Le territoire de l'actuelle république démocratique du Congo portait le nom de Zaïre, ou république du Zaïre en forme longue, entre 1971 et 1997. Cette période est marquée par le pouvoir absolu de Mobutu Sese Seko qui, après son coup d'État de 1965, instaure un régime de parti unique et s'appuie sur le Mouvement populaire de la révolution (MPR).

Cette période de la Deuxième République commence officiellement avec la promulgation d'une nouvelle constitution, le 24 juin 1967, qui centralise les pouvoirs de façon à contrôler les éventuels mouvements de sécession des régions éloignées. Elle prend fin en 1990, avec l'abolition du régime de parti unique.

Mobutu s'efforce de créer un sentiment d'unité nationale en lieu et place des divisions ethniques qui avaient cours jusque-là. Pour ce faire, il lance notamment une grande campagne de Recours à l'authenticité!, qui a des conséquences sur les patronymes et les toponymes, sur l'habillement et la culture en général. Son régime réprime aussi impitoyablement les opposants réels ou potentiels grâce à la division spéciale présidentielle (DSP), responsable de tortures et de nombreuses disparitions.

Sur le plan économique, Mobutu se lance dans des dépenses somptuaires et des travaux de prestige. Après un début prometteur, la situation économique se dégrade. Mobutu tente de donner un nouveau souffle à son régime en lançant la zaïrianisation de l'économie, qui consiste en des expropriations massives dans tous les secteurs, y compris les petits commerces. Les résultats sont désastreux et la corruption se généralise. Dans les années 1990, Kinshasa connaît deux importants épisodes de pillage perpétrés par les membres des forces armées excédés d'être sous-payés.

En 1996, après le génocide au Rwanda, Laurent-Désiré Kabila entreprend une marche avec ses milices en direction de Kinshasa, où il arrive en . Il redonne immédiatement au pays son nom actuel. Mobutu part en exil au Maroc, où il meurt de cancer quatre mois plus tard.

Étymologie Le nom « Zaïre » est le nom que les premiers explorateurs portugais ont donné au mot kikongo , signifiant « fleuve ». L’expression signifie « la rivière qui engloutit toutes les autres rivières », autre désignation générique du fleuve Congo. Vers 1760, l'Encyclopédie a un article sur le Congo qui commence ainsi : Diderot et D'Alembert, L'Encyclopédie, article Congo, en ligneEn anglais aussi, au on désignait encore couramment le fleuve Congo comme le Zahir ou Zaire. Voir par exemple James Barbot, An Abstract of a Voyage to Congo River, Or the Zair and to Cabinde in the Year 1700 (1746). James Kingston Tuckey, Narrative of an Expedition to Explore the River Zaire, Usually Called the Congo, in South Africa, in 1816 (1818). John Purdy, « Congo River, called Zahir or Zaire by the natives », Memoir, Descriptive and Explanatory, to Accompany the New Chart of the Ethiopic Or Southern Atlantic Ocean, 1822, p. 112..

Contexte République du Congo / république démocratique du Congo En 1960, le Congo belge accède à l'indépendance sous le nom de république du Congo, mais l'ancienne colonie française, avec laquelle il partageait une frontière à l'ouest, adopte également le nom de république du CongoDepuis cette période, ces deux États sont également restés souvent différenciés par les noms de leur capitales : Congo-Kinshasa (alors Congo-Léopoldville) pour l’ex-Congo belge et Congo-Brazzaville pour l’ex-Congo français.. Afin de distinguer les deux États voisins du Congo, on ajouta en 1964 le terme « démocratique » à la dénomination de l’ancien Congo belge qui reste désormais connu sous le nom de république démocratique du Congo (RDC) (une désignation qu’il gardera jusqu'en 1971 et qui sera reprise en 1997).

Les difficiles débuts de l'État congolais Ce grand pays est très tôt soumis à de fortes tensions séparatistes, notamment dans la partie orientale du pays. Les rébellions et incertitudes quant au véritable détenteur du pouvoir se succédèrent jusqu'en 1965, date à laquelle le lieutenant-général Joseph Mobutu, alors commandant en chef de l'armée, prit le contrôle du pays et s'autoproclama président pour 5 années. Il consolida rapidement son pouvoir et fut bientôt élu président à l'issue d'un scrutin sans opposition.

Du Congo divisé au Zaïre unifié de 1971 Rétrospectivement, Mobutu justifia son coup d'état de 1965 par un bilan de la Première République établi en ces termes : .

La priorité de Mobutu est de reconstruire les structures sociales et politiques du pays. Pour cela, il doit d'abord légitimer son action sous un régime de parti unique, processus qui débute en 1970, qui continue avec le changement de nom du pays en 1971, et qui culmine avec l'adoption de la nouvelle constitution de 1974. Le mouvement se poursuit avec la zaïrianisation forcée, la centralisation et la concentration croissante du pouvoir dans les mains du « Père de la Nation ». En 1976, cependant, cette politique commence à montrer ses limites, à générer ses propres contradictions, et à préparer le retour à un système fait de brutalités et de répressions, ainsi que de tensions interethniques que le régime avait, dans un premier temps, tenté de gommer en créant la fierté d'une identité nationale.

Mobutu, père autoproclamé de la Nation Depuis 1965, Mobutu Sese Seko a dominé la vie politique du Zaïre, restructurant l'État à diverses occasions, et se donnant le titre de « père de la Nation ».

Ascension En tant que journaliste pour Actualités africaines, Mobutu avait attiré l'attention de Patrice Lumumba dès 1958 et il s'était lié avec lui. En 1960, alors qu'il est en stage à Bruxelles, il assiste en qualité de secrétaire de Lumumba à la Table ronde belgo-congolaise, qui dure du au et qui a pour mandat d'élaborer un cadre législatif d'accès à l'indépendance. Mobutu retourne au Congo trois semaines avant la date du prévue pour la proclamation de l'indépendance.

Le , pour arrêter une mutinerie de l'armée à Kinshasa et ThysvilleAlors qu'ils réclamaient une meilleure paie, davantage de possibilités d'avancement et moins de racisme, les soldats s'étaient fait répondre par le général Janssens que Avant l'indépendance = Après l'indépendance. Le 5 juillet, la mutinerie a dégénéré en violences en certains endroits ()., Lumumba nomme Victor Lundula au poste de commandant en chef et Mobutu chef d'état-major. Durant les mois de juillet et août, ce dernier profite de sa position pour nouer des alliances avec les unités qui lui étaient acquises, en exilant les autres unités en des régions reculées, et en dissolvant les unités rivales. Il s'assure de la loyauté des individus en contrôlant leurs promotions et leurs rémunérations. Lundula, âgé et moins alerte, ne s'opposa que peu aux plans de Mobutu.

Collège des commissaires généraux Après avoir été révoqué par le président Kasa-Vubu le , Lumumba fait annuler cette décision par le Parlement le . Le lendemain, Mobutu décide d'intervenir, avec l'appui des États-Unis, et installe un gouvernement provisoire, appelé « Collège des commissaires généraux ». Composé essentiellement de diplômés et d'étudiants universitaires, ce collège remplace le Parlement durant six mois, jusqu'à ce qu'une table ronde mise en place par le président Kasa-Vubu le ait proposé une réforme des institutions susceptible de dénouer l'impasse entre les pouvoirs du président et ceux du parlement. Le , Mobutu fait arrêter Lumumba en fuite et l'expédie au Katanga, où il sera exécuté en présence de Moïse Tshombé.

Groupe de Binza Les quatre années suivantes voient se succéder des gouvernements civils faibles, le pouvoir réel étant exercé en coulisse par le « groupe de Binza », un groupe de partisans mobutistes fortunés, dénommé d'après le quartier de Ngaliema où la majorité d'entre eux résidaient. À l'automne 1965, les tensions persistaient sur les prérogatives respectives du président Joseph Kasa-Vubu et du Premier ministre, menaçant la stabilité du pays.

Prise du pouvoir vignette|Mobutu et son équipe le 24 novembre 1966 à Kinshasa, lors des fêtes célébrant le premier anniversaire de sa prise du pouvoir.

Le , Mobutu s'empare du pouvoir et se proclame président. Il a pris le soin de couper la ligne téléphonique du président Kasa-Vubu et de faire occuper la station de radio pour n'y diffuser que de la musique militaire. Peu après, il convoque la population au stade de football, où il explique avec une conviction passionnée sa volonté de redresser le Congo au cours des cinq prochaines années : est le premier de ses slogans, qui vise à rassurer la population et la communauté internationale. Le second slogan de cette époque est : tout en le prononçant, il donne l'exemple en retroussant les siennes.

Culte de la personnalité Dès le lendemain du coup d'État, un culte de la personnalité se met en place autour du nom et de l'image du président. Le marché est inondé de tee-shirt et de robes africaines à son effigie. Comme le résume une observatrice :

Dissolution du système de partis De 1965 à 1967, Mobutu s'attache à renforcer sa légitimité en démantelant graduellement les institutions de la première république et en même temps en accroissant la centralisation du contrôle du pouvoir autour du président. Même si le parlement continuait à se réunir occasionnellement, ses prérogatives étaient sensiblement réduites, les décisions exécutives étant généralement dorénavant prises par ordonnances-lois présidentielles. Tous les partis politiques sont dissous et les activités politiques interdites, Mobutu ayant promis que . En 1966, les 21 provinces sont rassemblées en douze, puis huit plus la capitale. Elles sont renommées régions en 1972. Elles sont transformées en simples entités administratives directement responsables devant le gouvernement central, et leurs assemblées sont plutôt consultatives que législatives. Après la suppression de la fonction de Premier ministre en octobre 1966, le président détient le quasi-monopole du pouvoir exécutif, et contrôle les pouvoirs législatif et judiciaire.

Répression des opposants Le , quatre personnages-clef de la première république, dont l'ex-Premier ministre désigné Évariste Kimba, sont accusés de complot envers l'État et arrêtés. Le , après une parodie de procès, les quatre martyrs de la Pentecôte sont pendus devant trois cent mille personnes au centre d'une immense plaine. Afin de faciliter l'assistance du public, cette journée avait été décrétée fériée. Mobutu applique ainsi le principe de Machiavel, dans Le Prince, qui était à cette époque son livre de chevet.

Les menaces contre le régime persistèrent cependant. Des poches d'insurrection existaient encore, notamment au Kivu (dont le maquis de Laurent-Désiré Kabila à Fizi) et au Haut-Zaïre (province Orientale). Des mois s'écoulèrent avant que ces foyers de dissidence puissent être contrôlés.

Pendant ce temps, des rumeurs faisaient état d'un retour prochain de Tshombe, l'ancien homme fort de l'État du Katanga, exilé en Espagne. Ces rumeurs s'accentuèrent en lorsque certains des anciens gendarmes katangais, aidés de mercenaires, se mutinèrent et prirent Kisangani (anciennement Stanleyville). Deux mois plus tard, ceux-ci furent repoussés après une intervention d'une équipe de mercenaires dirigés par Bob Denard et Jean Schramme. En , une autre importante mutinerie éclata à Kisangani, déclenchée par la nouvelle que l'avion de Tshombe avait été détourné vers Alger, où il était désormais détenu prisonnier. Alors que les rebelles étaient boutés de Kisangani par les forces de l'ANC, ils prirent Bukavu, à proximité de la frontière avec le Rwanda, qu'ils gardèrent pendant trois mois. Ils tentèrent des attaques infructueuses contre l'ANC, mais en novembre, ils passèrent la frontière rwandaise où ils se rendirent aux autorités locales. La campagne brillante et inattendue de l'ANC donna au régime une aura et une légitimité nouvelle. Le temps était venu pour de nouveau changements.

Corps des Volontaires de la République