L'église Saint-Antoine est une église catholique paroissiale située à Compiègne, en France. Comme l'église Saint-Jacques, l'autre église du centre-ville, elle a été fondée en 1199 et dépendait étroitement de l'abbaye Saint-Corneille qui possédait le patronage de toutes les cures de la ville. La construction s'effectue pendant la première moitié du , mais l'église est profondément transformée au , sans doute en raison des dégâts subis pendant la guerre de Cent Ans, et elle se présente ainsi comme un édifice assez homogène de style gothique flamboyant. La façade et le chœur avec ses collatéraux et son déambulatoire datent même entièrement du ; avec leur riche décor sculpté et une grande élégance et finesse des formes, ce sont les parties les plus remarquables de l'église. À l'intérieur, ces parties sont également les plus intéressantes, se caractérisant par des supports prismatiques et des voûtes avec un dessin particulier à liernes et tiercerons. La nef et ses bas-côtés sont par contre assez monotones et ne montrent que peu de recherche stylistique. L'église a perdu la plupart de ses œuvres d'art en 1768, quand un curé soucieux de rendre l'intérieur plus lumineux la fait vider de la majeure partie de son contenu. Classée monument historique par liste de 1840., l'église est restaurée profondément à partir de 1863. L'église est affiliée à la paroisse des Seize Bienheureuses Carmélites de Compiègne.
Localisation
L'église Saint-Antoine est située au centre-ville de Compiègne, sous-préfecture du département français de l'Oise, dans la région Hauts-de-France. Elle marque l'extrémité sud-ouest du centre-ville ancien. Plus particulièrement, l'église est localisée au carrefour des rues d'Austerlitz, Saint-Antoine, des Cordeliers, Pasteur, de Paris et Notre-Dame-de-Bon-Secours. La façade occidentale, en fait orientée vers le nord-ouest, donne directement sur le carrefour, et la façade méridionale de la nef donne sur une petite place, appelée place Saint-Antoine. Le presbytère étant mitoyen de l'église au sud du chœur, il n'est toutefois pas directement accessible depuis ce côté. Le chevet donne sur l'étroite sur la rue Hersan, et la façade septentrionale sur la rue des Cordeliers, qui n'est ici qu'une ruelle.
Si l'église peut paraître quelque peu enclavée au moins de deux côtés, la ruelle formée par la rue des Cordeliers au nord-est était encore la voie la plus large dans les abords de l'église au . La rue qui contourne l'abside a été régularisée et élargie en 1907. Au sud-ouest, l'actuelle place Saint-Antoine était occupée par des masures qui touchaient presque aux murs de l'église : la venelle qui les en séparait était moitié moins large que la rue des Cordeliers. Ces maisons en mauvais état ont été successivement rachetées par le conseil de fabrique à partir de 1868 afin de pouvoir les démolir et dégager la nef..
Historique Les origines thumb|upright|left|Statue de saint Antoine.
Les origines de la paroisse et de l'église Saint-Antoine s'inscrivent dans le même contexte que celles de la paroisse et de l'église Saint-Jacques. Toute la ville de Compiègne dépend étroitement de l'abbaye Saint-Corneille fondée en 876 et dotée d'énormes privilèges par Charles II le Chauve. Elle ne dépend pas de l'évêque de Soissons mais directement du pape. Contrairement à la majeure partie des églises abbatiales, son église du Crucifix est ouverte aux habitants qui peuvent venir y assister au culte. Au , la plupart des habitants de Compiègne viennent ainsi écouter la messe à l'abbaye Saint-Corneille. L'unique paroisse que compte la ville, Saint-Georges, se situe déjà nettement en dehors du centre-ville à cette époque, qui s'est apparemment déplacé vers l'est au fil des siècles. L'église Saint-Georges elle aussi dépend étroitement de l'abbaye Saint-Corneille, qui ne lui accorde qu'un seul curé. Avec l'expansion démographique importante que connaît Compiègne au fil du , les deux églises deviennent très insuffisantes, et le prévôt de la ville adresse une demande au pape Innocent III l'autorisation de pouvoir faire consacrer une chapelle qu'il vient de construire. Le pape demande une enquête et l'évêque se prononce favorable à la création de deux paroisses, mais il n'a aucun droit légal sur la ville. Un accord avec l'abbaye doit être trouvé, ce qui est chose faite début 1199 : tous ses privilèges se trouvent confirmés..
Le territoire de Compiègne est réparti entre trois paroisses, dont deux nouvelles pour le centre-ville, avec comme limite une ligne qui part du pont de l'Oise et passe par l'hôtel de ville. Le patronage des églises appartient à l'abbaye Saint-Corneille, alors que le soin des âmes est accordé à l'évêque, mais il ne s'agit là que d'un droit symbolique : en effet, l'évêque a besoin d'une invitation officielle de l'abbé pour une quelconque cérémonie qu'il veut accomplir dans la ville. Il est possible que la construction de l'église Saint-Antoine commence dès le début du , mais elle ne progresse pas rapidement et des chapelles provisoires sont utilisées en attendant que l'église soit suffisamment avancée pour accueillir les paroissiens. L'existence de ces chapelles ressort de contestations entre les habitants et le clergé, parce qu'elles étaient incapables de contenir tous les fidèles, mais rien de précis sur ces chapelles n'est connu. Leurs curés ne sont considérés par l'abbaye que comme de simples vicaires « perpétuels », ce qui ne changera pas jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Un certain nombre de règles sont stipulées, visant à rappeler la suprématie de Saint-Corneille à l'occasion des moments forts de l'année spirituelle. De même, la juridiction continue d'être assurée par l'abbaye. Or, les habitants et les curés n'accepteront jamais définitivement sa domination, et pendant les siècles, les litiges, négociations et transactions s'enchaînent et entraînent de fréquents procès de justice, suivis par des conciliations ou condamnations, et parfois même des excommunications..
La construction de l'église thumb|Vue d'ensemble depuis le sud.
Bien que les archives paroissiales soient en grande partie conservées, les traces écrites de la construction de l'église Saint-Antoine se sont perdues, comme c'est le cas de l'église Saint-Jacques. La nef, sans l'avant-nef comportant le portail occidental ; les bas-côtés et le transept ont été commencés pendant la première moitié du , à en juger d'après les rares éléments qui subsistent de cette époque. Rien ne peut être affirmé sur le chœur, qui a été entièrement reconstruit au , sauf qu'il devait également comporter un déambulatoire. En effet, les déambulatoires ne se rencontrent pas dans les églises neuves de la période gothique flamboyante, et ceux édifiés pendant cette période remplacent des prédécesseurs. De la première nef, restent les murs hauts, une partie des fenêtres hautes et les deux dernières grandes arcades : les autres ont été reprises en sous-œuvre. Des bas-côtés d'origine, restent les murs des deux premières travées au sud, sans doute les contreforts entre les chapelles bâties devant les autres travées, et à peu près intégralement les deux dernières travées au nord et au sud, avec leurs voûtes. Toutes les autres voûtes ont été remplacées. Le transept garde encore largement sa physionomie du , sans bien sûr les arcades ouvrant dans les collatéraux du chœur, la liaison avec le chœur, et la partie basse du croisillon sud, refaite lors de l'ajout de la sacristie..
Si le chœur semble entièrement dater du , il est toutefois à noter que la disposition particulière à l'extérieur du chevet, qui se trouve circonscrit par un mur en hémicycle de de hauteur dissimulant deux petites sacristies entre les chapelles rayonnantes, n'est connue ailleurs que dans l'architecture romane. Il semble donc s'agir d'un héritage du chœur d'origine, qui était sans doute la première partie construite conformément à l'usage qui privilégie le chœur, bien que la période romane était terminée depuis plusieurs décennies lors du début des travaux. Il peut être situé au début du , et traînant en longueur, la toiture n'aurait été achevée qu'en 1584. Ce semble également être la période du remaniement de la nef et des bas-côtés, et les piliers prismatiques que l'on y rencontre également, ainsi que le réseau flamboyant de certaines fenêtres des chapelles, indiquent bien cette époque..
Le destin de la paroisse à l'époque révolutionnaire
À la paroisse Saint-Antoine, la vie ordinaire prend son cours jusqu'à la fin de la grande messe du , quand deux délégués du conseil général de la commune s'y présentent. Ils demandent au curé de lire une instruction relative à la constitution civile du clergé, mais l'intéressé s'y refuse, et ils doivent y procéder eux-mêmes. Le curé intervient de plus en plus rarement dans la vie publique, et la dernière entrée dans les registres paroissiaux signée par sa main date du , au bout de plus de quatre mois et demi de silence. Les autorités révolutionnaires envisagent de fermer l'église, sachant qu'elle compte environ communiants, et supposant que Saint-Jacques n'en compterait pas davantage : une seule église doit être maintenue dans les communes de moins de , et la priorité est accordée à l'église Saint-Jacques. Mais le conseil général de la commune intervient et clame que Compiègne dépasserait nettement ce chiffre, ce qui sauve dans un premier temps la paroisse Saint-Antoine..
Il ne s'agit que d'un sursis, car bientôt après l'interdiction de sonner les cloches proclamée le , le culte est supprimé dans toute la France. L'église est rapidement louée à un marchand, nommé Couët, qui y installe un magasin de fourrages. Les tombereaux entrent directement dans l'église, et elle souffre pas mal de dégâts. Administrativement, la paroisse est remplacée par une « section » pour la tenue des registres d'état civil : elle devient la section du midi. Cependant, le rétablissement du culte intervient dès le avec la loi du 11 prairial an III, après une interruption de moins d'un an. Tout d'abord, ce n'est que l'église Saint-Jacques qui en bénéficie, sans doute du fait de son statut d'ancienne église royale. Plus que trois mois s'écoulent encore avant que Couët n'évacue ses fourrages et pour qu'un état des lieux ne soit dressé. L'église est sommairement remise en état, et les offices reprennent avec l'ancien curé Jean Thibaux. Saint-Antoine n'est plus une paroisse, mais seulement une succursale, dépendant dans un premier temps du diocèse d'Amiens avant d'être intégrée dans celui de Beauvais rétabli en 1822. Le , le roi Charles X signe un décret transformant la succursale en paroisse de ..
L'évolution de l'édifice depuis le thumb|upright|Vaisseau central du chœur.