Le Camp de Conlie, situé dans la région du Mans, est un des onze camps établis par le gouvernement républicain de Gambetta lors de la guerre de 1870 afin de préparer une contre-offensive contre les Prussiens.
Historique
Contexte En 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, déclenchant la Guerre franco-prussienne.
Après la défaite de Sedan, Napoléon III est fait prisonnier. Un nouveau gouvernement républicain se met en place. Léon Gambetta, ministre de la Guerre de ce nouveau gouvernement, décide de former de nouvelles armées et de poursuivre la « guerre à outrance »https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-pourquoi-des-milliers-de-bretons-sont-ils-restes-pourrir-a-conlie-pendant-la-guerre-de-1870-7922b704-e7eb-11ec-b33d-b9e7e03cd588.
Léon Gambetta décide d'organiser la résistance en Province, notamment en créant l'Armée de Bretagne.
Création du camp thumb|left|Entrée des Allemands à Orléans en 1870. thumb|Émile de Kératry, commandant du camp de Conlie. Le général de Kératry, choisit d'établir un camp à Conlie, regroupant volontaires.
Le camp de Conlie fait partie d'un ensemble de onze camps créés pour accueillir les volontaires.
Ce camp peut accueillir et il y rassemble une armée de dès le . Près de y passent au total et il est prévu de les armer avec les surplus de la guerre de Sécession, mais ces armes promises par Gambetta n'arrivent pasSite sur le camp de Conlie.
Vie au camp Selon : A. Touchard :20 novembre : Les fusils demandés à Tours n'arrivent pas : la pluie tombe abondamment et détrempe le sol. C'est bientôt une véritable mer de boue.
On manque de paille, d'eau potable et il est impossible de trouver sous les tentes mal jointes un abri acceptable... Le découragement gagne tous ces braves gens, qu'on occupe tant bien que mal, à des corvées plus ou moins utiles. Ils se demandent avec anxiété où ils vont et ce qu'on veut faire... Ils ne savent pas ce qui se passe et les événements se traduisent pour eux par l'incohérence qui les afflige.thumb|Gravure de Jeanne Malivel illustrant L'Histoire de notre Bretagne de Jeanne Coroller-Danio en 1922. Les mauvaises conditions climatiques n'arrangent rien, des pluies torrentielles inondent le camp que les soldats surnomment « Kerfank », la ville de boue, de fanges en breton.
Avec les premières neiges, les maladies se développent : fièvre typhoïde, variole La description qu'en fait Gaston Tissandier, de passage le , est éloquente : La polémique commence à faire rage dans les journaux et le général de Kératry démissionne, remplacé dans le par le général Le Bouédec et enfin par le général de Marivault le .
Capture Le camp de Conlie est capturé par les Prussiens le .
Opérations de l’« armée de Bretagne » thumb|Le général Chanzy à la Bataille du Mans tableau de Maurice Orange (1868-1885).
La veille de la bataille du Mans, la Commission chargée de l'armement se procure, suivant la volonté de Gambetta d' , environ , dont une partie est livrés aux troupes du camp de Conlie. Malheureusement, ces fusils sont rouillés et ont des cartouches avariées.
Par la suite, le général de LalandeCharles Aimé Marie de Lalande, né à Poitiers le 26 novembre 1815, polytechnicien et commandant en retraite titulaire de la légion d'honneur Base Leonore , avait été nommé général de brigade au titre auxiliaire le 5 novembre 1870. déclare devant une commission d'enquête parlementaireCamille Le Mercier d'Erm, L'Étrange aventure de l'Armée de Bretagne 1870-1871, Presses universitaires de Bretagne, 1970 . :
L'armistice est signé le et l'armée de Bretagne est dissoute le .
Bilan thumb|right|Plaque commémorative, apposée en 1971, en langue bretonne (1871 D'AR VRETONED TRUBARDET E KERFANK-CONLIE DALC'HOMP SONJ 1971). De à il y eut , mais ce chiffre fait encore débat en 2007Le Rennais, , mars 2007.. Les chiffres concernant le nombre de soldats présents dans ce camp varient aussi.
Postérité
Enquête Arthur de La Borderie (1827-1901) sera le rapporteur d'une commission d’enquête parlementaire dont les conclusions, rédigées en 1872, sont publiées en 1874 dans les actes du Gouvernement de la Défense nationale. Selon le rapport, Léon Gambetta partage la responsabilité du choix de l'emplacement du camp avec Kératry.
D'après Pierre Bertin, ce dernier envisageant de « marcher sur Tours » voire de se replier en Bretagne avec ses contingents pour y amorcer une sécession.
Yann Lagadec fait remarquer qu'Arthur de La Bordrerie .
Monument Une “Croix des Bretons” est érigée au cimetière de Conlie où reposent 131 mobilisés. Un monument est inauguré en 1913 sur la colline de la Jaunelière, sur la route de Sillé-le-Guillaume.
Aujourd'hui à la sortie de Conlie, existe le monument de la Jaunelière, à l'endroit dénommé la Butte du Camp, où est inscrit « 1871 D'ar Vretoned trubardet Kerfank-Conlie, dalc'homp soñj 1971 » (Aux Bretons trahis au village de boue de Conlie. Souvenons-nous)« Kerfank 1870 : La chanson pour l'histoire », Bretons, n°80, octobre-novembre 2012.
Dans la culture populaire La prétendue première carte postale au monde thumb|La carte souvenir du camp de Conlie. Un article publié dans le Petit Journal du , repris dans le New York Times du , fait de Léon Besnardeau (1829-1914), simple libraire à Sillé-le-Guillaume, un village situé à une quinzaine de kilomètres du camp de Conlie, l'inventeur de ce qui est présenté comme la première carte postale illustrée, expédiable par la poste ordinaire, au mondeEveillard James, l'Histoire de la carte postale et la Bretagne, éditions Ouest- France, 1999..
En fait, l'inscription même « Souvenir de la Défense Nationale » indique qu'il s'agit d'un document édité après les événements, de toute évidence destiné aux soldats revenus en pèlerinage sur le site de leurs souffrances, et non d'un moyen de communiquer avec leurs proches durant leur séjour forcé. Aucun emplacement n'est prévu pour un timbre et il n'existe pas de trace qu'une de ces cartes ait été acheminée sans avoir été placée préalablement dans une enveloppeHistoire de la carte postale, sur le site Cartolis.
Littérature Tristan Corbière, La pastorale de Conlie, poème paru dans La vie parisienne.
Gravure "Le camp de Conlie" par Jeanne Malivel, 1922. "La Pastorale de Conlie" illustrant le poème de Tristan Corbière, par Jean Moulin en poste en Bretagne à cette époque, 1933. "Il le fait avec un sens du pathétique absolument terrible, parce que de ces cadavres, de ces corps amoncelés, on a l'impression qu'il voit une sorte de préfiguration de la Seconde Guerre mondiale : Buchenvald, Auschwitz, et peut-être aussi de son propre destin."Daniel Kay in "Un artiste nommé Jean Moulin", de Marie Halopeau, Arte, janvier 2019.
Discographie Le groupe de musique celtique Tri Yann sort une chanson du nom de Kerfank 1870. Red Cardell, Conlie, album Rouge, 1993. François Budet, Le Camp de Conlie, album Résurgences, . Wig A Wag, Avel Conlie, album An naer o nijal, 1999.
Per-Mari Mevel écrivit aussi une chanson sur le sujet enregistré par la suite par An Triskell :
Paroles Sens des paroles en françaisApprochez, amis, de la paroisse de Plomodiern Pour que je vous conte mon tourment: J'ai été en enfer à Conlie j'ai passé Plus de deux mois et demi à souffrir le martyre, la faim et la misère.
Le Général Keratry et la noblesse Appelaient les Bretons à lever une armée Pour sauver le pays; je dois partir Et, les larmes aux yeux, je vous dis adieu.
Je fus envoyé à Conlie pour faire pénitence Pour manger du pain moisi dans la fange et le marais La froidure, le chagrin, la nostalgie, la maladie Envoyèrent plus d'un dormir au cimetière.
Association L'association Kerfang 1870 cherche à perpétuer la mémoire du camphttps://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/conlie-72240/kerfank-1870-une-association-pour-faire-vivre-la-memoire-de-larmee-de-bretagne-c12536f8-5793-11ee-a390-be4049371535.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Arthur de La Borderie, Le camp de Conlie et l'Armée de Bretagne - Rapport fait à l'assemblée nationale, Paris, Plon & Cie - Nantes, Forest et Grimaud, 1874. https://archive.org/ À voir ici Le camp de Conlie et l'armée de Bretagne. Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale, Paris, aux bureaux de Paris-Journal, 1874. Henri Monnié, Armée de Bretagne, Les mobilisés de la Loire-Inférieure, Nantes, Imprimerie Bourgeois, 1876. Ulysse Chabrol, Rudes étapes 1870-71, armée de Bretagne, Paris, Victor Havard, 1893. A. Touchard, Autour du Camp de Conlie (Notes et Souvenirs), Le Mans, Librairie R. Pellechat, 1894. G. M. Suzor, Souvenirs d'un mobilisé nantais, Nantes, Imprimerie moderne Joubin & Beuchet frères, 1905. Robert Gestin, Souvenirs de l'Armée de Bretagne (1870-1871), Éditions Le Borgne, 1909. Paul Tailliez, L'histoire du camp de Conlie, 24 octobre 1870 - 25 janvier 1871, Le Mans, Monnoyer, 1913. Le camp de Conlie, in "L'Action Française" , Paris, . Chant du Camp de Conlie, in "Almanach Illustré de l'Union agricole et Maritime Annuaire du Finistère pour l'Année 1918", 1917. L'Armée de Bretagne au Camp de Conlie, in "Bretagne" , Saint-Brieuc, .
L'affaire du camp de Conlie, in "Historia" , .
Articles connexes Guerre franco-allemande de 1870 Bataille du Mans (1871)
Liens externes Le camp des mobilisés bretons de Conlie Istoerioù Breizh - Le Camp de Conlie, des Bretons sacrifiés - Camp de Conlie et des Bretons dans la guerre Franco-Prussienne de 1870 !
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