L'abbaye Sainte-Marie de Lagrasse est une abbaye située dans la commune de Lagrasse dans le département de l'Aude en région Occitanie.

Monastère bénédictin du au , l'abbaye est vendue comme bien national à la Révolution française et coupée en deux lots. Ses bâtiments sont presque laissés à l'abandon et très dégradés au cours du . L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Les premières campagnes de restauration commencent en 1932, d'autres sont entreprises par les chanoines et deux tentatives de retour à la vie religieuse sont faites, sans succès.

Sa « grande partie » est rendue à la vie religieuse en 2004 lors du rachat par la communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu, tandis que la part médiévale du monastère, la « petite partie », devient propriété du département.

Histoire vignette|left|Vue générale. vignette|200px|Le dortoir. vignette|Le cloître de l'abbaye.

Moyen Âge Le monastère primitif, fondé à une date inconnue, est reconstruit par l’abbé Nimphibius en 779 en un lieu nommé alors « Novalius ». La nouvelle abbaye reçoit la protection de Charlemagne à partir de cette date. Son allégeance jouera un grand rôle dans le rayonnement temporel et spirituel de l'abbaye du au . Ses possessions s’étendent de l’Albigeois jusqu’à Saragosse. Le texte de la charte de fondation daté du est conservé aux archives départementales de l'AudeMagnou-Mortier: Recueil des chartes de l'abbaye de la Grasse, tome I, 77-1119, 1996, ..

Cette charte est à l'origine de la tradition attribuant la fondation de l'abbaye à l'empereur. Selon le Roman de Notre-Dame de Lagrasse, texte épique de propagande rédigé à Lagrasse au milieu du , Charlemagne serait venu en personne superviser la construction et la consécration du monastère qu'il aurait doté de nombreuses reliques. Cette partie du texte décrit en réalité la construction de l'église gothique à la place de l'église romane.

Au cours des , pendant la répression contre les cathares, les abbés de Sainte-Marie jouent un rôle d’apaisement. C’est grâce à eux que les cités de Béziers et de Carcassonne retrouvent la paix avec le roi et l’Église. Saint Louis leur en sera reconnaissant.

En 1226, Guillaume de l'Isle, abbé de l'abbaye Saint-Pons de Thomières, fut nommé avec les abbés de l'abbaye de Lagrasse et de l'abbaye de Saint-Hilaire pour présider au chapitre général des moines noirs de la province de Narbonne, qui fut tenu dans l'abbaye de Saint-Thibéry du diocèse d'Agde. C'est pourquoi la Bulle qui est datée de Péruse le , dans laquelle le pape Grégoire IX confirme les statuts qui y furent faits fut adressée à ces trois abbésElle est rapportée par dom Luc d'Achery, Spicil, tome 6.F. B. T. L. G., prêtre et chanoine de l'église Saint-Pons de Thomières, Chronologie des abbez du monastère et des evesques de l'églisede S. Pons de Thomières, Saint-Pons, 1873, ..

À partir du jusqu'au , l'abbaye connaît une période de déclin à cause de son excès de richesses puis de la guerre de Cent Ans. Une première réforme spirituelle est alors introduite au par l'abbé Auger de Gogenx. L'église abbatiale actuelle est profondément remaniée et transformée pour se protéger des pillards et des attaques venus de l'extérieur. Des fortifications sont bâties au .

Temps modernes Au , le premier abbé commendataire, Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix, entreprend la construction d’un grand clocher qui restera inachevé à sa mort en 1537. Au , la vie religieuse retrouve sa ferveur avec l’introduction à Lagrasse de la réforme de Saint-Maur en 1663.

Puis, au , l’évêque de Carcassonne, Armand Bazin de Bezons, devient abbé de Lagrasse. Sous son impulsion, les monuments monastiques sont rénovés et enrichis d’une cour d’honneur, d’un bâtiment conventuel et d’un cloître de style classique dans un beau grès ocre flammé. Ce chantier offre à Lagrasse l’originalité d’être aujourd’hui une des rares abbayes de la région juxtaposant des parties médiévales et classiques. À la veille de la Révolution, l'abbaye jouit des services d'un organiste et d'un serpent chargé d'accompagner le plain-chant des moines.

Époque contemporaine En 1789, toutes les possessions de l'Église sont déclarées biens nationaux. Les derniers moines sont expulsés le , malgré l’opposition des Lagrassiens. Cette action engendre la dégradation de l'abbaye. L’édifice est pillé puis vendu en deux lots séparés. Ces lots sont achetés par la famille Berlioz pour la petite partie, et par les familles Sarrail puis Gout de Bize pour la grande partieADA: 1V 193.. Cette séparation subsiste encore de nos jours : les bâtiments possèdent deux entrées distinctes. Depuis 2004, la partie la plus ancienne, ou petite partie, est propriété du département de l'Aude et la grande partie appartient à la communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu..

En 2014, l'abbaye remporte le « grand trophée de la plus belle restauration », organisé par Propriétés de France, Le Figaro Magazine, la Fondation pour les monuments historiques et La Demeure historique pour la restauration du cloîtreLe lauréat 2014 sur le site du grand trophée de la plus belle restauration, consulté le 12 octobre 2014. Cette restauration soutenue par « l'Association pour la Sauvegarde et la Mise en Valeur de l'Abbaye de Lagrasse » et la région Languedoc-Roussillon a permis le sauvetage et la rénovation du cloître du L’abbaye de Lagrasse sacrée plus belle restauration 2014. Dans la partie rendue à sa vocation religieuse, le chantier suivant doit être consacré à l'église et au clocher. Dans la partie publique, a débuté en 2014 la restauration des vestibules des chapelles haute et basse de la chapelle privée de l'abbé Auger de Gogenx, datant de 1296..

Elle fait partie des dix-huit sites emblématiques du Loto du patrimoine 2020Découvrez les 18 sites emblématiques du Loto du patrimoine 2020.

Les deux « vocations » des bâtiments La grande partie Cette partie du bâtiment sert d'hôpital militaire de 1793 à 1795 puis est transformée en fermage et en casernement de gendarmes de 1822 à 1880ADA: 4N78: Lettre du ministère de l'intérieur.. En 1894, quatre religieuses de la congrégation des Filles de Notre-Dame des Sept Douleurs s’y installentADA: 82J 42: Les sœurs achètent la propriété à la famille Gout de Bize.. Après deux ans de travaux, une maison de retraite y fut inaugurée en 1896 et parallèlement une cérémonie marqua la réouverture de l'église au culte en présence de l'évêque de Carcassonne, Félix Arsène Billard. Faute de vocations, l'hospice des religieuses à Lagrasse ferme en 1976.

En 1979, la communauté de la Théophanie rachète la grande partie. Elle réalise d'importants travaux d'aménagement pour loger la communauté. L'association est dissoute en 1991 et l'abbaye mise en vente.

Après quelques années d'abandon, la famille Pregizer rachète les bâtiments en 1995 et entreprend, sous la direction des monuments historiques, d'importants travaux de réhabilitation. Toutes les cloisons érigées au fil des siècles sont abattues et laissent à nouveau apparaître la splendide architecture d'origine au sein du palais abbatial. Parallèlement, l'étude préalable réalisée avec la DRAC, est l'occasion d'un travail de relevé sans précédent qui permet d'examiner la vue d'ensemble du monument et pose les bases d'un plan de restaurationÉtude historique de l'Abbaye de Lagrasse, B. Chédozeau. 2003.. Les enfants Pregizer vendent le bien en 2004 après l'arrestation de leur père pour malversations financières.

En 2004, une communauté catholique traditionaliste, les chanoines réguliers de la Mère de Dieu, acquiert les bâtiments avec le soutien de Jacques Despierre, alors évêque de Carcassonne.

En 2017, l'église, dont le transept nord n'a plus de toit, est en restauration et une partie du chantier fait l'objet d'un financement participatifÉlisabeth Caillemer, Lagrasse, quand les pierres évangélisent, Famille chrétienne du 27 mai au 2 juin 2017, .. La première étape de la restauration du clocher octogonal est entreprise en 2019Site de l'abbaye. En la restauration du transept sud est achevée.

La petite partie Il s'agit de la partie médiévale en cours de restauration. Donnée à la Société nationale d’entraide de la Médaille militaireC'est quoi la SNEMM ?, La Médaille militaire — Tarn-et-Garonne. en 1928 et transformée en orphelinat, elle est acquise par la mairie de Lagrasse en 1981. Depuis 2004 elle est propriété du conseil départemental de l'Aude qui participe à sa valorisation architecturale et l'a ouverte à la visite en 2007. Depuis le printemps 2008 un centre culturel, en partenariat avec l’association « Le Marque-Page », propose un programme annuel d'activités autour du livre, de la lecture, la littérature et la pensée..

La communauté des chanoines Généralités vignette|La partie récente de l'abbaye.

La communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu est fondée par le père Wladimir de Saint-Jean (Roger Péquigney à l'état civil) en 1971, premier père abbé de la communauté, à Gap. Elle est reconnue de droit pontifical en 1997. Elle célèbre selon le rite tridentin. En 2004, elle déménage vers Lagrasse. Le , le second abbé de la communauté, le père Emmanuel-Marie de Saint-Jean, de l'abbaye de Lagrasse, reçoit des mains d'André Fort, évêque d'Orléans, les insignes de sa charge : la crosse, la mitre et l'anneau.

La communauté des chanoines réguliers de la Mère de Dieu est composée de religieux, en majorité des prêtres, vivant en communauté sous la règle de saint Augustin, attachés à un monastère ou à une église.

La vie d'un chanoine de l'abbaye se déroule alors autour de la liturgie traditionnelle, la contemplation, l'apostolat et les études diverses. Les chants, les prières et la messe font partie de leur vie quotidienneChanoines réguliers de la Mère de Dieu. Les religieux : Congrégations de vie apostolique..

Jeanne Barbey écrit un « Te Deum » chanté et joué pour la première fois le en l'église Saint-Eugène-Sainte-Cécile de Paris afin de développer le rayonnement de l'abbaye en FranceAude - Un don musical pour l'abbaye de Lagrasse..

En 2006, le père Wladimir de Saint-Jean, démissionne ; officiellement . Ce n'est qu'en , que la communauté s'exprime sur les abus de son fondateur, contraint de démissionner en raison de sa double vie, de ses nombreux abus d’autorité et de ses comportements manipulateurs. Il fut aussi soumis, en 2009, à un procès canonique en raison de sollicitations sexuelles, rapportées par deux frères.

Les abbés

778-813 : Nebridius 813-820 : Attala 820-827 : Adalaric 827-843 : Agila 843-855 : Hélie 855-870 : Suniaire 870-890 : Sunifred 890-897 : Saborellus 897-902 : Durand 902-917 : Witiza 917-965 : Suniaire II 965-968 : Sicaire 968-977 : Raoul 977-994 : Donat 994-1026 : Bernard 1026-1036 : Étienne 1036-1068 : Randulfe 1068-1086 : Dalmace, (nommé archevêque de Narbonne en 1079 par le pape, en place de 1086-1097)Claudine Pailhès, « Introduction », dans Claudine Pailhès, éd. Recueil des chartes de l'abbaye de La Grasse, tome II : 1117-1279, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Collection de documents inédits sur l'Histoire de France - Section d'histoire médiévale et de philologie, no 26, Paris, 2000, p. XXXVII. 1086-1109 : Robert 1109-1117 : Léon 1117-1156 : Bérenger de Narbonne (archevêque de Narbonne de 1156 à 1162) 1158-1163 : Guillaume 1163-1167 : Robert II 1167-1168 : Bérenger II 1168-1176 : Arnaud de Lévis 1176-1179 : François 1179-1192 : Arnaud II 1192-1205 : Raymond 1205-1208 : Bernard II de Marseillette 1208-1224 : Guillaume II de Serviès 1224-1229 : Benoît d'Alignan (ensuite évêque de Marseille) 1229-1237 : Bérenger III de La Grave 1237-1256 : Bernard III Imbert 1256-1262 : Bérenger IV de Grave 1262-1268 : Pierre (auparavant abbé de Sorèze) 1268-1279 : Vacance d'abbé 1279-1309 : Auger de Gogenx 1309-1333 : Guillaume III d’Alzonne de Marcillac (évêque d'Alet en 1336) 1333-1343 : Nicolas Roger