thumb|upright=1.1| Titre : Vexilla Regis (incipit) Genre : hymne pour la procession(en forme d'hymne ambrosienne) Rite : rite gallican (origine)rite romainrite de Durham, rite de Sarum, rite anglican (en Angleterre) Auteur : Venance Fortunat († Poitiers 601) Manuscrit de texte le plus ancien : entre 800 et 825(sans doute copié à Orléans) Révisions de texte : I. environ (anonyme)II. bréviaire romain (sous Urbain VIII 1632)
Image : Cruifixion dans l'abbaye de Saint-Papoul (). La est une hymne latine de Venance Fortunat, le plus grand poète du . À l'origine, celle-ci fut une imitation de l'hymnodie ambrosienne, dont l'utilisation était réservée à la procession. Composition présumée pour l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers, cette hymne consacrée à la Croix obtint une grande popularité auprès du rite gallican, du rite romain et du rite anglican. Or, les deux versions actuelles en sept strophes ne sont autres que celles qui furent successivement remaniées au et en 1632. Dans le contexte liturgique, l'hymne est encore en usage facultatif pour le Carême et les deux fêtes de la Sainte Croix.
Texte actuel Version originale et traduction française latin françaisVexílla Regis pródeunt, Fulget Crucis mystérium : Quo carne carnis cónditor, Suspénsus est patíbulo.
Quo vulnerátus ínsuper Mucróne diro lánceæ, Ut nos laváret crímine, Manávit unda et sánguine.
Impléta sunt quæ cóncinit David fidéli cármine, Dicens: In natiónibus Regnávit a ligno Deus.
Arbor decóra, et fúlgida, Ornáta Regis púrpura, Elécta digno stípite, Tam sancta membra tángere.
Beáta, cujus bráchiis Sæcli pepéndit prétium, Statéra facta córporis, Prædámque tulit tártari.
O Crux ave, spes unica, Hoc Passiónis témpore, Auge piis justítiam, Reísque dona véniam.
Te summa Deus Trínitas, Colláudet omnis spíritus: Quos per Crucis mystérium Salvas, rege per sæcula. AmenGraduale Romanum, p. 191, 1908 .1. Aujourd’hui du grand Roi l’étendard va marchant, Où l’Auteur de la chair vient sa chair attachant. Aujourd’hui de la Croix resplendit le mystère, Où Dieu souffre la mort aux mortels salutaire.
2. Voilà, du flanc du Christ, étant du fer atteint, Sors le ruisseau vermeil, qui les crimes éteint : Céleste lavement des âmes converties, Mêlant de sang et d’eau ses ondes my-parties.
3. Maintenant s’accomplit aux yeux de l’Univers L’oracle que David inspira dans ses vers, Chantant ces mots sacrés sur les tons de sa lyre : L’Éternel par le bois a planté son Empire.
4. Arbre noble et trophée illustre et glorieux, Orné du vêtement du Roi victorieux : Plante du Ciel chérie, et des anges chantée, Pour toucher de sa chair la dépouille sacrée.
5. Tige trois fois heureuse dont le chef exalté, Soutient le juste prix du monde racheté, Et balance le corps qui mort, ses bras déploie Pour ravir aux enfers leur rapine et leur proie.
6. Je te salue, ô Croix, seul espoir des vivants ! En ces jours douloureux de larmes s’abreuvant, Augmente aux cœurs des bons l’immortelle justice, Et pardonne aux pécheurs leur mortelle malice.
7. Ainsi puisse ton nom en mérite infini, Suprême Trinité ! sans fin être béni, Et ceux que, par la Croix tu délivres de crainte, Triompher à jamais sous ta bannière sainte. AmenTraduction présentée par la Schola Sainte Cécile, dont le traducteur reste inconnu (Michel de Marolles par erreur) .. Cette version a été retenue par le Corpus antiphonalium officii, répertoire critique du répertoire grégorien primitif, établi par Dom René-Jean Hesbert, entre 1960 et 1970 à partir de l'étude de quelque huit cents manuscrits (CAO n° 8410, tome 4). Sur les douze témoins retenus comme les plus représentatifs de l'état primitif du répertoire, seuls trois témoins l'attestent sous la forme éditéeUniversité de Waterloo . Elle a été retenue pour l'édition typique du bréviaire romain. Tomás Luis de Victoria, prêtre de la congrégation de l'Oratoire, l'a également retenue sous cette forme en 1581. Édition de l'université de Malaga.
L'université de Waterloo ressemble plusieurs variations parmi de nombreuses manuscrits . En dehors du temps de la Passion, la formule Hoc Passionis tempore (strophe VI, verset 2) était souvent remplacée par d'autres expression plus adéquates.
Pour une autre traduction, voir aussi celle de Michel de Marolles publiée en 1651 avec une variante latine Michel de Marolles, L'office de la Semaine Saincte et de toute la quinzaine de Pasques, Sebastien Hure, Paris 1651.
Version originelle Le texte attribué à Venance Fortunat se composait de huit strophes, car il s'agissait d'une imitation de l'hymne ambrosienne. L'œuvre était composée en ïambes dimètres. Voici le texte critique restitué à la base des manuscrits copiés avant le . Ce texte selon Frederick Leo, publié en 1881, reste fiable p. 30 - 34 :
I. Vexilla Regis prodeunt :Fulget Crucis mysterium,Quo carne carnis conditorSuspensus est patibulo. strophe disparue(II.) Confixa clavis viscera,Tendens manus vestigia,Redemptionis gratiaHic inmolata est hostiap. 33 : il existe une variante du (à l'abbaye Saint-Vaast d'Arras)Johann Kayser, Beiträge zur Geschichte und Erklärung der der ältesten Kirchenhymnen, p. 401, 1881 . III. Quo vulneratus insuperMucrone diro lanceæ,Ut nos lavaret crimine,Manavit unda et sanguine.
IV. Inpleta sunt quæ concinitDavid fideli carmine,Dicendo nationibus :Regnavit a ligno Deus.
V. Arbor decora et fulgida,Ornata regis purpura,Electa digno stipiteTam sancta membra tangere. strophe remaniéeVI. Beata cujus brachiisPretium pependit sæculi,Statera facta est corporis,Prædam tulitque Tartari. strophes disparues (VII.) Fundis aroma cortice,Vincis sapore nectareJucunda fructu fertili,Plaudis triumpho nobili.
(VIII.) Salve ara, salve victimaDe passionis gloria,Qua Vita mortem pertulit, > strophe I, verset 3 (1632)Et morte vitam reddidit. > strophe I, versets 4 (1632) Voir aussi un manuscrit copié entre 800 et 825 (British Museum manuscrit Add. 24193).
Partition
strophes composées au environVI. O Crux ave, spes unica ;Hoc passionis tempore,Piis adauge gratiam,Reisque dele crimina.
VII. Te fons salutis, Trinitas,Collaudet omnis spiritus :Quibus Crucis victoriamLargiris, adde Præmium. Amen. thumb|upright=0.65|Un manuscrit italien inconnu (vers 1410 ?). thumb|center|upright=1.5|Le texte est officiel depuis 1632. Voir aussi le commentaire théologique et la traduction par le vicaire S.-G. Pimontp. 35 - 49.
Histoire Origine et Auteur thumb|upright=0.8|1. Un calligramme de Venance Fortunat, Carminum spuriorum appendix II, en forme de la croix. Le prêtre composa plusieurs hymnes consacrées à la croix. thumb|upright=0.8|4. Translation de la relique de la Sainte Croix à Poitiers avec trois saints (fresque du monastère Saint-Antoine-le-Grand à Saint-Laurent-en-Royans) ;Saint Grégoire de Tours mentionnait sainte Radegonde (à gauche) et saint Euphrône de Tours (au centre), mais contrairement à ce que la tradition et ce tableau manifestent, aucun manuscrit ancien ne mentionnait saint Venance Fortunat (à droite). Origine très ancienne, mais cette hymne bénéficie, pour ses études, de nombreux manuscrits assez sûrs, copiés au Moyen Âge. S'il n'existe pas le manuscrit autographe authentique, la plupart des chercheurs affectent sans hésitation l'auteur à Venance Fortunat († 601), finalement évêque de Poitiers à partir de 597. Plusieurs indices favorisent en effet cette attribution. Grâce à son intelligence exceptionnelleVoir ses calligrammes évolués (p. 30, 32, 116, 381)., il laissa un grand nombre d'écritures de qualité. Notamment, la Vexilla Regis s'accompagnait, dans les manuscrits, d'une autre hymne, prototype de Pange lingua qui assure la même qualité et la même datation de composition. D'où, en 1961, Joseph Szövérffy, spécialiste des hymnes médiévales, classait ce prêtre comme le plus important poète du Joseph Szövérffy, L'hymnologie médiévale, p. 395, 1961 L'hymne Vexilla Regis fut, à l'origine, composée comme hymne ambrosienne. Originaire de Valdobbiadene, l'évêque de Poitiers était capable de maîtriser cette tradition pour sa composition. De surcroît, il est certain que Venance Fortunat était lié à l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers. Cette dernière adoptait la règle de saint Césaire selon laquelle une liste des hymnes chantées présentait treize pièces, parmi lesquelles trois hymnes composées au par saint Ambroise de Milan lui-même : Æterne rerum conditor, Jam surgit hora tertia et Deus creator omnium. Si le poète composa sa propre hymne ambrosienne en faveur de ce monastère, comme la tradition disait, c'était parce que cette forme était adaptée à sa pratique des offices. Un motif hypothétique devint légende qui est diffusée jusqu'ici. Le livre IX, chapitre 40 de l’Histoire des Francs avait été rédigé par Grégoire de Tours († 594) Voir aussi le texte latin . Il s'agissait de l'installation de précieuses reliques, y compris un morceau de la Vraie Croix, dans ladicte abbaye, d'après la dévotion de sainte Radegonde de Poitiers. On considère que cette écriture est très fiableD'abord, saint Grégoire de Tours était un historien de qualité, le meilleur de son époque. Ainsi, tous les auteurs de la biographie de Clovis doivent consulter et examiner cette œuvre monumentale, faute d'autres manuscrits sûrs. Ensuite, il était contemporain de sainte Radegonde qui fit effectuer cet événement de la transportation de la Vraie Croix. Enfin, il était tant le direct successeur de l'évêque, Euphrône de Tours, qui était mentionné dans ce chapitre, que cousin d'Euphrône.. Comme l'évêque de Poitiers, Marovée, avait refusé cette célébration, Euphrône de Tours, cousin de Grégoire et évêque de Tours, effectua cette mission en faveur de ce monastère féminin. Saint Grégoire de Tours écrivit : « il transporta les saintes reliques dans le monastère avec des chants solennels (cum grandi psallentiumComme il s'agit d'un propre terme de Grégoire de Tours, il n'est pas facile à identifier son sens, soit psaumes, soit simplement chants.) ». Il faut remarquer que l'historien ne mentionnait ni Vexilla Regis ni Venance Fortunat alors qu'il citait avec amitié ce dernier, sept fois, dans son œuvre. L'attribution pour cet événement reste, manque de manuscrit, hypothèse. Ainsi, l'étude de Marc Reydellet de 1997, très détaillée, ne pouvait pas l'identifierMarc Reydellet, Tours et Poitiers : les relations entre Grégoire de Tours et Fortunat, p. 159 - 167, 1997. Il existe une autre source importante de cette époque-là. Il s'agit de la dite Vita sanctæ Radegundis, biographie rédigée après le décès de cette sainte. Le Liber primus (I) est attribué à Venance Fortunat alors que le Liber secundus (II) est une addition effectuée par Baudonivie, moniale de l'abbaye Sainte-Croix Laurence Moulinier, Un témoin supplémentaire du rayonnement de sainte Radegonde au Moyen Âge ?, 2001 . Il est vraisemblable que l'œuvre fut complétée vers 610. En ce qui concerne cette hymne et la Vraie Croix, le livre I ne mentionnait rien. Le texte original de la partie de Baudonivie fut perdu et ceux qui demeurent fiables sont des manuscrits du . Or, le chapitre 18 de livre II, consacré à la translation de la Vraie Croix, gardait le silence total sur la liturgie . L'attribution n'est autre qu'une ajoute tardiveTelle l'œuvre de Édouard Fleury 1847 Histoire de Sainte Radegonde, p. 159 - 161, sans référence . Certes, cela n'est pas un dossier de cette époque-là. Mais un manuscrit de Vexilla Regis, qui fut copié au milieu du et se conserve à la Bibliothèque apostolique vaticane (cote Reginæ latin 329), contient la préface (Præfatio) de l'auteur. Le livre était dédié à saint Grégoire le Grand († 604), contemporain de Fortunat : « ET EDUCTO GREGORIO PAPÆ FORTUNATUS ».