Les critiques du libéralisme économique sont d'origine et de nature diverses et ne forment pas un ensemble homogène.
Certaines émanent d'un mouvement antilibéral tandis que d'autres critiques, internes, trouvent leur source parmi des libéraux qui divergent sur la place à accorder à l'État dans l'économie : les socio-libéraux accordent ainsi une place à l'État dans les mécanismes économiques quand les libéraux classiques lui refusent un rôle important et les libertariens un rôle tout court.
Nature et origines des critiques Un premier ensemble est formé de critiques théoriques du libéralisme en tant que théorie d'organisation du système économique dans sa totalité. Un second ensemble est formé de critiques empiriques, qui condamnent les conséquences des applications des politiques économiques des théories libérales. Certaines critiques sont issues largement de la gauche marxiste des . D'autres sont plus récentes et sont en partie liées au discours altermondialiste.
Critiques théoriques Critique interne La critique interne accepte le cadre conceptuel de l'économie néoclassique (autodétermination des agents, rationalité complète de l'individu, informations parfaites, efficience de la concurrence), et remet en cause les inférences en faveur du libéralisme économique qui en découlent habituellement.
Sur la liberté individuelle
Ce type de critique accepte la seule prise en compte de la liberté individuelle, mais souligne que la théorie libérale s'interroge peu sur les conditions de possibilité de l'exercice de cette liberté. Il s'agit essentiellement de trois types de conditions :
La possibilité matérielle : L'exercice de la liberté suppose que les circonstances matérielles ne privent pas l'individu de la possibilité de choisir ce qu'il estime meilleur pour lui. On peut par exemple se demander dans quelle mesure une personne devant se prostituer pour pouvoir manger est libre. Certains courants politiques ont pris acte de ce problème et proposent l'instauration d'un revenu citoyen, versé par exemple sous la forme d'un capital initial (versé à la majorité de la personne) tel que l'individu puisse l'investir pour se garantir un revenu minimal sans risque, ou mensuel (parti liberal-démocrate en France, parti du centre en Finlande, Hayek, quoique ce dernier parlait plus de revenu plancher). Cette solution permettrait que chaque individu parte avec les mêmes moyens matériels (en supposant qu'il n'y a pas d'héritage). Le prix Nobel d'économie Amartya Sen (parfois qualifié de libéral de gauche) a développé cette notion de capabilities. Le revenu universel n'est cependant pas suffisant pour garantir l'égalité des capabilities entre les individus. La possibilité sociale : L'exercice de la liberté suppose une égale capacité à traiter les informations. Ce point pose la question de l'éducation. Le sociologue Pierre Bourdieu a ainsi construit une théorie de l'habitus qui tendrait à reproduire les inégalités sociales. Elle expliquerait par exemple la faible proportion des enfants d'ouvriers en master bien que l'égalité en droit soit la même. En effet, un enfant acquiert des capacités par l'environnement dans lequel il grandit, en particulier la qualité de l'éducation, ce qui conduit à un phénomène de reproduction socialePierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers. Les étudiants et la culture, 1964 ; La Reproduction : éléments d'une théorie du système d'enseignement, 1970.. Les individus ne partiraient pas sur un pied d'égalité et la concurrence serait faussée. La possibilité informationnelle : L'exercice de la liberté repose sur la possibilité de faire des choix informés quant à leurs conséquences. Or, cette condition n'est pas remplie si l'information est imparfaite ou coûteuse à obtenir. Ces imperfections rendent difficile à défendre l'idée de l'efficacité du résultat des interactions libres entre les agents.
Les libéraux reconnaissent ces limitations et y apportent deux réponses : certains soutiennent l'inexistence d'un système plus efficace que l'économie de marché pour assurer la prospérité de tous. D'autres, sans écarter cet argument, considèrent que des individus, par exemple celle de disposer librement de ses revenus ou d'envoyer ses enfants à l'école de son choix.
Critique externe Les critiques externes remettent en cause des postulats qu'ils attribuent au libéralisme économique et parfois même au libéralisme en général.
Contestation des postulats néoclassiques Il s'agit d'une critique de la théorie de l'équilibre général, critique basée sur le caractère irréaliste de certaines hypothèses (absence de monopole, information accessible à tous et sans coût, etc.), et sur des résultats théoriques comme le théorème de SonnenscheinQui est en fait, pour être plus précis, celui de Sonnenschein, Mantel et Gérard Debreu.
Ce théorème, montre que les fonctions de demande et d’offre issues du modèle de l'équilibre général de Kenneth Arrow et Gérard Debreu peuvent avoir une forme quelconque, ce qui réfute le résultat de l’unicité et de la stabilité de l’équilibre général. Comme le résume un économiste, Claude Mouchot, Méthodologie économique, 1996..
En considérant des hypothèses plus faibles, et discutables en ce qui concerne leur pertinence, il est possible de se ramener à un équilibre à solution unique.
Cette critique s'adresse plus aux économistes néoclassiques qu'au libéralisme. Ainsi, les économistes libéraux tenants de l'école classique et de l'école autrichienne ne se reconnaissent pas dans les postulats néoclassiques et, au contraire, s'y opposent.
Contestation de la primauté de la liberté comme valeur devant organiser la société Cette critique reproche au libéralisme de sur-estimer la valeur de la liberté, par rapport à d'autres valeurs humanistes (égalité, justice, éducation, droit à la santé, promotion sociale…), qu'elle lui reproche de négliger. Ainsi, Jacques Testart de dire : Jacques Testart, Le Monde, 19 avril 2007..
Contestations fondées sur l'analyse marxiste Celles-ci contestent toute pertinence qu'elles prêtent au libéralisme économique. Selon cette critique : Cette théorie tendrait à perpétuer les inégalités initiales, et n'en serait qu'une construction a posteriori pour justifier la domination économique des détenteurs du capital sur les travailleurs. Ludwig von Mises y répondit en écrivant dans L'Action humaine que le capitalisme libéral défend non pas les riches mais au contraire lutte pour que chacun puisse remettre en cause une position établie par ses propres mérites : Le libéralisme économique serait un habillage doctrinal pour justifier un égoïsme comportemental. Le libéralisme économique ne pourrait être un système pérenne, il ne serait qu'une .
Critiques sur les applications concrètes Les critiques suivantes s'adressent à l'application de décisions se réclamant du libéralisme économique. Ces décisions ne constituant jamais qu'une application partielle d'un projet d'ensemble, les libéraux arguent que les dysfonctionnements viennent du fait que le reste du système économique, politique et social n'applique pas intégralement les règles du libéralisme économique.
Critiques économiques Un axe de critique porte sur la capacité du libéralisme économique à engendrer le développement régulier et de long terme des économies.
Crises économiques Une critique classique du libéralisme économique porte sur le caractère non régulier de la croissance qu'il engendre à travers la survenue régulière de crises économiques produites par un déséquilibre entre l'offre et la demande. Ce déséquilibre est notamment imputé au caractère irrationnel des décisions (engouement excessif pour certains types de secteurs par exemple, tel le surinvestissement en technologies de l'information à la fin des années 1990) et à l'atomisation des décisions.
Les déséquilibres produits par le libéralisme économique peuvent être d'ordre structurel, telle la situation de surproduction de la Grande Dépression (crise de 1929), classiquement imputée à une faiblesse structurelle de la consommation, qui aurait été résolue sur le plan structurel par la mise en place de mécanismes pérennes de redistribution des richesses avant ou surtout après la seconde guerre mondiale (État-providence).
Les déséquilibres produits par le libéralisme économique peuvent être d'ordre conjoncturel, consistant en un simple déséquilibre temporaire entre offre et demande dans l'ensemble de l'économie ou dans un secteur d'activité donné. Pour les critiques du libéralisme économique, la solution à de telles crises passe par une intervention de l'État en amont (planification ou orientation de l'économie) ou en aval (politique de relance monétaire ou budgétaire pour sortir de la crise, politique sociale pour amortir les effets de la crise).
Les libéraux pensent au contraire que dans un régime de liberté économique, les débuts de déséquilibre seraient rapidement corrigés par le libre jeu du marché, et que ces déséquilibres ne peuvent se transformer en crises que si l'État intervient pour empêcher ces ajustements afin d'en protéger certaines catégories sociales.
Spéculation financière En s'interdisant tout contrôle sur les marchés autre que ceux garantissant leur existence (système judiciaire, « police de la bourse », système de défense des droits de propriété…), le libéralisme économique est accusé de laisser le champ libre à certaines formes de spéculation sur les marchés, notamment financiers.
Les critiques reprochent à cette spéculation d'être à l'origine de certaines crises économiques (la Grande Dépression de 1929, la crise économique asiatique de 1997, la crise économique argentine de 1998…) et de la crise financière mondiale de 2007-2008.
Recul du politique Le libéralisme économique priverait la politique de moyens d'action et par là transformerait la politique en une annexe du marché libéral car, si la politique n’agissait pas, le marché irait combler le besoin et choisir à sa place. Il s'agit en réalité d'une critique à l'encontre du libéralisme en général, puisque la limitation du pouvoir politique (voire sa disparition complète pour certains comme les libertariens), est l'essence du libéralisme. Le libéralisme défend en effet la limitation du pouvoir de l'État et des autres individus sur l'individu.
Certains libéraux, en particulier les tenants de la théorie des choix publics, s'opposent à cette critique en expliquant que la capacité de l'État à intervenir dans les affaires économiques transforme la politique en marché. D'après eux, toute possibilité de régulation du marché par l'État implique pour les partis politiques un avantage à vendre (en échange de voix par exemple), et pour les agents économiques une rente à acheter. Pour les opposants au libéralisme, cet argument ne tient pas car dans la plupart des démocraties modernes, ce genre de pratique est assimilé à de la corruption et est donc illégal.
L'idée libérale repose sur le principe du contrat entre libres parties. Celles-ci peuvent négocier et parvenir à un accord commun . Un tel système est considéré par les libéraux comme plus légitime qu'un système où une partie impose sa volonté à tous les autres à l'issue d'un affrontement (même électoral) comme c'est le cas dans le système démocratique de la République Française, par exemple. Mais en fait, il est pratiquement impossible d'obtenir que toute une population se mette d'accord sur une position en temps voulu par simple marchandage. Ce constat aboutit à la conclusion que ces systèmes démocratiques influencés par les thèses socialistes (entendre ici le socialisme de Rousseau, le socialisme des Lumières) tendent à devenir des dictatures. C'est cette idée qui conduit l'économiste de l'École autrichienne d'économie, Friedrich Hayek à intituler son œuvre majeure La Route de la servitude (1944).
Il y a de part et d'autre une pétition de principe, qui conduit à une opposition irréductible et même à une incompréhension complète entre les deux positions.