L'église Saint-Clair est une église catholique paroissiale située à Hérouville-en-Vexin, en France. De première vue, il semble s'agir d'un édifice homogène du . Effectivement, les élévations latérales, le mur du chevet, le clocher et la charpente de la toiture ont été construits pendant une seule campagne de 1443 à 1468 environ. Mais à l'intérieur, le chœur est encore presque roman, et la nef en grande partie gothique primitif. L'on y trouve quelques intéressants chapiteaux du qui remplacent des pièces manquantes, mais aussi les témoignages de nombreux compromis qui résultent des contraintes économiques, et qui paraissent souvent maladroits. La cohabitation d'éléments de différentes époques dans une même partie de l'édifice est caractéristique de nombreuses églises rurales du Vexin, et l'église Saint-Clair en est un bon exemple. Elle montre surtout comment la reconstruction d'une église se faisait au milieu du , avant la fin définitive de la guerre de Cent Ans et pendant les années encore difficiles qui suivent, quand les conditions d'une reconstruction ne sont pas encore réunies dans la plupart des villages. À l'extérieur, le portail occidental a servi d'exemple à plusieurs autres églises du Vexin, et l'ancien portail de la chapelle baptismale est un chef-d'œuvre de l'art gothique flamboyant dans le Vexin français. En plus de ces détails, c'est le clocher qui fait l'attrait de l'église. Considéré souvent comme le plus ancien clocher flamboyant du Vexin, il ne reflète que très peu le style de son époque, et constitue probablement une reproduction du clocher primitif, achevé après le milieu du et détruit par les Anglais en 1435. Cette reconstitution approximative, en faisant appel à un langage architectural d'une époque tout à fait différente, est un cas rare dans l'histoire de l'architecture avant le . L'église est classée monument historique depuis 1915..

Localisation

L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, dans le parc naturel régional du Vexin français, au centre de la commune d'Hérouville-en-Vexin, place de l'Église. L'on accède à l'église par le portail occidental, dont l'on s'approche par le nord : une enfilade de maisons sépare l'exigu parvis de l'église de la rue Bourgeoise et du carrefour central du village près de la mairie et de l'école. Au sud, le vaste jardin de l'ancien presbytère s'approche de près du mur de l'église, et des bâtiments agricoles ainsi que l'ancienne remise de la pompe à incendie de la commune prennent le relais à l'est, si bien que seule l'élévation nord de l'église peut être contemplée avec suffisamment de recul. C'est au nord que se situe la place de l'Église proprement dite, qui est une pelouse bordée d'arbres aménagée à l'emplacement de l'ancien cimetière. S'y trouve toujours l'ancienne croix de cimetière, ainsi que le monument aux morts.

Historique La première église d'Hérouville thumb|Chapiteau roman à droite de l'arcade nord de la base du clocher.

L'église primitive d'Hérouville est construite pendant la première moitié du , probablement à l'emplacement d'une chapelle ou d'un ermitage, où Clair du Beauvaisis logea avant de devoir s'enfuir vers Saint-Clair-sur-Epte, en 884. En effet, le saint est habituellement désigné comme Saint-Clair d'Hérouville au Moyen Âge. De la précédente église, subsistent l'abside voûtée en d'ogives de la période de transition, dissimulée extérieurement derrière des murs sans caractère ; une tourelle d'escalier au sud du chevet ; et les quatre énormes massifs de maçonnerie flanqués de colonnes supportant le clocher, aux angles de l'ancienne croisée du transept. La nef romane est jetée bas pendant la seconde moitié du et remplacée par une nef gothique primitif accompagnée de ses bas-côtés. Cet ensemble est d'une grande simplicité et reflète les moyens modestes de la paroisse. Les piliers de la nef sont d'une grande envergure et auraient permis de supporter des voûtes sur croisées d'ogives, finalement non réalisées. Au moins les deux travées au nord du chœur sont voûtées à l'époque gothique, car servant de chapelle seigneuriale. La construction s'achève avec la façade occidentale au début du . Tout comme la nef, sa partie inférieure subsiste toujours.

Pendant plus de deux siècles, jusqu'au second quart du , l'église Saint-Clair reste inchangée, puis subit des dégâts sous la guerre de Cent Ans. Mais elle souffre aussi du poids des ans, les parties les plus anciennes accusant déjà trois cent cinquante ans à la fin de la guerre. De surcroît, les Anglais détruisent le clocher en 1435, car servant de tour de guet aux troupes françaises..

La reconstruction de 1443 à 1468 thumb|Vue depuis l'ouest.

En 1443, Jeanne de Laval, descendante des Montmorency, ancêtre de Henri IV et également dame d'Hérouville car possédant le fief de la Haute-Butte sur le périmètre de la paroisse, fait don aux habitants de la et d'une importante somme d'argent destinée à la reconstruction de l'église. Les travaux commencent aussitôt et sont menés à un rythme soutenu, car l'église est achevée au moins sommairement à la mort de Jeanne de Laval en 1468. La base du clocher n'est voûtée que pendant la première moitié du au plus tôt, et les bas-côtés de la nef sont peut-être provisoirement réalisés en bois dans un premier temps, ce qui peut expliquer le portail latéral en anse de panier dans la première travée du nord et les fenêtres en plein cintre, alors que les arcs brisés sont de rigueur au ..

En dépit de ces détails, l'édifice est d'une grande homogénéité, à un tel point que Louis Régnier prête foi à une inscription qui se trouvait jadis dans l'église, reproduisant le texte d'un parchemin dans les archives du conseil de fabrique et transcrit par le moine bénédictin dom Racine. Dans son Histoire de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise conservée dans la bibliothèque Mazarine, le moine reprend cette inscription qui disait que l'église était située à l'écart des habitations de sorte que l'on n'envisagea même pas de la rebâtir sur le même lieu. Bien entendu, Louis Régnier constate aussi que l'église comporte des éléments antérieurs au , mais explique ce fait par le réemploi de certains vestiges de l'édifice précédent. En 2003, des fouilles dans les parties orientales de l'église ont mis au jour les fondations d'une église vraisemblablement préromane, et il est maintenant acquis que les églises successives d'Hérouville ont toutes occupé le même emplacement..

Les murs extérieurs du ou dissimulent beaucoup de substance de l'ancienne église, notamment les supports qui portent plus que les autres éléments les marques de leur période artistique. Bernard Duhamel suppose que le chœur roman est encore complet et que seul le parement extérieur du mur de l'abside aurait été refait : le chœur était toujours la partie la mieux entretenue d'une église et a plus de chance de survivre aux ravages d'une guerre. Personne ne remet en question non plus que les grosses piles du clocher et les piliers cylindriques isolés de la nef sont également conservés de la précédente église. Extérieurement, la façade occidentale reste l'unique élément ancien visible. L'envergure des contreforts neufs et des pierres de réserve à l'intersection entre la chapelle latérale sud et le bas-côté voisin permettent de déduire que la nef devait initialement aussi être remplacée, ou tout au moins voûtée, tout comme il fut déjà prévu pour la nef gothique. thumb|upright|Emblème des Berbisy.

Travaux postérieurs à la reconstruction

Certaines retouches sont encore apportées à l'église au , avec notamment l'aménagement du portail latéral dans le bas-côté nord déjà mentionné, de style gothique flamboyant. C'est l'un des meilleurs exemples de décoration flamboyante dans le Vexin français. La voûte du carré du transept est également de style flamboyant, mais trahit une exécution peu soignée. Sur l'une des clés de voûte secondaires, figure un emblème librement inspiré du blason des Berbisy, seigneurs d'Hérouville. Il représente un mouton passant figuré à l'envers (comme le sont très souvent les motifs des clés de voûte) et un lambel en brisure, alors que le blasonnement est en réalité D'azur, à la brebis paissante d'argent, sur une motte ou terrasse de sinople, brisé d'un lambel d'argent. Les clés de voûte armoriées sont très fréquentes à partir de la Renaissance, et l'on peut s'interroger pourquoi le tailleur de pierre ne respecta pas le blasonnement et choisit un disque ovale et non un écu comme support. Il n'y a pas non plus de trace de polychromie..

Les voûtes des deux travées du bas-côté sud datent de la seconde moitié du et sont déjà inspirées par la Renaissance. La chapelle seigneuriale au nord du chœur conserve ses voûtes gothiques, mais est redécorée par les Berbisy, qui laissent leur monogramme sur une clé de voûte. Une baie Renaissance est percée dans le chevet, ce qui ne détonne pas trop dans la façade orientale du , mais beaucoup plus dans le contexte roman à l'intérieur. Le pignon de la façade occidentale est rebâti au ou . Le portail occidental, qui avait perdu son tympan et les bases de ses colonnettes, et dont la sculpture des chapiteaux était devenue presque illisible, a été refaite à neuf pendant les années 1940 d'une façon beaucoup trop sèche, lui faisant perdre tout intérêt archéologique. L'édifice est classé au titre des monuments historiques depuis l'arrêté du .

Description Aperçu général thumb|upright|Plan de l'église.