vignette|redresse=1.4|Le Te Deum en glagolitique, Venise, 1527. Le est une hymne latine chrétienne. L'expression complète est Te Deum laudamus qui signifie « Nous te louons, ô Dieu ». Dans les manuscrits anciens, il s'intitule parfois Laus angelica (louange angélique), Hymnus in die dominica (hymne pour le dimanche)https://archive.org/stream/antiphonarybang00ambrgoog#page/n54/mode/2up Années 690 ou Hymnus ambrosianus (hymne ambrosien), par allusion à l'un de ses auteurs présumés, Ambroise de Milan. Il date probablement de la fin du ou du début du .

Dans l'Église catholique, le est chanté à l'office monastique romain des matines ou des laudes. En dehors de la liturgie des Heures, il est chanté à l'occasion de services solennels d'action de grâce : victoires, fêtes nationales, naissances princières, saluts, processions... Il figure avec différentes prières du matin dans la Communion anglicane ainsi que dans de nombreuses Églises réformées.

Le a fait l'objet de multiples créations musicales.

Origines vignette|redresse=1|Le Baptême de saint Augustin, par Benozzo Gozzoli (v. 1465), église Sant'Agostino de San Gimignano. Légende Dans les anciens livres liturgiques, ce chant est souvent appelé Hymnus ambrosianusPar exemple, Psautier latin-français du bréviaire monastique, (le dimanche à matines) Société de Saint-Jean-l'Évangéliste et Desclée et Cie., Paris-Tournai-Rome, 1938. (hymne ambrosien), par référence à Ambroise de Milan. ; une légende de la fin du voudrait qu'il ait été spontanément composé et chanté par trois saints la nuit du baptême de saint Augustin.

Auteurs successifs Des analyses des mélodies grégoriennes notées, toutes tardives, permettent de distinguer plusieurs étapes rédactionnelles. Les spécialistes considèrent que la dernière rédaction fut achevée par Nicétas de Rémésiana († vers 414)Daniel Saulnier, Le Chant grégorien, avec notation, abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003..

Grâce à l'analyse selon les cordes-mères, modes archaïques avant les huit modes grégoriens, l'ancienneté du Te Deum est établie. Sa mélodie remonte au ou plus tôt. À la différence du texte, il n'est pas facile de discerner la mélodie la plus ancienne. En effet, comme les neumes n'ont été inventés qu'au , toutes les notations furent copiées plus tard.

Manuscrits anciens Mentions Les mentions les plus anciennes se trouvent dans la Règle de saint Benoît (vers 530)http://www.st-wandrille.com/index.php/la-vie-monastique/la-regle-de-saint-benoit chapitre 11., dans la Règle de saint Césaire (début du ) et dans une lettre de Cyprien de Toulon († 546) adressée à l'évêque de Genève (texte partiellement cité)..

Notation En admettant que la pratique du Te Deum ait toujours été gardée au sein de monastères durant tout le Moyen Âge, la trace de sa notation reste pauvre, vraisemblablement en raison de son attribution à la tradition ambrosienne, qui n'était pas officielle dans le rite romain jusqu'au Daniel Saulnier, Le chant grégorien, p. 108, abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003.

En raison de nombreuses variantes dans les manuscrits, on a pu définir cinq tons selon la classification établie par dom Jean Claire de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Parmi ces cinq tons, la mélodie ambrosienne possède une couleur musicale différente tandis que le ton romain se trouve dans les manuscrits les moins anciens. : tonus solemnis, tonus simplex, tonus monasticus, tonus ambrosianus et tonus more romano.

Histoire

Terme et fonction En français, le mot hymne est du genre féminin lorsqu'il désigne une composition à sujet religieuxhttp://www.univ-nancy2.fr/MOYENAGE/UREEF/MUSICOLOGIE/AdMMAe/Huglo_SdM_Hymne.pdf, d'auteur inconnu, désignée par les premiers mots de sa première strophe ( (« Dieu, nous te louons »).

Le Te Deum dans la liturgie vignette|redresse=1.2|Des anges et des saints tenant des banderoles où figure le texte du Te Deum, fresque du , église de Vä, Suède. Dans la règle de saint Benoît, datable des années 530-560, Benoît de Nursie demande de chanter le pour l'office solennel des vigiles du dimanche ; il doit être entonné par l'abbé et suivi par la lecture de l'ÉvangilePaul Delatte, Commentaire sur la règle de saint Benoît, , , Librairie Plon, Paris 1913).

Dans la plupart des liturgies de rite romain, restaurées après le concile Vatican II, le est chanté lors de l'office des matines, des dimanches et des jours de fêtes et des solennités, après la proclamation de l'Évangile. Dans l'Église anglicane, il est chanté tous les jours de l'année, mais aussi comme hymne d'action de grâce lors de circonstances particulières, au choix de l'ordinaire du lieu.

Le Te Deum n'est pas chanté durant la Semaine sainte ni dans les offices des morts..

L'hymne Te Deum peut être exécutée de différentes manières. Dans la liturgie des Heures, celui-ci est psalmodié par deux chœurs qui alternent les versets, comme dans la psalmodie, sur une mélodie grégorienne. Dans les services d'actions de grâce civils ou extérieurs à la liturgie des heures, il peut être chanté en polyphonie savante à plusieurs voix, parfois accompagnée d'un orchestre et entrecoupé d'intermèdes instrumentaux. Les musiciens pour l'œuvre de Giovanni Paisiello, chantée en 1802 et 1804 à Notre-Dame de Paris, se composaient de deux orchestres, double chœur et quatuor de solistes, afin d'amplifier la gravité des célébrations, à savoir un concordat et un sacre. Toutefois, les ecclésiastiques de haut rang avaient tendance à donner la priorité au chant grégorien. Ainsi, pour le sacre du roi Louis XV exécuté le à Reims, Michel-Richard de Lalande préparait son motet Te Deum. Au dernier moment, « vint un ordre de le chanter en plain chant. ».

Par ailleurs, on chante parfois dans les paroisses le à l'occasion du 31 décembre, par imitation de la liturgie des Heures qui le prescrit logiquement à l'office de nuit de la fête du (octave de Noël, ou Circoncision du Seigneur, ou solennité de Marie Mère de Dieu). On observe des coutumes particulières différentes en fonction des traditions locales ou des familles religieusesLes fidèles de l'Opus Dei le chantent ou le récitent le dernier jour de l'année avant une messe célébrée à minuit ou durant l'Exposition du Saint Sacrement ;cf. De spiritu et de piis servandis consuetudinibus - Del Espíritu y de las Costumbres, Roma, 1990 édition- ).

Il est aussi exécuté en remerciement d'une faveur particulière comme un baptême, l'élection d'un pape (comme de fut le cas le lors de la messe d'entrée en fonction du pape Francoisarticle du Figaro "Des milliers de fidèles à la messe d'installation du Pape"), la consécration d'un évêque, la profession d'un religieux, la publication d'un traité de paix, un couronnement, une victoire militaire.

À la cour de France, il fallait que le Te Deum soit chanté lors de la célébration du sacre des roisPar exemple, le 22 octobre 1722, celui de Louis XV : https://books.google.fr/books?id=cSeyAAAAMAAJ&pg=PA611. Déjà en 816, celui-ci fut exécuté lorsque Louis le Pieux fut sacré à Reims par le pape Étienne IV..

Symbole de la victoire ou de la paix Tout comme son ancienneté, de nombreuses traditions se trouvent dans toute l'Europe depuis le Moyen Âge.

Ainsi, en 1212, après la bataille de Las Navas de Tolosa, l'archevêque de Tolède et les croisés entamèrent un Te Deum pour rendre grâce à Dieu de cette victoire La batalla de las Navas de Tolosa: España junta, sola y vencedora. De même, le roi de France Philippe le Bel n'oublia pas de faire chanter, après la victoire de Mons-en-Pévèle en 1304, le Te Deum et des antiennes et oraisons de la Sainte Vierge et de saint Denis.

Le Te Deum est également le symbole de la paix. En 1482, le roi de France Louis XI expédia un certain nombre de lettres, après avoir rétabli la paix avec la maison de Habsbourg, plus précisément le traité d'Arras. Il s'agissait de son dernier cadeau afin de rétablir un royaume florissant, avant son décès. L'exécution du Te Deum était symbolique.

En 1686, un Te Deum fut chanté après le siège de Buda, en Hongrie, où les Turcs furent vaincus par l'armée chrétienneVictor Tissot, Voyage au pays des Tziganes (La Hongrie inconnue), Paris, 1880, p. 476..

Histoire de France thumb|upright=1|Chapelle royale du château de Versailles dans laquelle les motets Te Deum des sous-maîtres étaient exécutés. Marc-Antoine Charpentier n'ayant jamais été un musicien du roi, son Te Deum n'y fut jamais chanté, jusqu'à ce que l'œuvre se retrouve au .

Aux et , la composition de connut en Europe une grande vogue. Cette mode était due à la signification clairement politique que prit ce chant religieux. Il était systématiquement chanté lors de fêtes en l'honneur du souverain : la célébration d'un était alors clairement identifiée avec la volonté d'honorer le souverain en place. Ainsi, sous le règne de Louis XIV, cette hymne était très fréquemment exécutée.

Naissance du dauphin Louis, futur Louis XIV Avant tout, l'hymne fut chantée avec tous les ecclésiastiques de la cour dans la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, aussitôt que la reine Anne d'Autriche eût donné naissance à ce prince le :

Règne de Louis XIV L'évolution de l'exécution en 1677 de cette hymne est due à un musicien italien. Il s'agissait d'un motet, c'est-à-dire le Te Deum en ensemble instrumental. À peine terminée la célébration de baptême de son fils aîné Louis, dont le parrain était le roi, à la chapelle du château de Fontainebleau, Jean-Baptiste Lully, surintendant de la Musique de la Chambre, fit chanter, sans aucune annonce, cette œuvre. Son effet était immense. « Croiroit-on que cette considération particulière dont le Monarque honorait les talens du plus grand Musicien qu'il y eût alors, » écrivit l'abbé Oroux en 1777, « a servi de prétexte dans la suite aux successeurs de Lully, Michel-Richard de Lalande, Henry Desmarest, Élisabeth Jacquet de La Guerre, Louis-Nicolas Clérambault, Nicolas Bernier, André Campra, Charles Levens pour soutenir que dans toutes les cérémonies extraordinaires, telles que les sacres & les mariages des Rois, les actions de grâces pour la naissance des Enfans de France, pour la paix, c'est aux Surintendant de la Musique de la Chambre & non aux Sous-maîtres de la Musique de la Chapelle de diriger l'exécution du Te Deum.. » Alors, deux ans plus tard, lors des noces de Marie-Louise d'Orléans, nièce du roi, « Son Éminence étant ensuite retournée à son fauteuil proche d'Autel, entonna le Te Deum qui fut continué par la Musique de la Chapelle & de la ChambreMême document, . »