L'église Saint-Denis est une église catholique située à Mogneville, dans le département de l'Oise, en France. Elle est de style roman, sauf les chapelles latérales et la flèche, et ses éléments les plus anciens remontent au début du . Hormis quelques vestiges, il s'agit surtout des fonts baptismaux et du premier étage du clocher. Sinon, l'église date essentiellement des années 1130 / 1140, pour le transept et le chœur, et des années 1150 / 1160, pour la nef et les bas-côtés, qui ont été supprimés après 1764. Les parties orientales conservent quatre voûtes d'ogives antérieures à 1150, et l'église Saint-Denis s'inscrit ainsi dans un groupe d'une quarantaine d'églises dans le même cas au sein du département. Une autre particularité sont les demi-travées qui subsistent des anciennes absidioles en cul-de-four, qui ont été remplacées par des chapelles carrées gothiques au cours du . La nef se caractérise par son importante hauteur et par sa corniche beauvaisine, mais est très sobre à l'intérieur. C'est surtout le clocher et son élégante flèche qui font la célébrité de l'église de Mogneville. Le second étage date de la seconde moitié du , mais est déjà clairement gothique, bien que contemporaine à la nef. Les deux hautes baies percées dans chaque face sont flanquées de nombreuses colonnettes. La flèche octogonale en pierre de la seconde moitié du , largement ajourée, passe pour être la seule flèche directement inspirée de la tour sud de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, et est richement décorée par quatre lucarnes et quatre lanternons, dont trois ne datent toutefois que de la fin du . Le clocher a été classé monument historique assez tôt par liste de 1862. La valeur historique de l'église elle-même n'a été reconnue que tardivement, et elle a été classée monument historique par arrêté du .. Elle menace alors depuis longtemps ruine, mais a été finalement restaurée au cours des années 1980 et 1990. Bien qu'étant aujourd'hui en bon état, la paroisse de Liancourt à laquelle elle est affiliée ne l'utilise plus pour la célébration de messes dominicales.
Localisation
L'église est située dans le département français de l'Oise, sur la commune de Mogneville, au centre du village, à côté d'une petite place à l'angle des rues Paul-Faure et de l'Église. L'édifice est orienté vers le sud-nord-est du côté du chevet, et vers le nord-sud-ouest du côté de la façade occidentale. C'est la façade qui donne sur la place. À droite de la façade, l'emprise de l'ancien bas-côté sud reste propriété municipale, et permet de contempler le mur sud de la nef avec la corniche ainsi que le mur ouest du croisillon sud, mais sans prendre le recul nécessaire. Le reste de l'élévation méridionale donne sur un terrain privé, qui correspond à l'ancien presbytère. À gauche de la façade, l'on trouve le monument aux morts, et l'on peut le contourner pour accéder à l'ancien cimetière, également propriété municipale. Il est ainsi possible d'apprécier l'élévation septentrionale et le chevet de la chapelle latérale nord et du chœur, mais l'exigüité du terrain ne permet pas non plus une vue d'ensemble. La chapelle latérale sud est inaccessible, car son chevet est encombré par la sacristie ruinée, envahie par la végétation.
Histoire La première église thumb|upright|Fenêtre bouchée de la nef primitive, à dr. du contrefort.
D'origine incertaine, la paroisse de Mogneville est citée pour la première fois en 1190 et a comme patron saint Denis. Sous tout l'Ancien Régime, la cure était à la nomination de l'évêque de Beauvais, alors que la dîme était partagée entre l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois, l'abbaye de Saint-Symphorien près de Beauvais et la commanderie d'Ivry-le-Temple.. — Les parties les plus anciennes de l'église remontent au début du . Marcel Aubert suppose que ces vestiges de l'église romane primitive se limitent à la base et au premier étage du clocher, et à une partie du mur occidental du croisillon sud. Par analogie avec l'église Saint-Jacques d'Auvillers, commune de Neuilly-sous-Clermont, il propose le plan suivant pour l'église primitive : une nef non voûtée sans bas-côtés ; un transept (sous réserve) ; un clocher en bâtière s'élevant au-dessus de la croisée du transept ; et un chœur d'une seule travée. Eugène Müller abonde dans le même sens, sauf qu'il ne croit pas à l'existence des croisillons. Le clocher ne comporte à l'origine qu'un seul étage de baies, et la corniche en bas de cet étage indique que le niveau des toitures doit être assez bas. Dans le croisillon sud, à droite du mur occidental, l'on voit encore une porte en plein cintre bouchée, ouvrant initialement sur l'extérieur. La porte est en partie cachée par la colonnette de la voûte et le pilier occidental de l'arcade vers la croisée du transept. Non remarqué par Marcel Aubert, le mur méridional de la nef conserve l'arc en plein cintre d'une petite fenêtre bouchée au moment du percement des arcades ouvrant sur les bas-côtésLes bas-côtés ont été démolis pendant la seconde moitié du , voir ci-dessous.. Il est visible à l'extérieur, à droite d'un contrefort plat roman qui ne dépasse pas la hauteur du bas-côté. Ainsi, les murs de la nef primitive subsistent aussi en partie, et l'on voit qu'elle devait être dépourvue de bas-côtésMarcel Aubert le considère comme du bas-côté, mais le glacis au sommet du contrefort s'oppose à cette interprétation, et du reste, un contrefort identique existe tout à gauche du mur méridional, à l'angle avec la façade.. Lionel Duchâtel propose une reconstitution qui va dans le sens contraire, avec une nef accompagnée de bas-côtés dès le début, mais sans transept. La porte bouchée proviendrait donc du mur oriental du bas-côté sud, et non du mur occidental du croisillon sud. Or, l'analyse des plans des autres églises romanes de la région montre qu'il n'y a pas de bas-côtés sans transept ou chapelles se greffant directement sur les bas-côtés, et la présence de la fenêtre et du contrefort invalident de toute façon son hypothèse......
Les campagnes de reconstruction
Au cours des années 1130-1140., l'église est en grande partie reconstruite, et en même temps, agrandie. La base du clocher est voûtée d'ogives, les piles et arcades sont reprises, et un second étage de baies est ajouté. Les croisillons et le chœur de l'église primitive sont démolis, et remplacés par des croisillons plus élevés, et un chœur plus large : ce sont ceux que l'on voit actuellement. Ils sont voûtés d'ogives dès le départ. La largeur du chœur roman était commandée par la distance entre les piles du clocher, alors que le chœur actuel s'évase dans sa partie antérieure, avant d'atteindre sa largeur définitive. La partie antérieure forme comme une sorte de demi-travée voûtée en berceau, et de telles travées existent également à l'est des croisillons. Ce sont les vestiges de deux absidioles, que l'on édifia en même temps que le nouveau chœur et les nouveaux croisillons. Elles devaient être en hémicycle et voûtées en cul-de-four, peu profondes, sans communication avec le chœur. La coexistence d'un chœur carré au chevet plat et d'absidioles en cul-de-four, issus d'une même campagne de construction, est très rare. Marcel Aubert n'a trouvé d'autres exemples qu'en Allemagne, mais il y a aussi l'état de l'église de Foulangues pendant la seconde moitié du , et Dominique Vermand suppose que les parties orientales soient inspirées du plan du chevet de l'église du prieuré Saint-Jean-du-Vivier, commune de Mouy. À Saint-Jean-du-Vivier, une abside toujours en hémicycle est flanquée de deux absidioles. C'est l'introduction du voûtement d'ogives qui aurait favorisée l'adoption du chevet plat, car dans le premier temps du voûtement d'ogives, l'on ne sut faire que des voûtes rectangulaires. L'église de Mogneville fait partie d'un groupe d'une quarantaine d'églises dans l'Oise, qui possèdent des voûtes d'ogives romanes, antérieures à 1150. Dominique Vermand a identifié de nombreuses analogies stylistiques avec les églises voisines de Bury, Cambronne-lès-Clermont, Foulangues et Ully-Saint-Georges, qui donnent à penser que les voûtes de ces églises ont été construites par le même atelier...
La nef n'est pas reconstruite pendant la même campagne, car la corniche visible extérieurement sur le mur occidental du croisillon sud, qui date de la précédente campagne vers 1130 / 1140, se poursuit à l'intérieur de l'église, visible depuis la nef. L'on n'aurait pas traité l'intérieur de la même façon que l'extérieur, et la corniche se trouvait donc entièrement à l'extérieur au milieu du . C'est donc pendant une seconde campagne de reconstruction que l'on exhaussa la nef et édifia des bas-côtés. Pour les faire communiquer avec la nef, l'on perça des arcades brisées dans les murs gouttereaux du début du . L'on perça des arcades semblables, mais plus étroites, dans les murs occidentaux des croisillons. Marcel Aubert observe à juste titre que l'appareil des murs hauts de la nef est (légèrement) différent des parties basses, ce qui prouve que les murs ne sont pas homogènes, et ont effectivement été exhaussés. Mais l'auteur n'a pas tenu compte de la petite fenêtre primitive, et pense donc que la nef a été remplacée entièrement lors de la même campagne qui vit l'édification du transept et du chœur actuels, et que les bas-côtés dateraient aussi de cette époque. L'appareil dans les angles entre nef et croisillons prouverait que ces parties sont contemporaines, et l'arcade occidentale du croisillon sud, ouvrant sur le bas-côté, n'aurait pas été percée après coup. L'exhaussement serait donc plus tardif que les bas-côtés. On peut y opposer la petite fenêtre romane, les contreforts plats romans, et surtout que les nefs sans fenêtres hautes étaient inconcevables au . Eugène Müller avance quant à lui l'hypothèse que le mur méridional de la nef aurait été reporté vers le sud, car il ne conçoit pas que la nef aurait été désaxée par rapport au clocher dès l'origine. Il pense aussi que nef et bas-côtés dateraient d'une seule et unique campagne de construction. — Quoi qu'il en soit, les fenêtres de la nef au nord et au sud datent de la seconde campagne de reconstruction. Au sud, elles descendaient trop bas, de sorte que le toit du bas-côté sud les bouchait en partie. Cette erreur de conception a dû se produire dans le contexte d'une reconstruction des toits des bas-côtés ; peut-être, il était prévu que ces toits aient une pente plus faible... La moitié inférieure des fenêtres n'a été débouchée que tardivement, au .