Léglise Saint-Léger de Cheylade, petite commune du département français du Cantal en région Auvergne-Rhône-Alpes, est un édifice religieux de style roman érigé au , ruiné pendant la guerre de Cent Ans, rebâti et remanié à plusieurs reprises entre le , puis retouché encore au .

Consacrée à Léger d'Autun et vouée au culte catholique, l'église a longtemps appartenu à l'évêché de Clermont mais dépend depuis la Révolution française du diocèse de Saint-Flour.

De conception et de dimensions modestes, elle est comme beaucoup d'églises de la région construite en pierre volcanique, avec une toiture en lauzes. Si l'intérieur, presque sans ornements sculptés, compte très peu de meubles ou œuvres d'art remarquables, il se distingue en revanche par un plafond à caissons de bois tout à fait original : peints probablement au de motifs polychromes, d'une facture naïve mais imprégnés de symboles chrétiens. Ce sont ces peintures, réalisées sur les trois voûtes par un artiste anonyme, qui ont permis en 1963 le classement de l'église Saint-Léger de Cheylade aux monuments historiques.

Historique L'histoire de l'église Saint-Léger de Cheylade reste semée d'incertitudes en dépit de quelques recherches dont le fascicule que lui a consacré en 2004 l'association Valrhue offre le bilan le plus récent.

De l'église primitive à l'édifice roman Si l'existence à Cheylade d'une église chrétienne antérieure est attestée, seule la construction de l'édifice roman est datée de façon à peu près sûre du début du .

vignette|gauche|alt=Photo en couleurs d'une vallée entourée de moyennes montagnes très verdoyantes avec des ombres de nuages et un peu de neige au premier plan|La vallée de Cheylade vue depuis la route du Puy Mary.

La christianisation de la Gaule s'est étendue à l'Auvergne, sans doute grâce à Austremoine de Clermont, entre le et le . La vallée de Cheylade est mentionnée dans les fausses chartes rédigées vers le par lesquelles Théodechilde, petite-fille de Clovis, était censée, cinq siècles auparavant, avoir réglé un différend entre le prieuré de Mauriac et l'abbaye Saint-Pierre-le-Vif de Sens : un village existait sûrement là au mais rien ne prouve que ce territoire reculé ait alors déjà bénéficié d'un lieu de culte.

Au cours du siècle en revanche, les conditions paraissent réunies : la population éparse de la vallée de la Petite Rhue a suffisamment augmenté pour justifier une église paroissiale aux yeux de l'évêché, et les seigneurs de « Chaszlada », issus de la puissante famille de Nonette, ont les moyens d'en financer la construction. L'existence d'une église à Cheylade autour de l'an 900 semble confirmée par le cartulaire de Sauxillanges : il inclut en effet une copie de l'acte par lequel le chevalier Étienne fait don à cette abbaye clunisienne, lorsqu'il s'y fait moine en 1029, de l'église de Cheylade et de , qu'il a héritée de son père puis transmise à ses fils, qui confirmeront la donation. Dédié à l'évêque martyr saint Léger en raison sans doute de sa notoriété dans la région, ce premier édifice paraît être rapidement devenu trop petit.

L'histoire de l'église romane qui l'a remplacé n'est guère mieux connue. Elle a été bâtie, sinon à la charnière des , du moins au début de celui-ci, tandis que les seigneurs de Cheylade gagnaient le titre de Comptours de Valrus. Construite en roches volcaniques de la vallée, elle se composait probablement d'une nef centrale, de deux collatéraux voûtés en quart de cercle, et d'un chœur flanqué de deux absidioles ne communiquant pas avec lui : ouvertes avant la fin de la période médiévale, ces absidioles en cul-de-four constituent, avec le chœur en berceau légèrement brisé typique de l'arrondissement de Mauriac, avec l'abside et son chevet rectangulaire, avec quelques chapiteaux à entrelacs et cordelettes ainsi qu'avec une partie du mur nord, ce qui subsiste encore du .

Destructions et reconstructions Outre l'usure naturelle, l'église romane de Cheylade a pâti d'un contexte historique troublé, d'où plusieurs restaurations, accompagnées d'ajouts architecturaux.

Jusqu'à la fin du , en pleine guerre de Cent Ans et en dépit du traité de Brétigny, des bandes armées anglaises écument l'Auvergne, occupant dès 1357 la vallée de la Petite Rhue. Cette insécurité, qui profite aux exactions d'autres pillards, est par ailleurs renforcée par les conflits féodaux locaux, ainsi que par les ravages du choléra et de la peste noire : vers 1359-1360 l'église s'en trouve très endommagée.

Concernant sa remise en état, les hypothèses divergent sans être irréconciliables : soit l'église est demeurée en ruines après les raids anglais, soit elle a connu des réfections, ce que pourrait indiquer le fait qu'en 1368, deux seigneurs de la vallée sollicitent du duc Jean de Berry l'autorisation d'y apposer leurs écus. Quoi qu’il en soit, le traité de Brétigny n'ayant pas suffi à endiguer le chaos dans la région, c'est seulement un siècle plus tard, grâce à la reprise économique et démographique, qu'elle est agrandie, sinon relevée.

vignette|upright=0.8|alt=Photo en couleur et en contre-plongée d'une tour carrée trapue avec quelques ouvertures et un porche sombre en forme d'ogive|Le clocher-porche du .

La reconstruction du la dote de quatre chapelles latérales sous voûtes d'ogives et d'un porche, côté sud, qui soutient un clocher carré desservi à l'époque par un escalier à vis creusé dans le mur ; garni de deux bancs de pierre faisant corps avec ses murs latéraux, ce porche a dû tenir lieu de « Maison commune ». L'argent manquant sans doute pour reconstruire sous voûte de pierre la nef et ses bas-côtés, la charpente reste apparente. Elle prend feu un siècle plus tard, accidentellement ou bien à cause des guerres de Religion, ce qui occasionne une campagne de restauration beaucoup plus importante au tournant des .

Il est alors fait appel à un architecte renommé et actif en Auvergne, Pierre Levesville : des contrats signés chez le notaire toulousain Parrouton prouvent qu'il a supervisé les travaux du au , dirigeant lui-même les tailleurs de pierre mais déléguant sur place un certain Jean Tardieu, maître-maçon, pour veiller à l'approvisionnement du chantier en pierres, sable, chaux et lauzes. On ignore le nom des commanditaires comme la nature et l'ampleur exacte des travaux, hormis l'érection de quatre piliers séparant la nef des collatéraux ainsi que la réfection de la toiture, de la charpente et de la voûte. Celle-ci est entièrement lambrissée en bois de sapin, à l'aide de douelles longues d'une toise, épaisses d'un pouce et compartimentées par des moulures en carrés de .

Concernant la décoration des caissons, Louis Baritou, dont la monographie historique fait peu de place à l'église, les pense contemporains de ces grands travaux du , arguant de plafonds du même genre trouvés à la maison consulaire de Montauban et à la chapelle des Pénitents bleus de Toulouse, dus aussi à Levesville. Michel Maronne et Antoine de Rochemonteix, au contraire, affirment que les lambris ont d'abord été enduits d'une peinture claire uniforme, et que c'est bien plus tard qu'ils ont été peints, par un artiste inconnu probablement italien. La mémoire populaire ainsi que des documents du situent son intervention autour de 1740, sur la foi d'une inscription qui aurait été recouverte en 1884 : cette année-là en effet, la construction de deux fausses tours et d'une tribune dans le fond ouest de l'église fait disparaître plusieurs dizaines des originaux.

Entre 1834 et 1866, la sacristie, qui jouxtait peut-être le chevet au nord, a été installée derrière lui, côté est.

Dans sa monographie sur les églises de Haute-Auvergne, Adolphe de Chalvet de Rochemonteix conclut qu'au gré d'une histoire mouvementée obligeant les habitants à la reconstruire chaque fois dans le goût du moment, Saint-Léger de Cheylade a subi l'influence pour ses voûtes à peine brisées, et celle, plus éloignée, du Velay, à travers les arcatures qui relient le chœur aux absidioles.

Saint-Léger et sa paroisse Relevant à l'origine de l'évêché d'Auvergne, la paroisse de Cheylade est successivement rattachée à celui de Clermont puis à celui de Saint-Flour.

Au , la paroisse dépend de l'archiprêtré d'Ardes, dans l'archidiaconé de Saint-Flour. L'église et la seigneurie de Valrus, rétrocédées à une date inconnue par l'abbaye de Sauxillanges, sont au devenues propriété personnelle des évêques de Clermont. Lors de la division de l'évêché d'Auvergne en 1317, Cheylade intègre celui de Clermont comme toutes les autres paroisses alentour. Elle en dépend jusqu'à la Révolution française, tandis que la terre de Valrus, vendue en 1592 par l'évêque François de La Rochefoucauld, connaît différents propriétaires avant d'être saisie comme bien national.

Durant la Révolution, l'église de Cheylade a été peut-être dégradée, en tout cas sûrement fermée quelques années, d'autant que son curé semble s'être rétracté après son serment à la Constitution civile du clergé. À la suite d'un décret de 1791, les quatre cloches ont été emportées à Murat pour y être fondues, et le beffroi n'en reçoit trois nouvelles que vers 1830. En 1790, la création des départements français entraîne le rattachement définitif de l'église et de la paroisse au diocèse de Saint-Flour. La coutume séculaire de déposer devant le presbytère, la veille de la fête de saint Léger, quantité de provisions pour que celui-ci exauce les vœux de la communauté est encore attestée au milieu du par Henri Durif..

L'église actuelle Aspect extérieur Mis à part la sacristie, l'aspect extérieur de Saint-Léger est à peu près celui qui a résulté de la restauration du .

Aujourd'hui excentrée à la lisière ouest du « village balcon » de Cheylade, l'église surplombe la vallée et présente comme beaucoup d'autres en Auvergne une silhouette trapue : son clocher-porche à huit baies, coiffé d'une flèche basse à quatre pans, la domine de peu. L'édifice est entièrement construit en rhyolite, pierre volcanique dont la couleur varie du gris au beige rosé, tandis que les toits bien pentus sont couverts de lauzes en phonolite, roche magmatique au son presque cristallin.

vignette|upright=1.2|alt=Plan vu de dessus, avec sur fond clair des caractères noirs et d'épaisses lignes et courbes grises ou noires|Plan indiquant l'époque des diverses parties de l'église Saint-Léger.

La sacristie moderne, hémicycle accolé extérieurement au mur plat du chevet, prolonge celui-ci en lui donnant ; l'appentis qui la jouxte indique peut-être l'emplacement de l'ancienne sacristie. En haut des absidioles sont encore visibles des modillons de facture assez grossière, qu'ils soient nervurés, torsadés ou sculptés de têtes d'homme et d'animaux.

Si le chevet est selon la tradition tourné, à peu de degrés près, vers l'orient, l'entrée se fait par le sud et non par la façade ouest. Le porche à deux travées voûtées en ogives, toujours bordé de ses étroits bancs de pierre, porte en son centre un écusson marqué ITIS () rappelant la participation des habitants de la vallée à la première croisade. Il donne accès à l'église par un portail dont l'archivolte est faite de cinq voussures sobres, la dernière formant une minuscule accolade sous une statuette de la Vierge.

Architecture intérieure Presque inchangé depuis le et abstraction faite de son plafond décoré, l'intérieur du bâtiment est d'une simplicité rustique et donne une impression d'espace.