de la cathédrale de Sion, de lui fournir un corps de deux cents soldats permanent pour sa protection... Les mercenaires suisses étaient un choix naturel car ils étaient les plus réputés d'Europe.
En , le premier contingent de gardes suisses se met en route pour Rome. Ils franchissent le col du Saint-Gothard à pied en plein hiver, et reçoivent leur solde du banquier Jacob Fugger. La date officielle de fondation de la Garde suisse pontificale est le , date de l'entrée d'un premier contingent de hallebardiers organisés en compagnies commandées par l'Uranais Kaspar von Silenen sur la place du Peuple () dans la Ville éternelle.
En 1512, le pape leur accorde, au cours d'une cérémonie grandiose, le titre de « défenseurs de la liberté de l'Église », après qu'ils eurent sauvé le trône pontifical en se battant bravement contre les troupes du roi de France, Louis .
Son action la plus mémorable et la plus significative se déroule le , lorsque cent quarante-sept des « mercenaires de Dieu » périssent en combattant les lansquenets de Charles Quint pour défendre l'escalier menant au tombeau de saint Pierre, pendant que quarante-deux autres gardes suisses protègent la fuite du pape Clément au château Saint-Ange (ils seront les seuls survivants). Dès l'année qui suit cette tragédie, le devient la date du « serment des recrues ».
D'autres corps armés pontificaux ont existé parallèlement dans le passé. Notamment la Garde corse qui est dissoute au à la suite de l'affaire de la garde corse. Ont également existé la garde noble et la garde palatine, toutes deux dissoutes en 1970 par le pape Paul .
C'est la plus vieille armée pontificale encore en exercice.. Les troupes pontificales ne sont plus montées au feu des combats depuis leur défaite par les troupes italiennes, survenue en 1870 avec la prise de Rome, au terme de l'unification italienne..
Mission La Garde suisse est notamment responsable des entrées du palais apostolique, des bureaux de la secrétairerie d'État et des appartements privés du pape. Elle partage avec la gendarmerie de l'État de la Cité du Vatican la charge de la sécurité du pape.
Cette force est formée de cent trente-cinq soldats.
Recrutement thumb|Gardes au Vatican.
Fondé sur le volontariat, le recrutement de la Garde suisse s'effectuait historiquement parmi les hommes de nationalité suisse et célibataires, originaires des cantons de Fribourg, Zurich et de Lucerne, auxquels se sont ajoutés par la suite les cantons d'Uri, d'Unterwald et du Valais.
De nos jours, il faut être citoyen suisse, de confession catholique romaine et jouissant « d'une réputation irréprochable » pour être enrôlable. Les futurs gardes suisses doivent être diplômés d'un CFC ou d'une école secondaire du deuxième degré (maturité ou baccalauréat suisse), avoir effectué l'école de recrues et être incorporés dans l'Armée suisse au service actif. Ils doivent également être âgés de , célibataires et mesurer au moins .
Par ailleurs, on demandera au curé de leur paroisse de confirmer par écrit que les postulants sont de bons pratiquants et jouissent d'une réputation sans tache. Des entretiens préalables (pouvant durer plus de cinq heures) ont lieu en Suisse. Le fait de parler plusieurs langues est un atout, la langue allemande étant la langue officielle de la garde.
En 1929, à la suite des accords de Latran, le Conseil fédéral indique que car la Garde suisse n'est pas considérée par les autorités suisses comme un corps d'armée étranger, mais comme un corps de police..
Le service auprès de la Garde suisse pontificale n'a aucune incidence sur le décompte des jours de service au sein de l'armée de la Confédération suisse auxquels le militaire est astreint. Les gardes et anciens gardes bénéficient toutefois d'une loi suisse permettant à tout citoyen astreint au service militaire de supprimer leur obligation de servir après une période d'absence due à un départ permanent à l'étranger.
Serment Après avoir été retenue, la nouvelle recrue prête serment de fidélité le (en souvenir de l'action du 6 mai 1527) de sa première année de service (le mandat étant d'au minimum deux ans) dans la cour Saint-Damase () du palais apostoliqueEn 2006, la prestation de serment a eu lieu exceptionnellement sur la place Saint-Pierre pour commémorer les cinq cents ans de la garde.. Les nouveaux incorporés écoutent le chapelain de la garde lire dans leur langue le texte du serment inchangé depuis cinq siècles :
La nouvelle recrue s'avance alors solennellement, empoigne de la main gauche le drapeau de la garde et effectue un salut à trois doigts en récitant dans sa langue maternelle (français, suisse-allemand, suisse-italien ou romanche) :
Dans un geste sans précédent depuis la participation du pape Paul VI en 1968, le pape Léon XIV a assisté le à la prestation de serment de 27 nouvelles recrues.. Il réitère cela le ..
Composition thumb|Fanfare des anciens gardes suisses, en mai 2006 à Rome, pour les célébrations du anniversaire de sa fondation.
Depuis sa fondation, la garde a connu des effectifs plus ou moins importants voire a été dissoute à l'occasion. En 1976, le Pape Paul fixe les effectifs de la garde à . Le pape Jean-Paul II les relève à le , et à le .. Une nouvelle augmentation des effectifs à 135 a été décidée après les attentats de Paris en 2015..
La Garde suisse est composée de cinq officiers (un colonel (commandant), un lieutenant-colonel (vice-commandant), un major et deux capitaines), (un sergent-major, cinq sergents, et ), et un chapelain (avec rang de lieutenant-colonel). La fonction d'aumônier de la garde est exercée depuis le par Kolumban Reichlin, prêtre bénédictin de l'abbaye d'Einsiedeln.. Depuis le , le commandant de la garde est le colonel Christoph Graf. En , son anté-prédécesseur, le colonel Elmar Theodor Mäder, que des femmes fassent partie de la garde pour des raisons d'exiguïté de la caserne et de discipline ().
La langue officielle de la Garde suisse est l'allemand.
Uniforme thumb|Garde suisse du Vatican. vignette|Uniformes portés actuellement par les gardes suisses. Chaque garde dispose de deux uniformes : l'uniforme de gala et l'uniforme bleu. L'uniforme de gala est porté de jour à tous les postes sauf à la porte Sant'AnnaLa porte Sant'Anna étant le point de passage le plus important des voitures qui entrent à la Cité du Vatican, ce poste est considéré comme trop salissant pour permettre de porter la tenue de gala.. L'uniforme bleu est porté à la porte Sant'Anna, la nuit et pour les exercices. Pour les bénédictions des solennités de Noël, de Pâques et pour la cérémonie d'assermentation du , les gardes s'habillent en « Grangala » avec armure argentée dotée de spalières et morion également argentés.
L' a varié au cours des sièclesL'uniforme de la Garde suisse.. Actuellement, il s'agit d'un pourpoint façonné en pointe, orné jusqu'aux guêtres d'un motif rayé à larges bandes rouges, jaunes et bleues (le bleu et le jaune sont les couleurs de la famille Della Rovere à laquelle appartenait Jules II, le rouge a été ajouté par son successeur Léon X, un Médicis). Il n'a pas été dessiné par Michel-Ange pendant la Renaissance comme le veut la légende, mais est l'œuvre de Jules Repond (1853 - 1933), commandant de la Garde de 1910 à 1921, qui s'inspira en 1914 des fresques de Raphaël. Le motif alterne un bleu nuit avec un jaune canard, d'où émerge le rouge sang du sous-vêtement (ce dernier est noir pour les tambours). Les pantalons sont bouffants, l'uniforme est surmonté d'un haut col blanc ou, pour les versions les plus solennelles, d'une collerette blanche à soufflets.. Les uniformes sont créés sur mesure et bénis par le pape pour chaque garde. Quand l'un d'eux finit son service, son uniforme doit être détruit au hachoir afin d'éviter toute utilisation frauduleuse ou abusiveSelon .. Seuls les hallebardiers, les vice-caporaux et les caporaux portent cet uniforme très voyant, les sous-officiers supérieurs (sergents et sergent-major) portent un pantalon cramoisi et un pourpoint noir, tandis que l'uniforme des officiers est entièrement cramoisi.
L'uniforme se porte avec un béret de type « alpin » ou avec un casque léger à deux pointes aux bords relevés : le morion, orné d'un panache en plumes d'autruche, de faisan ou de héron et frappé du chêne, emblème de la famille Della Rovere. Le morion des hallebardiers et des sous-officiers est surmonté d'une plume rouge, tandis que celle ornant les casques du sergent-major et du colonel sont blanches, les autres officiers en portent une de couleur violet foncé et celle des tambours est bicolore jaune et noire. Deux modèles de morions sont utilisés : un noir, porté avec l'uniforme de gala courant, et un argenté. Celui-ci est porté aux mêmes occasions que la collerette à soufflets, avec ou sans armure.
Début 2019, la Garde suisse pontificale a perçu de nouveaux morions noirs, plus légers ( au lieu de )., car réalisés en plastique par impression 3D...
L'uniforme complet, qui n'est requis que pour les grandes occasions (comme la prestation de serment), constitue un puzzle de .
Drapeau Le drapeau de la Garde suisse, carré, est composé d'une croix blanche, , le premier quartier portant les armes du pape en place sur fond rouge, le deuxième et troisième quartiers ayant horizontales de couleur bleue, jaune et rouge, le bleu et le jaune étant les couleurs de la famille Della Rovere, le rouge celle des Médicis, le quatrième quartier portant les armes du pape Jules II sur fond rouge, et finalement avec les armes du commandant de la garde dans un cercle aux couleurs du canton d'origine du commandant, cercle placé au centre du drapeau.. Ainsi à chaque changement de pape ou de commandant, un nouveau drapeau est créé. Par tradition, celui-ci est offert par le Commandant en fonction au nouvellement nommé.
Armement thumb|Gardes suisses du Vatican. vignette|Garde suisse avec le manteau hivernal La Garde suisse pontificale, bien qu'ayant toujours été une unité d'infanterie, a possédé quelques pièces d'artillerie à sa création..
Armes d'apparat Aujourd'hui, les armes d'apparat sont les mêmes que celles détenues par les soldats suisses du : hallebarde de , pertuisane et épée ainsi que quelques espadons (épée de grande taille, portée à deux mains, avec lame ondulée). Si, autrefois, six espadons escortaient le pape lorsqu'il était porté sur la sedia gestatoria, aujourd'hui, ils ne sont plus utilisés que par les deux caporaux de la garde au drapeau.
Armes de service