Vénus est la déesse de l'amour, de la séduction, de la beauté féminine dans la mythologie romaine. Elle a été assez tôt assimilée à la déesse grecque Aphrodite.

À l'origine, Vénus présentait probablement des spécificités, mais après cette assimilation, dont on voit les premières traces au , Vénus devient la déesse de la beauté. Fille d'Ouranos et indirectement de Gaïa dans la cosmogonie héritée du poète grec Hésiode, elle est plus tard, à Rome, considérée comme la fille de Jupiter et de Dioné ; elle est toujours la mère d'Hermaphrodite qu'elle a eu avec Mercure, et de Cupidon (dieu de l'amour) qu'elle a eu avec Mars.

Dans les récits fondateurs romains, et notamment l’Énéide de Virgile, elle est la mère du héros troyen Énée qu'elle a eu avec le mortel Anchise. Elle apporte la victoire. Son lien avec la légende d'Énée renforce son caractère national et elle est choisie comme protectrice par les grands hommes d'État de la fin de la République.

À partir de la Renaissance, le thème vénusien est un grand favori des peintres et des sculpteurs qui reprennent plusieurs motifs tirés de la légende d'Aphrodite.

Étymologie

Son étymologie classique vient, d'après Varron, du verbe latin vincire « lier, enchaîner » car, dit-il, elle unit le feu mâle à l'eau femelle, d'où résulte la vie..

Pour la recherche moderne, le nom de la déesse est un ancien neutre abstrait, passé au féminin, dont le verbe uenerari (uenerare) est dérivéPierre Grimal, Robert Schilling, La religion romaine de Vénus depuis les origines jusqu'au temps d'Auguste (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. 178), 1954 (compte-rendu), Revue des Études Anciennes, Année 1956, 58-1-2 p. 138-146.Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1974, p. 422 et suiv.. Anciennement, uenerari n'est employé que pour exprimer une attitude de l'homme envers les dieux, plus précisément l'« effort pour charmer, pour capter la bienveillance du dieu ; uenerari, c'est tâcher de plaire » au dieu dont on espère, en retour, la gratitude, sa uenia. Le sens du substantif disparu *uenus devait indiquer ce mouvement séduisant auquel on comptait que le destinataire divin ne résisterait pas. Il est probable que le charme féminin avec son effet puissant sur les partenaires masculins ait été désigné par le même mot.

Culte antique

gauche|vignette|225x225px|La Vénus de Badalone ().

Avant le , on ne connaît à Rome qu'un de ses cultes sous le vocable de Calua, « chauve », qui concerne l'un des aspects du charme féminin, la chevelure. Il commémorait le geste des matrones sacrifiant leurs cheveux soit durant le siège gaulois de (pour faire des câbles de machines), ou auparavant sous le règne d'Ancus, dans l'espoir que la reine et les autres femmes récupèrent leurs cheveux perdus lors d'une épidémie. Une statue aurait donc été élevée à « Vénus chauve ». Mais cette dévotion demeure obscure.

Son culte, ou plutôt celui d'une Aphrodite nommée Venus Frutis, était présent à Ardea au temps de la domination étrusque et à Lavinium dans le Latium où elle possédait un sanctuaire fédéral. Son plus vieux temple à Rome, celui de Venus Obsequens, c'est-à-dire « obéissante », fut bâti le Selon Tite-Live, c'est l'amende payée par les dames (matronae) accusées de luxure qui servit à élever le temple. Le 18 août fut alors le jour de festivités appelées Vinalia rustica. Le , les étaient célébrées en l'honneur de Vénus Verticordia, "qui tourne les cœurs", protectrice de la chasteté féminine.

Le , le dictateur Fabius Maximus ordonna la construction d'un temple sur le Capitole, dédié à « Vénus Érycine » (Venus Erycina), celle-ci étant désormais considérée comme la libératrice de Rome contre les Carthaginois. Cette Aphrodite d'Éryx orienta le concept romain de Vénus vers celui d'une déesse plus complexe où dominait l'aspect plaisir et féconditéGeorges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1974, p. 470 et suiv.. Mais, pour les Romains, le souvenir de leur longue défense au mont Éryx met en exergue une autre puissance de la déesse : sa capacité à donner la victoire. Ainsi, les monnaies romaines qui la représentent lui confèrent diadèmes et couronnes de laurier et parfois au revers, commentant le droit, figure une Victoire. Le culte de la déesse fut strictement romanisé : ni les prostituées sacrées, ni les autres pratiques siciliennes ne furent retenues. Le 23 avril, un rite nouveau d'effusion de vins versés au ruisseau à partir de son temple la rattacha à la légende qui faisait donner la victoire à Énée par Jupiter.

Pendant la guerre contre les Ligures, en , le consul L. Porcius Licinius voua un second temple à la Vénus d'Éryx. Il le lui dédia trois ans plus tard en tant que duumvir, en dehors de la ville, près de la porte Colline. Ce temple servait de cadre à un culte beaucoup plus proche du culte sicilien. Le sanctuaire se trouvait hors des murs de la ville selon la raison alléguée que « les passions inspirées par la déesse doivent être tenues loin des adolescents et des mères de famille ».

Du fait de la légende troyenne, le culte de Vénus prit au un tour plus politique. Sylla, Pompée, César et Auguste se déclarèrent favoris de Vénus. Jules César introduisit « Vénus Génitrice » (Venus Genitrix) comme déesse de la maternité et du foyer, en tant que mère d'Énée (dont sa famille affirmait descendreLucien Febvre, R. Schilling, La Religion romaine de Vénus, des origines au temps d'Auguste (compte-rendu), Annales, Année 1956, 11-4, pp. 531-533.) et Pompée érigea un temple en l'honneur de « Vénus Victorieuse » (Vénus Victrix). Sous Auguste, elle devint la protectrice officielle de la dynastie.

Transcription des mythes grecs dans la mythologie et la littérature romaines vignette|Vénus sur un char tiré par des éléphants - fresque de la façade de l'atelier des feutriers à Pompéi. vignette|Vénus et Mars, fresque romaine de Pompéi, .

Attributs

Très tôt, Vénus s'approprie les attributs de la déesse Aphrodite selon l'habitude de l'interpretatio graeca. Le processus de personnification fut facilité par l'influence des Étrusques qui possédaient une déesse Turan, équivalent d'Aphrodite, et qui semble avoir tenu un rôle de déesse victorieuse.

Par corrélation avec Aphrodite, Vénus est considérée comme une déesse de la fertilité, de la végétation et de l'amour. Elle hérite de la généalogie de la déesse grecque et de ses légendes. On dit aussi qu'elle est née du sang d'Ouranos blessé par son fils Cronos. Elle est présentée comme l'épouse de Vulcain (dieu de la métallurgie, dieu forgeron…), mais elle le trompe avec son frère Mars (dieu de la guerre), conformément au trio Aphrodite/Héphaïstos/Arès. Cependant, le rapprochement de Mars et de Vénus à Rome n'est pas celui d'un couple au sens strict du terme. Les deux divinités présentent une qualité nationale affirmée : Mars en tant que dieu guerrier qui a présidé au succès des armes romaines et Vénus qui apparaît de plus en plus comme la puissance tutélaire des Énéades.

vignette|Vénus et Mars, fresque romaine de Pompéi, . On lui octroie les principaux attributs de la déesse grecque : le miroir et la ceinture magique qu'elle prêtait parfois à Héra pour raviver l'amour de son époux volage, ce "ceste" où étaient renfermées les grâces, les attraits, le sourire engageant, le doux parler, le soupir le plus persuasif, le silence expressif et l'éloquence des yeux. Ils étaient un cadeau de mariage de Jupiter. Ses autres attributs sont le myrte, la colombe, le cygne et la pomme.

Dans la littérature romaine vignette|Peinture médaillon de la maison de Marcus Fabius Rufus à Pompéi en Italie, exécutée dans le style pompéien et représentant la déesse gréco-romaine Vénus-Aphrodite portant un diadème et tenant un sceptre ; il est daté du

Selon Cicéron, il existerait quatre Vénus différentes : la première, fille du Ciel et du Jour, avait un temple en Élide ; la seconde est née de l'écume de la Mer (d'où le nom d'Aphrodite) ; la troisième, fille de Jupiter et de Dioné, épousa Vulcain ; la quatrième, née de Syria et de Tyrus, épousa Adonis, sous le nom d'Astarté. Les amours de Vénus et du mortel Anchise donnèrent naissance au Troyen Énée, par la suite considéré comme un héros latin car il est le fondateur légendaire du Latium et par conséquent l'ancêtre des Romains, en particulier de la Gens Julia. Vénus joue un rôle dans la réussite de l'épopée d’Énée. Elle le protége à Carthage, le fait sortir des Enfers afin qu'il puisse continuer son voyage, et lui prodigue maints conseils pour la poursuite de sa quête jusqu'à son achèvement.

Comme son pendant Aphrodite, Vénus est sortie de l'écume marine. Dans l'Énéide, le dieu de la mer Neptune lui rappelle cette origine pour la rassurer alors qu'elle le supplie de protéger son fils Énée naviguant sur les flots :

Mais la littérature romaine n'hésite pas à reprendre des aspects moins glorieux des fables grecques. Ainsi pour Ennius, Vénus est avant tout l'institutrice de l'ars meretricia, "art des courtisanes" : elle a enseigné aux femmes de Chypre à faire de leur corps matière à gain pour ne pas être la seule à manifester du goût pour les hommes.

C'est enfin par le canal des écrits de Lucrèce et de Virgile que les artistes de la Renaissance acquièrent leur vision de Vénus qu'ils lèguent aux siècles suivants.

Vénus dans les Arts, les sciences et la culture populaire vignette|upright=1.3|Edward Burne-Jones, Le Miroir de Vénus, 1877, Musée Calouste-Gulbenkian.

Histoire de l'art vignette|300x300px|La Naissance de Vénus par Sandro Botticelli (1485).

L'intrication de la figure de Vénus (ou interprétée a posteriori comme figure vénusienne) avec les représentations artistiques est tardive. Les dites Vénus de l'art pariétal symbolisent la féminité, la vie et la naissance par le motif triangulaire stylisé de la vulve et sur le mode religieux ; celles de l'art mobilier du Paléolithique traitent le motif féminin sur le mode profane, en exagérant les courbures de manière outrancièreJean-Paul Huchon, L’Être social, Paris, l'Harmattan, .. C'est le thème de la fécondité qui semble encore l’emporter sur celui de la sexualité.

L'antiquité gréco-romaine diversifie le processus de symbolisation par la double figure d'Aphrodite/Vénus ; elle commence à représenter de grands thèmes sociétaux comme, en plus de la fertilité, la prospérité, la victoire militaire, et bien sûr la sexualité. Des formes archétypales et esthétiques commencent à se préciser, comme celle de l'Aphrodite de Cnide qui devient un véritable lieu commun de la sculpture antique. Elle aurait été diffusée jusque dans la mythologie agraire et nourricière des GaulesArchéologie et rapports sociaux en Gaule : protohistoire et antiquité, Alain Deubigney, Besançon : Presses universitaires de Franche-Comté, . (où l'on retrouve des statuettes stratégiquement placées dans les tombes, les sources, les maisons et les temples).

vignette|left|Vénus au miroir, École de Fontainebleau. Musée des Ursulines de Mâcon. Il faut attendre la fin du Moyen Âge et la Renaissance occidentale pour voir entrer le motif de Vénus dans une véritable interprétation artistique, essentiellement fondée sur l'appropriation des motifs de l'antiquité dans l'art classique et néo-classique. Le thème vénusien est un grand favori, et des topiques comme celui de la , ou Vénus anadyomène sont variés à l'infini (le tableau de Botticelli étant sans doute son instance la plus célèbre). Elle est présente dans les scènes des « amours des dieux » inspirées des Métamorphoses d'Ovide, comme celle peinte par Paul Véronèse vers 1562, qui la montre aux côtés de Mercure, présentant leurs enfants Éros et Antéros à Jupiter (Musée des Offices à Florence)..

Traditionnellement, de ses mains elle ne cache pas, mais montre ses seins et son sexe, car, d'après Porphyre dans le Peri Agalmatôn, « elle nourrit et engendre »..

vignette|300px|Vénus génitrice, roseraie du Jardin des Plantes de Paris.