Shevi'i shel Pessa'h (hébreu « septième [jour] de Pessa'h ») est une fête biblique clôturant la fête de la pâque juive (Pessa'h).

Elle commence le 21 nissan (qui correspond, selon les années, à la fin du mois de mars ou au mois d’avril dans le calendrier grégorien) et dure deux jours (un seul en terre d'Israël et dans le judaïsme réformé). Considérée comme une fête dépendante de Pessa'h, elle ne donne lieu à aucun rite particulier mais possède un esprit propre, du fait de la tradition rabbinique selon laquelle le passage de la Mer Rouge a eu lieu en ce jour.

Shevi'i shel Pessa'h dans les sources juives

Dans la Bible hébraïque

Le septième jour de la fête des azymes est prescrit à la suite du premier comme une convocation sainte au cours de laquelle il est interdit de réaliser quelque tâche que ce soit hormis celles nécessaires à la sustentationExode 12:16 & Lévitique 23:8 ; c’est une fête à H', au terme d’une semaine passée à manger des azymes (matsot)Exode 13:6. Les offrandes supplémentaires qu’il requiert sont prescrites dans le Livre des Nombres et ne diffèrent pas de celles des autres jours de la fêteNombres 28:19-25. Il est rappelé dans le Deutéronome comme une 'atsérèt (fête de clôture) faisant suite aux six jours pendant lesquels on consomme des azymesDeutéronome 16:4.

Dans la littérature des Sages

Investiguant ces passages, les Sages de l’école de Rabbi Ishmaël déduisent de l’inadéquation entre Exode 12:16 et Lévitique 23:8 que la consommation de matzot n’est pas obligatoire le septième jour de Pessa'hMekhilta deRabbi Ishmaël, Bo, massekhta depis'ha, parashiyot 8 & 17. Cependant, cette particularité ne suffit pas à démarquer le septième jour de Pessa'h du premier et les Sages en concluent qu’il ne s’agit, contrairement à Chemini Atseret, pas d’un festival indépendant. Par conséquent, il n’y a pas lieu de réciter la bénédiction de l’époque (shehehiyanou)T.B. Soucca 47a. Le fait que ces deux convocations saintes sont appelées atseret donne également matière à commentaire : la communauté de terme doit se traduire, selon les uns, par une communauté de rites (un délai pour réaliser les offrandes de pèlerinage en l’occurrence)T.B. Haguiga 9a ou par une communauté de caractères (l’un marque la fin de la saison des pluies et l’autre le début)Pessikta deRav Kahana, piska 28.

Le shevi'i shel Pessa'h était, à l’époque du second Temple, le dernier délai pour réaliser la confession des dîmes avoir distribué toutes les dîmes prescrites par la Bible lors de la quatrième et la septième année du cycle septennal de la terreMaïmonide, Mishné Torah, Hilkhot Maasser sheni 11:3, sur base de Mishna Maasser sheni 5:6 & Avot 5:9 (selon la Mishna, la confession des dîmes devait se faire au premier jourMishna Maasser sheni 5:6 mais les rabbins l’avaient repoussée au septième afin qu’on puisse manger pendant la fêteHameïri, Beit Habehira s.v. Baba Metsia 11b & 90 ; Isaac Jacob Weiss, Minhat Yitzhak tome 7 ).

Le caractère principal de la fête dans le judaïsme rabbinique provient cependant d’une tradition selon laquelle le passage de la Mer Rouge a eu lieu en ce jour : Moïse n’avait jamais demandé que de pouvoir aller sacrifier à Dieu à trois jours de marche de l’Égypte. Le pharaon, désireux de s’assurer du retour des Hébreux qu’il veut encore considérer comme des esclaves, dépêche des iktorin (messagers) pour qu’ils lui rendent compte de leurs déplacements. Les Hébreux quittent Raamsès et stationnent à Souccot le jeudi 15 nissan ; le lendemain, ils sont à Eitam. Après s’être reposés à chabbat, ils s’apprêtent à reprendre la route le dimanche 18 nissan lorsque les iktorin veulent les contraindre à retourner ; les Israélites se révoltent et les chassent. Les iktorin font leur rapport au pharaon le lundi 19 nissan, alors que Moïse a rebroussé chemin et se dirige vers l’Égypte. Le pharaon et son armée se mettent en route le lendemain et parviennent à Pi-Hahirot au soir du 20 nissan. C’est par conséquent dans la nuit du 20 au 21 nissan que la colonne de nuée s’interpose entre Israélites et Égyptiens et que le vent d’est se met à souffler sur les eaux. Le passage de la Mer Rouge se produit donc le 21 nissan, au septième jour suivant le premier pessa'hMekhilta deRabbi Shimon 14:5 & Seder Olam Rabba, chap. 5 ; cf. Rachi sur Exode 14:5, rapporté par , quatre-vingt-un ans jour pour jour après que Moïse fut déposé dans le NilT.B. Sota 12b.

Les rabbins prescrivent donc de lire en ce jour le passage correspondant à la traversée de la Mer Rouge (Exode 13:17-15:26)T.B. Meguila 31a. Ils enseignent aussi qu’en ce jour où tant d’hommes moururent (fussent-ils ennemis d’Israël), Dieu interdit aux anges d’entamer les louanges qu’ils avaient eu l’intention de chanterT.B. Meguila 10b.

En dehors de la terre d’Israël, un second jour est ajouté. Une nouvelle section, appelée boukhra ou kol habekhor (Deutéronome 15:19-16:17), est lue lors de ce jour qui ne se différencie du shevi'i shel Pessa'h que par des allègements mineurs, comme l’autorisation de pourvoir aux besoins des mortsCf. T.B. Beitza 6a.

Dans la littérature ultérieure

Il était d’usage, dans les premiers siècles de l’ère commune, de lire le Cantique des cantiques lors des deux derniers jours de la fêteSoferim 14:18. Cette lecture a été déplacée chez les Juifs ashkénazes au chabbat de hol hamoëd tandis que les séfarades le lisent après la haggadaRem"a sur Choulhan Aroukh Orah Hayim 490:9 & Hid"a, More beetzba, cités in .

D’autres coutumes se développent ultérieurement, basées pour la plupart sur le passage de la Mer Rouge. Jacob Emden rapporte que d’aucuns organisent une veillée d’étude centrée sur l’évènementSiddour HaYaavetz, afin de parfaire leur foi car Israël ne dut son salut qu’à une telle préparation. Une coutume similaire a lieu en Irak où les Juifs se retrouvent à la mi-nuit pour chanter le cantique de la mer (Exode 15:1-18) car ce fut, selon la tradition, à ce moment qu’il fut chanté lors du miracleKaf Hahayim 489:6 & 490:62 .. La communauté kurde enrichissait l’office avec des chants liturgiques propres et faisait particulièrement honneur à celui qui était désigné pour lire le passage comprenant le cantique de la mer ; les Juifs tunisiens priaient devant la mer pendant les deux jours de la fête, avant de rentrer en processions joyeuses tandis que les éclaireurs aspergeaient les orants de parfums et de fleurs. Le huitième jour, ils réalisaient une lecture de la haftara en quatre langues (hébreu, judéo-araméen, judéo-arabe tunisien et français) tandis que leurs voisins libyens se contentaient d’ajouter le Targoum Yonathan.

Dans un autre esprit, une coutume des Juifs d’Europe de l’Est se répand de réciter le Yizkor (prière pour le souvenir des morts) lors du dernier jour de Pessa'h après la lecture de la Torah parce qu’on y a lu (comme à Chemini Atseret et Chavouot) la section kol habekhor. Celle-ci contient en effet le passage « que l’on ne paraisse pas les mains vides » devant Dieu (Deutéronome 16:16) et l’on espère par des dons généreux améliorer le sort des morts et augmenter le mérite des vivantsLevoush 490:9, cité in .

C’est aussi en Europe de l’Est que naît l’habitude de prendre un troisième repas lors du dernier jour de Pessa'h. Observée par le Gaon de Vilna, elle est plus fréquemment associée au Baal Shem Tov, le fondateur du hassidisme. Les hassidim de Loubavitch affirment qu’il l’avait appelée Meshi'hes se'ide (yiddish : משיח'ס סעודה « repas du Messie ») car sa splendeur commençait à se dévoiler en ce jour.

Observance du ou des derniers jours de Pessa'h dans le judaïsme rabbinique

Le septième jour de Pessa'h était, à l'époque des Temples, une fête de pèlerinage où les enfants d’Israël se rendaient à Jérusalem pour y faire des offrandes à Dieu selon les ordonnances bibliques. Il est actuellement observé comme un jour férié (ou deux, en diaspora) et sa liturgie se concentre principalement sur le souvenir des anciens rites et offrandes. Elle comprend donc : une prière en sept bénédictions où la fête est dénommée zman 'heroutenou (« le temps de notre liberté »), comme le premier jour de Pessa'h, une lecture du Hallel abrégé, c’est-à-dire amputé des versets 1-11 du psaume 115 et de tout le psaume 116, comme lors des jours de mi-fêteChoulhan Aroukh Orah Hayim 490:6, une lecture de la Torah spéciale et un office de prière supplémentaire.

Veille et nuit de la fête

Le soir du ou des derniers jours de Pessa'h est sanctifié sur le vin mais on n’y ajoute pas la bénédiction shehehiyanouC.A. O.H. 490:7.

Dans les communautés séfarades et orientales, il est d’usage de veiller pendant la nuit : les communautés d’origine kurde étudient des passages de la Bible, de la Mishna et du Zohar selon un rituel agencé dans le Hemdat Yamim ou le Kriyei Moëd. Les descendants des Juifs troglodytes de Libye en font de même mais une récitation collective du cantique de la mer se tient à minuit et toute la communauté y participe, y compris les nourrissons. C’est généralement à ce moment que les Juifs marocains interrompent leur étude.

Certains courants hassidiques, dont les hassidim de Loubavitch, marquent également la nuit par une veillée. Toutefois, ils étudient librement n’importe quel sujet. D’autres communautés se réunissent pour une nuit de chants et de sermons, culminant à minuit avec celui de la mer.

Lecture de la Torah

Lors de l’office du matin, cinq hommes (sept, s’il a lieu chabbat) sont appelés avec la lecture des sections du passage de la Mer Rouge (Exode 13:17-15:26) ; un sixième (huitième) pour la lecture des offrandes supplémentaires offertes lors des sept jours de la fête (Nombres 28:19-25) et y ajoute 2 Samuel 22:1–51 (qui décrit le pouvoir de Dieu sur les éléments)C.A. O.H. 490:5-6 & 8.

Le huitième jour, s’il y a lieu, on lit la section kol Habekhor (Deutéronome 15:19-16:17) ou Asser te'asser (Deutéronome 14:22-16:17) si le huitième jour a lieu chabbat, suivis de Nombres 28:19-25 et Isaïe 10:32–12:6 (qui promet une seconde rédemption, encore supérieure à celle d’Égypte). Le yizkor (prière de commémoration des morts) est lu lorsqu’on remet les rouleaux de la Torah dans l’arche après cette récitation car elle évoque les dons volontaires, considérés comme propices au repos des disparusLevoush Orah Hayim 490:9, cité in . En terre d’Israël, il est lu après la lecture du premier jour, bien qu’elle ne comprenne pas le passage kol bekhorBetzalel Stern, Betzel Ha'hokhma, tome 4, Jérusalem 1990, responsum .

Statut du dernier jour en diaspora

Les deux jours de la diaspora ont un statut identique (hormis certains allègements, pour les besoins des morts notammentcf. C.A. O.H. 526:4). Les ashkénazes ont toutefois pour coutume de lever les houmrot (super-restrictions rabbiniques) et permettent donc de consommer de la matsa trempée, d’emprunter et prêter la vaisselle des voisinsYisroel Hayim Friedman, Likoutei Maarikh, vol. 3, , cf. .

En fin de fête

La fin de la fête donne lieu à diverses autres coutumes.

Chez les ashkénazes, certains réalisent la havdala (cérémonie de séparation d’avec les jours saints) sur de la bière, car, après s’en être abstenu pendant toute une semaine, ils la préfèrent au vinGlose du Rem"a sur C.A. O.H. 296:2. Le Gaon de Vilna ne mange plus de matza après Pessa'h, afin de faire savoir que la consommation de matzot pendant la fête est un décret divinMaasse Rav, siman 181. L’intense remue-ménage des foyers qui rangent la vaisselle réservée à Pessa'h et ressortent les services en usage pendant toute l’année, vaut à la nuit qui suit le dernier jour de Pessa'h le surnom de Rumpelnacht (« la nuit du branle-bas du rangement »).