Jalons (en , Vekhi) est le titre d'un recueil de sept articles réunis par l'historien de la littérature et critique littéraire Mikhaïl Guershenzon, publié en en Russie. Composé par plusieurs penseurs, l'ouvrage critique très sévèrement l'intelligentsia russe, sa conception du « populisme » et son rôle dans l'échec de la Révolution de 1905.

Composition L'ouvrage est composé de sept articles séparés. L'éditeur Mikhaïl Guershenzon n'avait d'ailleurs pas communiqué aux contributeurs l'identité des six autres auteurs.

Accueil La publication de l'ouvrage en 1909 et déclencha une violente polémique d'au moins deux ans dans l'Empire russeGeorges Nivat, Vivre en Russe, .. Le public était surpris voire choqué parce que les signataires des articles avaient été des personnalités en vue de cette intelligentsia qu'ils critiquaient maintenant sans ménagement : Serge Boulgakov qui avait été un marxiste militant, Piotr Struve, une personnalité socialiste avant de fonder le parti cadet ; quant à Nicolas Berdiaev, il avait déjà été emprisonné en raison de ses idées socialistes.

Les plupart des auteurs – ainsi que bien d'autres personnalités intellectuelles - furent expulsés d'URSS en Jalons, Postface de Stéphane Courtois, .. Le tour de Serge Boulgakov vint en 1923Jalons, Postface ..

À l'époque, la polémique eut cependant peu d'échos en Occident. L'ouvrage a connu récemment un regain d'intérêt. Une étude de 850 pages lui a été consacrée dans une édition critique russe, et les éditions du Cerf en ont publié une première traduction en français en .

Les auteurs Nicolas Berdiaev : « Vérité de philosophie et vérité-justice d'intelligentsia » Serge Boulgakov : « Héroïsme et exploit ascétique » Mikhaïl Guershenzon : « La prise de conscience créatrice » Alexandre Izgoev : « Sur la jeunesse intellectuelle » Bogdan Kistiakovski : « En défense du droit » Piotr Struve : « Intelligentsia et révolution » Simon Frank : « L'éthique du nihilisme »

Les articles Nicolas Berdiaev La contribution de Nicolas Berdiaev (1874-1948) s’intitule « Vérité de philosophie et vérité-justice d'intelligentsia ».

Berdiaev s’interroge sur le rapport complexe de l’intelligentsia russe à la philosophieJalons, . et construit son raisonnement sur la distinction sémantique existant en russe entre (istina, « vérité de philosophie », pure vérité) et (pravda, « vérité-justice »).

Selon Berdiaev, la philosophie – comme les autres nouveautés importées d'Europe – a été comprise très superficiellement en Russie, soumise qu’elle était .

L’étude de la philosophie ne s’est pratiquement développée que dans des milieux extérieurs à l’intelligentsia stricto sensu.

Même si cette attitude a quelque peu changé, elle demeure inscrite dans le subconscient de l’intelligentsia. L’intelligentsia russe a toujours relégué les questions de création et de production dans le domaine économique aussi bien qu’intellectuel après les questions de répartition.

Berdiev reconnaît toutefois que la responsabilité de cet état ne relève pas que des « intellectuels », mais aussi – il y revient à plusieurs reprises - de la stratégie réactionnaire du pouvoir politique. Ainsi, il admet que le questionnement philosophique fait partie de la tradition de l’intelligentsia, même s’il s’est plutôt exprimé par le journalismePar exemple, Vissarion Belinski. ou par des « penseurs » de peu d’envergureBerdiaev cite les exemples de Nikolaï Tchernychevski et Dimitri Pissarev pour les années 1860, et de Piotr Lavrov et Nikolaï Mikhaïlovski pour les années 1870. que par la publication d’une littérature spécialisée, dédiée à la philosophie comme telle.

Il reconnaît aussi que l’apparition du marxisme puis du néo-kantisme et l’empiriocriticisme de Richard Avenarius ou d’Ernst Mach dans les années 1890 a considérablement contribué à élever le niveauEn 1902, dans Que faire ?, Lénine souligne : . (Que faire ?, chapitre 2, section « L'essor spontané »). Le débat, purement émotionnel jusqu’alors, a fait place à des réflexions plus profondes et voit l’apparition d’Alexandre Bogdanov et d’Anatoli Lounatcharski .

Cependant, l’attirance de l’intelligentsia pour la philosophie reste tout à fait superficielle. Berdiaev voit dans cette attitude un signe de et parle d’une .

Serge Boulgakov La contribution de Serge Boulgakov (1871-1944), intitulée « Héroïsme et exploit ascétique » et sous-titrée « Réflexions sur la nature religieuse de l'intelligentsia russe » est la plus longue de l'ouvrage.

Mikhaïl Guershenzon La contribution de Mikhaïl Guershenzon 1869 – 1925) est intitulé « La prise de conscience créatrice »

Alexandre Izgoev La contribution d'Alexandre Izgoev (1872-1935) est intitulée « Sur la jeunesse intellectuelle » et sous-titrée « Remarques sur son mode de vie et sa tournure d'esprit ». Bohdan Kistiakovski La contribution de Bohdan Kistiakovski (1869-1920) est intitulée « En défense du droit » et sous-titrée « L'intelligentsia et le sens du droit ».

Piotr Struve La contribution de Piotr Struve (1870–1944) est intitulée « Intelligentsia et révolution »

Simon Frank La contribution de Simon Frank (1877-1950) est intitulée « L'éthique du nihilisme » et sous-titrée « Contribution à une approche morale de la vision du monde de l'intelligentsia russe ».

Notes et références

Bibliographie

Georges Nivat, Vivre en russe , 485 pages, Éditions de L'Âge d'Homme, Lausanne, 2007 (en particulier le chapitre « Les racines russes du totalitarisme ? », )

Catégorie:Essai en russe Catégorie:Essai paru en 1909