(latin : Flavius Constantinus Augustus, grec : ), né vers 650 et mort entre juillet et , souvent appelé incorrectement Pogonate, c'est-à-dire « le Barbu », en confusion avec son père, est le fils aîné de et de l'impératrice Fausta, co-empereur à partir de puis empereur byzantin de septembre à sa mort.
commence à occuper des fonctions de gouvernement quand son père part pour la Sicile dans les années 660. Il le représente alors à Constantinople où il est confronté aux assauts des Arabes et à la révolte de Saborios. À la mort de son père, en 668, il doit mater un autre soulèvement pour s'imposer sur le trône. D'emblée, il fait face à la pression croissante des musulmans, qui assaillent Constantinople à plusieurs reprises dans les années 670. Tout occupé à la défense de la ville, il parvient à repousser les musulmans en 678 et obtient un traité de paix favorable. Ce succès lui permet alors de se consacrer à d'autres ambitions.
Il peut notamment repousser les Slaves qui tentent de s'emparer de Thessalonique mais essuie une cuisante défaite lors de la bataille d'Ongal en 680, qui signe l'établissement du Khanat bulgare du Danube, dans une région jusque-là occupée par l'Empire. S'il perd également un peu de terrain contre les Lombards en Italie, son règne est surtout l'occasion d'un rapprochement avec une papauté de plus en plus autonome. Mettant fin à des décennies de conflits théologiques, il renonce au monothélisme et convoque le troisième concile de Constantinople entre 680 et 681. C'est un succès politique pour l'empereur, qui devient alors le restaurateur de l'orthodoxie et de la concorde religieuse entre Rome et Constantinople, tout en entérinant de fait la place de plus en plus importante prise par le pape.
Il meurt jeune en 685 et c'est son fils, , qui lui succède. Il laisse l'image d'un empereur pieux, capable de poursuivre l'œuvre de réforme d'un Empire confronté à de nombreux défis, même s'il doit concéder l'installation des Bulgares dans les Balkans.
Sources et historiographie
Sources primaires
Comme souvent pour les empereurs du après Héraclius, les historiens doivent composer avec la rareté des sources disponibles relatant le règne de . C'est particulièrement vrai des écrits d'origine byzantine. Aucune source directe ne date de cette période et la chronique de Théophane le Confesseur, écrite vers l'an 800, est la seule référence, sur laquelle s'appuient les autres chroniqueurs byzantins ultérieurs. Cependant, elle présente elle-même des lacunes et Théophane se repose probablement sur des matériaux partiels, datant de l'époque de Constantin ou de ses successeurs, en particulier les chroniques perdues de Théophile d'Édesse ou d'un certain Trajan le Patricien. Le fait que le récit de Théophane repose sur des sources différentes et qu'il le compose plusieurs décennies plus tard explique en bonne partie son manque de fiabilité sur divers aspects du règne de Constantin. La Chronographie de Théophane est également influencée par la perception positive de qui semble inspirer le récit de Trajan le Patricien, expliquant en retour le mépris de ce dernier à l'égard de .
Le Breviarium du patriarche , contemporain de Théophane, est une autre source mais souvent plus laconique. Les Actes du troisième concile de Constantinople permettent de suivre cet événement et, plus largement, les affaires religieuses sont généralement l'aspect le mieux connu de cette période.
En-dehors des sources byzantines, l'exploitation de récits orientaux éclairent certains pans du règne de Constantin, en particulier les affaires militaires contre les Omeyyades. Les historiens peuvent s'appuyer sur des chroniques plus ou moins contemporaines, allant des récits arméniens comme ceux de Ghévond ou Movsès Kaghankatvatsi aux chroniques syriaques, à l'instar de celle de Michel le Syrien ou de la Chronique de 1234, plus tardives. Des auteurs musulmans peuvent également être convoqués pour saisir plus finement la chronologie des guerres byzantino-arabes, comme Al-Tabari ou Al-Baladhuri. C'est notamment leur exploitation qui a permis de revoir la chronologie du siège de Constantinople.
Les sources occidentales sont généralement plus abondantes ou plus précises sur l'évolution de l'Italie au , ce qui permet une relativement bonne appréhension des relations entre Rome et Constantinople. Ainsi, le Liber pontificalis est une source précieuse, complétée de l’Histoire des Lombards de Paul Diacre. Pour l'histoire balkanique, les historiens en sont souvent réduits à utiliser des textes bien postérieurs, comme les Miracles de saint Demetrios, même si Théophane s'attarde quelque peu sur l'irruption des Bulgares..
L'hétérogénéité de ces sources, tant dans leurs origines que dans leurs époques de composition, induit parfois des discordances, voire des incohérences, qui complique leur interprétation. Par ailleurs, les matériaux administratifs datant de cette époque sont quasiment absents, à l'exception des grandes décisions religieuses comme les actes conciliaires et seule la numismatique vient au secours des historiens.
Perspectives modernes
jouit généralement d'une image favorable dans les sources byzantines, tant en raison de sa victoire contre les Musulmans qui attaquent Constantinople que par son rôle religieux, qui en fait l'une des incarnations de la défense de l'orthodoxie. Les historiens modernes soulignent généralement la difficulté à appréhender son règne en raison de l'état des sources écrites. Andreas Stratos met en avant l'influence de l'avis des chroniqueurs anciens, qui laissent paraître un personnage vertueux. Ainsi, il est généralement considéré comme un bon empereur, empli d'une certaine pondération, cela malgré l'échec décisif qu'il subit lors de la bataille d'Ongal. Louis Bréhier écrit par exemple que . Andreas Stratos se montre plus mesuré sur les accomplissements de , dont il déplore les limites martiales. Surtout, son règne a attiré l'attention des historiens en raison des difficultés historiographiques à décrypter divers événements de son règne, comme sa possible expédition en Sicile, le siège arabe de Constantinople ou le sort qu'il réserve à ses frères.
Le règne de Constantin est souvent enchâssé dans l'analyse plus large du byzantin, qui voit l'Empire connaître de profondes mutations. Georg Ostrogorsky note que son . Dans la monographie qu'elle lui consacre, Maria Leontsini étudie le règne de dans le cadre des mutations du monde byzantin et en fait un acteur important de ces évolutions. Elle le décrit comme le dernier empereur de la période romaine tardive ou proto-byzantine, qui tente de faire revivre certains héritages, notamment la figure de Justinien, mais s'inscrit également dans des changements d'envergure..
Biographie vignette|La mort de représentée dans le Hutchinson's story of the nations, ouvrage d'histoire britannique paru en 1915. Enfance
est le premier fils de et de sa femme, Fausta, une parente du général Valentin. Constant est lui-même le petit-fils d'Héraclius, fondateur de la dynastie des Héraclides qui règne sur l'Empire depuis 610. Constantin voit le jour vers 650. Très tôt, il est associé au trône comme coempereur, vraisemblablement le jour de Pâques 654, soit le . C'est une pratique de plus en plus courante, instaurée notamment par Héraclius et qui permet de garantir très tôt les droits du fils à succéder à son père. En tant que co-empereur, Constantin représente notamment son père quand il est absent. Il a deux frères, Héraclius et Tibère, également couronnés coempereurs en 659. Constantin est régulièrement affublé du surnom de Pogonate (le Barbu) par les chroniqueurs byzantins après le mais c'est le résultat d'une confusion avec son père, . Comme pour d'autres empereurs de son époque, mal couverte par les chroniques, il est difficile d'approcher la personnalité de Constantin. Du fait de sa politique religieuse marquée par la recherche du consensus, il est globalement valorisé par les chroniqueurs chrétiens, qui mettent en valeur sa piété.
Son père quitte Constantinople en et, après un passage en Grèce et une visite à Rome, s'installe en à Syracuse où il souhaite faire venir sa famille ; le sénat et le peuple de Constantinople s'y opposent, notamment le cubiculaire André ou le général Théodore de Colonée.. Pendant cette période, Constantin est investi de l'autorité impériale dans la capitale, et doit faire face début à la révolte de Saborios, stratège du thème des Arméniaques qui se proclame empereur près de Mélitène avec l'appui des musulmans. Constantin envoie alors André négocier auprès du calife pour empêcher une alliance entre les rebelles et les Musulmans mais sans réussite. Toutefois, la menace s'éteint d'elle-même quand Saborios meurt d'une chute de cheval sur le chemin de la capitale, alors que Constantin vient d'ordonner au général Nicéphore de s'opposer à lui. Les Musulmans qui l'accompagnent s'emparent alors d'Amorium mais en sont chassés par André. Cette révolte est malgré tout révélatrice de l'influence de plus en plus grande des troupes provinciales, attachées à un territoire et à un général (le stratège), parfois plus qu'à l'empereur.
Arrivée au pouvoir vignette|gauche|Carte de l'Empire vers 650. Sous , l'essentiel de l'Afrique byzantine est perdu et les possessions impériales se concentrent autour de Carthage.
Après l'assassinat de à Syracuse le , entame son règne personnel, ses frères Héraclius et Tibère étant associés à l'Empire. Le contexte de cet assassinat reste largement obscur et il est difficile de mettre en concordance les récits parfois contradictoires des différentes sourcesSur les thèses sur la mort de Constant, voir .. Selon certaines interprétations, en particulier celle de Vivien Prigent, Constantin pourrait même être impliqué dans la mort de son père. Celle-ci serait alors le fait du cubiculaire André, qui s'est déjà opposé au départ des fils de pour la Sicile.. Selon cette interprétation, la mort de Constant aurait été provoquée par l'imminence d'un assaut musulman sur Constantinople. En effet, la chronologie du siège arabe de la cité impériale reste également obscure et un historien comme Marek Jankowiak l'avance parfois aux années 667-669.
vignette|Solidus frappé par Mezezios en Sicilie, lors de sa tentative d'usurpation. Selon une hypothèse développée par Vivien Prigent, il s'agirait d'une monnaie du fils de Mezezios.
Quoi qu'il en soit, Constantin est d'emblée confronté à la révolte de Mezezios en Sicile, peut-être en lien avec la mort de son père. Là encore, le flou demeure. Selon les sources byzantines représentées par Théophane le Confesseur, se serait rendu personnellement en Italie pour mater ce soulèvement. Toutefois, une relecture critique du Liber pontificalis par Edward Brooks a mis en évidence l'impossibilité pratique que se soit rendu à cette date en Italie. Il est en effet attesté à Constantinople et confronté à une forte pression musulmane rendant hautement improbable qu'il ait risqué un déplacement hors de la capitale. Selon Brooks, Théophane le Confesseur, qui écrit bien après les événements, aurait mal interprété une source aujourd'hui perdue qui a pu simplement évoquer le triomphe de Constantin sur Mezezios.. Quoi qu'il en soit, ce dernier est confronté au loyalisme de la majorité des troupes italiennes, soutenues par des contingents africains, qui parviennent à vaincre et tuer Mezezios. Dans l'ouvrage qu'il consacre au byzantin, John Haldon laisse ouverte l'hypothèse d'une intervention maritime directe de Constantin, venu en renfort des forces loyalistes une fois provisoirement éloignée la menace califale au début des années 670. Marek Jankowiak appuie cette hypothèse, liant l'intervention de avec la fin de l'assaut musulman sur Constantinople, qu'il date de la fin des années 660.