L'église Saint-Aubin est une église catholique paroissiale située à Limay, dans les Yvelines, en France. Elle remonte, dans ses parties les plus anciennes, aux années 1140. Ce sont la base du clocher et l'ancien chœur de style roman tardif, qui faisaient suite à une nef unique de la même époque démolie vers la fin du . Le reste de l'église actuelle fut édifié à partir de 1230 environ au nord de l'église romane, dans le style gothique. Il s'agit d'un chœur-halle carré, au chevet plat, et d'une double nef, le tout voûté d'ogives et à un seul niveau d'élévation. Les deux premières travées de la double nef furent reconstruites après la guerre de Cent Ans, y compris le portail, dans le style flamboyant. La flèche en pierre du clocher datait de la même époque que le chœur gothique, mais a été entièrement rebâtie au début du . Remarquable pour son plan à double vaisseau, ses deux voûtes d'ogives antérieures au milieu du et son clocher, et abritant un mobilier intéressant, l'église Saint-Aubin a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du ., et est aujourd'hui au centre d'une grande paroisse au titre de « Limay-Vexin », qui regroupe seize communes et dix-huit lieux de culte. Des messes dominicales sont célébrées en l'église Saint-Aubin chaque dimanche à 11 h, et elle accueille également des messes en semaine le vendredi et samedi matin.
Localisation
L'église Saint-Aubin se situe en France, en région Île-de-France et dans le département des Yvelines, dans le Vexin français, sur la rive droite de la Seine, face à la ville de Mantes-la-Jolie, dans la commune de Limay, rue de l'Église. La façade occidentale donne sur la rue. La ruelle de l'Église passe derrière l'élévation septentrionale. L'élévation méridionale et le chevet donnent sur la place de la République, qui est de modestes dimensions, et accueille également le marché couvert, à quelques mètres de l'église, au nord-est. La maison paroissiale se trouve au nord de l'église, de l'autre côté de la ruelle, rue de l'Église.
Historique
La paroisse de Limay est d'origine très ancienne. Selon l'abbé Jean Vital Gautier, elle est mentionnée dès 768. Son église est placée sous le vocable de saint Aubin d'Angers (vers 468-550). Sous l'Ancien Régime, Limay relève de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et du doyenné de Magny-en-Vexin.. Le patronage de la cure appartient successivement à l'abbaye Saint-Père-en-Vallée de Chartres ; à l'archevêque de Rouen ; puis l'abbaye Saint-Magloire de Paris.. La Révolution française bouleverse les hiérarchies ecclésiastiques, et Limay est rattaché au nouveau diocèse de Versailles avec l'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise. Aujourd'hui, la paroisse de Limay-Vexin au sein du doyenné de Mantes regroupe seize communes, dont deux comptent deux lieux de culte. L'église Saint-Aubin accueille des messes dominicales chaque dimanche à 11 h, et des messes y sont également célébrées en semaine, le vendredi et le samedi matin.. thumb|left|Double nef, vue vers l'ouest.
Les différentes étapes de la construction de l'église ne sont pas attestées par des sources d'archives, mais peuvent en grande partie être déduites de l'analyse stylistique du monument, bien que certains caractéristiques atypiques sèment le doute. L'église Saint-Aubin mériterait d'être étudiée en détail, ce qu'aucun auteur n'a encore entrepris. Louis Régnier n'a laissé qu'une brève notice inaboutie qui fut publiée à titre posthume, et est loin d'atteindre le niveau d'exigence habituel de cet auteur. Ses dates et conclusions sont donc sujets à précaution. Vers 1140 en tout cas, l'église se compose d'une nef unique non voûtée, et d'un chœur de deux travées au chevet plat, dont la première travée sert de base au clocher. Sa flèche n'est pas encore construite dans un premier temps. Vers le début du règne de saint Louis (en 1226), selon Louis Régnier, une chapelle carrée de deux fois deux travées est édifiée au nord du chœur roman. C'est cette chapelle gothique qui devient par la suite le chœur ou sanctuaire proprement dit. Vers la même époque, l'on coiffe enfin le clocher d'une élégante flèche de pierre gothique. L'agrandissement se poursuit vers la fin du , toujours selon Louis Régnier, par l'adjonction d'une autre chapelle de deux fois deux travées dans l'angle de l'ancienne nef et de la chapelle bâtie précédemment.
L'auteur développe ici un raisonnement saugrenu, car c'est bien la double nef actuelle qui est construite dans sa totalité, jusqu'à la façade, comme l'indiquent les colonnettes à chapiteaux de style gothique rayonnant tardif qui cantonnent les piédroits du portail. L'on obtient une église à trois vaisseaux, qui s'inscrivent dans un rectangle. La région connaît d'autres exemples d'églises partiellement romanes, où l'actuel vaisseau central a été bâti à côté de l'ancien, qui a été maintenu : Allonne, Bailleval, Cauvigny, Courcelles-sur-Viosne, Fontenay-en-Parisis, Monchy-Saint-Éloi, Villers-Saint-Frambourg, etc. Cependant, à Limay, la nef romane est entièrement démolie, vers le début du règne de Louis XIV selon la tradition locale. N'en restent que les grandes arcades bouchées. Pour revenir vers les étapes de construction de l'église, les deux premières travées de la double nef ne sont pas construites, mais reconstruites, à la fin du premier quart du . En 1906, la flèche en pierre du clocher est entièrement reconstruite selon le modèle de l'ancien.. L'édifice est classé au titre des monuments historiques par arrêté du , et a bénéficié d'une restauration intégrale depuis.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée un peu irrégulièrement, avec une nette déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet qui s'explique par la construction perpendiculairement à la rue, l'église répond à un plan irrégulier. Elle se compose d'une double nef de deux fois quatre travées, dont les deux vaisseaux sont voûtés à la même hauteur, mais dont celui du sud est un peu moins large que l'autre ; d'un chœur-halle carré de deux fois deux travées ; et des deux travées de l'ancien chœur roman au sud de celui-ci, dont la première est en même temps la base du clocher. Sa seconde travée se termine également par un chevet plat. Une cage d'escalier rustique est accolée à ce chevet, sans en obturer la fenêtre. La nef romane se situait au sud de la double nef actuelle. Son emplacement est en partie occupée par la sacristie. L'ensemble des quatorze travées de l'église est voûté d'ogives, et présente un unique niveau d'élévation. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, qui se situe dans l'axe du vaisseau nord. La double nef et le chœur-halle sont recouverts d'une toiture unique à deux rampants, avec un pignon en façade et un pignon au chevet. La sacristie est dotée d'un toit en bâtière perpendiculaire à l'église, et la seconde travée de l'ancien chœur possède également un toit en bâtière, cette fois-ci parallèle à l'axe de l'édifice. Le clocher est coiffé d'une flèche de pierre octogonale, qui est cantonnée de quatre lanternons.
Intérieur Double nef thumb|upright|Nef nord, , vue vers l'est. thumb|upright|Nef sud, , vue vers l'ouest. thumb|upright|Nef sud, , vue vers l'est. thumb|upright|, vue vers le nord.
La double nef, prolongée par un chœur carré aux mêmes proportions, permet de qualifier l'église Saint-Aubin d'église-halle, si l'on veut faire abstraction du fait qu'il existait, jusqu'au au moins, un troisième vaisseau au sud du complexe actuel, qui était d'une facture tout à fait différente, et non voûté. C'est la présence ancienne de cette nef romane qui explique que le vaisseau sud de la nef actuelle soit plus étroit que son homologue du nord. Au sud, ce vaisseau était donc délimité par de grandes arcades percées après coup dans le mur nord de la nef romane, et au nord, par une série d'arc-doubleaux longitudinaux alignés sur les deux doubleaux longitudinaux du chœur carré. C'est donc ce chœur, plus ancien que la nef, qui imposait l'autre contrainte. Abstraction faite de cette différence de largeur, les deux vaisseaux sont stylistiquement homogènes au niveau d'une même travée ou d'un même doubleau transversal. Ils ne sont pas homogènes sur toute leur longueur, ce qui est mis en évidence par la nature différente des trois colonnes isolées qui reçoivent les nervures des voûtes, et séparent les deux vaisseaux. Mais ceci n'empêche pas que l'on puisse parler d'une double nef. Elle n'a que très peu d'équivalents en Île-de-France. L'on peut notamment citer Genainville, également dans l'ancien doyenné de Magny-en-Vexin, et Fleurines, dans l'ancien diocèse de Senlis. Le premier exemple date du également, et le deuxième, de la période flamboyante. L'on peut citer dans le même contexte un certain nombre de nefs flamboyantes du Vexin dont au moins un collatéral est voûté à la même hauteur ou presque. Ce sont Boury-en-Vexin, , , Montjavoult, Oinville-sur-Montcient, Parnes (du côté sud), et Villers-en-Arthies.. Les autres nefs doubles sont généralement issues de la construction d'un collatéral généreusement dimensionné à côté de la nef primitive. Enfin, l'église de Vaux-sur-Seine possédait une triple nef voûté à la même hauteur, qui a été réduit à une double nef par démolition du bas-côté sud.
La double nef de Limay est un édifice sans grandes ambitions, comme le soulignent ses élévations à un seul niveau et sa faible hauteur sous le sommet des voûtes, mais construit avec soin. La mutilation de certains piliers engagés et l'obturation des grandes arcades du sud peuvent le faire oublier, mais l'intérêt de l'église Saint-Aubin est donc loin de se limiter à sa particularité de plan. Les supports appartenant à différents types, il convient de regarder tout d'abord les voûtes, qui sont homogènes dans les deux premières travées des deux vaisseaux, puis dans les deux dernières travées. Dans les deux premières travées du nord et du sud, les ogives présente frontalement un filet entre deux fines moulures concaves, et latéralement, une gorge délimitée du voûtain par un filet saillant. Les profils de cette famille détiennent le monopole sur les voûtes flamboyantes du Vexin français, ce qui n'est pas le cas dans les autres contrées de la région. Comme à l'accoutumée, les arcs formerets correspondent à la moitié des ogives. Contrairement à la règle à l'époque, quand les doubleaux sont de même envergure que les ogives, il n'adoptent ici pas le même profil., mais un profil plus simple, à savoir un filet entre deux gorges et deux cavets, dégagés des voûtains par un boudin. Tels sont aussi les doubleaux à l'intersection entre les deux campagnes de construction. Les clés de voûte de la première travée du nord et de la deuxième travée du sud sont garnies de découpages flamboyants sous la forme d'étoiles à six branches assemblées de six soufflets (comme sur les réseaux des fenêtres flamboyantes) aux flancs extérieurs festonnés et aux extrémités fleuronnées, disposées autour d'une petite rosace centrale. Dans la première travée du sud, un écusson se superpose à une étoile semblable à quatre branches. Dans la seconde travée du nord, l'on voit une rosace de feuillages.