La démographie de la Tunisie se caractérise par l'uniformité de la population en matière de composantes culturelles ou religieuses. Ainsi, sur un fond phénicien et après avoir assimilé à travers son histoire les Romains, les Vandales, les berbères les Turcs et les Européens ce sont les Arabes qui vont le plus marquer l'identité tunisienne, 93,8 % des Tunisiens sont arabes pour 1,4 % berbère. La grande majorité des Tunisiens sont affiliés à des tribus arabes originaires d'Arabie dont la plus grande est la tribu des banu Hudhayl (affiliée au banu sulaym).

97 % des Tunisiens étaient de confession musulmane sunnite en 2005. Toutefois, il existait (7 % de la population totale) à l'indépendance de la Tunisie en 1956 (dont un tiers de juifs). Durant ans, au sud de Djerba, il existait également une forte population juive dont il ne reste plus qu'une minorité.

La Tunisie a dépassé le cap des dix millions d'habitants en 2005, ce qui correspond à un triplement de sa population depuis l'indépendance en 1956 ( habitants) et à un doublement depuis le début des années 1970. Néanmoins, la croissance démographique ralentit, le pays accélérant sa transition démographique dans les années 1990. Ainsi la Tunisie possède la population la plus âgée et le plus faible taux de natalité d'Afrique« La Tunisie possède la population la plus vieille d'Afrique ! », Al Huffington Post, 12 septembre 2014

La Tunisie est aussi un pays qui connaît un taux important d'émigration : le nombre de Tunisiens résidant à l'étranger est évalué à personnes. 83 % d'entre eux résident en Europe dont en France.

Évolution de la population Entre 1960 et 2013, la population a augmenté de habitantsPerspective Monde (Université de Sherbrooke)Données générales sur la population (Institut national de la statistique).

Année Population1960197019801990200020102011201220132014Recensement de 2014 (Institut national de la statistique)20192022

Natalité

Une politique de planning familial est lancée en 1966. L'indice de fécondité recule graduellement : le nombre d'enfants par femme est passé de près de six dans les années 1960 à 3,4 en 1990 puis à deux en 1999.

En 2021, l'indice de fécondité est de 1,82 enfant par femme ; le taux de natalité est de Annuaire statistique de la Tunisie 2017-2021.

Migration et composition culturelle

vignette|Jeunes Tunisiens à Ras Jebel. vignette|Hommes portant la chéchia.

De nombreuses civilisations ont envahi le pays et ont été assimilées à des degrés divers : Phéniciens Cassandra Franklin-Barbajosa, « In the Wake of the Phoenicians. DNA study reveals a Phoenician-Maltese link », National Geographic, octobre 2004, Romains, Vandales venant de Germanie orientale, Byzantins, Arabes, Espagnols, Ottomans et enfin Français. De plus, beaucoup de Maures et de Juifs arrivèrent d'Andalousie à la fin du . Les premiers Arabes orientaux, venus à partir du avec les conquêtes musulmanes, ont contribué à l'islamisation de la majeure partie de l'Ifriqiya. À cette occasion se créent quelques villes nouvelles dont Kairouan et Mahdia. C'est à partir du , avec l'arrivée des tribus hilaliennes chassées d'Égypte, que l'arabisation linguistique et culturelle devient déterminanteSelon Gabriel Camps (Les Berbères. Mémoire et identité, éd. Errance, Paris, 1995, ), « en renforçant par leur présence la part de population nomade, les Arabes arrivés au ont été d'un poids insignifiant sur le plan démographique, mais déterminant sur le plan culturel et socio-économique »..

Certains groupes, descendants des Berbères, ont cependant su conserver leur langue et leurs coutumes, souvent en raison de leur enclavement géographiqueMarc Côte, « Les montagnes du Maghreb. Un cas de déterminisme géographique ? », Cafés géographiques, 15 novembre 2001. En effet, de nos jours, ils habitent souvent les régions de montagnes (Matmata, Tataouine, Gafsa, Makthar ou Sbeïtla).

Toutefois, les Berbères, qui représentent une forte minorité ethnique au Maroc et en Algérie, restent peu nombreux en Tunisie. Les quelques tribus nomades, minoritaires, sont pour la plupart intégrées et sédentarisées.

La majorité de la population se considère de confession musulmane sunnite de rite malikite. De la forte population juive qui a existé durant ans, au sud de Djerba, il ne reste plus aujourd'hui qu'une infime partie, vivant principalement dans la région de Tunis, car la majorité des Juifs tunisiens ont en effet émigré vers Israël ou la France après l'indépendance du pays. Il existe également une petite population chrétienne.

+Principaux pays d'origine des migrants internationaux en Tunisie.Pays d'origine2020Total

Données régionales +Poids démographique des différents gouvernorats Rang Gouvernorat Population (2023) Densité(hab./km)1Tunis2Sfax1273Nabeul2834Sousse2535Ben Arous8306Ariana7Monastir5398Kairouan859Bizerte15410Médenine5611Kasserine5412Sidi Bouzid6113Mahdia13914Manouba33415Gabès5216Jendouba12917Gafsa3818Béja8519Kef4920Siliana4821Zaghouan6422Kébili723Tataouine424Tozeur23 Source : Institut national de la statistiqueInstitut national de la statistique vignette|Carte choroplèthe de la Tunisie. Avec habitants en 2014, le Grand Tunis (Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba) se classe au premier rang des zones les plus peuplées de Tunisie. La population du district représente 24 % de la population totale, et vit sur un territoire ne dépassant pas 2 % de la superficie du pays« Démographie : Des régions se vident, d'autres étouffent », Bab El Web, 13 décembre 2004. À l'opposé, le nord-ouest, particulièrement, les gouvernorats du Kef et de Siliana se vident selon le recensement de la population mené en 2004. La migration intérieure est en hausse et représente 27 % des mouvements totaux, principalement vers le gouvernorat de Tunis. Les motifs en sont multiples : recherche d'emploi, études ou mariage. Ce phénomène a notamment des conséquences sur les constructions anarchiques, y compris aux abords des oueds et des canaux, ce qui provoque régulièrement des drames en cas d'inondations.

Génétique Lignée paternelle : l'ADN du chromosome Y Les principaux haplogroupes du chromosome Y des Tunisiens varient selon les régions, l'étude de Ennafaa faite sur 5 groupes tunisiens principalement berbère porte une moyenne de : E-M81 (71 %) J-1 (30 % +) ce qui montre l'homogénéité globale.

La majorité des études sur le chromosome Y en Tunisie a été faite sur des groupes berbères ou des zones cosmopolites (Tunis par exemple), l'haplogroupe J1 reste donc minoritaire chez les populations berbères (de l'ordre de 17%).

Les arabes tunisiens testés sur les études sont en moyenne 36% J1 - 41% E-M81, un impact beaucoup plus significatif. Les études menées sur l'ADN du chromosome Y dans les autres pays arabes montre que la Tunisie est dans la norme, les autres pays arabes étant approximativement équivalents.

E1b1b1b (E-M81), anciennement E3b1b et E3b2, est caractéristique des populations du nord-ouest de l'Afrique où sa fréquence moyenne est d'environ 50 %. Dans certaines parties isolées du Maghreb, sa fréquence peut culminer jusqu'à 100 % de la population. Cet haplogroupe se retrouve aussi dans la péninsule Ibérique (5 % en moyenne) et à des fréquences moins élevées, en Italie et en France.

J1 est un haplogroupe « sémitique » très fréquent dans la péninsule arabique, avec des fréquences avoisinant 70 % au Yémen. Des taux de 20 % se trouvent chez des Juifs du proche-orient.

PopulationNbA/BE(xE1b1b1)E1b1b1E1b1b1aE1b1b1bE1b1b1cFKGIJ1J2R1aR1b-M269AutresÉtudes 1 Berbères de Bou Omrane4005 %05 %87,5 %02,5 %00000000Ennafaa (2011)Ennafaa, Fregel, H. Khodjet-el-khil et Gonzalez (2011), « Mitochondrial DNA and Y-chromosome microstructure in Tunisia », European Journal of Human Genetics, doi:10.1038/jhg.2011.92, , 2 Berbères de Bou Saad40000092,5 %000005 %0002,5 %Ennafaa (2011) 3 Arabes de Jerba462,2 %0015,2 %60,9 %4,3 %00008,7 %2,2 %4,3 %2,2 %0Ennafaa (2011) 4 Berbères de Jerba 4700017 %76,6 %04,25 %2,1 %0000000Ennafaa (2011) 5 Berbères de Chenini–Douiret270000100 %0000000000Karima Fadhlaoui-Zid (2011)K. Fadhlaoui-Zid, B. Martinez-Cruz, H. Khodjet-el-khil, I. Mendizabal, A. Benammar-Elgaaied et D. Comas (2011), « Genetic structure of Tunisian ethnic groups revealed by paternal lineages ». American Journal of Physical Anthropology. doi: 10.1002/ajpa.21581 6 Berbères de Sened35000065,7 %02,9 %00031,4 %0000Karima Fadhlaoui-Zid (2011) 7 Berbères de Jradou320000100 %0000000000Karima Fadhlaoui-Zid (2011) 8 Zaghouan320003,1 %40,6 %09,4 %00043,8 %3,1 %000Karima Fadhlaoui-Zid (2011) 9 Tunis33003,0 %6,0 %54,5 %3,0 %6,0 %03,0 %024,2 %0000Karima Fadhlaoui-Zid (2011) 10 Tunis14802 %3,4 %5,4 %37,8 %2,7 %4,7 %0,7 %0032,4 %3,4 %0,7 %6,1 %0,7 %Arredi (2004)B. Arredi, E. S. Poloni, S. Paracchini , « A predominantly neolithic origin for Y-chromosomal DNA variation in North Africa », American Journal of Human Genetics, vol. 75, , août 2004, 11 Immigrants tunisiens en Italie52009,6 %15,4 %32.7 %01,9 %1,9 %0034,6 %3,8 %000Onofri (2008) ADN autosomal :

Ces études faites majoritairement sur des groupes berbères ne concernent que le chromosome Y, mais pas l'ADN autosomal qui est pourtant un bon indicateur génétique.

Aussi, on remarque que l'ADN autosomal tunisien a été influencé dans une certaine mesure par les Phéniciens et que la majorité des Tunisiens descendent non pas de "Berbères" mais de fermiers anatoliens, peuple indo-européen qui a immigré des steppes eurasiennes vers l'Anatolie et le Levant (8.500 - 3000 av. J-C). Les Berbères tunisiens, eux-mêmes, possèdent rarement une composante génétique berbère majoritaire, contrairement aux Berbères marocains. Les Arabes tunisiens, quant à eux, possèdent généralement une composante génétique majoritairement arabe à 42 %.

Lignée maternelle : l'ADN mitochondrial De nombreuses études ont été menées au nord de l'Afrique pour des populations du MarocRando , 1998 ; Brakez , 2001 ; Kéfi , 2005Turchi 2009, Polymorphisms of mtDNA control region in Tunisian and Moroccan populations: An enrichment of forensic mtDNA databases with Northern Africa data, d'AlgérieCôrte-Real , 1996 ; Macaulay , 1999, de TunisieFadhlaoui-Zid , 2004 ; Cherni , 2005 ; Loueslati , 2006, ou plus globalement du Nord de l'AfriqueCoudray , « Les lignées mitochondriales et l'histoire génétique des populations berbérophones du nord de l'Afrique », Antropo, , 2009, . Les auteurs montrent que la structure génétique mitochondriale générale des Tunisiens et des populations du Maghreb est composée :

majoritairement d'haplogroupes (H, J, T, V…) fréquents dans les populations européennes (de 45 à 85 %), d'haplogroupes L (de 3 à 50 %) très fréquents dans les populations sub-sahariennes, de l'haplogroupe M1 (de 0 à 15 %) détectés principalement dans les populations est-africaines, de l'haplogroupe U6 (0 à 28 %), surtout présent en Afrique du Nord et également a des fréquences < 5 % dans la péninsule Ibérique, et d'haplogroupes M, N ou X (de 0 à 8 %) détectés principalement en Eurasie.

PopulationNbH/HV/VR0aU/K (x U6)U6TJ (x J1b)J1bNM1L3Autres LÉtude Total Tunisie72531.32.29.05.27.13.50.93.53.015.618.5Ennafaa (2011)

Références

Bibliographie Frédéric Sandron, La transition de la fécondité en Tunisie, éd. L'Harmattan, Paris, 2002

Liens externes

Institut national de la statistique Statistiques de la CIA Statistiques de l'ONU Soumaya Abdellatif, Ibtihel Bouchoucha, Zahia Ouadah-Bedidi, « Basse fécondité en Tunisie, miroir d’une société en mutation », Orient XXI, 26 août 2026.