Symon Petlioura (en ) est un homme d'État et journaliste ukrainien né à Poltava le et mort assassiné à Paris () le . Il est l'un des personnages les plus importants du mouvement national, le commandant suprême de l'Armée et le troisième président de la République populaire ukrainienne.

Homme de lettres, il est l'une des figures du mouvement national ukrainien au début du . Autonomiste puis indépendantiste, Symon Petlioura participe à la formation d'une armée ukrainienne et lutte contre le bolchevisme et l'Armée blanche durant la révolution russe. Vaincu, il part à l'étranger et dirige le gouvernement ukrainien en exil.

Les pogroms qui se déroulent sur le territoire ukrainien à cette époque et le motif de son assassinat sont à l'origine d'une vive controverse sur sa personne, alimentée plus tard par la propagande soviétique le décrivant comme antisémite, et ce malgré des positions philosémites. Symon Petlioura occupe de ce fait une place particulière dans l'histoire des relations ukraino-juives.

Biographie Jeunesse, activité politique et intellectuelle Issu d'une famille cosaque orthodoxe, Symon Petlioura nait en 1879 en Russie impériale, dans la ville ukrainienne de Poltava. Il est le troisième fils d'une famille de neuf enfants (quatre garçons et cinq filles). Ses parents, Vassyl Petlioura et sa femme Olha (née Martchenko), sont de condition relativement modeste et possèdent une petite entreprise de location de voitures. Il est le seul à faire des études, non pas au collège faute de moyens, mais dans un établissement religieux.

À l'âge de , en 1895, il étudie au séminaire de la ville, mais en est exclu en 1901 pour avoir rejoint un mouvement clandestin auquel il adhère dès 1898, nommé hromada Taras Hunczak, , 1993, 3 . Apparue en 1860, cette organisation est une association culturelle de l'intelligentsia ukrainienne composée d'étudiants de tendance socialiste se voulant proches du peuple. Dès lors, Symon Petlioura continue de préparer ses examens par ses propres moyens, donnant des cours pour gagner sa vie. À partir de 1900, il est par ailleurs un membre actif et l'un des fondateurs du Parti révolutionnaire ukrainien (Революційна Українська Партія)Daniel Beauvois, Histoire de l'Europe du Centre-Est, Puf, collection « Nouvelle Clio », Paris, 2004, 3, 326. En 1902, alors sous la menace d'arrestation, il part pour Krasnodar dans le Kouban, où il devient instituteur dans une école puis travaille durant deux ans comme archiviste des cosaques du Kouban. En décembre 1903, Symon Petlioura est arrêté à la fois pour son engagement dans la section locale du Parti révolutionnaire ukrainien de Krasnodar, la Vilna Hromada (société libre), et pour la publication à l'extérieur de l'Empire, dans la presse ukrainienne, d'articles antitsaristes. Il est libéré en .

Il se rend alors à Kiev puis à Lviv dans l'Empire Austro-hongrois, où il vit sous le nom de Sviatoslav Tagon. Il publie et travaille avec Ivan Franko et Volodymyr Hnatiouk comme rédacteur en chef pour le journal Literaturno-Naukovy Zbirnyk (la Collection Scientifique-littéraire) de la Société scientifique Chevtchenko. Symon Petlioura participe aussi en tant que coéditeur au magazine Volya et écrit de nombreux articles pour la presse ukrainienne de Galicie. À la fin de l'année 1905, lorsque le Parti révolutionnaire ukrainien prend le nom de Parti ouvrier social-démocrate ukrainien (Українська соціал-демократична робітнича партія), Symon Petlioura fait déjà partie de ses dirigeants, au côté de Volodymyr Vynnytchenko notammentPiotr Wandycz, Histoire de l'Europe du Centre-Est, Puf, collection « Nouvelle Clio », Paris, 2004, 5, 494. Contrairement à ce dernier, Symon Petlioura représente le courant du Parti privilégiant en premier lieu l'émancipation nationale, la cause sociale et d'égalité entre les citoyens de l'Ukraine pouvant être conduite ensuite. Dans le même temps, Symon Petlioura fut conscient des dangers du nationalisme montant et écrivait dès que son Parti devait lutter contre le chauvinisme. Il mit en garde les Ukrainiens de Galicie contre l'utilisation de thèmes purement nationalistes dans la lutte pour la justice sociale .

thumb|Symon Petlioura au centre de la photo et Volodymyr Vynnytchenko à sa droite.

Durant cette période, il retourne brièvement à Kiev puis se rend dans la capitale russe de Saint-Pétersbourg pour publier la revue mensuelle sociale-démocrate Vil’na Ukrayina (L'Ukraine libre). Après censure de ce magazine, il se retire à Kiev et travaille pour le magazine Rada (Le Conseil). De 1907 à 1909 Symon Petlioura devint le rédacteur en chef du magazine littéraire Slovo (Le Mot) et le coéditeur dUkrayina (L'Ukraine). Parmi ses nombreuses lectures d'alors, on peut citer les œuvres de Taras Chevtchenko ou encore les écrits de Karl MarxJean-Louis André, La Passion de l'Ukraine : Un pays entre deux mondes, Alphée, 2009, 41.

En 1909, les autorités russes censurèrent ses publications. Symon Petlioura dut quitter Kiev et se rendre à Moscou où il travailla brièvement comme comptable. C'est à cette période, à l'âge de , qu'il se maria avec Olha Bilska avec qui il eut une fille, Lesia, en 1911. Plus tard, en 1912, il devient coéditeur du journal en langue russe Ukrainskaya zhizn’Mykola Riabtchouk, De la « Petite-Russie » à l'Ukraine, Paris, L'Harmattan, 2003, 40 (La vie Ukrainienne) jusqu'en mai 1917. Symon Petlioura est par ailleurs, de 1916 jusqu'au début de l'année 1917, député plénipotentiaire au comité d'aide pour le front occidental russe. Au cours de cette période, une loge maçonnique nommée « Jeune Ukraine » fut constituée. Symon Petlioura fut l'un de ses membres avant de devenir en avril 1919 Grand Maître de la Grande Loge d'Ukraine jusqu'en 1922Wolodymyr Kosyk, La politique de la France à l'égard de l'Ukraine mars 1917 - février 1918, Publications de la Sorbonne, Paris, 1981, 218 et 244 Bohdan Kravtsiv et Oleksander Ohloblyn, , 1984, 1 .

De la proclamation d'indépendance au renversement de l'Hetmanat La lutte d'indépendance ukrainienne est indissociable du rôle qu'a joué à cette période Symon Petlioura. En , dans le cadre d'un congrès, un comité général militaire est élu avec à sa tête Symon Petlioura.. À la proclamation du Conseil central ukrainien le , il devient premier secrétaire aux Affaires militaires. D'abord observatrice, la Rada centrale décide finalement de participer aux pourparlers de Brest-Litovsk le Wolodymyr Kosyk, La politique de la France à l'égard de l'Ukraine mars 1917 - février 1918, Paris, Publications de la Sorbonne, 1981, .. En désaccord, Symon Petlioura démissionna le du gouvernementWolodymyr Kosyk, La politique de la France à l'égard de l'Ukraine mars 1917 - février 1918, Paris, Publications de la Sorbonne, 1981, . et part organiser le bataillon des haïdamaks de l'Ukraine Slobode. Ce bataillon joue un rôle essentiel contre l'''Arsenal en , une usine de munition qui est le centre d'une insurrection bolchevique armée dans la capitale, pour renverser le gouvernement ukrainien de la Rada Centrale« Arsenal », sur Encyclopedia of Ukraine . Il repousse par ailleurs l'Armée rouge en janvier- de Kiev. L'indépendance totale de l'Ukraine est proclamée le .

En , Symon Petlioura est à la tête de l'administration de la province de Kiev et de lUnion des provinces d'Ukraine. Quelque temps après le coup d'État du conduit par le général Pavlo Skoropadsky avec le soutien de l'Empire allemand et de l'Empire austro-hongrois, en , Symon Petlioura est arrêté et incarcéré. Les administrations des provinces sont hostiles au gouvernement de l'hetman Skoropadsky qui s'assura du contrôle de ces dernières, Symon Petlioura fut libéré quatre mois plus tard et rejoint l'opposition à Bila Tserkva. LUnion Nationale Ukrainienne créa le Directoire (seconde période de la République populaire ukrainienne) pour supprimer et remplacer l'Hetmanat (nom du gouvernement de Skoropadsky). Vynnytchenko en devint le président le et Symon Petlioura l'otaman en chef (ministre de la guerre). L'hetman Skoropadsky fut renversé le et la République populaire ukrainienne restaurée le . Mais, plus tard, désemparé face à l'agression de l'Armée rouge et à la retraite de l'armée ukrainienne de Kiev, Vynnytchenko démissionne et est remplacé par Symon Petlioura le . L'Entente associa à tort le mouvement national ukrainien, largement représenté par des Partis socialistes, à un groupuscule bolchévique. Symon Petlioura démissionna de son Parti politique, tout comme le fit son premier ministre du moment Serhy Ostapenko, pour pouvoir négocier un accord avec celle-ci.

De la prise de Kiev par l'Armée rouge à l'alliance avec la Pologne En , l'Armée rouge prend Kiev, abandonnée par le gouvernement du Directoire. Dans une atmosphère chaotique, de nombreux soulèvements de paysans ont lieu en Ukraine, menés par l'anarchiste Makhno, ou encore par l'otaman Grygoriev successivement allié de Petlioura, des bolcheviques et des forces blanches du Général Dénikine Orest Subtelny, Ukraine: a history, University of Toronto press, 3, illustrated, 2000, 362 . C'est dans ce chaos que de nombreux pogroms sont perpétrés en Ukraine, dont certains par des troupes de l'UNR encore sous la responsabilité de Symon PetliouraOrest Subtelny, Ukraine : a history, University of Toronto press, 3, illustrated, 2000, , 362 (près de la moitié selon plusieurs sourcesLe mémorandum détaillé sur les massacres de Juifs en Ukraine attribue 50 % des victimes aux forces de Petlioura, The Ukraine terror, Genève 1920. Nahum Gergel, dans The Pogroms in the Ukraine in 1918-21, 1951, attribue environ 40 % des pogroms de la guerre civile russe en Ukraine aux forces de Petlioura.). Pour y faire face, Symon Petlioura prit plusieurs mesures, y compris la peine de mort. Le gouvernement du Directoire se déplaça tout d'abord à Vinnytsia, puis à Kamianets-Podilsky (Podolie), qui resta le seul territoire réellement contrôlé par les troupes restées fidèles à Symon Petlioura.

Petlioura, qui commande l'Armée populaire ukrainienne, la joignit à l'Armée ukrainienne de Galicie (UHA) pour combattre l'Armée blanche et l'Armée rouge. Il doit également lutter contre les anarchistes de Nestor Makhno, alliés dans un premier temps à l'Armée rouge. Symon Petlioura, qui est toujours favorable à une coopération avec les pays de l'Entente, espère obtenir le soutien de la France lors de son intervention, mais en vain. Le , l'Armée ukrainienne se retrouva encerclée en Volhynie par tous les protagonistes, y compris par les troupes polonaises. Après que l'UHA, hostile à toute entente avec la Pologne, ait établi une alliance séparée avec l'Armée blanche, Petlioura qui désapprouve cette démarche, a la possibilité de son côté d'ouvrir des négociations avec la PolognePiotr Wandycz, Histoire de l'Europe du Centre-Est, , 5, 518.

vignette|Avec des officiers polonais, son colonel Marko Bezroutchko de dos, pendant l' (1920).

Il quitte l'Ukraine avec certains membres de son gouvernement pour Varsovie dans l'espoir de trouver un soutien militaire. En attendant, Symon Petlioura ordonne d'entamer la Première campagne d'hiver. Il s'agit d'offensives lancées par l'Armée populaire ukrainienne derrière les lignes des Armées blanches et rouges du au . Mais l'Armée rouge finit par occuper une grande partie de l'Ukraine et Symon Petlioura conclut une alliance avec la Pologne.