vignette|Lettres patentes proclamant la réunion perpétuelle du duché de Bretagne à la couronne de France, août 1532. Archives nationales. AE-II-587. L’union du duché de Bretagne à la couronne de France est un processus politique culminant le avec l'édit d'Union, qui scelle l'annexion du duché de Bretagne par le royaume de France.

Contexte Situation géopolitique Au , le duché de Bretagne est un État autonome. Les ducs, comme les autres grands du royaume, gèrent des fonctions régaliennes (monnaie, taxes, guerre et paix, justice, religion), et ne sont de fait pas dépendants du pouvoir royalSuzanne Citron, Le Mythe national : l’histoire de France en question, Paris : coédition Les Éditions ouvrières/Édition et documentation internationale, 1991. , , . ni d'aucun autre État sauf des États pontificaux pour la nomination des offices religieux. Ils continuent néanmoins de reconnaître une dépendance au royaume de France, à travers l'hommage rendu au roi, et, en matière judiciaire, puisque les appels au Parlement de Paris demeurent jusqu'en 1485, et ne sont supprimés que pour une courte période, de 1485 à 1487.

La guerre avec la France reprend dès ..

Une nouvelle trêve est obtenue, signée en juillet de la même année à Francfort entre Charles VIII et Maximilien d'Autriche.. La duchesse Anne de Bretagne conclut avec ce dernier un mariage en 1490 de façon à renforcer l'alliance contre la France. ; ceci se traduit par une nouvelle incursion française qui débouche cette fois sur un nouveau mariage (le précédent n'ayant pas été consommé) entre Anne et Charles VIII, conclu en .. La duchesse cède alors à son mari tous droits sur le duché.. Celui-ci reconduit les privilèges dont bénéficient les Bretons en 1492., mais supprime plusieurs administrations propres au duché afin de pousser son intégration au royaume.. La mort de Charles VIII en 1498 met cependant fin à ce processus et Anne recouvre certains de ses droits sur le duché.. Son remariage avec le nouveau roi de France Louis XII intervient en 1499, mais cette fois les clauses du mariage préservent l'indépendance du duché..

Le royaume de France récupère les droits sur le duché dès 1514 à la suite du mariage de Claude de France, la fille héritière d'Anne de Bretagne, avec le futur roi de France .. Contrairement à son prédécesseur Charles VIII, il ne procède à aucun changement institutionnel majeur en Bretagne., mais place peu à peu des hommes de confiance lors de vacances d'office. Il se ménage aussi la fidélité de la noblesse locale., permettant ainsi une prise de contrôle du duché en douceur par le roi..

L'année 1532 voit l'aboutissement de ce processus d'intégration.. Les États de Bretagne réunis à Vannes adoptent le un vœu reconnaissant le dauphin comme duc, ce qui aboutit à la promulgation de l'édit d'Union le 13 août à Nantes, réunissant les deux entités, tout en garantissant les droits et privilèges de l'ancien duché « sans rien y changer ni innover ».. L'édit du Plessis-Macé signé en délimite les libertés fiscales, judiciaires et ecclésiastiques de la province..

Fils aîné de Richard d'Étampes et petit-fils du duc Jean IV, devint duc à la mort de son oncle Arthur III (le connétable de Richemont), le 26 décembre 1458. Il était aussi le gendre du duc François Ier, mort en 1450. Cherchant à obtenir l'indépendance de son duché, il s'arroge certains attributs de la souveraineté et chercha à constituer une alliance offensive avec l'Angleterre et la Bourgogne. L'alliance est aussi fragile que la ligue du Bien public dirigée contre Louis XI, à laquelle, en 1465, François II n'avait apporté qu'un concours insuffisant et tardif. François II est abandonné de ses alliés en 1468. Il doit, par le traité d'Ancenis, abandonner au roi ses droits en Normandie. En 1481, François II conclut à nouveau un traité d'alliance avec l'Angleterre, traité qui stipule le mariage de sa fille Anne avec un prince anglais. Cette politique ne parvient qu'à diviser les Bretons, parmi lesquels un fort parti français est animé par quelques-uns des principaux barons du duché. Sachant que sa fille Anne hériterait la Bretagne, le duc tente de marier rapidement la princesse ; il songe notamment à un mariage avec Maximilien de Habsbourg. Louis XI puis Charles VIII contrecarrent ce dessein avec deux expéditions royales, en 1487 et 1488. La victoire française à Saint-Aubin-du-Cormier, le , contrait François II à s'engager à ne pas marier Anne sans le consentement du roi (traité de Sablé dit « traité du Verger », ). Le duc meurt peu après.

Les principales clauses du traité de paix sont alors les suivantes. : le duc de Bretagne fera sortir de ses états tous les étrangers en guerre avec le roi ; il ne mariera pas ses filles sans l’agrément du roi ; le roi demeure en possession de Saint-Malo, Fougères, Dinan et Saint-Aubin-du-Cormier, mais il retire toutes ses troupes de Bretagne en dehors de ces quatre places ; le roi n’exige rien pour ses frais de guerre sauf la prise en charge de ceux des garnisons de ces places ; le roi devra rendre toutes les autres places bretonnes qui auront été prises par ses troupes par la suite ; le duc fera hommage au roi aussi rapidement que possible ; les ecclésiastiques, les nobles et autres seront remis en possession de leurs biens en France et en Bretagne ; le duc de Bretagne donnera des otages pour la sûreté de ce traité.

L'élargissement du domaine royal a fait du roi de France un voisin immédiat de la Bretagne à partir de 1203 et plus encore en 1328 et 1482. Dès lors, la mise sous tutelle ou le contrôle direct de la péninsule devenait un trait dominant de la politique du royaume vis-à-vis du duché vassal. Cela devient une constante à partir de 1341, dès le début de la guerre de Succession de Bretagne. Le pouvoir royal, centralisateur, arrivera à ses fins à l'issue de la guerre folle dans lequel il combat les grands du royaume, peu enclins à céder une partie de leur pouvoir personnel..

Dans le prolongement de cette politique séculaire, les rois de France trouvent dans les circonstances de la fin du le moyen d'annexer le duché : l’Angleterre, alliée occasionnelle des Montfort, ne peut plus agir en force sur le continent depuis qu'elle en a été chassée en 1450-1452 et depuis qu'elle s'est engluée dans la guerre des Deux-Roses. À l'issue de cette guerre, la nouvelle dynastie Tudor n'a pas encore les moyens intérieurs de se risquer à une opération d'envergure outre-mer, étant occupée à stabiliser la place de leur dynastie sur le trône et à asseoir leur légitimité sur le Royaume d'Angleterre ; Les Monfort perdent un autre allié important avec la mort du duc de Bourgogne Charles le Téméraire en 1477, qui a une fille pour héritière ; la fin de la maison de Valois-Anjou en 1481 donne au roi le contrôle de la frontière britto-angevine ; la noblesse bretonne a de nombreux intérêts dans le royaume et touche, comme les autres nobles du royaume, des pensions associées à leurs titres ; François II irrite la noblesse de Bretagne, car, prince du Val de Loire, il a conservé de son enfance à la cour de France de solides attaches avec les princes de Valois (d'où les coalitions malheureuses lors des révoltes féodales contre le roi). En outre, les nobles jalousent l'influence des Valois et celle du simple bourgeois qu'est le trésorier Pierre Landais. Ce manque d'autorité sur sa haute aristocratie prive François II, puis Anne de soutiens. La noblesse préférant jouer le pouvoir royal contre le duc pour asseoir sa propre autonomie, comme lors de la révolte des grands féodaux lors de la guerre folle ; François II n'a pas de descendance masculine légitime. Ses filles (Anne et Isabeau) sont reconnues héritières par les États de Bretagne, mais d'autres héritiers potentiels prétendent à la succession : le vicomte de Rohan, le prince d'Orange, Alain d'Albret et le roi de France (qui avait acheté les droits de la famille de Penthièvre) ; enfin, la bourgeoisie bretonne, principalement de Nantes et Saint-Malo, .

Louis XI (qui éprouve pour le duc de Bretagne une à la suite de ses participations à tous les grands complots), puis ses enfants, la régente Anne de Beaujeu et Charles VIII, veulent : casser la menace de l'encerclement du royaume entre l'État bourguignon (puis le cercle de Bourgogne, comprenant les Pays-Bas bourguignons et le comté de Bourgogne, passés à l'archiduc d'Autriche) au nord et à l'est, et le duché de Bretagne jugé peu sûr à l'ouest ; affermir le pouvoir royal face à un François II qui, comme d'autres princes de son temps, a profité de pour s'attribuer des signes de la souveraineté : sceau en majesté, couronne à haut fleurons, usage ducal du principe de lèse-majesté, érection d'un parlement (de justice) souverain, création d'une université en Bretagne (à Nantes), diplomatie indépendante et directe avec les puissances du temps, éviction des agents du fisc royal, querelle de la régale, etc. ; punir les nobles ayant participé aux coalitions hostiles au roi : des seigneurs ayant participé à la ligue du Bien public (1465), la conquête de la Normandie pour Monsieur Charles (1467-1468), la guerre de 1471-1473, la guerre folle (1484-1485) et sa phase finale dite guerre franco-bretonne (1487-1488), François reste le dernier rebelle.

Situation juridico-politique

Depuis la féodalité primitive où l'autorité est uniquement détenue par le pater familiasHannah Arendt, La condition de l'homme moderne., où l'ensemble des relations de pouvoir est constituée de contrats interpersonnels, et où seule la fiction juridique d'une survie de l'administration militaire romaine donne à l'empereur, et aux rois et autres princes un prestige essentiellement formel, le concept de société, inconnu de l'antiquité, est apparu, les relations sociales nouvelles se sont cristallisées en une pyramide mouvante dans laquelle la position fournit la puissance et la puissance donne le pouvoir.

À chaque étage de la pyramide les seigneurs tentent de transformer les relations féodales (donc contractuelles) en relations d'autorité (donc unilatérales) sur leurs vassauxL'élément le plus caractéristique de cette évolution est l'institution de la justice, assurée d'abord au niveau le plus bas de la pyramide et progressivement appropriée par les niveaux supérieurs., en s'appuyant sur leurs arrières vassaux, et d'empêcher leur suzerain d'en faire autant, en soutenant le suzerain de celui-ci. Ainsi, le roi de France tente de soumettre ses grands vassaux, et achète le soutien des leurs par des terres ou des rentes. De même, le duc de Bretagne s'oppose souvent frontalement au roi de France, soutient l'empereur, tente de soumettre ses vassaux directs, et s'appuie sur la petite noblesse dans ses démêlés avec ses vassaux ou avec le roi.

Guerre franco-bretonne (1489-1491)

En 1489, Anne est couronnée duchesse à l'âge de 11 ans.

Le , Anne épouse par procuration le roi de Germanie Maximilien d’Autriche. Une union qui doit permettre au duché de garder une indépendance totale vis-à-vis du roi français.

En , la Chancellerie bretonne obtient que l'évacuation des troupes royales de Bretagne soit incorporée au , signé le entre Maximilien et Charles VIII, à condition que la Duchesse expulse toutes les troupes anglaises présentes en Bretagne(John M. Currin, Persuasions to Peace : The Luxembourg-Marigny-Gaguin Embassy and the State of Anglo-French Relations, 1489–90. The English Historical Review. . Oxford University Press, 1998. )..

Le mariage a lieu par procuration le .