vignette|300px|Carte de France des régions administratives, avec en bleu foncé la région administrative Bretagne et en bleu clair le département de la Loire-Atlantique. La question du rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne, également appelée réunification de la Bretagne, est un débat relatif au rattachement du département à la région des Pays de la Loire.
Ce découpage reste un sujet polémique dans ce département, ainsi que dans le reste de la Bretagne. Des élus de la Loire-Atlantique et des départements bretons, des mouvements politiques et des associations régionales demandent la réunification administrative des cinq départements dont la Loire-Atlantique en une seule région Bretagne.
Liens historiques entre la Loire-Atlantique et la Bretagne
Moyen Âge Après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, la cité de Nantes passe sous le contrôle du royaume franc de Clovis. Grégoire de Tours rapporte que la ville, au temps de Clovis, est assiégée par un certain Chillon, un chef franc ou saxon, et son armée. Durant la période franque, la ville joue un rôle essentiel dans la défense contre l'expansion bretonne dans la péninsule armoricaine. Elle devient la capitale de la marche de Bretagne à l'époque de Charlemagne, au départ dirigée par le comte Roland avec le titre de préfet de la marche de BretagneJean-Christophe Cassard, La Bretagne des premiers siècles, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1994, ..
Après la mort de Charlemagne, l'expansion bretonne reprend. En 850, la région est conquise par le breton Nominoë. Les villes de Nantes et de Rennes sont occupés à ce momentLéonce Auzias, L'Aquitaine carolingienne : 778-987 / par Léonce Auzias, éditions H. Didier, Paris, 1937, .. À partir du , Nantes accueille les ducs de Bretagne, conjointement avec Rennes ou encore Suscinio.. Les ducs de Bretagne installent un château à Nantes, ..
Après avoir atteint son extension maximale sous le règne de Salomon au , le royaume de Bretagne s'affaiblit au siècle suivant et son territoire s'amoindrit. Au tournant de l'an mille, « la Bretagne historique s'est fixée » : elle conservera les mêmes limites jusqu'à la Révolution françaiseRené Cintré et Daniel Pichot, « Les "marches séparantes de Bretagne, Poitou et Anjou" et la frontière orientale » dans Atlas d'Histoire de Bretagne, Bernard Tanguy et Michel Lagrée (dir.), Skol Vreizh, Morlaix, 2002 .
Ces frontières coïncident presque exactement avec celles des départements actuels d'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique au nord de la Loire ; au sud la correspondance ne peut être qu'approximative du fait de l'existence des « marches communes », attestées à partir du . Celles-ci constituent une zone transitoire entre les souverainetés bretonne, poitevine et angevine où le statut juridique d'un peu plus de 80 paroisses représente un « indéniable imbroglio ».
De la Révolution française à la fin de la République vignette|Premier projet de subdivision des provinces, établi le 29 septembre 1789. En Bretagne, le découpage définitif ne s'en écarte que marginalement. vignette|Carte de la généralité de Rennes en 1789.La Révolution française amène la dissolution du Parlement de Bretagne le et des États de Bretagne le . La province laisse place à partir de 1790 à cinq départements qui recoupent les divisions existantes de la province : Côtes-du-Nord (devenues Côtes-d'Armor en 1990) Finistère Ille-et-Vilaine Loire-Inférieure (devenue Loire-Atlantique en 1957) Morbihan. L'idée d'un sixième département formé autour de Saint-Malo est un temps envisagée, mais est finalement délaissée.
Le régime républicain issu de la révolution de 1848 institue des « commissariats généraux » à compétence interdépartementale, qui n’ont qu'une existence éphémère. Les cinq départements bretons sont réunis sous l'autorité du commissaire général Michel Rocher, préfet de Loire-Inférieure, qui chapeaute les autres commissaires de la République en Bretagne, pour les généralités sur les commissaires généraux et pour la fiche Michel Rocher.
Il en existe des circonscriptions supradépartementales dans des domaines particuliers : la cour d'appel de Rennes coiffe la Bretagne et la Loire-Atlantique ; l’archevêché de Rennes ne contient pas la Loire-Inférieure, qui dépend de Tours ; la limite entre les régions militaires coupe en deux les Côtes-du-Nord : l'ouest du département, le Finistère, le Morbihan et la Loire-Inférieure dépendent de Nantes, l'est du département et l'Ille-et-Vilaine du Mans. ; les chambres régionales d’agriculture ; les inspections régionales du travail (11 en 1939) ; les régions judiciaires (16 en 1939) ; les régions sanitaires; les régions postales ; les régions d’assurances sociales ; en , les fédérations de syndicats d'initiative commencent à organiser des « régions touristiques » sur un modèle touristique, géographique et ethnographique : une région appelée « Bretagne » s'étend alors sur le Morbihan, le Finistère, les Côtes-du-Nord et l'Ille-et-Vilaine ; la Loire-Inférieure est rattachée à une région appelée « Vallée de la Loire ».
Parmi tous ces découpages sans cohérence entre eux, l'un mérite davantage d'attention, par son ambition initiale et surtout parce que son influence ultérieure est souvent évoquée. La mobilisation de la Première Guerre mondiale débouche sur un projet de création de régions économiques dites « groupements économiques régionaux » ou « régions Clémentel ». ' ; les attributions d'Étienne Clémentel étant limitées (il est ministre du Commerce), le projet n'a guère d'ampleur et ne vise qu'à regrouper rationnellement les 149 chambres de commerces françaises. Le découpage est guidé par les travaux de géographie scientifique de Vidal de la Blache qui avait en 1910 construit un découpage de la France en dix-sept régions autour du concept de « villes-nœuds ». Pour le rôle des attributions limitées de Clementel, voir ..
Le , une bulle papale du pape réorganise l'archidiocèse de Tours en créant l'archidiocèse de Rennes.
Le , Étienne Clémentel, ministre du Commerce et de l’Industrie de Georges Clemenceau, instaure 15 groupements d’intérêts régionaux autour des principales chambres de commerce. Dans ce découpage, les villes de Rennes et Nantes ont toutes les deux leur propre groupement.
En 1938, Finistère Sud et Morbihan sont distraits de la région de Nantes et attribués à celle de Rennes, suscitant les protestations de la Chambre de commerce de Nantes, appuyée par celles de Quimper et Lorient. Michèle Cointet omet la Vendée dans la liste des départements composant la région ; son inclusion est assurée par le rapprochement de . (où figure une carte des régions Clémentel) et . L'Indre-et-Loire est au même moment disjointe de la région : par voie de conséquence, les et régions Clémentel dans leur état final correspondent aux collectivités territoriales contemporaines. Ce découpage est confirmé par le décret du , qui renforce le poids de ces régions économiques ; des conseils interdépartementaux de préfecture existent aussi.
Seconde Guerre mondiale Un projet allemand de réorganisation administrative de la France préparé par le géographe Walter Christaller, de l'Office de planification du Commissariat du Reich, montre une Bretagne réduite à quatre départements, et la création d'une région avec Nantes comme chef-lieu qui regroupe la Loire-Inférieure, le Poitou, une partie de l'Anjou et s'étend jusqu'à la SaintongeJean-Pierre Legendre, Laurent Olivier et Bernadette Schnitzler (dir.), L’archéologie nazie en Europe de l’Ouest, In Folio éditeur, 496 p., 2007, . Voir fig. 1a, ..
Au printemps 1941, le maréchal Pétain charge le Conseil national de réaliser un projet de décentralisation.
Lucien Romier est nommé à la tête de cette commission d'une vingtaine de membres en compte 24, , en compte pour sa part 21 ; cite 20 noms, qui commence ses travaux le . Le , une première carte est tracée : elle regroupe les départements français en 16 provinces. Rennes y est la capitale d'un ensemble regroupant la Bretagne, l'Anjou et le Maine. Le , la commission qui a ajourné ses travaux pendant trois mois propose un nouveau découpage, cette fois en vingt provinces, où le seul Maine-et-Loire est adjoint aux cinq départements bretons. Une dernière modification est apportée après clôture des travaux de la Commission, sur intervention du Maréchal lui-même : le Maine-et-Loire est disjoint et la Bretagne établie en province dans le cadre de son territoire traditionnel invoquant pour source . L'intervention du Maréchal arbitrant en faveur d'une Bretagne à cinq départements est également mentionnée par , qui renvoie lui aussi à Jean Bancal, et par Marc Olivier Baruch, « L'État français et la création des régions », dans Bretagne et identités régionales pendant la seconde guerre mondiale, Christian Bougeard, dir., Centre de Recherche Bretonne et Celtique, Brest, 2002, . On trouvera une carte du projet définitivement retenu dans l'article de ..
Mais, alors même que les travaux de la commission ne sont pas terminés, le , un décret d'application de la loi du sur l'institution des préfets de région est publié : il institue une région de Rennes, composée de quatre départements, et une région d'Angers à laquelle est rattachée la Loire-Inférieure, et composée de ce département, du Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Sarthe et de la partie occupée de l'Indre-et-LoireVoir la carte dans .. Selon Marc Le Fur, la Loire-Atlantique aurait été rattachée à la région d’Angers via un décret du gouvernement de Vichy du Ainsi écrit « Le régime de Vichy est bien à l'origine de la partition administrative de la Bretagne » ; voir aussi le point de vue exprimé par le CUAB dans Ouest-France (3 août 1981, Loire-Atlantique bretonne ? « Le Comité pour l'unité administrative de la Bretagne espère un large débat »), rapporté par Thibault Courcelle, art. cit., . Cette idée est défendue par Alan Stivell.
Cependant, le décret du séparant la Loire-Inférieure du reste de la Bretagne devait rester provisoire. Selon l'historien Alain Croix, « il est un peu vrai et surtout faux, de dire de Pétain qu’il a séparé la Loire-Atlantique de la Bretagne »Interview d'Alain Croix dans Presse-Océan du 20 septembre 2008. Cette citation nous est connue par l'intermédiaire du blog de la Fédération de la Loire-Atlantique du Parti breton, .
Un autre découpage, celui de la France en provinces défini par le Conseil national en établit une province de Bretagne en cinq départements, dont les limites auront suscité un arbitrage du maréchal Pétain lui-même mais qui n'aura guère d'existence effective.
L'apparente contradiction entre ces deux productions de la même année, une « grande Bretagne » à cinq départements issue des travaux du Conseil national et une « petite Bretagne » à quatre départements comme territoire de compétence du préfet de région a été longuement analysée. a tout d'abord noté qu'il n'y a pas nécessairement sérieuse contradiction : l'exposé de la loi précise que « cette réforme se présente sous le double aspect du provisoire, en ce qui concerne la délimitation des régions, et de la durée (…) » ; le Maréchal Pétain a expressément souligné qu'il s'agissait de « groupements provisoires » qui « n'engageaient nullement l'avenir de la constitution des provinces »Yann Fouéré, Préfets régionaux et Provinces, La Bretagne , 4 juillet 1941, et 3, cité par , lui-même cité par ..
Pierre Barral voit dans le décret de l'influence des « circonstances » : c'est pour lui l'existence d'un commandement de la Wehrmacht à Angers qui a joué un rôle déterminant sur le choix finalement adopté. On retrouve cette thèse des « circonstances » dans un plaidoyer du du préfet régional d'Angers : « Le choix d'Angers comme chef-lieu de région a été imposé par les circonstances. À la paix, Nantes reviendra à la Bretagne si les provinces sont reconstituées à ce moment-là »Charles Donati, préfet régional d'Angers, dans L'Ouest Éclair, 3 septembre 1943, , cité par Marc Oliver Baruch, art. cit., .