vignette|upright=1.3|alt=Sept hommes posant devant un engin spatial.|Les Mercury Seven posant devant un vaisseau spatial Mercury le sur une base militaire de Houston. De gauche à droite : Gordon Cooper, Walter Schirra (dit Wally Schirra), Alan Shepard, Virgil Grissom (dit Gus Grissom), John Glenn, Donald Slayton (dit Deke Slayton) et Scott Carpenter. Les (« Sept de Mercury ») sont le groupe de sept astronautes sélectionnés pour piloter des engins spatiaux pour le programme Mercury. Ils sont également appelés (« Sept originaux ») et (« Groupe d'astronautes 1 »). Ce surnom vient du programme Mercury, pour lequel ces sept hommes ont été recrutés.

Présentation Leurs noms sont annoncés publiquement par la National Aeronautics and Space Administration (NASA) le . Ces sept astronautes américains sont Scott Carpenter, Gordon Cooper, John Glenn, Virgil Grissom (dit Gus Grissom), Walter Schirra (dit Wally Schirra), Alan Shepard et Donald Slayton (dit Deke Slayton). Premier groupe sélectionné, les Mercury Seven créent de facto une nouvelle profession aux États-Unis et établissent l'image de l'astronaute américain pour les décennies à venir. Cette sélection est faite un an avant que les Soviétiques ne recrutent leurs premiers cosmonautes.

Tous les Mercury Seven volent dans l'espace. Ils pilotent dans les six vols spatiaux du programme Mercury qui sont « habités » de à et les membres de ce groupe volent sur tous les programmes de vols spatiaux habités de la NASA du : Mercury, Gemini, Apollo et la navette spatiale.

Shepard devient le premier Américain à entrer dans l'espace en 1961 (Mercury-Redstone 3) , puis marche sur la Lune en tant que commandant d'Apollo 14 en 1971. Grissom effectue la première mission Gemini avec équipage (Gemini 3) en 1965, mais meurt en 1967 dans l'incendie d'Apollo 1. Schirra pilote la première mission Apollo avec équipage (Apollo 7) en 1968, à la place de Grissom et sera le seul à voler sur trois vaisseaux spatiaux différents : Mercury (en 1962), Gemini (en 1965) et donc Apollo (en 1968). Slayton, interdit de vol à cause d'une fibrillation atriale et pendant plusieurs années le chef du Bureau des astronautes, participe finalement au projet Apollo-Soyouz en 1975, la première mission spatiale avec les Soviétiques. Le premier Américain en orbite en 1962 (Mercury-Atlas 6), Glenn, après une longue carrière de sénateur, vole sur la navette spatiale Discovery en 1998 (STS-95) pour devenir, à , la personne la plus âgée à voler dans l'espace à l'époque. Il est le dernier membre vivant des Mercury Seven lorsqu'il meurt en 2016.

Contexte

thumb|left|alt=Une boule métallique avec quatre antennes.|Réplique de Spoutnik 1.

Le lancement du satellite Spoutnik 1 par l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) le déclenche une compétition technologique et idéologique de la guerre froide avec les États-Unis connue sous le nom de « Course à l'espace ». La démonstration de l'infériorité technologique américaine est un choc profond pour le public américain. Les Soviétiques suivent leurs réussites avec Spoutnik 2, un satellite qui transporte Laïka, une chienne. Les analystes du renseignement américain estiment que les Soviétiques prévoient de mettre un humain en orbite, ce qui a poussé l'United States Air Force (USAF) et le National Advisory Committee for Aeronautics (NACA) à renforcer leurs efforts pour atteindre cet objectif.

L'USAF lance un projet de vol spatial appelé Man In Space Soonest (MISS) pour lequel elle obtient l'approbation des chefs d'état-major des différentes branches de l'armée et demande un financement de de dollars. MISS rencontre des difficultés techniques, ce qui provoque des difficultés de financement. Cela engendre un conflit avec les deux agences qui doivent la soutenir, la NACA et l'Advanced Research Projects Agency (ARPA), future Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA). Le cœur du problème est l'incapacité de l'USAF à articuler un objectif militaire clair pour le MISS.

Pendant ce temps, en réponse à la « crise du Spoutnik », le président des États-Unis, Dwight D. Eisenhower, décide de créer une nouvelle agence civile, la National Aeronautics and Space Administration (NASA), qui doit absorber la NACA et devenir responsable de la direction générale du programme spatial américain. En , l'USAF accepte de transférer la responsabilité de MISS à la NASA, qui est créée le . Le , le Groupe de travail sur l'espace (, STG) est créé au centre de recherche Langley à Hampton, en Virginie, avec Robert Gilruth comme directeur. Le , l'administrateur de la NASA, T. Keith Glennan, et son adjoint, Hugh L. Dryden, adoptent une suggestion d'Abe Silverstein, directeur du développement des vols spatiaux au STG, selon laquelle le programme de vol spatial habité s'appellerait « programme Mercury ». Le nom est annoncé publiquement par Glennan le , soit le anniversaire du premier vol des frères Orville et Wilbur Wright. L'objectif du programme Mercury est de lancer un homme en orbite terrestre, de le ramener sain et sauf sur Terre et d'évaluer ses capacités dans l'espace.

Critères de sélection

vignette|alt=Sept hommes posant dans des combinaisons argentées.|Les Mercury Seven dans leurs combinaisons Mercury le .

Le STG doit décider d'un nom pour les personnes qui voleraient dans l'espace et une séance de a lieu le . Par analogie avec « aéronaute » (voyageur aérien), quelqu'un propose le terme « astronaute », qui signifie « voyageur des étoiles », bien que les ambitions du programme Mercury soient beaucoup plus limitées. Ils pensent avoir inventé un nouveau mot, mais le terme est déjà utilisé dans la science-fiction depuis les années 1920. Un panel de trois hommes composé de Charles J. Donlan, Warren J. North et Allen O. Gamble rédige un cahier des charges de la fonction publique pour les astronautes. Le panel propose que les astronautes soient dans les grades de la fonction publique 12 à 15, selon les qualifications et l'expérience, avec un salaire annuel de à . Les devoirs d'un astronaute sont décrits comme ceci :

Bien que le panel considère que de nombreuses personnes peuvent posséder les compétences requises il est décidé que les pilotes d'essai militaires sont les plus à même de les maîtriser. Accepter uniquement des pilotes d'essai militaires simplifie le processus de sélection et correspond également aux exigences de sécurité, car le rôle implique presque certainement le traitement d'informations classifiées. La décision de limiter la sélection aux pilotes d'essai militaires est prise par Glennan, Dryden et Gilruth au cours de la dernière semaine de , mais la contradiction apparente de l'utilisation de pilotes d'essai militaires dans un programme civil n'est pas négligée et, compte tenu de la préférence expresse du président pour un programme spatial en dehors de l'armée, Glennan pense qu'il vaut mieux faire acter la décision auprès d'Eisenhower. Une réunion est ainsi organisée avec le président, qui est convaincu par l'argumentation.

Le jury établit également des critères de sélection des astronautes : avoir moins de ; mesurer moins d ; être en excellente condition physique ; être diplômé d'un (c’est-à-dire l'équivalent du baccalauréat en France) ou d'un diplôme équivalent ; être diplômé d'une école des pilotes d'essai (cf. École des pilotes d'essai de l'United States Air Force ou United States Naval Test Pilot School) ; avoir un minimum de au total ; être qualifié pour le pilotage sur avion à réaction (jet).

La limite de taille est en fonction de la conception du vaisseau spatial Mercury qui ne peut pas accueillir quelqu'un de plus grand. À cette époque, il n'est pas su si le pilotage au sens conventionnel du terme sera possible dans un vaisseau spatial, mais dès le début la conception du vaisseau spatial prévoit un certain degré de contrôle manuel.

Processus de sélection La première étape du processus de sélection consiste à obtenir les états de service des diplômés des écoles des pilotes d'essai auprès du département de la Défense des États-Unis. Tous les services acceptent de coopérer pleinement et remettent leurs dossiers. Il y a militaires au total, dont 225 sont de l'armée de l'air, 225 de la marine, 23 du corps des marines et 35 de l'armée. Donlan, North, Gamble et le psychologue Robert B. Voas parcourent ensuite les dossiers en et identifient qui respectent le reste des critères minimaux. Ces 110 sont ensuite divisés en trois groupes, les plus prometteurs étant dans le premier groupe.

vignette|left|alt=Sept hommes posant en combinaison de vol devant un avion militaire.|Les Mercury Seven posant devant un Convair F-106 Delta Dart le à la base aérienne de Langley.

Soixante-neuf candidats sont amenés au Pentagone à Washington, en deux groupes. Le premier groupe de 35 s'y réunit le . Les officiers de la marine et du corps des marines sont accueillis par le chef des opérations navales, l'amiral Arleigh Burke, tandis que les officiers de l'armée de l'air sont reçus par le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Thomas D. White. Tous deux déclarent soutenir le programme spatial et promettent que la carrière des volontaires n'en sera pas affectée. Les responsables de la NASA informent ensuite les candidats sur le programme Mercury. Ils admettent que ce sera une entreprise dangereuse, mais soulignent qu'elle est d'une grande importance nationale.

Les candidats reçoivent trois briefings par des responsables de la NASA. Le premier concerne la NASA et le programme Mercury, le second le rôle du pilote dans le programme et le troisième le programme de formation proposé pour les astronautes. Dans l'après-midi, les candidats ont de courtes rencontres individuelles avec le comité de sélection de la NASA. Il est souligné que la participation est entièrement volontaire, que les candidats sont libres de refuser et qu'il n'y aura aucune répercussion sur leur carrière s'ils le font. Plusieurs candidats refusent à ce stade.

Les autres se présentent le lendemain au siège de la NASA à Washington pour un examen plus approfondi. Voas leur donne une série de tests standardisés : le (MAT) pour mesurer le quotient intellectuel, le Minnesota Engineering Analogies Test pour mesurer les aptitudes en ingénierie et le test de raisonnement mathématique Doppelt pour mesurer l'aptitude mathématique. Donlan, North et Gamble mènent des entretiens au cours desquels ils posent des questions techniques et interrogent les candidats sur leurs motivations à postuler au programme. Les candidats sont évalués par deux psychiatres de l'USAF, George E. Ruff et Edwin Z. Levy. Un chirurgien spécialisé de l'USAF, William S. Augerson, examine les dossiers médicaux des candidats. Certains s'avèrent dépasser la limite de taille et sont éliminés à ce stade.

Le processus est répété avec un deuxième groupe de une semaine plus tard. Sur les 69, six dépassent la limite de taille, 15 sont éliminés pour d'autres raisons et 16 refusent. Cela laisse la NASA avec : quinze de la marine, quinze de l'armée de l'air et deux du corps des Marines. Comme c'est plus que prévu, la NASA décide de ne pas évaluer les restants, car semblent un nombre plus que suffisant pour sélectionner les douze astronautes prévus. Le degré d'intérêt lors des tests indique également qu'il y aura beaucoup moins d'abandons pendant la formation qu'estimé, ce qui entraînerait la formation en surnombre d'astronautes qui ne participeraient pas aux missions du programme Mercury. Il est donc décidé de réduire le nombre d'astronautes sélectionnés à seulement six.