La bataille de Roanoke Island est la opération de la Campagne de Burnside en Caroline du Nord, au début de la guerre de Sécession. C’est une opération amphibie menée par les troupes fédérales les 7 et contre l'île Roanoke. Cette île permettait aux Confédérés de tenir la baie d'Albemarle, une des vastes lagunes (sounds) de la mer intérieure qui borde la côte de Caroline du Nord. L'île Roanoke, clé de l'accès arrière au grand port confédéré de Norfolk, fut facilement conquise par les fédéraux qui disposaient d'un imposant corps expéditionnaire combiné, nettement supérieur aux forces confédérées. thumb| Le , sur l'île Roanoke (Caroline du Nord) : menés par leurs officiers brandissant le "Stars & Stripes" , les soldats nordistes chargent une redoute confédérée. Aucun ennemi n'est visible…A l'horizon les nombreux vapeurs de la flotte unioniste. Lithographie de Currier and Ives.cd
Intérêt stratégique thumb| Les sounds de Caroline du Nord. En bleu foncé la baie d'Albemarle, communiquant au nord par des canaux avec l'arrière du port de Norfolk - et gardée au sud par l'île Roanoke. En bleu clair au sud la baie de Pamlico, et au sud-est le Cap Hatteras formé par la convergence des îles en ruban, les Outer Banks (voir le chapitre "Intérêt stratégique de la campagne" de l'article Campagne de Burnside en Caroline du Nord).
Le général Henry A. Wise, commandant la garnison confédérée de l’île Roanoke avait signalé à sa hiérarchie l’importance stratégique de l’île et avait demandé avec insistance qu’on lui envoie des renfortsORA I, v. 9, pp. 134, 138. Wise réitéra sa demande avec encore plus d’insistance après la bataille : ORA I, v. 9, p. 188.. Il était clair en effet que l’île Roanoke, située au milieu du goulet qui permettait le passage du sud (baie de Pamlico) au nord (baie d'Albemarle) était la clé des sounds : si l’Union s'en emparait, elle y aurait une base qui ne pourrait être attaquée que par une force amphibie, que les Confédérés ne possédaient pas. Et à partir de l’île Roanoke, l’Union pourrait attaquer n’importe quel point des côtes de Caroline du Nord, alors que les Confédérés seraient obligés de disperser leurs troupes sur un immense front, et donc forcés en cas d’attaque d’abandonner certaines de leurs positions, devenues indéfendables par manque d’effectifsle terme “ clé ” est souvent employé dans les rapports : ORA I, v. 4, pp. 578-79, 682, 718; v. 9, pp. 115, 126, 134, 138, 187, 188..
Enfin le grand port de guerre de Norfolk (Virginie), tenu par les Confédérés, était relié au sound d'Albemarle par 2 canaux (le "Albemarle & Chesapeake Canal" et le "canal de Dismal Swamp") et recevait grâce à eux la plus grande partie de son approvisionnement, ce qui lui permettait de défier le blocus maintenu par l'US NAvy dans la baie de Chesapeake.
Preparations
La défense confédérée thumb|Le brig. gen. confédéré Henry A. Wise était hospitalisé à Nags's Head pendant l'invasion de l'île Roanoke dont il avait la garde était faible et mal coordonnée dès l’origine. Sur l’île Roanoke
Déjà lors de la bataille des Hatteras Inlet Batteries, des renforts (le Georgia Infantry Regiment) partis de Norfolk étaient arrivés trop tard et avaient été envoyés sur l’île Roanoke. Ils y restèrent 3 mois, et firent quelques vagues tentatives de raids contre les nordistes établis sur l’île HatterasCampbell, Storm over Carolina, pp. 63 & 64.
Début le brig.gen. confédéré Daniel Harvey Hill fut chargé de la défense des côtes de Caroline du Nord, arriva sur l’île Roanoke et commença à la fortifier, mais il fut rappelé en Virginie au bout d’un mois et demi environ, et remplacé par le brig. gen. Lawrence O'B. BranchTrotter, Ironclads and columbiads, pp. 62 & 63.
Le le district des sounds est divisé en 2 : la partie sud (essentiellement le sound ou baie de Pamlico et ses villes riveraines) est assigné au brig. gen. Lawrence O'B. Branch, qui dépend du brig. gen. Richard C. Gatlin, commandant du "Department of North Carolina" – alors que le nord (Baie d'Albemarle et île Roanoke) est confié au brig. gen. Henry A. Wise, qui rendra compte au maj. gen. Benjamin Huger, responsable de la défense de NorfolkTrotter, Ironclads and columbiads, ..
Wise n’avait pu garder de son ancienne "Légion Wise", que 2 régiments, le et le Virginia Infantry. Il avait par contre reçu 3 régiments, les , et Régiments de Caroline du Nord (plus 3 compagnies du Régiment) soit environ 1 400 hommes. Mais ces soldats étaient mal équipés, mal vêtus, et n’avaient souvent pour armes que leurs propres fusils de chasse. De plus les conditions de vie sur les sounds avaient rendu malade plus d’un quart des effectifsTrotter, Ironclads and columbiads, . Battles and leaders, v. 1, p. 670.
Wise avait supplié le gouvernement de Richmond de lui fournir des canons, mais ceux qui lui furent envoyés ne suffisaient pas. L’artillerie confédérée était répartie entre plusieurs "forts" : face à Croatan Sound (le goulet le plus large et le plus profond, et donc le plus susceptible de voir se présenter la flotte ennemie) dans Fort Huger, situé à Weir’s Point (au coin nord-ouest de l’île Roanoke), se trouvaient 12 canons; à 1 mile au sud-ouest, dans Fort Blanchard : 4 canons; à Pork Point, dans Fort Bartow (plus au sud) : 9 canons. Par ailleurs, de l’autre côté du goulet de Croatan, en face de Fort Huger, sur Redstone Point, on avait établi un fortin appelé Fort Forrest : 2 vieilles barges échouées dans la vase, garnies de sacs de sable et de balles de coton, et armées de 7 canons.
Par ailleurs la face est de l’île Roanoke (le sound de Roanoke était le moins susceptible de laisser passer une flotte ennemie) était munie de 2 canons – et une batterie enterrée avec 3 canons avait été installée au centre géographique de l’îleBrowning, From Cape Charles to Cape Fear, p. 24..
Enfin Wise, qui avait mis la main sur des pilotis, était en train d’en planter 2 lignes en travers du Croatan Sound, et il avait l’intention de renforcer cette défense en coulant de vieilles coques de bateaux lorsque l’attaque fédérale survintTrotter, Ironclads and columbiads, p. 76..
Mais la face sud de l’île, donnant sur le Pamlico Sound, n’avait aucune protection.
Sur mer : sept petits bateaux (des remorqueurs et divers bateaux de travail) avaient été achetés ou réquisitionnés par la marine confédérée, armés de 8 canons, et, ainsi transformés en canonnières, mis sous le commandement de William F. Lynchpour la composition de la "Flotte moustique", voir l'article bataille d'Elizabeth City. Wise pensait que cette flottille, qu’il avait surnommée par dérision la "Flotte Moustique" ne servait à rien, et même était plutôt gênante. Wise écrivit après la bataille :"le capitaine Lynch était énergique, zélé, et actif, mais il accorda trop d’importance à sa flottille de canonnières. Il nous a privé des remorqueurs en les transformant en canonnières parfaitement stupides alors qu’ils auraient été plus utiles lors des transports de pilotis, de bois de construction, de fourrage, de provisions de toutes sortes, et de troupes. ""Captain Lynch was energetic, zealous, and active, but he gave too much consequence entirely to his fleet of gunboats, which hindered transportation of piles, lumber, forage, supplies of all kinds, and of troops, by taking away the steam-tugs and converting them into perfectly imbecile gunboats" (ORA I, v. 9, p. 129) . Wise était réputé pour avoir l'invective facile : voir l'article Henry A. Wise
Du côté unioniste Préparation de l'attaque
(voir le chapitre "Constitution du corps expéditionnaire" de l'article Campagne de Burnside en Caroline du Nord)
Si l’idée de Burnside de sélectionner des "blue-noses" de Nouvelle-Angleterre comme soldats pour son corps expéditionnaire était judicieuse, par contre il fut moins heureux en voulant créer de son côté un corps de canonnières dépendant de l’US ArmyLes noms de ces canonnières (cf l'article de WP en "Roanoke Island Order of battle") étaient Picket, Vidette, Hussar, Lancer, Ranger, Chasseur, Pioneer, Sentinel, et Zouave (cette dernière perdue en mer). Tous noms évoquant plus l'armée de terre, voire la cavalerie, que la marine… , alors que l’US Navy armait quant à elle une flottille de 20 canonnières. Il se retrouva finalement avec 9 bateaux moins bien équipés et des équipages moins expérimentés que ceux de l'US NavyMerrill, The Rebel shore, pp. 86 & 87. La flottille fédérale comprenait aussi plusieurs barges transformées en batteries flottantes par l’adjonction de canons et d’une protection de balles de foin et de sacs de sable. En tout, les fédéraux disposaient de 108 pièces d’artillerieTrotter, Ironclads and columbiads, p. 68..
thumb|right|180px| La flotte fédérale arriva du Nord dans le mauvais temps, doubla le cap Hatteras, eut de la peine à franchir le goulet Hatteras inlet pour débouquer dans la baie de Pamlico, se réunit, et fit du nord vers son objectif, l'île Roanoke.
Mise en route. Les troupes et les transports se rassemblèrent à Annapolis et commencèrent à embarquer le . Les bateaux levèrent l’ancre, se regroupèrent à Fort Monroe, près de l’entrée de la Baie de Chesapeake, et le convoi prit le large le . Les capitaines prirent alors connaissance de leurs ordres, gardés jusque-là sous plis scellés : direction Cap HatterasBurnside, Battles and leaders, pp. 662 & 663. On peut imaginer que la plupart des capitaines (si tant est qu’ils ignoraient réellement leur destination) fut désagréablement surprise : le Cap Hatteras déjà dangereux par lui-même (il est surnommé "le cimetière de l’Atlantique") connaît en hiver des tempêtes du Cap Hatteras particulièrement soudaines et violentes…(voir En pleine tempête).
Naturellement le temps autour du Cap Hatteras était exécrable. Burnside, pour se concilier ses soldats, se fit transférer (avec son état-major) sur la plus petite des embarcations, la canonnière Pickett (une unité dépendant de l’US Army), et y endura le mauvais temps. Trois bateaux (2 transports et une canonnière de l’US Army, le “ Zouave ”) sombrèrent, mais les hommes furent sauvés. Deux officiers du 9th New Jersey se noyèrent pendant la traversée : leur chaloupe se renversa alors qu’ils revenaient d’une visite au navire-amiralBurnside, Battles and leaders, v. 1, pp. 663-65.
L’entrée dans la baie de Pamlico par le pertuis (inlet) de Hatteras fut longue et difficile. On pensait que le chenal avait au moins 8 pieds (2,5 m) de profondeur, or il en avait à peine 6 (1,9 m).. Certains des bateaux fédéraux avaient trop de tirant d’eau, on dut les décharger pour les alléger, puis ils se touèrent sur une ancre D’autres, même allégés, ne pouvaient absolument pas passer dans le pertuis. On dut les décharger complètement sur l’ île Hatteras et les renvoyer. Le cas du trois-mâts-barque John Trucks fut pire encore : il ne put même pas s’approcher assez de l’île pour débarquer les troupes qu’il avait à bord, et il dut repartir pour Annapolis avec la plus grande partie du Régiment de New York, dont seulement une fraction participa à la bataille de Roanoke IslandThe Union Army, Vol. 2, p. 89 ; & ORA I, v. 9, pp. 361 & 362.
La flotte fut enfin prête et rassemblée dans la baie de Pamlico le Burnside, Battles and leaders, v. 1, pp. 664 & 666.
Pendant que la flotte fédérale passait à grand-peine dans les sounds, le gouvernement confédéré restait étrangement inerte : il n’envoyait aucun renfort, ni sur l’île Roanoke ni sur aucun des objectifs militaires de la zone. Le nombre de soldats confédérés sur place resta donc de 1 400 environ, avec 800 réservistes basés à Nag’s Head. Qui plus est, le 1°Février le brig. gen. Wise fut hospitalisé à Nag's Head pour, dit-il, une grave maladie pulmonaire (voir l'article Henry A. Wise). Il restera alité jusqu’au , mais continuera à donner des ordres à son remplaçant, le colonel H. M. Shaw du 8th North Carolina InfantryORA I, v. 9, p. 145..
La bataille : bombardement et débarquement thumb|Le débarquement des troupes du général Burnside à Roanoke.