Louis Jean Joseph Léonard Bourdon de la Crosnière est un éducateur et homme politique français né à Alençon le et mort à Breslau le .

Un notable normand

Léonard Bourdon naît à Alençon, rue du Jeudi, le . Il est le fils de Louis-Joseph Bourdon, seigneur des PlanchesNé en 1724, Louis-Joseph Bourdon, est conseiller du roi, greffier des commissions extraordinaires de son Conseil de 1749-1750 à 1756-1757, premier commis de M. Langlois, l’un des intendants des finances, en 1765. Il est écroué à la Bastille du 2 au 19 septembre 1776 pour la publication d’un Projet de réunion des Postes aux chevaux aux Messageries (qui visait, jugea-t-on, à contrecarrer les projets du ministère, parce que sa parution concordait avec la publication de l’arrêt du Conseil relatif à l’administration des postes). Voir ; La Revue Normande : Histoire, littérature, sciences & arts, tomes 7 à 8, 1898, ; Philippe Béchu, De la paume à la presse : étude de topographie et d’histoire parisiennes : recherches sur les immeubles des 57 rue de Seine et 62 rue Mazarine, leurs occupants et leurs familles, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l’Île-de-France, 1998, 490, ., et de Thérèse JollyAuguste Kuscinski, « Le conventionnel Léonard Bourdon », La Révolution française : revue d’histoire moderne et contemporaine, Charavay frères, 1889, volume 16, ., et le frère aîné de Marc Antoine Bourdon de Vatry. « La Crosnière » est accolé à son nom en 1767« Chronology », dans .. Élevé à Paris, il étudie comme son cadet au collège d'Harcourt, avant de mener, selon la Biographie Michaud, des études de droit à Orléans (lui-même affirme n’être jamais allé à Orléans dans sa jeunesse).

En 1779, il achète une charge d’avocat aux conseils, puis devient, en 1780, secrétaire de Gabriel Sénac de Meilhan.. Ayant renoncé à son office d’avocat en 1785, il obtient, le l’autorisation du Conseil royal de fonder une école, la « Société royale d’émulation pour l’éducation nationale », et publie, le le Plan d’un établissement d’éducation nationale, dans lequel il expose ses idées pédagogiques. Cette école expérimentale, dédiée à la mise en œuvre de ses ambitieux principes éducatifs, est installée, en , rue des Gobelins, à « l’hôtel de la SociétéGabriel Vauthier, « Léonard Bourdon et la société des Jeunes Français », Annales révolutionnaires, Société des études robespierristes, E. Leroux, 1912, , . ». Puis, en , elle est installée, sous le nom de « Société des jeunes Français », dans le prieuré Saint-Martin-des-ChampsIl avait été préalablement décidé de transformer ce local en Dépôt provisoire des monuments, le 17 octobre 1791. Voir Paul et Marie-Louise Biver, Abbayes, monastères et couvents de paris, Éditions d’Histoire et d’Art, 1970, En septembre 1789 arrive à Paris Jean Jacob, dit le « centenaire du Mont-Jura », ouvrier agricole de Montfleur né, suppose-t-on, en 1669 ; il est présenté à l’Assemblée constituante le 23 octobre. Bourdon obtient de le loger chez lui et le fait servir par ses élèves pour leur inculquer le respect dû aux aînés. Celui-ci meurt le 30 janvier 1790, et ses funérailles ont lieu en l’église Saint-Eustache de Paris le 3 février. Voir Louis-Gabriel Michaud, Joseph-François Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, ou Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, chez Michaud frères, 1835, , ; l’Encyclopédie des gens du monde, Librairie de Treuttel et Würtz, 1834 ; Jacques Berlioz, « Le « centenaire » de la Révolution », Les Collections de L’Histoire, n° 25, octobre 2004, ..

Membre de la Commune de Paris (1789-1792)

En , ses concitoyens du faubourg Saint-Marcel – il habite rue Mouffetard et dirige, rue des Gobelins, la « Société d’émulation » – l’élisent à l’assemblée électorale de ParisHaïm Burstin, Une révolution à l’œuvre: le faubourg Saint-Marcel (1789-1794), Éditions Champ Vallon, 2005, 923, 470-471.. Engagé dans le mouvement révolutionnaire, il participe à la prise de la Bastille le , puis est envoyé à Provins par la Commune de Paris entre le 10 et le et intègre la commission chargée d’identifier les vainqueurs et les victimes du . En , il est également un membre actif du comité des subsistances de la Commune.

En , son nom apparaît sur une liste de membres du Club des jacobins. Après la scission des Feuillants, il contribue activement à sa réorganisation en juillet-. Le , il présente devant la Législative une adresse contre les contre-révolutionnaires en tant que président de la section des Gravilliers (où il s’est installé après son départ de la rue Mouffetard où il logeait auparavant).

Délégué de la section des Gravilliers, il fait partie, lors de la journée du 10 août 1792, de la députation envoyée par la Commune insurrectionnelle devant la Législative pour réclamer la déchéance du roiPaul d’Estrée, Le Père Duchesne: Hébert et la commune de Paris (1792-1794), Paris, L’Édition Moderne, 1908, 505, .. Le , la Commune le charge, d’inspecter à Orléans les prisons réservées aux détenus devant être traduits devant la Haute-Cour. À cette nouvelle, la section du Finistère – qu’il a quittée dans l’entretemps pour la section des Gravilliers, ses manœuvres ayant eu raison de sa popularité – proteste devant le conseil général de la Commune, qui considère qu’il n’y a pas lieu à inculpationHenri Baumont, .. À Orléans, Bourdon fait transférer les détenus à Versailles où, le , ils sont massacrés. Le même jour, il devient procureur de la Commune de Paris.

Les élections de septembre 1792

En , il fait partie avec Jacques Roux des 33 électeurs choisis par la section des Gravilliers pour siéger à l’assemblée électorale de ParisCatherine Dupuy, « L’électorat de la section de Gravilliers 1791-1792 », dans Michel Vovelle (dir.), Paris et la Révolution, Publications de la Sorbonne, 1988, 394, ..

Le , l’élection du douzième et dernier député de l’Oise à la Convention est l’occasion d’une confusion, parmi les membres de l’assemblée électorale entre « Bourdon vainqueur de la Bastille » et son homonyme Bourdon de l’Oise. Au troisième appel, « Bourdon » est élu avec 140 voix sur 274 votants. À la suite de ce vote, Coupé de l’Oise écrit à Léonard Bourdon, au nom de l’Assemblée, pour l’informer de son élection, tandis qu’un autre membre prévient Bourdon de l’Oise.

Le , à la suite du désistement de Condorcet et de Brissot, l’assemblée électorale du département du Loiret, réunie à Beaugency, décide de ne pas les remplacer par les deux premiers suppléants, mais d’élire deux nouvelles personnes, Jean-Baptiste Louvet de Couvray, qui obtient 323 voix sur 357 votants, et Bourdon, élu avec 183 voix sur 349 votants. La nouvelle parvient à l’assemblée électorale de Paris quatre jours plus tard.

Quand elle apprend son élection, la section du Finistère revient à la charge, présentant à l’Assemblée une accusation qui sera ultérieurement imprimée à mille exemplaires et placardée sur les murs de la capitale. Bourdon se voit reprocher d’avoir dilapidé en fêtes et en banquets les qui lui avaient été confiées en 1789 comme commissaire aux approvisionnements pour l’achat de blé à des fournisseurs et boulangers de Provins, d’avoir en outre osé demander une indemnité de au district de Saint-Marcel pour couvrir ses dépenses à Provins, de n’avoir pas respecté sa promesse d’accueillir dans son école quatre orphelins de morts de la Bastille, d’avoir gaspillé dans des « débauches » les fonds qui lui été alloués pour sa mission à Orléans, à la fin d’, et de s’être emparé d’une partie des bijoux des condamnés massacrés à Versailles. Parmi les principaux accusateurs figurent Claude François Lazowski et Fournier l’Américain, qui avaient également été envoyés à Orléans avec un détachement de la garde parisienne. Afin d’obtenir la révocation de son élection comme député à la Convention et procureur de la Commune, le 9, la section va jusqu’à menacer de retirer ses électeurs.

Aussi l’assemblée électorale décide-t-elle, le 13, de suspendre Bourdon de ses fonctions d’électeur jusqu’à ce qu’il se soit justifié de ces accusations. Le lendemain, la section des Gravilliers, où il a rebâti sa carrière politique après son départ du faubourg Saint-Marcel, vient cependant le défendre devant l’assemblée, jugeant qu’il est victime de calomnies. Le même jour, quand la nouvelle de son élection dans l’Oise parvient à l’assemblée électorale parisienne, Bourdon de l’Oise proteste, invoquant une « erreur », et, malgré les dénégations de son homonyme, qui fonde ses prétentions sur « les titres et les procès-verbaux », se voit confirmer dans sa fonction, Léonard Bourdon finissant par reculer.

Le conventionnel

Siégeant sur les bancs de la Montagne, Bourdon entre le au Comité d'instruction publiqueAuguste Vallet de Viriville, Histoire de l’instruction publique en Europe et principalement en France depuis le christianisme jusqu’à nos jours : universités, collèges, écoles des deux sexes, académies, bibliothèques publiques, etc., Administration du Moyen âge et la renaissance, 1849, 400, .. Dès les premières séances, il demande le renouvellement des employés de toutes les administrations. Le , il s’oppose avec Tallien à une motion de Laurent Lecointre, qui voulait permettre à Louis XVI, détenu à la prison du Temple, de communiquer avec sa famille, jugeant que cet objet n’est pas de la compétence de la Convention, mais de la CommuneRévolution française ou analyse complette et impartiale du Moniteur : suivie d’une table alphabétique des personnes et des choses, Girardin, 1801, , .. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort sans appel au peuple ni sursis.

Une mission en province et l’affaire de l’« attentat » d’Orléans (16 mars 1793)

Le , il est nommé par décret dans le Jura et la Côte-d'Or avec Claude-Charles Prost pour la levée des 300 000 hommes. Rappelé par décret du , il est de retour à Paris le .J. Ayoub, M. Grenon, Procès-verbaux du Comité d’Instruction Publique de la Convention Nationale (édition nouvelle présentée, mise à jour et augmentée) publiés et annotés par J. Guillaume, , 15 octobre 1792-2 juillet 1793, fascicule II, , L’Harmattan, 1997, 530, ..