Le château d'Issy, aujourd'hui détruit, était un château français situé sur le territoire de l'actuelle commune d'Issy-les-Moulineaux, située dans les Hauts-de-Seine. Il fut principalement la propriété des princes de Conti au . Le château a brûlé en 1871, lors de la commune de Paris. Aujourd'hui, l'un des deux pavillons d'entrée a été conservé, il abrite la galerie d'histoire de la ville d'Issy-les-Moulineaux, au sein du musée français de la carte à jouer.

Histoire

L'emplacement du futur château d'Issy est occupé autour du par deux principales propriétés. La première est le vieux château de Villepreux, la seconde est le fief de Mérainviller.

Au

Le « Petit Olympe » de la reine Margot En 1606, la reine Margot se réfugie à Issy, dans la demeure de Jean de La Haye, pour fuir l'épidémie de peste qui frappe Paris. Séduite par le lieu, elle achète le bâtiment de ce dernier et les terres qui l'entourent pour 33.000 livres (?). Elle lui donnera elle-même le nom de « Petit Olympe ». Il semble que la ferme et une partie des jardins de ce domaine se trouvaient à l'emplacement du futur château classique d'Issy.

La reine Margot meurt en 1615, et le domaine reste sans nouveau propriétaire jusqu'en 1622, à cause des procédures testamentaires de la reine et du règlement de ses dettes.

L'ensemble est vendu aux enchères le pour (?) à L'acte de vente mentionne : ..

Le Petit Olympe compta jusqu'à 100 arpents de parc.

En 1609, le poète Michel Bouteroue rédige un poème intitulé le Petit Olympe d'Issy, où il vante les charmes de la propriétéJe veux d'un excellent ouvrage, Dedans un portrait racourcy, Représenter le païsage Du petit Olympe d'Issy, Pourveu que la grande princesse, La perle et fleur de l'univers, A qui cest ouvrage s'addresse Veuille favoriser mes vers.

Que l'ancienne poésie Ne vante plus en ses écrits Les lauriers du Daphné d'Asie Et les beaux jardins de Cypris, Les promenoirs et le bocage Du Tempe frais et ombragé, Qui parut lors qu'un marescage En la mer se fust deschargé.

Qu'on ne vante plus la Touraine Pour son air doux et gracieux, Ny Chenonceaus, qui d'une reyne Fut le jardin délicieux, Ny le Tivoly magnifique Où, d'un artifice nouveau, Se faict une douce musique Des accords du vent et de l'eau.

Issy de beauté les surpasse En beaux jardins et prés herbus, Digues d'estre au lieu de Parnasse Le séjour des sœurs de Phébus. Mainte belle source ondoyante, Découlant de cent lieux divers, Maintient sa terre verdoyante Et ses arbrisseaux toujours verds. ……………………… Un vivier est à l'advenue Près la porte de ce verger, Qui, par une sente cognüe, En l'estang se va descharger; Comme on voit les grandes rivières Se perdre au giron de la mer, Ainsi ces sources fontenières En l'estang se vont renfermer. ………………………… Une autre mare plus petite, Si l'on retourne vers le mont, Par l'ombre de son boys invite De passer sur un petit pont, Pour aller au lieu de délices, Au plus doux séjour du plaisir, Des mignardises, des blandices. Du doux repos et du loysir..

Macé Bertrand de la Bazinière

Le domaine sera alors divisé en deux parties. L'une deviendra le séminaire Saint-Sulpice, et l’autre, le Petit Olympe, est réunie en 1660 par le financier Macé Bertrand de la Bazinière à la propriété voisine (la Chatellenie de Villepreux) , pour constituer une maison de plaisance.

Le château de Pierre Bullet pour Denis Talon (1681-1698) En 1681, cette parcelle de terrain est achetée par le président à mortier, conseiller du roi et premier avocat général au Parlement Denis Talon Roland Mounier, The Institutions of France Under the Absolute Monarchy, 1598-1789, Volume 2 « The Origins of State and Society », University of Chicago Press, 1979, .

Il confie à l'architecte Pierre Bulletencyclopedia.com.Auteur de la porte Saint-Martin à Paris., élève de François Blondel, la conception d'un petit château. Denis Talon commande également à l'architecte paysagiste André Le Nôtre la construction des jardins et de fontainesÀ cette époque, Le Nôtre entreprend des modifications des jardins du château de Meudon, appartenant au Grand Dauphin., tandis que Pierre Desgots, jardinier du roi aux Tuileries et beau-frère de Le NôtreArbre généalogique d'André Le Nôtre., effectue des travaux dans le parc.

Denis Talon meurt en 1698.

Au

Les princes de Conti (1699-1776)

Le Grand Conti (1699-1709)

Le , François Louis de Bourbon, prince de Conti, dit « le Grand Conti », rachète le domaine pour la somme de . Cet achat est principalement dicté par le fait que le cousin du prince, Monseigneur, fils de Louis XIV et héritier du trône, s'est installé au château royal de Meudon voisin depuis 1695. Le riche prince de sang entreprend de nombreuses modifications en agrandissant et en embellissant le château. Il dote en particulier le château d’une façade à péristyle composée de colonnes doriques, il fait construire l'entrée en hémicycle, ainsi que pour son fils Louis Armand II un bâtiment séparé appelé le petit château ou « pavillon des bains ».

La princesse de Conti

À la mort du prince en 1709, l'ensemble du domaine est complètement remanié. C’est dans ce domaine qu’en 1716 sa veuve, Marie-Thérèse, donne une très brillante fête en l’honneur de la duchesse de Berry.

Le château est alors décrit par Dézallier d'Argenville, dans son Voyage pittoresque des environs de Paris, publié en 1749 :

Louis François de Bourbon-Conti En 1736, Louis François de Bourbon-Conti, petit-fils du Grand Conti, perd sa femme au château : Louise Diane d'Orléans, fille de l'ancien régent Philippe d'Orléans, y meurt à l'âge de vingt ans en donnant naissance à un enfant mort-né. Après sa mort, son mari se rend rarement à la propriété d'Issy.

Le château reste dans la famille des Bourbon-Conti jusqu’en 1776, date à laquelle le dernier descendant Louis François Joseph de Bourbon-Conti décide de vendre tous les biens qu’il possède à Issy.

Adrien Jules Gaultier Designy (1776-1782) Le château devient alors la propriété d’Adrien Jules Gaultier Designy, président de la des requêtes du Palais. Ce dernier n’en profite que peu de temps, et cède en 1782 la propriété à la princesse de Chimay.

La princesse de Chimay (1782-1793) Durant la Révolution française, la princesse de Chimay est arrêtée le 3 brumaire An II () par les sans-culottes parisiens, et guillotinée le 8 thermidor, la veille de la chute de Robespierre. Le château est confisqué comme bien national. C'est le début de la déchéance de l’ancien domaine des Conti, qui se poursuivra durant tout le .

Du : morcellement et destruction

La famille du comte de l'Espine La période révolutionnaire passée, l’ensemble est acquis en par la famille du comte de l’Espine. Cette période voit l'ajout d'un pigeonnier, d'une orangerie, et d'un pavillon de l'hémicycle symétrique au « pavillon des bains » du .

Le Grand établissement d'hydrothérapie En 1852, le docteur Léopold Wertheim, introducteur de l'hydrothérapie en France, fonde au château d'Issy un établissement de soins..

Le Comptoir central du Crédit En 1857, le domaine est racheté par le Comptoir central de Crédit, qui lance une opération de lotissement sur le parc en 1866https://cths.fr/ed/edition.php?id=1464. Pendant la guerre de 1870, ce qui reste du domaine est occupé par les troupes françaises défendant Paris contre les Prussiens. Le lieutenant-colonel commandant le régiment, le futur général Boulanger, s’installe dans le château.

Le , les canonniers de la commune de Paris y mettent le feu. Le château est laissé aux flammes, et rien ne sera sauvé de l’incendie.

Le château ruiné reste à l'abandon pendant plus de 40 ans, avant d'être en grande partie démoli en 1910. Le Petit Château, dit le pavillon des bains, est démoli en . On y construit un immeuble en lieu et place.

Le rachat des ruines par Auguste Rodin pour Meudon C’est alors que le sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) rachète certains fragments architecturaux de la façade du château , qu’il fait remonter en 1907 et 1908 dans sa villa des Brillants à Meudon. À ciel ouvert du vivant du sculpteur, l'avant-corps du bâtiment s'appuie aujourd'hui sur un musée élevé de 1929 à 1931 par l'architecte Henry Favier, grâce à la donation de l'Américain Jules Mastbaum, qui dota sa ville natale Philadelphie d'un musée Rodin, dont la façade reproduit celle du château d'IssyPanneau explicatif sur la façade du château d'Issy, au musée Rodin à Meudon..

Au Aujourd'hui, sur place ne sont conservés de l'ancien château d'Issy que : la moitié la plus récente de l'hémicycle d'entrée, édifiée à la fin du . Elle abrite la galerie d'histoire du musée de la Ville d’Issy, au sein du musée français de la Carte à jouer ; l'orangerie ; le colombier ; une fontaine, inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du .. Une petite partie du parc, rachetée par la commune d'Issy-les-Moulineaux et principalement vendue en lots, est transformée en l'actuel parc municipal Henri-Barbusse, inauguré le , avec son bassin conservé.

Notes et références

Annexes

Bibliographie Charles Grandidier, Le séminaire d'Issy, Paris, 1853 (en ligne sur Gallica). René Le Bacon, « Le château d'Issy, propriété des Conti de 1699 à 1777 », in: Les trésors des princes de Bourbon Conti, Somogy Éditions d'Art, 2000, à 106. Pierre Laforest, Le château d'Issy, mémoire de Master sous la direction de Claude Mignot, Paris IV Sorbonne, 2011.

Articles connexes

Musée français de la carte à jouer Château de Meudon Château de Vanves

Liens externes

Le château des Conti au musée d'Issy sur historim.fr. Monuments historiques et bâtiments protégés d'Issy-les-Moulineaux sur actuacity.com. Vidéo présentant une restitution en 3D du milieu du jardin du château d'Issy à la fin du sur youtube.com.

Issy Issy Catégorie:Monument historique dans les Hauts-de-Seine Catégorie:Monument historique inscrit en 1933 Catégorie:Issy-les-Moulineaux