La tapisserie de Bayeux ou broderie de Bayeux, successivement désignée « Telle du Conquest » (« toile de la Conquête ») par les chanoines de la cathédrale Notre-Dame de Bayeux, toilette de la Saint-Jean et toilette du duc Guillaume au , ou encore tapisserie de la reine Mathilde au , est une broderie (anciennement « tapisserie aux points d'aiguille ») du inscrite depuis 2007 au registre international Mémoire du monde par l'UnescoTapisserie de Bayeux - broderie - dite de la Reine ...

Œuvre d'art textile effectuée à l'aiguille sur une toile de lin bis assez régulière, brodée avec quatre points différents de fils de laine déclinés en dix teintes naturelles, elle expose , , , et bâtiments, et petites embarcations, et d'innombrables objets très divers. Elle décrit des faits allant de la fin du règne du roi d'Angleterre Édouard le Confesseur en 1064 à la bataille d'Hastings en 1066, dont l'enjeu était le trône d'Angleterre, contesté à Harold Godwinson par Guillaume, duc de Normandie.

Les péripéties-clés de la bataille, dont l'issue détermina la conquête normande de l'Angleterre, y sont détailléesScènes 51 et suivantes., mais près de la moitié des scènes relatent en fait des épisodes antérieurs à l'invasion elle-mêmeLe débarquement, scène 38.. Cette œuvre historiée semble avoir été commandée par l’évêque Odon de Bayeux, le demi-frère de Guillaume et réalisée au cours des années qui ont suivi la conquête.

Bien que présentant les événements sous un jour très favorable à Guillaume le Conquérant, au point d'être considérée parfois comme une œuvre de propagande pour asseoir la légitimité de ce dernier à régner sur l'Angleterre et rallier les nobles saxons, elle a une valeur documentaire inestimable pour la connaissance du normand et anglais. Elle renseigne ainsi sur les vêtements, les châteaux, les navires et les conditions de vie de cette époque. De façon générale, elle constitue un des rares exemples de l'art roman profane.

Conservée jusqu'à la fin du dans le trésor liturgique de la cathédrale de Bayeux, elle échappe de peu à la destruction lors de la Révolution française. Depuis 1983, elle est présentée au public au centre Guillaume-le-Conquérant. à Bayeux, qui lui est entièrement consacré.

La tapisserie est prêtée pour la première fois au British Museum de Londres à partir de septembre 2026, à l'occasion d'une exposition, pendant les travaux de rénovation effectués au musée de Bayeux. Elle doit être retournée à la France avant le mois de septembre 2027https://www.ouest-france.fr/culture/patrimoine/tapisserie-de-bayeux/la-tapisserie-de-bayeux-a-londres-le-tresor-national-doit-etre-revenu-au-plus-tard-le-1er-septembre-2027-en-normandie-77e5cc2a-7de0-11f1-b616-dddac7a26294.

Résumé de l'histoire relatée par la tapisserie vignette|Liens de parenté entre Edouard le Confesseur et Guillaume le Conquérant.

Le récit brodé sur la tapisserie débute en 1064, lorsque le roi d’Angleterre, Édouard le Confesseur, vieillissant et sans héritier, missionne son beau-frère, le comte Harold Godwinson,en Normandie. L'objectif est de confirmer à son petit-cousin, le duc Guillaume, qu'il a été désigné comme son successeur au trône d'Angleterre.

La traversée de la Manche par Harold et ses hommes est mouvementée ; leur navire subit une tempête et fait naufrage sur les terres du comte Guy de Ponthieu, qui les fait prisonniers à Beaurain dans l'espoir d'obtenir une rançon. Mis au courant de la situation, le duc Guillaume de Normandie exige la libération de Harold, qu'il accueille avec les honneurs à sa cour.

Les deux hommes mènent une campagne militaire commune en Bretagne contre le duc Conan II. Suite à cette expédition, Guillaume adoube ou honore Harold pour les services qu'il a rendus. Le moment central de ce séjour en Normandie est le serment solennel prêté par Harold à Guillaume. Sur des reliques sacrées, spécialement apportées de Bayeux, Harold jure fidélité à Guillaume et s'engage à appuyer sa prétention au trône anglais.

À la mort du roi Édouard, le , Harold manque à sa parole. Poussé par les nobles anglais, il accepte d'être couronné roi d'Angleterre le lendemain ,à l'abbaye de Westminster.

Apprenant la nouvelle de ce qu'il considère comme un parjure, Guillaume le Conquérant revendique son dû par la force. Il rassemble une impressionnante flotte et une armée de plusieurs milliers d'hommes. Dans la nuit du 27 au , profitant de vents favorables, l'armada normande traverse la Manche et débarque sans opposition à Pevensey, dans le Sussex.

La confrontation décisive a lieu le lors de la célèbre bataille d'Hastings. La broderie dépeint avec force détails les différentes phases de ce combat acharné qui dura toute la journée : les charges de la cavalerie normande se heurtant au mur de boucliers des fantassins anglo-saxons.

La bataille culmine avec la mort d'Harold. La tapisserie illustre la scène célèbre où il est mortellement atteint par une flèche dans l'œil, un châtiment symbolique pour son parjure. La victoire est totale pour les Normands.

Histoire de la tapisserie de Bayeux On ne dispose d'aucun document probant ni sur sa conception, ni sur les trois cents premières années de son existence. Certains spécialistes pensent en avoir trouvé une trace dans l'œuvre d'un poète français, Baudry abbé de Bourgueil. Vers l'an 1100, celui-ci compose pour Adèle de Normandie, fille de Guillaume le Conquérant, un poème dans lequel il décrit une tapisserie faite de soie, d'or et d'argent et représentant la conquête de l'Angleterre. Même si la taille et les matériaux de cette tapisserie montrent qu'il ne s'agit pas de la même tapisserie, même si l'existence de la tapisserie de la comtesse Adèle est mise en doute, il est évident que le poème de Baudry s'inspire soit directement, soit indirectement de la tapisserie de Bayeux.

vignette|La cathédrale de Bayeux, lieu de conservation de la tapisserie du Moyen-Âge au début du , avant qu’elle soit exposée à la bibliothèque.

La plus ancienne mention directe de la tapisserie est un inventaire du trésor de la cathédrale de Bayeux, dressé en 1476, qui en mentionne l'existence et précise qu'elle est suspendue autour de la nef, de pilier en pilier, pendant quelques jours chaque été, sans doute du (jour de la Fête des reliques) au (jour de la Dédicace). La coutume persiste jusqu'à la Révolution :

Il est possible que la tapisserie commandée par l'évêque Odon ait été remise et exposée pour la première fois dans la cathédrale lors de sa dédicace solennelle le , en présence de l'archevêque de Canterbury, du roi Guillaume et de la reine Mathilde. Le reste de l'année, la tapisserie est roulée et conservée dans un coffre en bois du que l'on peut encore voir dans la salle du Trésor de la cathédrale.. Si la destination de cette broderie n'est pas religieuse mais séculière, elle a pu être exposée à l'origine aussi bien dans des aulae de châteaux que dans des églises, faisant de cette tapisserie l'unique rescapée d'un type d'œuvres que possédaient les élites aristocratiques de l'époque...

La tapisserie échappe aux incendies de 1105 et 1160. En 1562, des religieux, avertis de l'arrivée imminente d'une troupe de Huguenots, la mettent en sûreté. Ils ont probablement permis sa conservation étant donné que les Huguenots mettent à sac la cathédrale.

La tapisserie est redécouverte par le monde savant au . En 1721, à la mort de Nicolas Jean Foucault, ancien intendant de Normandie et érudit, on découvre dans sa succession un dessin dépourvu d'indications, qui attise la curiosité d'Antoine Lancelot (1675-1740) de l'Académie royale des inscriptions et belles lettres. Perplexe mais convaincu que le dessin n'est qu'une partie d'une œuvre de grande taille, il fait appel au moine bénédictin Dom Bernard de Montfaucon (1655–1741), qui, en , retrouve la trace de la tapisserie. En 1729, il publie d'abord le dessin puis l'entièreté de la tapisserie dans ses Monuments de la monarchie française. C'est à Montfaucon que l'on doit l'attribution de l'œuvre à la reine Mathilde.

vignette|Reproduction de la tapisserie par Andrew Coltée Ducarel (1752), d'après les gravures de Bernard de Montfaucon.

Lorsqu'un voyageur anglais, Andrew Coltee Ducarel, se présente à Bayeux en 1752 et demande aux prêtres à voir l'ouvrage qui relate la conquête de l'Angleterre, ces derniers semblent ignorer tout de son existence. Ce n'est que lorsqu'il leur parle de son exposition annuelle qu'ils comprennent de quel objet il retourne. Il semble donc qu'à cette époque le clergé de Bayeux exposait la tapisserie mais ne savait plus ce qu'elle représentaitBernard Gildas, « Les pérégrinations de la tapisserie de Bayeux », dans Cahier des Annales de Normandie, , 1992. Recueil d'études offert à Gabriel Désert, ...

En 1792, quand la France de la Révolution entre en guerre contre l'Europe, des troupes sont levées. Au moment du départ du contingent de Bayeux, on s'avise qu'un des chariots chargés de l'approvisionnement n'a pas de bâche. Selon la tradition locale, un participant zélé propose de découper la tapisserie conservée à la cathédrale pour couvrir le chariot. Prévenu tardivement, l'avocat bayeusain Lambert Léonard Leforestier arrive cependant juste à temps pour empêcher cet usage. En 1794, selon une autre tradition locale, lors d'une fête civique, il s'en faut de peu qu'elle soit lacérée et transformée en bandes destinées à décorer un charSite caminteresse.fr, article de Basile Perrin-Reymond "https://www.caminteresse.fr/histoire/comment-la-tapisserie-de-bayeux-a-t-elle-failli-disparaitre-1192557/".. La Commission des arts du district de Bayeux mise sur pied en 1794 veille ensuite à la sécurité de l'œuvre pendant la Révolution.

À des fins de propagande contre l'Angleterre qu'il projette d'envahir, Napoléon la fait venir au musée du Louvre à Paris où elle est exposée à l'admiration des foules parisiennes de à . À cette occasion, un catalogue illustré avec des scènes de la broderie est d'ailleurs imprimé en quatre cents exemplaires et distribué à l'armée, afin de motiver l’esprit conquérant des troupes et de les convaincre qu'un débarquement en Angleterre est possible.. L'œuvre retourne à Bayeux en 1805, précédée, le , d'une lettre de Vivant Denon.

En 1816, la Société des antiquaires de Londres charge le dessinateur d'antiquités de réaliser un fac-similé de la tapisserie pour la série de documents Vetusta Monumenta. Ce dernier s'acquitte de cette tâche en deux ans (en ayant effectué trois séjours en France) — non sans avoir dérobé au passage un minuscule morceau de l'œuvre..

Pendant une quarantaine d'années, la tapisserie est conservée enroulée. Lors de chaque visite, on la déroule puis on la réenroule sur une machine formée de deux cylindres pour la montrer scène par scène. Ces manipulations répétées engendrent des frottements qui contribuent à l'user et risquent de la détruire. En 1835, les autorités, ayant pris conscience de sa valeur, s'en émeuvent. À partir de 1842, la tapisserie devient accessible en permanence au public dans une salle de la bibliothèque de Bayeux, où elle est suspendue dans une vitrine. En , le premier musée de la Tapisserie est créé dans l'hôtel du Doyen à côté de la bibliothèque municipale.

vignette|left|Copie grandeur nature de la tapisserie par la Leek Society, conservée au musée de Reading en Angleterre.

En 1885-1886, Elisabeth Wardle, femme d'un riche marchand, finance une copie de même taille qui se trouve maintenant à Reading en AngleterreTout l'historique de la tapisserie est tirée de ..