Lîle , est une île volcanique, revendiquée par la Norvège, située dans l'océan Austral, en mer de Bellingshausen, au large de la partie côtière occidentale de l'Antarctique. Le front glaciaire rend son accès difficile et son débarquement risqué par les embarcations en raison des chutes de séracs. Pourtant l’île a fait l’objet d’explorations et d’expéditions à caractère scientifique et sportif. Ola Olstad et son corps expéditionnaire réussissent à débarquer pour la première fois sur l'île le . L'ascension de son sommet principal, le pic Lars-Christensen, n'est jamais réalisée.
Elle reste une île très peu connue.
Géographie L'île est située à des côtes du continent Antarctique, dans la mer de Bellingshausen ().
L'île principale a une surface de , bien qu'en lui additionnant des îlots et des récifs adjacents l'aire émergée atteigne les .
Il s'agit d'un volcan bouclier, datant de l'Holocène d'après des échantillons estimés de 0,1 à . Personne ne sait si ce volcan est éteint ou non, mais la partie supérieure semble non modifiée par la glaciation, indiquant la possibilité d'une éruption dans les quelques derniers siècles.
L'une des arêtes sommitales culmine à au pic Lars-Christensen.. D'autres sources contradictoires. indiquent un sommet culminant à seulement ou ..
Du point de vue de son statut politico-administratif, l'île est une dépendance de la Norvège, soumise au traité sur l'Antarctique de 1959.
Relief alt=Le Vostok et le Mirny devant l'île , le , lors de la première expédition russe en Antarctique.|vignette|gauche| Le Vostok et le Mirny devant l'île , le , lors de la première expédition russe en Antarctique.
L'île est constamment entourée par la banquise, sauf un bref moment pendant l'été austral ; elle est recouverte à par les glaces atteignant souvent plusieurs dizaines de mètres. Son pourtour est très accidenté et présente de nombreuses falaises d'environ de haut avec des risques importants de chutes de sérac. Seuls trois sites de débarquement potentiels sont observés et identifiés : deux font l'objet d'un débarquement humain, dont en 2010 l'expédition française avec la navigatrice Isabelle Autissier.
Les sites de débarquement sont issus des dernières coulées de lave venues se déverser directement dans l'océan. Anciennement, leur refroidissement rapide a provoqué un bourrelet d'enrochement de pourtour sous le niveau de la mer qui s'est transformé ensuite en une table sédimentaire de roches volcaniques émergentes au fil des éruptions successives. Ce processus de formation volcanique implique une faible et fragile épaisseur de cette croûte de coulée par endroits, jetée comme un ponton sur la mer. Sous l'action de l'eau, de l'assaut des vagues, d'alternances de périodes de gel et des glaces, ces terres gagnées sur la mer sont sujettes à une érosion plus rapide. Ce phénomène physique est susceptible de modifier considérablement la précision des maigres données cartographiques recueillies de ces lieux : il a pour conséquence directe d'augmenter dans le même temps les difficultés potentielles d'un débarquement, surtout après plusieurs dizaines d'années sans expédition régulière d'observation.
Son relief, lié à l'émergence d'un volcan éteint au-dessus du niveau des eaux, présente au sommet un cratère dépressionnaire d'environ de diamètre. La glace, actuellement présente sur plusieurs dizaines de mètres, ne permet pas de visualiser avec précision les arêtes de la caldeira et d'estimer la hauteur primitive de l'île ainsi que son niveau d'érosion et la dépression maximale au niveau du cratère.
Cartographie L'épaisse couche de glace et le caractère inhospitalier de ce lieu n'ont pour l'instant pas permis de recueillir des données topographiques précises. L'île fait environ de long et de large.
Il existe de cette île une carte crayonnée non datée qui fait apparaître trois importants glaciers non identifiés mais aussi non cartographiés. À l'est, le pourtour côtier le plus abrupt au pied du pic volcanique est nommé « côte de Bellingshausen ». Plus au nord, en direction du « cap Eva », se trouve la « côte Mirnyi », et, à l'opposé, la « côte Vostok » au sud/sud-ouest. Ces lieux ont été nommés par le capitaine russe Bellingshausen, qui rapporte qu'une falaise rocheuse se dressait à plusieurs milliers de pieds au-dessus de la mer à la limite du pack de glace. Ola Olstad, lui, nomme la « baie de Sandefjord » à l'ouest et le « pic Lars Christensen » au centre-est qu'il voyait s'élever derrière dans les brumes.
Climatologie
Il règne, en ce lieu solitaire et isolé de la mer de Bellingshausen, un climat extrême très instable, marqué par de forts vents, des températures très basses et des chutes de neige. La présence de forts vents limite grandement les possibilités d'un débarquement pour établir un camp de base car il est difficile d'envisager des rotations entre la terre et le navire avec un hélicoptère comme le rapporte notamment le capitaine du brise-glace argentin Général-San-Martin en 1971.
Durant l'été austral, les températures moyennes de janvier, mois le plus chaud, sont autour de . Durant l'hiver austral, le mois le plus froid est juillet avec environ de moyenne. Comme d'autres zones de l'Antarctique, en mer de Bellingshausen une élévation progressive et lente des températures due au phénomène de réchauffement climatique.
Glaces, glaciers et banquise Durant l'hiver austral, l'île est entourée d'une épaisse banquise qui la rend totalement inaccessible par voie maritime. Durant l'été austral, autour de février, la fonte progressive de la banquise permet suivant les années et les conditions météorologiques d'envisager une approche par bateau.
Plusieurs glaciers importants et imposants de par leur épaisseur masquent le relief de l'île. Au pic Lars Christensen, des estimations donnent entre 60 et d'épaisseur de calotte glaciaire.
Eaux et fonds marins Des îlots affleurants et des récifs adjacents rendent la navigation d'approche difficile en plus des fragments de sérac, de banquise et autres icebergs qui se déplacent rapidement avec les courants. Le seul endroit raisonnable pour le mouillage est "Sandefjord bay" (littéralement La baie de Sandefjord), et encore, seulement pour une courte période car il est impossible d'ancrer.
Histoire L'île est découverte par le capitaine russe Fabian Gottlieb von Bellingshausen le , qui approche à environ quatorze milles de ses côtes. Lorsqu'il découvre cette importante masse de terre, il pense d'abord avoir découvert un nouveau continent, mais en arrivant près de celle-ci, il devra se résoudre à constater que le fruit de sa découverte n'est qu'une île perdue. Il lui sera impossible de s'en approcher au plus près et mettre pied à terre pour en revendiquer la possession à cause d'importants packs de glace flottants rendant la navigation trop dangereuse.
Bellingshausen baptise l'île en l'honneur du tsar de Russie . En janvier 1927, l'explorateur norvégien Ola Olstad prend le commandement d'une nouvelle et première expédition dont le but est de rechercher de nouvelles eaux pour la chasse à la baleine.. Ces hommes sont les premiers à approcher l'île d'aussi près, plus d'un siècle après Bellingshausen. Ils rapportent en Norvège des clichés noir et blanc de l'endroit. Une seconde expédition prend la route en 1929 et débarque pour la première fois sur l'île le : elle revendique dès lors très officiellement l'île et son territoire maritime pour la Norvège.
Un abri de secours à vivres et à médicaments est construit par Ola Olstad et son équipage pour eux-mêmes et d'éventuelles nouvelles expéditions. La prise de possession sera confirmée en 1931 par le parlement norvégien et l'île devient une dépendance norvégienne en 1933.
En 1948, Grethe Rytter Hasle, future planctologiste norvégienne est aussi la première femme à se rendre dans les eaux norvégiennes de l'île avec l'Expédition scientifique du MV Brattegg.
En 1983, l'American Radio Relay League (ARRL) ajoute l'île à la liste DXCC. Du au , l'expédition scientifique de radio-émission du MV Aurora The First Peter One LA-DX-Group expedition assure la première liaison radio terrestre et la première émission d'un signal radio depuis le cap Eva en ondes moyennes.
En 1994, la seconde expédition Peter One LA-DX-Group teste les dans tous les modes. En 2006, la troisième expédition Peter One LA-DX-Group installe une station météorologique émettrice et temporaire.
L'île demeure cependant très peu explorée. Une tentative d'ascension du sommet de l'île est envisagée en 2010 par le avec l'aide logistique de la navigatrice Isabelle Autissier, seconde femme à se rendre dans ce milieu marin côtier.
Depuis presque un siècle de revendication de territorialité, en ce lieu peu fréquenté, les Norvégiens ne se sont jamais vraiment intéressés à l’île.
Explorations maritimes et terrestres Les résumés partiels d'expéditions qui suivent tentent de faire le point des tentatives d'exploration des différents milieux de cette île si particulière et géographiquement éloignée.
Expédition Bellingshausen (1821)
L’expédition Bellingshausen est une expédition russe d'exploration dans l'océan Austral entre 1819 et 1821. Le , au départ de Portsmouth, le capitaine Fabian Gottlieb von Bellingshausen, en prend le commandement sur désignation de l'amirauté russe et appareille avec le Vostok (en russe : « l'Orient »), une corvette de 600 tonneaux. Il est accompagné pour ce long périple maritime autour du pôle Sud par un navire de soutien de , le Mirny (en russe : « le Pacifique »), sous les ordres de Mikhaïl Lazarev, capitaine adjoint de commandement d'expédition.
En découvrant la mer de Bellingshausen, qui porte son nom, il croise au large de plusieurs îles dont celle-ci. L'île est découverte le par le capitaine russe qui l'approcha à environ quinze milles de ses côtes. Il la nommera ainsi en l'honneur du tsar de Russie.
Seconde expédition Charcot (1909)
Ce périple constitue la deuxième expédition française en Antarctique. Jean-Baptiste Charcot fait construire un nouveau et quatrième navire Pourquoi Pas ? : un trois-mâts barque de jaugeant , équipé d'un moteur auxiliaire. Spécialement conçu pour réaliser de nouvelles expéditions polaires, en tenant compte de l'expérience de son Français, du Scotia de William Speirs Bruce et du Discovery de Robert Falcon Scott (1902), ce navire bénéficie de l'éclairage électrique et d’une bibliothèque riche de volumes. Mais la machinerie ne fait que et s'avérera plus tard sous-dimensionnée. Après un regrettable accident coûtant la vie à un de ses matelots, il appareille au départ du Havre fin . Sa seconde épouse, Marguerite (« Meg »), est du voyage jusqu'à Punta Arenas. L'expédition débutera vraiment en 1909, le long de la terre de Graham.
Après un hivernage forcé dans une baie au sud-est de l'île Petermann, Jean-Baptiste Charcot longe la banquise jusqu'à 120° ouest, reconnaissant l'île Alexandre- et l'île , toutes deux découvertes par Belingshausen, ainsi que l'île Charcot (nommée en hommage à son père, Jean-Martin Charcot, célèbre neurologue). Début , le navire heurte malencontreusement une roche à fleur d'eau et endommage sa quille. Après près plus de 24 heures d'efforts incessants qu'il raconte dans son livre de récit, le navire est enfin libéré de son entrave. Il poursuivra sa route pour découvrir l'île Renaud, la côte Fallières (du nom du président de la République de l'époque Armand Fallières), les îles Mikkelsen, l'île ou le cap Pavie (le caractère insulaire du lieu n'avait pu être vérifié), l'île Adélaïde, l'île Millerand.
Les conditions climatiques difficiles vont l'empêcher de poser le pied sur l'île dont il se serait bien vu le premier homme foulant le sol.