Charles Théodore Eugène Duclerc, né le à Bagnères-de-Bigorre et mort le à Paris, est un homme politique français.
Origines et formation (1812-1848) Duclerc commence ses études à Dax, à Saint-Sever puis au collège Bourbon à Paris. Engagé comme correcteur au journal Le Bon Sens en 1836, il entame alors une carrière dans le journalisme en devenant rapidement rédacteur. Collaborateur à la Revue du Progrès à partir de 1838, il y acquiert une réputation de spécialiste des questions économiques et financières et est engagé au National pour rédiger les rubriques dans ces domaines de 1840 à 1846. Dans le même temps, il participe à la réalisation du Dictionnaire politique, publié en 1842, avec deux figures du mouvement républicain, Laurent-Antoine Pagnerre et Étienne Garnier-Pagès (qui en rédige l'introduction avant sa mort en 1841). En 1846, il entreprend avec Louis-Antoine Garnier-Pagès, frère d'Étienne dont il devient un proche, une Histoire politique et financière de la France depuis Henri IV jusqu'à nos jours.
Première participation politique : révolution de 1848 et République (1848-1851)
Sa proximité avec les milieux républicains lui permet d'occuper, pour la première fois, des postes à responsabilité politique après la révolution de 1848. Adjoint au maire de Paris, qui n'est autre que son ami Garnier-Pagès, du au , il suit ce dernier, nommé ministre des Finances du Gouvernement provisoire de Jacques Charles Dupont de l'Eure, en tant que sous-secrétaire d'État du au .
Ministre des Finances Élu député des Landes aux élections législatives du (arrivé sur 7 avec dans le département), il succède à son mentor en tant que ministre des Finances à partir du dans la commission exécutive de François Arago. À ce poste, il s'oppose notamment à la création du papier-monnaie et tente, en vain, de négocier pour réconcilier insurgés et gouvernement lors des journées de Juin. Hostile à leur répression, il refuse de participer au gouvernement d'état d'urgence du général Cavaignac pour ne pas y être associé.
Député républicain modéré Il siège ensuite à gauche à la Constituante, et est membre du comité des Finances. Fermement libéral et modéré, il s'oppose tant aux socialistes ou proudhoniens qu'aux conservateurs et vote notamment contre la proposition du de Pierre-Joseph Proudhon de réorganisation de la société (rejetant notamment le principe de propriété privée et appelant à développant l'idée d'une société mutualiste), contre les poursuites contre Louis Blanc (progressiste organisateur des Ateliers nationaux que la majorité tente alors de rendre responsable des journées de Juin) et Marc Caussidière (lui aussi figure de la révolution de 1848 devenu préfet de Paris, limogé après la manifestation du 15 mai 1848 puis que les conservateurs tentent également de poursuivre pour les journées de Juin), contre l'« amendement Grévy » du (qui tentait d'empêcher l'élection du président de la République au suffrage universel direct, Duclerc se montre donc favorable à ce dernier), contre le droit travail défendu par le progressiste Alexandre Ledru-Rollin le (et qui prévoyait d'établir constitutionnellement un « double » droit à l'assistance sociale et au travail, présenté par ses détracteurs comme « socialiste ») et contre la proposition de du député conservateur Pierre Rateau fixant une date (le ) pour la dissolution de la Constituante et la convocation de l'élection de la nouvelle Assemblée nationale législative établie par la constitution de la (que les conservateurs et monarchistes, alors minoritaires, voulaient hâter pour bénéficier de l'élan populaire suscité par l'élection à la présidence de la République de Louis-Napoléon Bonaparte, avec qui ils se sont alliés pour former le gouvernement, et ainsi obtenir une majorité)La proposition Rateau le : . Notice Bnf FRBNF31568255.La proposition Rateau Assemblée nationale, séance du 29 janvier 1849 : . Notice Bnf FRBNF30725685.La proposition Rateau dans . Notice Bnf FRBNF39311841. Pages : 256, 259, 266, 290.La proposition Rateau dans . Notice Bnf FRBNF30823741, pages 408-471, 617. Illustration p. 414.. centré|vignette|Journée du 25 juin 1848. Lithographie d'après une œuvre de l'artiste Ignace-François Bonhommé. Coiffé d'un chapeau haut-de-forme, Charles Duclerc est représenté à gauche de la composition, à cheval. Son cheval se cabre. Œuvre conservée au Musée Carnavalet.
Retrait de la vie politique (1851-1870) Charles Duclerc semble toutefois se mettre en retrait progressif de la scène politique, est souvent absent lors des séances et ne prend part qu'à certains votes. N'étant pas réélu lors des législatives du marquée par une forte victoire du parti de l'Ordre, il tente de se représenter à l'élection partielle organisée le après le décès de l'un des députés landais Frédéric Bastiat, il est battu par le conservateur et ancien général Antoine Simon Durrieu par contre . Il se retire ensuite en Espagne où il se lance dans les affaires industrielles.
Il est notamment administrateur de la Société de canalisation de l'Èbre, puis directeur du (principal actionnaire de la Compañía de los Caminos de Hierros del Norte, l'une des plus importantes lignes de chemin de fer de la péninsule, fondée en ). Sollicité à plusieurs reprises pour être candidat au Corps législatif sous le Second Empire, il refuse à chaque fois. À la chute de Napoléon III, le , il est déjà revenu en France, résidant à Bayonne, et sa carrière politique est relancée par le rétablissement de la .
Seconde participation politique : les débuts de la République (1870-1888) Chef de la Gauche républicaine parlementaire dans la marche vers la République (1870-1875) Dès le , il est nommé par le Gouvernement de la Défense nationale du général Louis Jules Trochu président de la commission de vérification des comptes des ministres. Lors des élections à l'Assemblée nationale le , il est élu député à la fois (étant possible d'être candidat dans plusieurs départements) second sur six dans les Landes (avec , soit 77,73 % des votants et 50,56 % des inscrits) et cinquième sur neuf dans les Basses-Pyrénées (par , 73,31 % des votants et 40,53 % des inscrits). Il choisit finalement cette dernière circonscription pour siéger. Fort du prestige conféré par le fait qu'il soit l'un des derniers vétérans de la révolution de 1848 et des premiers gouvernements de la aux côtés de Jules Grévy, Lazare Hippolyte Carnot, Adolphe Crémieux ou Jules Simon Cl. Latta, entretien avec J.-C. Vimont, « Martin Bernard, Eugène Baune et le Combat pour la République », Trames , p. 56., il prend la présidence du groupe parlementaire de la Gauche républicaine (minoritaire).
Il vote alors contre les préliminaires de paix avec la Prusse le (et s'oppose donc à l'annexion par le nouvel empire d'Allemagne de l'Alsace-Lorraine), contre la proposition d'Alfred Giraud (finalement votée le par la majorité légitimiste et orléaniste) d'abroger les lois d'exil de 1832 (bannissement perpétuel et déchéance des droits civils de la famille de Charles X, donc des Bourbons) et de 1848 (bannissement perpétuel de la famille de Louis-Philippe , donc de la maison d'Orléans), pour le pouvoir constituant de l'Assemblée (et donc la loi Rivet du permettant de mettre en place des institutions républicaines provisoires, comme la présidence de la République confiée à Adolphe Thiers), pour la proposition du (rejetée) du retour du Parlement (réfugié à Versailles depuis l'éclatement de la Commune en 1871) à Paris, contre l'acceptation de la démission de la présidence de la République d'Adolphe Thiers (poussé à se retirer par la majorité monarchiste à la suite de sa prise de position officielle en faveur de la République) le , contre l'arrêté du du préfet du Rhône Joseph Ducros interdisant les enterrements civils (qui a opposé les républicains partisans de la laïcité, dont Duclerc et la majorité conservatrice et cléricale), contre le projet de loi (adopté) fixant la durée du mandat du président de la République (maintenant le monarchiste Patrice de Mac Mahon) à sept ans (le « septennat »), contre le maintien de l'état de siège le , contre la confiance au gouvernement d'ordre moral de l'orléaniste Albert de Broglie qui chute ainsi le , pour l'amendement Wallon du établissant l'élection du président de la République par l'Assemblée nationale (c'est-à-dire les deux chambres du Parlement français), pour celui de Pascal Duprat (quant à lui rejeté) du proposant l'élection du Sénat au suffrage universel direct et finalement pour les trois lois constitutionnelles de 1875 (des et et du ) instaurant la . Il est nommé vice-président de l'Assemblée nationale constituante le .
Un sénateur inamovible (1875-1882) Après l'instauration de la nouvelle Assemblée nationale bicamérale, il fait partie des sénateurs inamovibles élus le par les parlementaires, en avec sur . Toujours fermement ancré à gauche, élu vice-président du Sénat le il s'oppose avec force au nouveau ministère du duc Albert de Broglie (formé du au par des monarchistes alors que ceux-ci sont désormais minoritaires au Parlement) et vote, le , contre la dissolution de la Chambre des députés voulue par le président Mac-Mahon pour prendre le dessus dans son opposition avec le Parlement. Il est président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1876 à 1888.
Après la victoire définitive des républicains aux élections législatives d', il s'inscrit dans la mouvance des modérés (ou « opportunistes »), à l'instar d'une grande partie de la Gauche républicaine. Concernant sa circonscription, il dépose en une proposition de loi tendant à la création d'un canal maritime entre Bordeaux et Bayonne.
Président du Conseil (1882-1883) Bien qu'il ne soit pas réellement une personnalité républicaine du premier plan, le président de la République Jules Grévy, à une époque de forte rivalité entre les grandes figures du camp modéré, le choisit comme président du Conseil du au , poste qu'il cumule avec celui de ministre des Affaires étrangères dans son gouvernement. Le contexte est alors marqué par la question égyptienne qui a provoqué la chute de ses deux prédécesseurs Léon Gambetta et Charles de Freycinet. Ceux-ci n'étaient pas parvenu à convaincre l'aile gauche du parti républicain (conduite par Georges Clemenceau) de voter des crédits pour l'envoi d'un corps expéditionnaire franco-britannique au Proche-Orient afin de réprimer la révolte d'Ahmed Urabi qui menaçait depuis 1881 les intérêts des deux nations européennes qui se partageaient depuis 1879 le contrôle effectif de l'Égypte et du canal de Suez. Héritier d'une situation dans l'impasse, Charles Duclerc manque d'autorité politique et d'influence: il ne réussit ni à obtenir le vote de la gauche, ni à gagner du temps, ni à convaincre le Royaume-Uni — qui, impatient de régler la question et bénéficiant d'un large consensus sur le sujet, a fini par intervenir seul dès le . Il leur laisse donc s'attirer tout le mérite du rétablissement de l'ordre et de l'autorité du Khédive Ismaïl Pacha. Ceci met fin à l'influence française sur l'Égypte et sur l'important canal de Suez au profit de la Grande-BretagneSituation internationale de l'Égypte et du Soudan (juridique et politique), Archive internet..