José María Paz y Haedo (Córdoba, Argentine 1791 – Buenos Aires 1854) est un militaire argentin qui participa à diverses phases de la guerre civile argentine dans la première moitié du .

Après des études à l’université de sa ville natale, il s’engagea dans la carrière militaire, d’abord aux côtés des patriotes argentins contre la tutelle coloniale espagnole, puis dans l’armée argentine lors la guerre contre le Brésil de 1825, enfin, après l’indépendance de l’Argentine, dans le camp des unitaires contre les fédéralistes. Ses talents de stratège et son habileté tactique lui assurèrent, outre une ascension rapide, plusieurs victoires militaires éclatantes. Capturé par surprise en 1831 par les hommes du caudillo fédéraliste López, il fut emprisonné pendant huit ans, notamment par le dictateur Rosas. Finalement libéré, et infidèle à son serment de ne pas prendre les armes contre Rosas, il mit sur pied une armée dans le nord du pays, mais, malgré des victoires glorieuses sur le fédéraliste Echagüe, dut s’enfuir à Montevideo en 1842. Une deuxième tentative dans le nord en 1844 ne lui réussit pas davantage, et Paz fut contraint à l'exil au Brésil. Lorsqu'Urquiza, ancien allié de Rosas, eut fait contre celui-ci son pronunciamento de 1852, Paz rentra en Argentine, fut nommé brigadier général, mais après la révolution unitaire de rejoignit la sédition portègne et joua un important rôle dans la résistance victorieuse lors du siège mis devant Buenos Aires par les fédéralistes, concourant ainsi à faire de la capitale pour une dizaine d’années encore un État séparé du reste du pays.

Biographie

Jeunes années Fils de criollos, c'est-à-dire d'Européens nés dans les colonies espagnoles, Paz fit ses études au séminaire de Loreto dans sa ville natale, où il suivit les cours de philosophie et théologie, puis à l’Université nationale de Córdoba, où il obtint une licence de lettres, avec spécialisation en mathématiques, latin et jurisprudence. Sitôt après la Révolution de Mai, il abandonna les études pour s’engager dans l’armée du Nord (Ejército del Norte), qui luttait pour l’indépendance contre les forces royalistes.

Combat pour l’Indépendance Ainsi, le , reçut-il l’ordre de marcher vers le Haut-Pérou (ancienne province de Charcas, dans l’actuelle Bolivie) pour y être incorporé à l’Armée du Nord. En 1812, devenu assistant d’Eduardo Kaunitz de Holmberg, alors secrétaire du général Manuel Belgrano, il prit part, au sein des troupes de Belgrano, aux batailles victorieuses de Tucumán et de Salta. S’étant signalé par sa bravoure, il fut distingué de l’insigne des Défenseurs de la Patrie, décoration décernée par le Deuxième Triumvirat, et monta au grade de capitaine. Il combattit dans les batailles de Vilcapugio et de Ayohuma, ainsi que dans celle de Venta y Media, qui furent des défaites pour l’Armée du Nord. Au cours de cette dernière bataille, parti en reconnaissance avancée, il fut pris pour cible par une troupe royaliste et fut blessé par balles au bras droit, dont il perdit l’usage pour le restant de sa vie ; cette invalidité lui valut le sobriquet de El Manco Paz (l’estropié Paz). En 1814, le Directeur suprême Juan Martín de Pueyrredón le nomma à la tête des bataillons de Dragons de la Patrie, l’élevant au grade de colonel.

Engagement dans la guerre civile argentine et mutinerie d'Arequito En 1817, Manuel Belgrano reçut l’ordre de s’engager dans la guerre civile, qui menaçait le centralisme portègne un an après la déclaration d’indépendance de 1816. Le colonel Paz, placé sous le commandement de Juan Bautista Bustos, fut ainsi chargé de combattre Estanislao López, commandant en chef des forces fédéralistes, et affronta celui-ci dans la bataille de La Herradura (prov. de Córdoba), mais fut battu.

Le Directoire de Pueyrredón à présent ordonna à toutes les armées nationales de faire déposer les armes à tous les fédéralistes. Cependant, le , dans les environs d'Arequito, alors que l’Armée du Nord s’apprêtait à obtempérer, le général Juan Bautista Bustos, accompagné des colonels Alejandro Heredia et José María Paz, incitèrent une partie importante de l’armée en partance pour Buenos Aires à se soulever. Leur dessein était de se maintenir en dehors d’un conflit fratricide et de reprendre la lutte contre les royalistes.

Avec l’armée à leur suite, ils retournèrent alors à Córdoba, où Bustos aussitôt s’empara du gouvernement de la province, contre l’avis de Paz et d’autres militaires, qui voulaient se porter vers la frontière nord menacée par les Espagnols et leurs partisans. José María Paz fut congédié de l’armée et envoyé par Bustos à Santiago del Estero, où il se tiendra deux ans hors de la politique. En 1823, il gagna la province de Catamarca afin d’y instruire deux cents soldats, qu’il dénomma le bataillon de chasseurs, et qui peu après l’accompagneront dans la guerre entre Argentine et Brésil, dite Guerre de Cisplatine.

La guerre contre l’empire du Brésil thumb|José María Paz. L’Argentine se vit contrainte d’enclencher la guerre dite du Brésil ou guerre argentino-brésilienne (connue au Brésil comme Guerra da Cisplatina, et ordinairement désignée en langue française par guerre de Cisplatine) pour libérer les provinces Orientale et de Misiones, occupées par les Luso-brésiliens depuis la défaite qu’avait subie José Artigas et qu’avait consommée la bataille de Tacuarembó en 1820. Le conflit se mua en 1825 en guerre militaire ouverte engageant l’Argentine tout entière contre le Brésil, et fut conclu, en dépit des victoires de l’Argentine, au détriment de celle-ci en 1828. Dans cette guerre, Paz s’illustra avec son Régiment de Chasseurs dans la bataille de Ituzaingó, où il fit reculer les soldats brésiliens, puis, à la tête d’une centaine d’hommes seulement, força l’ennemi de se rendre, ce qui lui valut d’accéder au grade de général par disposition du général Carlos María de Alvear. Lorsque celui-ci se retira, il lui remit, à titre intérimaire, le commandement de l’Armée nationale ; Paz fut nommé chef d’état-major général, devenant ainsi le premier commandant général de carrière en Argentine. Une fois signée la paix avec le Brésil, Paz regagna Buenos Aires, où le général Juan Lavalle le nomma ministre de la Guerre. Cependant, il se consacra alors à constituer une armée destinée cette fois à lutter contre les caudillos de l’intérieur, choisissant par là de prendre parti pour les unitaires.

Batailles contre les caudillos pendant la guerre civile Paz relate dans ses écrits (en particulier dans ses Mémoires) combien il avait peine à croire que de simples fermiers fussent capables de déclarer la guerre ou de mener des batailles contre un gouvernement central. De même, il lui était difficile d’admettre que la population pût les appuyer. Il considérait qu’à l’intérieur du pays et dans le Littoral, à la différence de Buenos Aires, profondément influencée par les idées de la Révolution française, la structure coloniale s’était non seulement maintenue, mais que de surcroît y agissaient aussi désormais des caudillos tels que Güemes, Bustos, Quiroga, López, Aldao et Ibarra, aptes, eux, à affronter une armée constituée et éventuellement à la vaincre. Dans son opinion, ces caudillos incarnaient le système totalitaire.

Paz lança alors sa campagne contre les caudillos et fit choix d’envahir en premier lieu la province de Córdoba, jetant dans la bataille une force armée de plus de mille hommes, principalement composée de cavalerie et de vétérans de la guerre de Cisplatine ou ayant participé à la défaite unitaire de Puente de Márquez. Le gouverneur Bustos se retira dans la vallée de San Roque (l’actuel lac San Roque), où, au terme de plusieurs jours de négociations, le , Paz le vainquit dans la bataille de San Roque, pour ensuite assumer lui-même la fonction de gouverneur. Bustos cependant sollicita l’aide de Facundo Quiroga, lequel se porta à son secours ; ce nonobstant, ils seront battus dans la bataille de La Tablada les 22 et ; il semble que l’habileté et les talents de stratège de Paz aient eu raison du mode de combat désordonné des caudillos.

À la suite de la bataille, ses officiers fusillèrent plusieurs officiers faits prisonniers. Comme les chefs fédéralistes des régions montagneuses refusaient de reconnaître son autorité, Paz diligenta, pour « pacifier » l’ouest de la province, des troupes sous le commandement de Juan Esteban Pedernera et de Juan Pascual Pringles ; lors de cette campagne militaire furent commis nombre d'excès et de violations de tous ordres, et certains auteurs évoquent jusqu’à .

Pour se financer, il eut recours à la même méthode que celle qu’il dénonçait chez ses ennemis fédéralistes, savoir : les contributions forcées, cette fois imposées aux fédéralistes. Ceux qui refusaient de s’en acquitter étaient obligés de s’incorporer dans l’armée comme soldats. Il alla jusqu’à confisquer les biens de Bustos.

Abstraction faite du gouvernement de Lamadrid dans la province de La Rioja, en réalité le produit d’une invasion sans enracinement local, les provinces alliées à Paz étaient, à ce moment, celles de Salta, Tucumán et de Catamarca.

Facundo Quiroga revint à nouveau l’année suivante, mais fut derechef battu dans la bataille d’Oncativo, ce qui fit dire à Quiroga, admiratif, que Paz « est un général qui gagne les batailles avec des figures de menuet », par allusion à ses volte-face et prises de flanc. Quiroga s’exila à Buenos Aires et Aldao fut fait prisonnier.

Sans attendre, Paz dépêcha des corps d’armée dans les provinces détenues par les alliés de Quiroga, afin d’éviter qu’elles ne se ressaississent et ne revinssent à l’attaque. Furent ainsi envahies les provinces de Mendoza, San Juan, Catamarca, San Luis et La Rioja, puis quelques mois plus tard, également la province de Santiago del Estero. À La Rioja, Paz envoya Lamadrid, qui s’employa à piller les biens personnels de Quiroga, en plus de persécuter sa famille et de commettre d’autres exactions. Cela eut pour effet de provoquer le retour de Quiroga, qui pourtant jusque-là se considérait comme définitivement battu et ne souhaitait plus poursuivre la guerre civile.

Les gouvernements provinciaux ennemis une fois remplacés par d’autres, à lui dévoués, il convoqua leurs représentants et constitua avec eux la Ligue unitaire ou Ligue de l’Intérieur (esp. Liga del Interior). Il s’agissait d’une alliance offensive et défensive, sous la forme d’une confédération inorganique : en effet, loin de vouloir établir un gouvernement central et de réunir un congrès, l’on se proposait seulement de réaliser une union de provinces, au travers de réunions de délégués des différents gouvernements provinciaux. Paz obtint que la Ligue de l’Intérieur lui décernât le titre de Chef suprême militaire, les provinces restant totalement soumises à son autorité non seulement militaire, mais aussi civile et même judiciaire. On peut remarquer que le gouverneur de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas, devait plus tard dominer le pays de fort semblable façon, et que Paz l’en critiquera fortement.

Paz prisonnier À cela, les gouvernements du Littoral répliquèrent en signant un traité d’alliance, dit Pacte fédéral, dans le but d’affronter Paz et ses alliés. López ensuite se dirigea lentement vers la frontière avec la province de Córdoba, pendant que ses subalternes entreprenaient de brèves incursions dans le nord de cette province. Parallèlement, l’armée de Rosas faisait route vers Córdoba, sous les ordres de Juan Ramón Balcarce. Quiroga traversait le sud de la province de Córdoba en direction de Cuyo, et dans la province de Santiago del Estero, Ibarra avait lui aussi repris la lutte.

vignette|245px|Paz capturé par les troupes fédéralistes, tableau de Francisco Fortuny.