Le polonais (également baptisée l’armée Anders ou Armée polonaise de l'Ouest) est unité militaire polonaise de la Seconde Guerre mondiale formée par le général Władysław Anders pour appuyer les Alliés dans leur lutte contre le nazisme.

À , à la suite du changement d'alliance de l'Union soviétique qui vient d'être attaquée par son allié allemand, le corps polonais est initialement constitué en 1941-1942 en URSS à partir des prisonniers de guerre polonais faits par les Soviétiques (lors de leur attaque conjointe avec les nazis sur la Pologne en ). Il est normalement prévu que l'armée Anders combatte les nazis aux côtés des Soviétiques, mais devant les résistances chez ses hommes et le peu de coopération soviétique, Anders perd sa confiance en Staline et demande l'évacuation de son corps polonais pour rejoindre l'armée britannique.

Il obtient difficilement cette autorisation et parvient à transférer son armée en prenant la direction de l'Iran puis du Moyen-Orient. Il fait alors la jonction avec la britannique. Il combat ensuite en Italie à Monte Cassino, Ancône et à Bologne jusqu’en . Le polonais a subi, sans jamais dévier de la voie que lui traçait son chef, des épreuves et avatars rares dans la vie d’une unité. Ce fait est d’autant plus à souligner que bien peu, à l’issue de la guerre, ont songé à en reconnaître les mérites et la valeur.

Trois phases majeures jalonnent ainsi son évolutionL’essentiel de cet article est inspiré des mémoires du général Anders. : sa formation en URSS et son évacuation vers l'Iran ; ses combats au Moyen-Orient et en Palestine ; sa victorieuse campagne d'Italie.

L’armée Anders

Le déclenchement de la guerre germano-soviétique, en , remit au premier plan le besoin de rétablir les relations entre Moscou et le gouvernement polonais exilé à Londres, rompues lors de l’invasion soviétique de la Pologne, le , dans le cadre de l’alliance entre Hitler et Staline pour dépecer le pays.

Environ polonais faits prisonniers par les Soviétiques furent internés dans des camps, sous le contrôle du NKVD. Le , à la suite des accords Sikorski-Maïski signés le , le général Władysław Anders est extrait de sa cellule à la prison du NKVD à Moscou, la célèbre Loubianka, après un an et demi de captivité. Il rencontre successivement Beria, Staline, puis le général polonais Zygmunt Bohusz-Szyszko, envoyé du Gouvernement polonais en exil à Londres, et, enfin, le général Frank Macfarlane (1889-1953), chef de la mission militaire britannique à Moscou.

thumb|Entrainement de l'armée d'Anders en URSS en 1941-1942. Anders est assis dans la neige à droite, avec des lunettes noires.

Dès le , l’accord militaire polono-soviétique fut conclu ; les points essentiels en étaient les suivants :

une armée polonaise sera formée et entraînée sur le territoire de l’URSS, constituant une partie des forces armées de la République polonaise souveraine incarnée par le gouvernement polonais exilé à Londres ; elle serait destinée à lutter contre le Reich, en commun avec les armées de l’URSS et celles des autres puissances alliées. À la fin de la guerre, elle rentrera en Pologne. Les unités de ligne polonaises seront utilisées sur le front, après avoir acquis une pleine aptitude au combat.

Conjointement à cet accord, un protocole fut signé en vertu duquel l'URSS « accorde l'amnistie à tous les citoyens polonais qui sont à présent privés de liberté en territoire soviétique, soit comme prisonniers de guerre, soit pour d'autres raisons ».

Pratiquement aucune des clauses de l’accord ne sera jamais pleinement appliquée par les autorités soviétiques.

Les prisonniers polonais ne sont libérés qu’au compte-gouttes et aucun comptage précis de leur nombre ne sera jamais fourni. De plus, on inventa à Moscou une formule selon laquelle les citoyens polonais qui vivaient en Pologne avant la guerre, sur les territoires situés à l'Est de la ligne tracée par le Pacte germano-soviétique de 1939, mais qui étaient issus d'une minorité nationale, ne pouvaient pas rejoindre l'armée polonaise. Or, ils étaient majoritaires sur ces terres. La situation était particulièrement compliquée pour les Juifs polonais, car — d'après les dispositions de Moscou — ils n'avaient pas le droit d'être intégrés à l'armée polonaise, quelle qu'ait été la région qu'ils habitaient en Pologne avant la guerre.

Les lieux de rassemblement de l’armée changent souvent, ils ne sont pas aménagés et l’acheminement des recrues n’est pas facilité. Pour pouvoir être libéré à la suite de « l'amnistie » soviétique, il fallait tout d'abord avoir survécu à la déportation, puis avoir conservé la vie sur le lieu de destination. Dans la plupart des cas, les Polonais avaient été envoyés dans les zones sibériennes, y compris dans les mines d'or de la Kolyma, d'où peu de personnes sont revenues. Il fallait aussi avoir appris que « l'amnistie » avait été décrétée, se faire libérer par les autorités récalcitrantes et arriver par ses propres moyens au lieu de rassemblement désigné.

Un désaccord permanent subsiste sur l’organisation et l’emploi opérationnel de l’armée polonaise. Staline veut plusieurs divisions de taille réduite, dispersées au milieu du dispositif soviétique, alors que Anders veut plusieurs grosses divisions groupées dans un corps d’armée spécifiquement polonais, représentant ainsi aux yeux des Alliés les forces armées polonaises.

Aucun équipement, armement, moyens de transport, ne sera livré en temps et heure et en quantité suffisante. Les rations manquent et les Soviétiques doivent se retourner vers les Britanniques. Médecins et médicaments manquent dramatiquement, alors que les recrues sont épuisées par les épreuves de l’internement.

Le général Anders se convaincra tôt, et le premier, que « son » armée n’a aucun avenir en Union soviétique et reste un instrument aux mains de Staline. Anders s’opposera même au général Sikorski et aux Britanniques sur l’opportunité du maintien de l’armée en URSS. Il fera tout pour en obtenir l’évacuation vers le Moyen-Orient et la jonction avec les Britanniques.

Le , une entrevue très tendue a lieu entre Staline et Anders. Staline reproche aux Polonais, qui sont déjà environ (en fait seulement), de ne pas vouloir se battre. Il attend la montée en ligne de six divisions polonaises. Anders réplique que seules les et sont constituées, soit environ . Pour Staline, ces deux divisions doivent rester en URSS, le surplus devant être évacué vers l’Iran : dont quittent l'URSS pour l'Iran.

Par la suite, tractations, négociations et manœuvres se poursuivent qui aboutiront à l’évacuation vers l’Iran de officiers, hommes de troupe, fonctionnaires, civils dont enfants polonais. L'armée polonaise fut évacuée sans avoir récupéré ces officiers et sans avoir d'eux aucune nouvelle - leur massacre à Katyń perpétré par les Soviétiques sur ordre de Staline au printemps 1940 ne sera connu qu'en .

Dans ses mémoires, le général Anders estime qu’au total environ (militaires et civils) ont quitté l’URSS. On est loin du million (et plus) de Polonais capturés de 1939 à 1941 par les Soviétiques et déportés au Kazakhstan, en Sibérie et jusqu’au goulag de la Kolyma. Anders portera jusqu’à la fin de sa vie la souffrance d’avoir dû abandonner autant de compatriotes, qui dans leur majorité, ne revirent plus jamais leur pays.

L’Armée polonaise en Orient thumb|Soldats de l'armée Anders en Iran (1942). Les Polonais évacués d’URSS sont acheminés à travers la mer Caspienne, du port soviétique de Krasnovodsk vers le port iranien de Bandar-e Pahlavi alors sous contrôle soviétique. Le , le général Anders rencontre au Caire Winston Churchill et les dirigeants de l’armée britannique au Moyen-Orient, et l’armée polonaise entame son regroupement et sa montée en puissance. En , elle est transférée à Bagdad en Irak où elle commence l'instruction et l'entraînement avec les nouveaux uniformes et équipements britanniques. Elle est ensuite transférée à Kirkouk.

A cette époque, une autre unité polonaise combat déjà en Orient, la Brigade des Carpates du général Stanisław Kopański qui a rejoint les alliés britanniques après la défaite de la France et l’armistice de juin 1940. En , elle est déplacée à Marsa Matruh point de défense de la 8e Armée Britannique, puis en engagée dans la défense de Tobrouk, dans la bataille de Gazala et Mekila. En , la Brigade est dirigée sur la Palestine et complétée par des effectifs venant d'URSS, elle forme alors la division de chasseurs des Carpates, première des deux divisions du futur polonais. Le général Stanisław Kopański en reste le chef avant que le général Bolesław Bronisław Duch lui succède. La division de chasseurs des Carpates est composée de trois brigades.

Les Britanniques ayant refusé toute composante aérienne à l’armée polonaise d’Orient, sont prélevés sur le contingent, transférés en Écosse puis incorporés dans la RAF. Une partie des militaires est transférée pour compléter la division blindée en formation depuis le .

L’armée polonaise est alors regroupée en Palestine et incorporée à la britannique sous le commandement du général William Holmes. Une grande partie de cette armée est cantonnée à Gaza. recrues polonaises d’origine juive désertent alors pour aller rejoindre les groupes sionistes actifs en Palestine. Bien que la désertion soit passible de la peine de mort, le général Anders permet tacitement à ses juifs, dont Menachem Begin, futur premier ministre israélien et prix Nobel de la paix, de rester en Palestine.

L’année 1943 est consacrée à la montée en puissance opérationnelle du polonais, avec la constitution de la division d’infanterie. Cette division est composée de trois brigades d'infanterie (Volhynie, Wilno et Lwów). Le recrutement est effectué essentiellement parmi les Polonais originaires des régions orientales de la Pologne qui sont annexée à l'URSS après Yalta). Elle est placée sous le commandement du général Nikodem Sulik.

Une brigade de chars est constituée, elle devient la division blindée polonaise. Le polonais dispose également d’un groupe d’artillerie lourde. Une unité indépendante, le de lanciers de Poznań, complète le dispositif.

Le polonais est alors prêt au combat et est incorporé à la britannique. Le Service auxiliaire féminin polonais l'y rejoint.

Elle fit aussi sortir d’URSS tous les adolescents qu’elle pu et créa une école de cadets, les Junacka Szkoła Kadetów (JSK), comprenant 4 compagnies d’adolescents de 11 à 17 ans. Ils poursuivent leurs études et obtiennent des diplômes, et reçoivent aussi une instruction militaire. Sur les 1170 cadets, 440 rejoignent des unités combattantes à partir de 1943. L’école fonctionna en Palestine, sur les arrières du front libyen. Elle fonctionna successivement à Bashshayt, Qastina puis Barbara avant d’être transférée à (RU)Zbigniew Raczkowski, "Junacka Szkoła Kadetów 1942-1948 (81)" (5 August 2016), on: Kadeci II RP - strona kedecka i sympatyków; retrieved on 25 April 2023..

Le Deuxième corps et la campagne d’Italie thumb|Monument aux combattants de Monte Cassino à Varsovie. Dès , le polonais est engagé dans le dispositif de la britannique, sous le commandement du général Leese, où il reste jusqu’à la fin de la guerre.

La remontée vers le nord de l’Italie est jalonnée de durs combats et d’un haut fait d’armes qui est resté dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale : la prise du monastère du Monte Cassino par le polonais.

Le polonais contribua efficacement à la chute de la ligne Hitler le .

D’autres succès suivent, comme la prise d’Ancône, la bataille pour la rivière Metauro (), la contribution à la prise de la Ligne gothique, la prise de Bologne (dernière intervention du corps dans la campagne du 9 au ), etc.