Image Comics est une maison d'édition de comics américaine fondée en 1992. Cette année-là, sept des plus importants dessinateurs de Marvel Comics, Todd McFarlane, Jim Lee, Erik Larsen, Rob Liefeld, Marc Silvestri, Whilce Portacio (qui renonce rapidement pour raisons personnelles) et Jim Valentino, mécontents de la façon dont ils sont traités par cet éditeur, décident de le quitter et de fonder leur propre société. Le fonctionnement d'Image est très différent des éditeurs plus anciens, comme Marvel ou DC Comics, puisqu'il s'agit plus d'un agglomérat de maisons d'édition indépendantes, dirigées chacune par un membre fondateur. Image est seulement une société qui permet de mieux gérer les relations avec les autres partenaires de la chaîne du livre (imprimeurs, diffuseurs, etc.).

Les débuts sont retentissants. Le premier comics d'Image Youngblood, de Rob Liefeld, approche le million d'exemplaires vendus et Spawn de Todd McFarlane puis WildCATS de Jim Lee dépassent ce nombre. Les autres séries Savage Dragon d'Erik Larsen, Shadowhawk de Jim Valentino et Cyberforce de Marc Silvestri connaissent aussi le succès. Cependant le défaut d'expérience dans la gestion d'une entreprise et un manque de régularité dans la publication des comics entraînent rapidement des difficultés. En 1993, la crise des comics, qui vient en partie de ces problèmes propres à Image Comics, douche l'enthousiasme du début : les ventes diminuent fortement et de nouvelles séries sont rapidement arrêtées. Image parvient cependant à traverser cette crise qui s'est avérée fatale pour d'autres éditeurs et, en engageant des responsables éditoriaux, devient une société plus ordonnée. Cela n'empêche pas que d'autres péripéties rythment la vie de l'entreprise. Le départ de Rob Liefeld en 1996, puis celui de Jim Lee en 1998, tous deux membres fondateurs d'Image, sont ainsi deux épisodes marquants.

Depuis, bien que les ventes de comics n'atteignent plus celles des débuts, Image est un éditeur solide qui reste attaché au principe fondateur de laisser le copyright des personnages de bande dessinée à leurs propres créateurs. Sous la direction de Jim Valentino puis d'Erik Larsen et enfin d'Eric Stephenson, Image publie des comics originaux dont certains ont un très grand succès, à l'image de The Walking Dead de Robert Kirkman. D'autres ont remporté des prix importants comme Saga de Brian K. Vaughan qui a obtenu neuf Prix Eisner, dix Prix Harvey et un Prix Hugo de la meilleure histoire graphique.

Comme Image n'est pas une maison d'édition classique, elle ne gère pas les relations entre les auteurs et les sociétés cinématographiques ou télévisuelles lorsque des comics sont adaptés pour l'écran. À chaque fois, c'est l'auteur qui traite avec la firme de l'audiovisuel et Image n'est pas associé à la production et ne touche aucun pourcentage sur les recettes. Plusieurs des séries publiées par Image ont néanmoins été adaptées, que ce soit en film comme Spawn en 1997, en série comme The Walking Dead en 2010, ou encore en dessin animé comme Witchblade en 2006.

Histoire Fondation Avant Image Au milieu des années 1980, DC Comics grâce à une politique éditoriale originale s'impose face à Marvel Comics. En 1985-1986 Crisis on Infinite Earths redéfinit l'univers DC, Alan Moore scénarise Swamp Thing puis Watchmen, Frank Miller écrit et dessine Batman: Dark Knight, John Byrne relance Superman. Pour retrouver les faveurs du lectorat, Tom DeFalco, éditeur en chef de Marvel, décide de donner leurs chances à de jeunes artistes qui seront plus en phase avec les lecteurs. Arrivent ainsi, à la fin des années 1980, de nouveaux venus nommés Jim Lee, Todd McFarlane, Rob Liefeld à qui, après des débuts modestes, sont confiées des séries majeures comme The Amazing Spider-Man ou Uncanny X-Men. Rapidement, les ventes des comics dessinés par ces artistes s'envolent. McFarlane crée une nouvelle série pour Spider-Man dont le premier numéro se vend à trois millions d'exemplaires. Ce record de vente est battu quelques mois plus tard par Rob Liefeld qui lance X-Force vendu à cinq millions d'exemplaires puis par la série dérivée X-Men de Jim Lee qui s'écoule à huit millions d'exemplaires. Même si ces succès assurent des revenus importants aux auteurs, ceux-ci sont insatisfaits. D'une part, leurs dessins sont réutilisés par Marvel sans compensation financière ni reconnaissance du droit d'auteur et aucune somme ne leur revient sur les gains faits par Marvel à l'étranger grâce à leurs séries. D'autre part, les auteurs estiment que leurs droits d'auteurs, autres que financiers, ne sont pas respectés par Marvel. Toutes les créations faites pour l'éditeur deviennent la propriété de celui-ci. Lassé de cette situation Todd McFarlane décide de se retirer quelque temps des comics, d'autant qu'il vient d'avoir un enfant. Rob Liefeld, quant à lui, tente de produire une série, intitulée The Executioners qui serait publiée par Malibu Comics mais dont il serait pleinement propriétaire. L'affaire ne se fait pas, en partie parce que les responsables de Marvel ont exprimé leur mécontentement. Cependant cela ne décourage pas Liefeld qui suggère à Erik Larsen, dessinateur de Amazing Spider-Man, après le départ de McFarlane, et Jim Valentino, dessinateur des Gardiens de la Galaxie, de l'accompagner dans un nouveau projet avec Malibu Comics. Les auteurs continueraient de travailler pour Marvel mais pourraient créer les séries qu'ils désirent, et dont ils garderaient les droits, sous la houlette de Malibu. Après l'accord des deux auteurs, c'est McFarlane, à qui est fait la même proposition, qui accepte et propose ensuite à Jim Lee de les rejoindre.

Le , Todd McFarlane, Jim Lee et Rob Liefeld décident de rencontrer le président de Marvel, Terry Stewart, pour faire part de leurs revendications. Même si Stewart est prêt à faire des concessions dans la reconnaissance des droits des auteurs, ce n'est pas suffisant pour les artistes et cela ne fait que les encourager à signer l'accord avec Malibu. Aussi après avoir convaincu Marc Silvestri (dessinateur de Wolverine et qui avait aussi travaillé sur Uncanny X-men) puis Whilce Portacio (dessinateur de Uncanny X-Men) de faire partie du groupe, ils se lancent dans l'aventure. Cette création est parfois appelée « the X-odus » (ce qui se prononce en anglais comme the exodus, l'exode), car quatre de ces fondateurs, Lee, Liefeld, Portacio et Silvestri, étaient célèbres pour leurs travaux sur la franchise X-Men.. En , la stratégie éditoriale est mise en place et les questions de l'édition, de la promotion et de la vente sont réglées. La nouvelle de la création prochaine d'Image fait le tour des salles de rédactions, du New York Times à CNN et a pour première conséquence une chute de la valeur des actions Marvel. Certains dessinateurs, comme Jim Valentino ou Dale Keown, dessinateur de Hulk et qui est prêt à se faire éditer par Image, sont remerciés par Marvel.

Débuts Deux principes essentiels cimentent le groupe. Le premier est que chaque créateur est totalement maître de son œuvre et la société Image n'en détient aucune part. Le second est qu'un auteur n'intervient jamais, créativement ou financièrement, sur le travail d'un autre.

Dans l'esprit du deuxième principe, chaque partenaire fonde son propre studio, qui est affilié à Image tout en restant autonome, sans contrôle éditorial central. Portacio ne souhaitant pas devenir un partenaire à part entière dans la société, Image est à l'origine constitué de six studios : Extreme Studios, dirigé par Liefeld ; Highbrow Entertainment, dirigé par Larsen ; ShadowLine, dirigé par Valentino ; Todd McFarlane Productions, dirigé par McFarlane ; Top Cow Productions, dirigé par Silvestri ; Aegis Entertainment (devenu Wildstorm Productions), dirigé par Lee.

Le est publié le premier comics Image, distribué par Malibu. C'est Rob Liefeld qui a l'honneur de lancer cette nouvelle maison d'édition avec Youngblood. Le premier tirage à est rapidement écoulé et finalement le titre se vend à près d'un million d'exemplaires. Les titres suivants sont Spawn de Todd McFarlane en mai, Savage Dragon d'Erik Larsen en juillet, WildCATS de Jim Lee et Shadowhawk de Jim Valentino tous deux en août. Le succès est tel qu'au mois d'août, alors qu'il n'y a que six comics publiés, Image devient le deuxième éditeur, en nombre d'exemplaires vendus, derrière Marvel (93 comics) et devant DC Comics (61 comics). Le premier numéro de Spawn et celui de WildCATS dépassent tous deux le million d'exemplaires vendus. Le dernier membre à sortir sa série cette année est Marc Silvestri qui propose Cyberforce en octobre. Seul Portacio attend 1993 pour lancer WetWorks.

À ce moment, Image est encore lié à Malibu Comics. Cette dernière s'occupe de l'impression et de la distribution. D'ailleurs la qualité de l'impression a joué dans le choix de ce partenariat puisque Malibu était l'un des seuls éditeurs à utiliser l'ordinateur pour mettre en couleur ses comics. Le contrat entre les deux sociétés donne la part du lion à Image puisque Malibu ne touche que 10% des recettes de la vente des comics mais cela reste très avantageux pour celle-ci. Cependant fin 1992, les membres d'Image décident de se passer de Malibu et de prendre en charge aussi ces deux fonctions.

1993 : première crise vignette|redresse|Cosplay de Spawn, un des premiers héros d'Image.|alt=photographie couleur d'une personne déguisée en Spawn Même si chaque studio est propriétaire de ses créations, les membres fondateurs tentent de donner une unité à Image en faisant interagir les différents héros ensemble. Ainsi, Chapel, des Youngblood, est lié à Spawn puisqu'il est supposé avoir travaillé avec Al Simmons puis l'avoir tué.. Un crossover réunit les séries WildCATS et Cyberforce et on y apprend que deux des personnages, un dans chaque équipe, ont un passé commun..

Malgré le succès, Image est critiqué par d'autres personnalités des comics qui se moquent de la faiblesse des scénarios, des dessins violents et tape-à-l'œil. Ces critiques ont cependant peu d'impact sur la politique éditoriale d'Image. Les auteurs tentent de donner peu à peu un rythme de croisière à leurs séries, de nouveaux auteurs rejoignent le groupe et chaque studio développe son univers en engageant de nouveaux artistes. De plus, Image innove aussi par la qualité du papier, de l'impression, de la mise en couleur et du lettrage qui tous mettent encore plus en valeur les dessins des artistes vedettes.

Le début de l'année 1993 s'annonce donc sous de bons auspices qui, d'ailleurs, sont valables pour l'ensemble de l'industrie des comics. En , de comics sont commandés par les magasins spécialisés et deux mois plus tard le nombre est passé à . De plus, les ventes de comics rapportent de dollars en 1992 et en 1993. Les maisons d'édition se multiplient, tout comme les magasins (dont certains sont d'anciens revendeurs de cartes à collectionner qui, après l'effondrement de la bulle spéculative dans ce domaine, se replient vers le monde des comics). Toutefois, à la fin de l'année, l'euphorie n'est plus de mise. En , le nombre de comics vendu est de et la bulle spéculative éclate.