vignette|Le drapeau vert et noir de l'anarcho-primitivisme.

L'anarcho-primitivisme est une doctrine politique qui s'appuie sur un rejet radical de la révolution industrielle et productiviste considérée comme la source principale des différentes formes d'aliénation qui pèsent sur la liberté humaine.

Certains penseurs anarcho-primitivistes souhaitent abolir la "civilisation" en retournant à une sorte "d'état sauvage primitif" d'inspiration préhistorique, notamment en retournant dans un état de chasseurs-cueilleurs, et aussi abolir la science moderne, le langage, l'agriculture et la domestication animale.

Principes Les anarcho-primitivistes considèrent que la division du travail, le progrès et l'essor technologique, la naissance des villes, le surplus économique, l'agriculture, ainsi que l'essor démographique ont entraîné le développement de structures hiérarchiques et oppressives, ce qui a constitué un terreau favorable au développement de l'État.

Les anarcho-primitivistes prônent l'avènement d'une société qui s'inspirerait des sociétés pré-industrielles, en arguant que les sociétés primitives sont des exemples convaincants de sociétés anarchistes.

Le concept de progrès est donc, pour les anarcho-primitivistes, à prendre avec des pincettes, du moins le progrès économique. En effet, celui-ci symbolise le développement de la société industrielle et de la recherche scientifique qui menacent la survie de l'espèce humaine et de l'environnement. Ce progrès-là est soutenu par ce que l'on appelle les courants progressistes qui apparaissent comme une construction culturelle inventée pour les besoins de la cause à la Renaissance et servant le capitalisme, la propagande de l'idéologie dominante.

Pour les anarcho-primitivistes le progrès constitue un refuge derrière lequel on se retranche pour nier les réalités écologiques. E.E. Cummings compare le progrès à . Pour ce mouvement, le combat contre le mythe qu'ils voient à l'œuvre dans le progrès passe par l'écologie.

Des auteurs anarcho-primitivistes comme John Zerzan poursuivent donc des travaux qui critiquent la civilisation comme oppressante dans son essence, et défendent des modes de vie conçus comme plus libres tirant leur inspiration des chasseurs-cueilleurs préhistoriques. Zerzan va jusqu'à critiquer la domestication, le langage, la pensée symbolique (des mathématiques jusqu'à l'art) et le concept de temps.

Principaux engagements des anarcho-primitivistes Les principaux engagements des anarcho-primitivistes sont la critique de la culture symbolique, de la division du travail et de la spécialisation des tâches, de la technologie et du syndicalismeQui a tué Ned Ludd ? par John Zerzan. et le rejet du réformisme. Ce sont également le rejet de la domestication (agriculture et élevage), de la science moderne et mécaniste, de la production et de l'industrialisation, le rejet de la société de masse et la défense de la révolution comme moyen de changement social.

De nombreux mouvements internes existant au sein de l'anarcho-primitivisme ne partagent cependant pas certains points idéologiques, il existe en effet des groupes mettant en avant l'esprit collectif, quand d'autre mettent l'accent sur un principe d'individualisme dur. Il en est de même en ce qui concerne les questions liées au régime alimentaire, à l'égalité des sexes, à l'ethnie, à l'éthique animale ou en ce qui concerne les actions violentes.

Certains anarcho-primitivistes, contrairement à une image générique vehiculée, ne rejettent pas aveuglément la science et la technologie, ce qu'ils critiquent et refusent ce sont les conséquences et les dérives de l'utilisation du savoir dans le contexte actuel.

La conception anarcho-primitiviste de la technologie peut être résumée par la phrase qu'a eue le poète et anarchiste anglais Herbert Read :

Citations

Pour Kirkpatrick Sale :

John Moore expose ainsi sa conception de l'anarcho-primitivisme :

Quant à John Zerzan :

Selon le philosophe Frédéric Dufoing :

Controverses Position vis-à-vis des autres courants anarchistes vignette|180x180px|L'anarcho-transhumanisme est une pensée libertaire en opposition frontale vis-à-vis de l'anarcho-primitivisme. Les positions des anarcho-primitivistes les ont amenés à se heurter avec des partisans d'autres courants anarchistes, notamment avec les anarchistes socialistes et les anarchistes transhumanistes. Ces courants anarchistes considèrent généralement l'anarcho-primitivisme comme une idéologie réactionnaire, transphobe et validiste. Ce genre de débat est cependant surtout limité, à l'heure actuelle, aux cercles de pensée américains.

Il existe toutefois plusieurs réfutations formelles de cette idéologie en langue françaiseKen_Knabb, La Misère du primitivisme, mars 2001 Alain C., John Zerzan et la confusion primitive..

Certains libertaires vont jusqu'à considérer le primitivisme comme une forme d'écofascisme.

Une idéologie réellement applicable ? Des débats autour de la possible application politique de l'anarcho-primitivisme sont aussi fortement présents. Le penseur anarchiste primitiviste John Zerzan reconnaît lui-même que les idéaux primitivistes sont difficiles à mettre en pratique, même pour les plus convaincus d'entre eux, ce sur quoi on l'a critiqué comme manquant d'un modèle concret de réalisation et réduisant de ce fait son primitivisme à un exercice purement théorique. Comme Zerzan l'a dit à un reporter : « C'est un immense défi. Vous avez ces idées géniales et grandioses, mais il faut bien les relier au monde concret, et nous le savons. Je ne sais pas comment ça va fonctionner. [Nous sommes] loin d'avoir atteint cette réalité et nous devons faire face à cela. Vous commencez à mettre en question les choses et à essayer d'élargir l'espace au sein duquel les gens peuvent dialoguer et soulever des questions qui n'ont pas été soulevées ailleurs. Mais nous n'avons pas de brouillons concernant ce que les gens devraient faireThe Guardian, « Anarchy in the USA » (Anarchie aux États-Unis). Texte original : « It’s a huge challenge. You've got these great grandiose ideas, but the rubber has to hit the road somewhere, and we know that. I don’t know how that's going to work.… [W]e are a long way from connecting with that reality and we have to face that. You start off with questioning things and trying to enlarge the space where people can have dialogue and raise the questions that are not being raised anywhere else. But we don’t have blueprints as to what people should do. ». »

Critiques du primitivisme Alors que la plupart des socialistes prônent la destruction ou le démantèlement du capitalisme et croient en la nécessité d'œuvrer à une société mondiale sans État, les primitivistes souhaitent aller plus loin : remonter le temps, en quelque sorte, en effaçant toute trace de développement industriel – et avec lui, tous les avantages conférés par la science moderne. Autrement dit, le primitivisme repose sur l'idée que l'humanité doit se purifier et bâtir une nouvelle société sur les os des faibles et des dégénérés. Entre autres, on observe ici un grave manque d'empathie, imprégné du postulat sous-jacent selon lequel les personnes considérées comme « extraordinaires » et « jetables » par le capitalisme et le primitivisme sont à juste titre catégorisées comme telles. Les socialistes considèrent que tous les êtres humains ont un droit inhérent à une vie épanouissante et digne, libre de toute oppression. [...] Contrairement à la plupart des courants de pensée socialistes, l'idéologie primitiviste est intrinsèquement incompatible avec la libération des personnes handicapées. Bien qu'il reste un point de vue largement marginal dans la plupart des courants de pensée de gauche, le primitivisme exerce un attrait superficiel qui risque de devenir plus tentant à mesure que la souffrance humaine s'intensifie sous le poids croissant des catastrophes climatiques à venir. Dans ces circonstances désastreuses, un désir cynique de détruire toute trace de développement humain moderne peut s'avérer très séduisant pour certains. Si une critique acerbe de la technologie et de la modernité est certainement justifiée à bien des égards, il est également crucial de rappeler que toutes les technologies ne favorisent pas les mêmes types et degrés d'oppression. D'innombrables vies dépendent entièrement de la médecine contemporaine et d'autres innovations récentes. Il existe un réel potentiel pour envisager un avenir meilleur sans devenir néo-luddite. Certaines branches de la pensée de gauche, comme les marxistes « cybernétiques » et les partisans similaires de la production entièrement automatisée, cherchent des approches pour réorganiser et reconfigurer les mécanismes de production au service d'un avenir meilleur. De tels efforts montrent un réel potentiel de réutilisation d’appareils initialement créés à des fins lucratives vers une société socialiste fondée sur la durabilité écologique.-Conor Arpwel, dans le journal Protean

Critiques de la technophobie De nombreux penseurs radicaux et historiens des sciences et techniques, comme François Jarrige, ont développé une analyse technocritique sans toutefois tomber dans la technophobie. Selon eux, l'homme est un être savant et le restera, vouloir éliminer la technologie est un leurre. Le réel problème est l'accaparement de la technique (via des brevets et copyrights par exemple) par un petit nombre (industriels, états, groupes financiers...) pour répondre à une logique d'accumulation infinie, de profit et de création de besoins perpétuels, sans parler du contrôle des masses par les géants du numérique. Si la technologie était réellement libérée, productible et accessible à toutes et tous, modifiable et transmissible, elle pourrait répondre à de vrais besoins pour des communautés locales, en quantité modéré et en respectant le milieu organique et inorganique. Le technocritique Ivan Illich, parle d'outil convivial, l'écologiste libertaire Murray Bookchin parle de "technologie libératrice", libéré du monde capitaliste, industriel et centralisateur ("Les machines et outils modernes doivent devenir multifonctionnels, durables, écologiques et faciles à utiliser ainsi qu'à entretenir"). Le mouvement des Low Tech, des licences libres, l'autoconstruction en atelier (comme le propose L'Atelier Paysan) et autre artisanat non-industriel dans toutes les parties du monde participent grandement à cette pensée de réappropriation des outils simples, utiles et non nuisibles pour toutes et tous. Cette pensée critique n'est pas incompatible avec l'anarcho-primitivisme ni avec l'écologie libertaire en général, tant qu'elle reste en rupture avec l'état, le capitalisme et l'industrie extractiviste.

L'anarcho-transhumaniste William Gillis reproche à l'anarcho-primitivisme d'avoir une vision simpliste de la technique :

Même un anarcho-primitiviste comme John Zerzan porte des lunettes pour améliorer sa capacité à faire visuellement l’expérience du monde autour de lui. Par cet aspect, il est transhumaniste. Finalement, les technologies modernes peuvent être utilisées pour étendre la profondeur et la richesse de notre engagement avec le monde et notre prochain. [...]