L'église Saint-Vivien est une église catholique située à Saint-Vivien-de-Médoc, en France qui date, en partie du . La partie romane de l'église a été classée en 1862 et la totalité inscrite en 2008.
Localisation L'église est située sur la commune de Saint-Vivien-de-Médoc, au centre du bourg, dans le département français de la Gironde.
Historique
La légende locale raconte que l'église actuelle est construite sur l'emplacement d'une église du , elle-même construite sur un lieu de culte païen. L'église paléochrétienne aurait été construite en même temps que l'église Saint-Vivien de Saintes. Il ne reste aucune trace de ces constructions.
Une église fut construite au , dont les seules parties qui subsistent sont l'abside et les chapiteaux de l'arc triomphal. L'église actuelle est composée de trois parties distinctes : l'abside du ; une nef et bas-côtés du et un clocher datant du milieu du .
L'église a été fortifiée, probablement pendant les premières Guerres de Religion au .
En 1622, les huguenots venus de la Rochelle, incendient l’église fortifiée.
La seule description connue de l'église avant le est celle de l'abbé Jacques Baurein dans son livre Variétés bordeloises,tome II., publié en 1786 : Il indique par ailleurs que l’église de Saint-Vivien
On ne dispose pas de représentation de l'église à cette époque. Cependant, le plan cadastral de 1833 donne le plan : un bâtiment dépourvu de transept avec un chevet arrondi ; une tourelle et un porche (l'entrée se faisait au nord) sont greffés sur l'élévation nord, tandis qu'une sacristie était construite sur la façade sud ; sa situation par rapport au cimetière et le bourg. L'église était entourée du cimetière jusqu'au milieu du .
La période révolutionnaire laisse le bâtiment dans un état de délabrement préoccupant : en 1820, toiture, charpente et lambris en bois nécessitent des réparations urgentes.
En 1836, la reconstruction de l'édifice est évoquée : il s'agit de construire un clocher et d'ajouter des bas-côtés à la nef, tout en conservant l'abside romane. Celle-ci est d'ailleurs classée parmi les monuments historiques par une circulaire du Ministre de l'Intérieur du .
Des plans et dessins réalisés par la Commission des Monuments historiques, en 1842 par Monsau, Durrassié, puis en 1845 par l'architecte Paul Abadie père, permettent de restituer plus précisément cet édifice à nef unique et abside, auquel on accédait par une porte en saillie, ménagée sur la façade nord. Sur cette même façade, une tourelle d'escalier donnait accès au clocher-mur séparant nef et abside. Sur le mur sud, se trouvait la sacristie ; les murs conservaient également à cet endroit des vestiges d'arcatures et de porte.
Des plans et devis sont dressés en 1838 et 1846 par Durand, architecte de la ville de Bordeaux et par Pierre Préau, architecte local originaire de Jau ; des réparations de la toiture et du carrelage sont réalisées en 1839 dans l'attente de cette reconstruction. En 1847, un contentieux oppose la commune et l'architecte Durand, dont les plans réalisés en 1844, ont été finalement rejetés.
C'est Édouard Bonnore qui prend en charge le projet de reconstruction en 1849 et qui réalise les travaux, attribués en 1850 à l’entrepreneur J. Hostein. Des modifications sont encore apportées au projet (ajout d'une porte au sud, modifications du décor de la façade principale...). Le , le procès-verbal de réception des travaux mentionne des problèmes de salpêtre dans les murs de la nouvelle construction.
En 1856, des réparations sont réalisées sur l'abside romane.
En 1868, un projet de construction de flèche sur le clocher est finalement ajourné ; on préfère attribuer les crédits à la restauration de l'abside qui présente toujours d'importantes lézardes.
Le , la foudre endommage gravement le clocher qui doit être démoli. À cette occasion, l'architecte Édouard Bonnore propose de déplacer le clocher à reconstruire en saillie de la façade occidentale pour former UN porche. Un premier projet est rejeté, jugé trop luxueux. Les travaux menés sous la direction de Bonnore et de l'entrepreneur Jamet s'achèvent en 1882.
La foudre de 1877 a également ébranlé et fragilisé l'abside : l'autel principal a été enlevé, la voûte démolie, les murs endommagés.
En 1880, les éléments sculptés sont démontés pierre par pierre et numérotés en attendant le remontage. Une reprise des fondations de l'abside s'avère nécessaire et trois travées sont entièrement reconstruites.
En , les travaux de reconstruction de l'abside, également menés sous la direction d’Édouard Bonnore, sont en cours d'achèvement.
Dans la première moitié du , l'église montre à nouveau des faiblesses : la voûte de l'abside menace ruine, le clocher est fragilisé par le salpêtre. Les réparations qui sont alors effectuées sont réduites à néant par des événements de la Deuxième guerre mondiale : l'armée allemande fait exploser le clocher, car il sert de repaire en merRécit () de Mme Martin, habitante de Saint-Vivien et témoin oculaire. Le clocher est entièrement détruit et l'édifice endommagé.
À partir de 1949, c’est l'architecte arcachonnais André Larcher qui est chargé de reconstruire le clocher dans le cadre des dommages de guerre. Il dresse notamment les plans d'un nouveau clocher en , revus en . Les travaux sont adjugés en 1956 et l'édifice inauguré et béni le ; la nef est également remaniée notamment côté sud. En 1960, les bas-reliefs qui doivent orner le nouveau clocher sont réalisés par le sculpteur Rivière.
Le lambris du plafond et la voûte du chœur, détruits pendant la deuxième guerre mondiale ont été refaits dans les années 1960.
Les sculptures romanes
À l'extérieur, le chevet s'organise selon neuf pans séparés verticalement par des colonnes engagées et horizontalement sur trois registres.
Le registre médian est composé d'arcades et de baies en plein-cintre avec voussure et rouleau d'archivolte sculptés et colonnettes à chapiteaux. Dans les pans 1 et 2, au sud et pans 8 et 9 au nord, trois des quatre tympans sont ornés de bas-reliefs.
Le registre supérieur présente des arcatures géminées et des fenêtres aveugles.
L'ensemble est couronné par une corniche moulurée à modillons alternant avec des métopes sculptés. Au total il y 27 modillons sculptés, dont 13 figurés ; 34 métopes sculptés, dont 5 figurés et 8 chapiteaux sculptés, dont un historié. L'iconographie des sculptures romanes est très riche, voir Iconographie des modillons romans pour plus de détails.
Des frises sculptées à motifs de billettes, de rinceaux et de fleurs à six pétales inscrites dans un cercle, règnent sur l'ensemble du chevet.
Les pans du chœur Les pans 1 et 2 au sud de l'abside et les pans 8 et 9 au nord correspondent aux deux travées du chœur de l'église.
Façade sud (Pans 1 et 2)
Pan 1
La corniche est supportée par trois modillons : un homme à genou, les bras écartés ; un entrelacs et un modillon récent (1880 ?) d'une tête humaine. Entre les modillons se trouvent trois métopes : un entrelacs ; une femme exhibitionniste génitale et un rinceau. La corbeille du chapiteau séparatif porte un entrelacs.
Les chapiteaux de la double fenêtre aveugle sont décorés avec : corbeille végétale et tailloir en une série de petites croix ; corbeille avec des oiseaux adossés, buvant au calice et tailloir avec des rinceaux ; corbeille avec décoration végétale et tailloir avec une série de cercles ligaturés.
L'archivolte et voussure de la fenêtre aveugle portent une décoration florale. Les chapiteaux qui les supportent sont décorés, à l'ouest, avec un lion (qui a perdu sa tête) avec queue rentrante, puis remontante et fleurdelisée et à l'est c'est un lion rampant avec également une queue rentrante, puis remontante et fleurdelisée.
Le tympan est un bas-relief remarquable. On voit trois personnages : à gauche un homme assis qui joue du psaltérion ; au centre une femme, habillée en robe longue. Elle est courbée devant, sa main gauche touche le sol, son bras droit est tenu en l'air ; à droite un autre homme joue de la vièle. Cette scène, assez populaire dans le sud-ouest, représente Salomé (fille d'Hérodiade) qui danse devant le roi Hérode Antipas et qui réclamera la tête de Jean le Baptiste. On trouve des scènes semblables sur les chapiteaux de : l'église Saint-Romain de Cessac ; l'abbaye de La Sauve Majeure, dans la chapelle Saint-Jean ; l'Abbaye de Saint-Sever ; la Collégiale d’Alquézar.
Pan 2 :
La corniche est supportée par trois modillons : deux félins séparés par un entrelacs. Entre les modillons quatre métopes sculptées : un double rinceau ; deux soleils ; six fleurs à cinq pétales et un X inscrit dans un cercle.
Les corbeilles des chapiteaux de la double fenêtre aveugle sont décorés avec : à l'ouest et à l'est, un décor végétal et celle au centre est ornée de deux têtes humaines aux angles, dont les bouches crachent des rinceaux.
L'archivolte et voussure de la fenêtre aveugle portent une série d'entrelacs simple. Les chapiteaux qui les supportent sont décorés, à l'ouest, avec une sirène bi-caudale sur l'angle et deux masques diaboliques qui lèchent ses "pieds/queues" ; à l'est un décor de rinceau.
Le tympan est sculpté d'un bas-relief remarquable. On voit quatre personnages : à gauche, un homme en génuflexion derrière une femme vêtue d'une robe longue, richement brodée, aux manches larges et évasées. En face d'elle se trouve un homme, également richement habillé. Il tient dans la main gauche un objet sphérique. Derrière lui un personnage assis, dans une attitude de profonde réflexion.
L'interprétation de la scène pose un problème. La première description était celle de Léonce de Lamothe en 1848. . Cette interprétation hâtive, sans doute influencée par la proximité de la danse de Salomé et l'existence en Gironde de plusieurs sculptures montrant la danse de Salomé et la décollation de Jean, a été reprise par plusieurs auteurs de guides et de sites.
Malheureusement pour cette interprétation, l'objet sphérique au centre du tympan n'est pas sur un plat, mais posé sur la paume ouverte de l'homme. Il est difficile de croire que le roi Hérode tiendrait dans sa main, soit pour donner, soit pour recevoir, une tête fraichement coupée et sanglante. Aussi, quel est le sens à donner au personnage masculin, assis et reposant sa tête sur sa main droite dans l'attitude d'un « penseur » ? L'homme à gauche du tympan est en génuflexion, ce qui est normal devant un roi, mais pas devant une fillette comme Salomé.
Si on regarde le personnage féminin de près, on perçoit qu'elle tient dans la main gauche un objet, soit un sceptre, soit un rouleau de papyrus ; ses vêtements sont très élaborés, robe longue et richement brodée ; sa coiffe est très proche d'un Némès. Elle porte les symboles d'une reine égyptienne ; l'homme à gauche lui rend hommage ; l'homme au centre, qui reçoit ou donne l'objet sphérique qu'il tient dans sa main gauche est également très richement habillé. Derrière lui se trouve un symbole de la sagesse ou de la réflexion.
Ces indications suggèrent une autre interprétation : la rencontre de la reine de Saba avec le roi Salomon, dont le récit se trouve dans l'Ancien Testament : Premier Livre des Rois, chapitre 10, versets 1-13, traduction par Augustin Crampon. .. Ce thème était très populaire avec les peintres de la Renaissance italienne, mais très rare en sculpture romane (aucun autre exemple en Gironde). Il existe un vitrail de la cathédrale de Cologne, vers 1280, qui illustre cette rencontre.
Façade nord (Pans 8 et 9)
La façade nord est moins riche que la façade sud et certains modillons et chapiteaux semblent être des restaurations datant de la reconstruction de l'abside en 1880.