L'insomnie, dans son acception commune, est un trouble du sommeil caractérisé par des difficultés à s'endormir, à rester endormi et/ou à obtenir un sommeil réparateur, malgré des conditions favorables. Occasionnelle ou chronique, elle a une répercussion sur la qualité de la veille le lendemain. : elle peut induire des troubles de la concentration, une irritabilité, et une somnolence diurne, qui augmentent le risque d'accident domestique et professionnels. Quand elle est fréquente ou chronique, elle affecte négativement la qualité de vie, la santé mentale et physique. Elle a un coût socioéconomique important.
Elle ne doit pas être confondue avec le sommeil polyphasique (sommeil interrompu durant la nuit, menant souvent à une prescription de somnifères. Ses causes sont multiples — psychologiques, médicales, environnementales — et son traitement repose sur des approches comportementales, médicales et hygiéniques adaptées à chaque situation).
Histoire, étymologie Le mot insomnie daterait du , d'origine latine (, du latin , « état de celui qui dort ») et signifiant « privation de sommeil »Jacqueline Picoche, Dictionnaire étymologique du Français, Dictionnaires Le Robert, 1994, entrée Sommeil, , B3, . ..
L'insomnie est attestée comme trouble du sommeil depuis l'Antiquité, mais a longtemps été interprétée via des cadres médicaux et culturels propres aux cultures et époques différentes : par exemple, Hippocrate l'attribuait à un excès de « bile noire », associant mélancolie et veille prolongée, tandis qu'Aristote l'expliquait par un excès de chaleur corporelle, justifiant l'usage de bains froids.
Les remèdes traditionnels incluaient notamment des plantes sédatives (camomille, valériane, mélisse en Eurasie) et, dès la civilisation sumérienne, des préparations à base d'opium, largement utilisées jusqu'au début du XXᵉ siècle.
Dans l'occident préindustrielle, le sommeil était souvent « fragmenté », avec un premier cycle nocturne était suivi d'une période d'éveil, puis d'un second sommeil, pratique décrite par de nombreux auteurs jusqu'au XIXᵉ siècle.
Au milieu du , on considère que .
Pour l'historien Roger Ekirch, l'apparition des premiers diagnostics d'insomnie, à la fin du , fait suite à la généralisation d'un modèle normatif de huit heures de sommeil en continu, modèle qui a contribué à pathologiser des rythmes auparavant considérés comme naturels, compte rendu de ..
Épidémiologie, prévalence
Les estimations de la prévalence de l'insomnie varient selon les critères diagnostiques et le type de population étudiée ; mais elle est le trouble du sommeil le plus fréquent, touchant de 10 à 30 % des adultes à un moment donné, et jusqu'à la moitié de la population sur une année donnée. Selon Morin et al. (2006), environ un tiers des adultes se plaignent d'insomnies occasionnelles, mais seuls 11 % auraient une réelle insomnieMorin CM, LeBlanc M, Daley M, Gregoire JP, Merette C, Epidemiology of insomnia: prevalence, self-help treatments, consultations, and determinants of help-seeking behaviors, Sleep Med, 2006;7:123–130.
Environ 30 % des adultes, dans divers échantillons internationaux, rapportent au moins un symptôme (difficulté d'endormissement ou de maintien du sommeil, réveils précoces, sommeil non réparateur) ; l'ajout d'un critère d'altération diurne ou de détresse ramène cette proportion à environ 10 %, et l'application des critères plus stricts du DSM-IV (symptômes durant ≥ 1 mois, non expliqués par un autre trouble du sommeil, un trouble mental ou un effet physiologique) à environ 6 %. Autrement dit : environ 6 % des personnes souffrent d'une insomnie persistante, non liée à une autre pathologie, durant plus d'un mois..
Les facteurs de risque connus sont : l'âge avancé, en lien probablement avec un déclin des systèmes de régulation du sommeil ; être une femme : insomnie 40 % plus fréquente, en lien souvent avec la ménarche, et plus encore avec la ménopauseOhayon MM, Epidemiology of insomnia: what we know and what we still need to learn, Sleep Med Rev, 2002;6:97–111 ; le travail de nuit ou en horaires alternantsque d'insomnie ; le fait d'être maladeWinkelman JW,Insomnia disorder, N Engl J Med, 2015; 373:1437-1444 ; troubles du rythme circadien sont fréquemment associés : chez les jeunes, l'insomnie est souvent liée à un syndrome de retard de phase, tandis que chez les personnes âgées, un syndrome d'avance de phase entraîne des difficultés d'endormissement, de maintien du sommeil et des réveils matinaux précoces ; certaines comorbidité : 75 à 90 % des insomniaques présentent des troubles médicaux associés (hypoxémie, dyspnée, reflux gastro‑œsophagien, syndromes douloureux ou maladies neurodégénératives). Une maladie psychiatrique est aussi retrouvée dans un peu plus d'un tiers des insomnies chroniquesFord DE, Kamerow DB, Epidemiologic study of sleep disturbances and psychiatric disorders: an opportunity for prevention?, JAMA, 1989;262:1479-148 (anxiété et/ou dépression le plus souvent, qui sont fréquemment le premier symptôme de la maladie ; et la persistance des troubles du sommeil augmente le risque de récidive)Ohayon MM, Roth T, Place of chronic insomnia in the course of depressive and anxiety disorders, J. Psychiatr. Res., 2003;37:9-15. Des troubles du sommeil primaires (syndrome des jambes sans repos, mouvements périodiques des membres, troubles respiratoires du sommeil)
Classification des insomnies Elle fait partie de la Classification Internationale des Troubles du Sommeil.
+ Type d'insomnie Durée Caractéristiques de l'insomnie Traitements possiblespar ordre décroissantvoir aussi chapitre correspondant Insomnie d'ajustement < Insomnie aiguë transitoire associée à un facteur stressant (psychologique, environnemental, physique ou psychosocial) elle cesse avec l'éviction du facteur causal ou s'il y a adaptation éviction du facteur responsable si possible renforcement de l'hygiène du sommeil traitement cognitif traitement médicamenteux traitement comportemental Insomnie psychophysiologique ouinsomnie d'endormissement > présence d'un conditionnement avec identification d'un facteur s'opposant à l'endormissement ou induisant un état d'hyperéveil :- angoisse de performance pour le sommeil- incapacité à s'endormir à une heure planifiée, mais sans aucune difficulté au cours de situations monotones- qualité du sommeil améliorée en dehors de la maison- activité mentale exacerbée au lit- tension somatique excessive traitement cognitif renforcement de l'hygiène du sommeil traitement comportemental traitement médicamenteux relaxation Insomnie paradoxaleCe terme fait parfois référence à l'hypno-agnosie, sensation subjective de ne pas dormir alors que le sommeil objectif est strictement normal. > Insomnie chronique avec quelques nuits normales insomnie très sévère à la lecture de l'agenda du sommeil, absence paradoxale de siestes diurnes dysfonctionnement diurne plus modéré que ne le voudrait l'importance de la privation de sommeil le sujet rapporte un éveil le plus fréquemment induit par des stimuli environnementaux, des pensées intrusives… traitement cognitif renforcement de l'hygiène du sommeil traitement comportemental Insomnie idiopathique depuis l'enfance début de l'insomnie dans l'enfance absence de facteur causal identifié absence de période de rémission pharmacothérapie spécifique renforcement de l'hygiène du sommeil Insomnie secondaireà une maladie mentale > pathologie mentale diagnostiquée l'insomnie est un signe précurseur d'une pathologie mentale à venir traitement adaptée de la maladie mentale renforcement de l'hygiène du sommeil traitement cognitif traitement comportemental Insomnie par mauvaise hygiène du sommeil > mauvais planning du sommeil : heures du coucher et levers variables, temps passés au lit excessif, siestes… abus d'alcool, nicotine, caféine… activités mentales, physiques ou émotionnelles trop proches du coucher utilisation du lit à d'autres fins que le sommeil : tv, lecture, repas… environnement de chambre à coucher peu propice au sommeil renforcement de l'hygiène du sommeil traitement cognitif traitement comportemental Insomnie secondaire à une drogue ou une substance > abus ou dépendance à une drogue favorisant une fragmentation du sommeil (intoxication ou sevrage) médicaments ou aliments favorisants une fragmentation du sommeil insomnie associée à la période d'utilisation, d'intoxication ou de sevrage sevrage progressif, éviction si possible de la substance renforcement de l'hygiène du sommeil Insomnie secondaireà une cause médicale voir aussi chapitre correspondant > pathologie médicale responsable d'une fragmentation du sommeil pathologie médicale directement responsable de l'insomnie traitement optimal de l'affection médicale en cause renforcement de l'hygiène du sommeil pharmacothérapie spécifique à adapter à l'affection médicale
L'insomnie se manifeste par quatre types de symptômes : la difficulté d'endormissement, la difficulté à rester endormi, le réveil précoce et le sommeil non récupérateurWalsh JK, Coulouvrat C, Hajak G et al. Nighttime insomnia symptoms and perceived health in the America Insomnia Survey (AIS), Sleep, 2011;34:997-1011. Ces symptômes sont souvent associés et peuvent évoluer dans le temps.
Causes
Les troubles du sommeil les plus courants causant l'insomnie sont le stress, les syndromes anxieux ou les états d'agitation ainsi que les problèmes digestifs. Les syndromes dépressifs sont souvent cause d'insomnie mais en sont parfois la conséquence Daniel J. Buysse; Jules Angst; Alex Gamma; Vladeta Ajdacic; Dominique Eich; Wulf Rössler, / / avril 2008..
Toute maladie peut entraîner un trouble du sommeil : douleurs chroniques, fièvre, essoufflement. Certaines insomnies sont directement la conséquence d'une alimentation inadaptée, en particulier la prise excessive ou trop tardive de caféine. Elles peuvent être la conséquence d'un traitement.
Deux types de pathologies psychiatriques sont particulièrement aptes à générer des insomnies : les épisodes maniaques (états d'exaltation des humeurs) que l'on trouve essentiellement dans le cadre des troubles bipolaires ; les pathologies se manifestant par de l'hypervigilance, notamment les psychoses et les états de stress post-traumatique.
D'autres causes plus rares incluent : apnée du sommeil - Le cycle normal du sommeil est interrompu par de nombreux arrêts (pauses) de la respiration. Les conséquences de ces apnées sont une diminution du taux d'oxygène dans le sang et souvent des micro-réveils. Le sujet ne s'en souvient généralement pas le lendemain, mais se plaint de somnolence durant la journée. La plupart du temps ce trouble est de nature obstructive : il est question de syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS). Ce type d'apnée est souvent lié à l'obésité ;
syndrome des jambes sans repos ou « impatiences » - Ces symptômes sont souvent décrits comme étant des sensations tactiles imposant le mouvement des membres concernés. La personne a un besoin impérieux de bouger dans le but de faire disparaître cette sensation, empêchant la survenue du sommeil et induisant un besoin de sommeil ;
syndrome des mouvements périodiques , qui se différencie du syndrome des jambes sans repos en ceci qu'il survient pendant le sommeil, la personne n'en ayant pas conscience, les mouvements étant involontaires et rythmés (un mouvement toutes les 20 à ). Ce syndrome entraine des micro-réveils fréquents induisant un sommeil de mauvaise qualité, avec pour corollaire une somnolence ou fatigue diurne. Il touche 10 à 15 % de la population, et plus de 50 % chez les personnes de plus de . Il est souvent associé au syndrome des jambes sans repos. Il existe une forme idiopathique ou primaire. Les causes secondaires sont les carences martiales, l'insuffisance rénale, certains médicaments. Tout comme le syndrome des jambes sans repos il résulte d'un dysfonctionnement du système dopaminergique ;